Sommaire
- Trois noms pour un seul numéro de téléphone : un réseau depuis éclaté
- Invicta Securities Limited, la firme londonienne imitée par la vitrine
- La fiche d’usurpation de l’AMF, dernière trace encore servie pour ce nom
- Une vitrine aux mentions légales purement décoratives
- Devant quelle juridiction porter un litige né d’une plateforme disparue
- Trois points concrets sur le dossier invicta-securities.com
Trois noms pour un seul numéro de téléphone : un réseau depuis éclaté
Au 11 octobre 2026, nos vérifications établissent trois états distincts pour les trois vitrines du réseau documenté en 2020. Le registre du .com n’a plus de fiche à délivrer pour invicta-securities.com : aucun enregistrement, aucune réponse de résolution, qu’il s’agisse de l’adresse principale ou de sa forme avec www. Le registre ne le reconnaît plus du tout, ce qui va au-delà d’un simple silence du site. Rx-securities.com présente le même constat : plus aucune fiche, plus aucune réponse. Strenuus-capital.com, en revanche, reste enregistré, mais sous une nouvelle vie : réenregistré le 31 mai 2024, avec une échéance fixée au 31 mai 2027, il ne présente plus l’interface d’investissement de 2020 et affiche désormais la présentation d’une autre société, rédigée en anglais. Nos vérifications n’établissent aucun lien entre ce nom actuel et le dispositif de 2020.
Pour quiconque cherche encore la vitrine invicta-securities.com, la réponse est sans ambiguïté : elle n’existe plus nulle part. Aucun sous-domaine, aucun domaine voisin ne lui est rattaché selon les vérifications menées ce jour. Les seules traces documentaires subsistantes proviennent des services d’archivage publics, dont la première copie remonte au 6 novembre 2020 et la dernière utile au 22 février 2022.
Ce qui rendait ce réseau lisible comme une opération unique, c’était un détail téléphonique. Trois vitrines, trois noms de sociétés différents, mais un seul et même numéro de téléphone britannique, dont la forme publiée à l’époque commençait par +44 0xxx 8650. Un opérateur sérieux ne partage pas sa ligne d’accueil avec deux concurrents. Ce numéro commun trahissait l’existence d’un opérateur unique derrière des façades distinctes.
Six ans après, deux des trois noms ont disparu du registre. Le troisième a changé de main ou de projet. Le réseau, tel qu’il fonctionnait en 2020, n’existe plus sous cette forme. Cela ne signifie pas que ses victimes éventuelles sont sans recours, comme la suite de cet article le détaille.
Toute vérification sur ce nom aboutit au même constat : la fiche WHOIS complète sur DomainTools ne renseigne plus aucun titulaire.
Dernière mise à jour : 11/10/2026
Invicta Securities Limited, la firme londonienne imitée par la vitrine
Invicta Securities Limited est une société d’investissement immatriculée au Royaume-Uni. Son existence légale, distincte de tout ce que la vitrine de 2020 prétendait représenter, est vérifiable. Consulter la fiche officielle de la firme imitée au Royaume-Uni suffit à mesurer l’écart entre la réalité réglementaire et ce que le site affichait.
Le procédé est classique dans ce type de montage : emprunter le nom, le numéro d’agrément et parfois l’adresse d’une firme supervisée pour donner à une vitrine non autorisée l’apparence d’un acteur contrôlé. L’épargnant qui vérifie le nom sur un registre officiel trouve une entrée valide et baisse sa garde. C’est précisément l’effet recherché. La firme londonienne n’a jamais autorisé l’usage de son nom et n’entretient aucun lien avec l’exploitation de cette vitrine.
Le réseau de 2020 comptait deux autres façades construites sur le même modèle. Notre rédaction a consacré un dossier complet à la deuxième vitrine : le dossier Strenuus-capital, la deuxième vitrine du réseau retrace les éléments qui reliaient ce nom aux deux autres.
La troisième façade a fait l’objet d’une enquête séparée. L’enquête Rx-securities, la troisième vitrine documente le vol d’identité d’une autre firme et confirme la cohérence du dispositif d’ensemble. Ces trois dossiers forment un corpus qui permet de comprendre comment un opérateur unique pouvait multiplier ses points de contact avec des épargnants différents.
La fiche d’usurpation de l’AMF, dernière trace encore servie pour ce nom
L’Autorité des marchés financiers a inscrit invicta-securities.com sur sa liste noire le 26 octobre 2020, soit cinq jours avant la publication de notre article du 31 octobre 2020. La qualification retenue est « Usurpation », ce qui correspond exactement au mécanisme décrit : une vitrine exploitant l’identité d’une firme agréée sans y être autorisée.
La fiche porte sur la graphie exacte avec www, soit www.invicta-securities.com. Ce détail a son importance. Nos vérifications montrent que la forme sans www ne rend rien dans le système du régulateur, et que la forme sans trait d’union ne rend rien non plus. C’est la graphie exacte, telle qu’elle figurait dans l’adresse du site, qui est retenue et indexée.
Le contraste est net. D’un côté, le registre du .com ne rend plus aucune fiche ; de l’autre, la fiche du régulateur reste servie au 11 octobre 2026. L’alerte survit à la vitrine. C’est une configuration utile pour quiconque effectue une recherche rétrospective sur ce nom, plusieurs années après les faits.
Pour consulter l’entrée officielle, la fiche d’usurpation publiée par l’Autorité des marchés financiers reste accessible et constitue une pièce à verser à tout dossier de réclamation ou de plainte.
Une vitrine aux mentions légales purement décoratives
La vitrine de 2020 affichait deux onglets distincts, intitulés « C.G.V » et « Mentions légales ». Aucun des deux ne menait à un contenu réel. Ce n’étaient pas des pages en construction ou temporairement indisponibles : c’étaient de faux liens, jamais servis, présents uniquement pour donner l’apparence d’une conformité.
Sur un site financier légitime, les conditions de vente et les mentions légales sont des documents obligatoires. Ils doivent identifier l’éditeur, préciser le cadre réglementaire applicable, détailler les modalités de traitement des réclamations et indiquer les voies de recours. Leur absence effective, derrière des onglets qui ne fonctionnent pas, est en soi un signal d’alerte suffisant pour interrompre toute démarche.
Ce type de décor juridique factice revient régulièrement dans les vitrines frauduleuses. Il vise à rassurer l’épargnant lors d’une première visite rapide, sans jamais supporter l’examen d’un clic. Un investisseur qui prend le temps de vérifier ces documents avant tout versement dispose d’un filtre simple et efficace.
Les relevés versés par les services d’archivage publics confirment cet état du site entre novembre 2020 et février 2022. Ces captures constituent aujourd’hui les seules preuves documentaires de la présentation originale de la vitrine.
Devant quelle juridiction porter un litige né d’une plateforme disparue
La disparition d’un nom du registre ne ferme pas la voie des recours. Elle la complique sans la supprimer. La première étape tient à la constitution du dossier : relevés bancaires des versements effectués, confirmations d’ordre, la correspondance écrite avec ceux qui se disaient les interlocuteurs du site, captures d’écran prises dans l’espace personnel. Ces pièces forment la base de toute démarche, qu’elle s’adresse à un régulateur ou à une juridiction pénale.
Conserver les coordonnées des démarcheurs est également essentiel. Numéros de téléphone, adresses de messagerie, noms utilisés lors des appels : chaque détail peut permettre d’identifier un opérateur ou de relier un dossier à d’autres plaintes déjà instruites. Ces informations perdent de leur valeur avec le temps, notamment lorsque les boîtes mail sont désactivées.
Une vigilance particulière s’impose face aux sollicitations ultérieures. Les personnes ayant eu affaire à ce type de plateforme sont parfois recontactées par un prétendu service de récupération de fonds, qui se présente comme indépendant mais appartient en réalité au même opérateur. Ce second contact vise à soutirer de nouveaux versements sous couvert d’une promesse de remboursement.
Sur le terrain pénal, déposer plainte pour escroquerie demeure praticable même lorsque le site a disparu. La procédure de plainte pour escroquerie détaille les étapes concrètes, les juridictions compétentes et les pièces à joindre pour maximiser les chances d’instruction.
Une décision récente illustre ce que la voie judiciaire peut produire. Maître Goce Novakov, du barreau de la capitale, a obtenu devant la cour d’appel de Paris une victoire significative dans une affaire d’escroquerie financière : indemnisation des victimes et condamnation d’un établissement bancaire pour défaut de vigilance. Ce précédent montre qu’une action judiciaire bien construite peut aboutir, même face à des montages complexes.
Trois points concrets sur le dossier invicta-securities.com
Non. La vitrine usurpait l’identité d’Invicta Securities Limited, une société d’investissement réellement agréée au Royaume-Uni. La firme londonienne n’a jamais autorisé l’usage de son nom et n’entretient aucun lien avec cette plateforme. Le procédé consistait à emprunter une identité réglementaire existante pour tromper des épargnants sur la nature du service proposé.
Au 11 octobre 2026, ni invicta-securities.com ni rx-securities.com ne sont plus enregistrés du tout : aucune fiche ne leur est délivrée, aucune résolution ne répond. Strenuus-capital.com reste enregistré, mais il a été réenregistré le 31 mai 2024 et ne présente plus l’interface d’investissement de 2020. Nos vérifications n’établissent aucun lien entre ce nom actuel et le dispositif d’origine.
Elle peut réunir ses justificatifs, relevés bancaires, échanges écrits et captures d’écran, puis saisir les autorités compétentes d’une plainte pour escroquerie. La fiche d’usurpation de l’Autorité des marchés financiers reste accessible et constitue une pièce utile. Il faut également se méfier de tout contact ultérieur proposant de récupérer les fonds perdus, qui peut appartenir au même opérateur.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 11/10/2026


