Sommaire
- La vitrine parle de courtage, la page d’inscription de rendement à 80 %
- Aucune société « Capital Edge Market Ltd » au registre de Companies House
- FCA, ASIC et CySEC affichés sans une seule référence de licence
- Six récompenses décernées avant l’existence du domaine
- Un carnet de cotations qui rend les mêmes chiffres à chaque chargement
- Garder la trace du versement avant que le tableau de bord ne se ferme
- Réponses aux courriels reçus depuis notre enquête
La vitrine parle de courtage, la page d’inscription de rendement à 80 %
Le 19 octobre 2026, capitaledgemarket.live se présente en page d’accueil comme un courtier multi-actifs installé à Mayfair : « FCA Regulated », « ASIC Licensed », « CySEC Authorized », un certificat ISO 27001, une note de 4,9 sur 5 sur Trustpilot et « 2,4 millions de traders » revendiqués, alignés au-dessus d’un bandeau de cotations présenté comme direct.
Le bouton « Open Account » mène à une page qui décrit une autre activité. On y lit des « plans quotidiens, hebdomadaires et mensuels allant jusqu’à 80 % de rendement », un « ROI transparent », des dépôts acceptés par crypto, PayPal ou virement bancaire, et un champ « code de parrainage » assorti de « 10 $ offerts sur le premier dépôt ». La page de connexion reprend la même promesse en tête de formulaire : plateforme « vérifiée par KYC », « dépôts et retraits instantanés », « plans à haut rendement ».
Un courtier n’annonce pas de rendement : il transmet des ordres et facture un spread ou une commission. Un produit qui affiche un pourcentage de gain relève de la gestion d’actifs, activité que les trois autorités citées encadrent séparément, avec agrément, document d’information et suivi de performance. Les deux pages du même domaine ne décrivent donc pas deux services d’une même maison, elles décrivent deux métiers que rien ne relie sinon le logo. Le second est celui qui rapporte : tant que les dépôts arrivent, les retraits des premiers inscrits sont payés avec l’argent des suivants.
Les chiffres se contredisent d’un écran à l’autre. La vitrine annonce « 18 milliards de volume mensuel » ; la page de connexion affiche « 48 M$ de volume » au total, pour « 190+ pays ». À 2,4 millions de clients revendiqués, cela ferait vingt dollars échangés par personne depuis l’ouverture. Aucune des deux séries n’est datée, ni rattachée à une source vérifiable.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
📄 Justificatif de capture
La capture ci-dessous est mise à disposition gratuitement par BrokerDefense. Elle montre la page d’accueil servie par capitaledgemarket.live le 19 octobre 2026, avec le bandeau de chiffres, les vignettes de cotation et les mentions de régulation. Ces repères datés servent de point de comparaison le jour où une banque demande des explications sur un débit.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Aucune société « Capital Edge Market Ltd » au registre de Companies House
Le pied de page signe « © 2026 Capital Edge Market Ltd » et donne une adresse : 49 Grosvenor Street, Mayfair, London W1K 3HP. La mention désigne donc une société de droit britannique, ce qui se vérifie en une requête.
Les recherches menées le 19 octobre 2026 sur les dénominations « Capital Edge Market » puis « Capital Edge » ne renvoient aucune entité de ce nom au registre des sociétés du Royaume-Uni. Le registre contient bien plusieurs sociétés voisines par le nom, dont des « Capital Edge Ltd » dissoutes, une « Capital Edge Advisers Limited » et une « Capital Edge Finance Limited », mais aucune n’est établie à l’adresse citée, et rien n’indique qu’elles aient le moindre rapport avec cette plateforme. Le rapprochement de nom n’est pas un indice : il n’y a simplement pas de société à rattacher.
Ce défaut suffit à lui seul. Une société britannique doit publier son company number, et ce numéro permet de vérifier en deux minutes l’existence, l’ancienneté, le siège et les comptes déposés. Sur capitaledgemarket.live, aucun numéro d’immatriculation n’apparaît : ni en pied de page, ni dans le formulaire, ni dans la page de connexion. L’adresse de Mayfair, elle, est une adresse de bureaux partagés que des milliers de structures utilisent comme siège statutaire ; elle ne prouve aucune présence, encore moins une activité de courtage.
FCA, ASIC et CySEC affichés sans une seule référence de licence
Trois autorisations sont revendiquées en page d’accueil, reprises dans le bloc « Security & Compliance » et confirmées par la FAQ : « We are licensed by the FCA, ASIC and CySEC, hold ISO 27001 certification, and undergo quarterly independent financial audits ». Aucune référence n’accompagne ces affirmations. Pas un numéro d’entreprise d’investissement pour la FCA, pas un numéro de licence australienne, pas un matricule chypriote, et pas davantage le nom de la personne morale qui détiendrait ces trois titres dans trois juridictions différentes.
Ce nom ne ressort d’aucune des publications de mise en garde consultées côté français, qu’il s’agisse du fichier commun tenu par l’ACPR et l’AMF ou des extractions de l’AMF arrêtées au 8 octobre 2026. Il serait abusif d’en tirer un satisfecit : cela veut dire qu’aucun superviseur n’a encore pris position sur cette enseigne, rien de plus. Le contrôle utile est ailleurs : les registres de la Financial Conduct Authority, de la CySEC et de l’ASIC publient chacun la liste nominative de leurs entités autorisées. Trois agréments dans trois pays supposent trois inscriptions, donc trois numéros à recouper. Aucun n’est fourni.
Le site ne contient par ailleurs aucune page contractuelle. Pas de conditions générales, pas de politique de confidentialité, pas de document sur les risques, pas de mentions légales : les seules adresses atteignables depuis la vitrine sont l’accueil, la connexion et l’inscription. Un établissement qui revendique la supervision de la FCA publierait au minimum les conditions d’ouverture de compte qu’elle lui impose, et un produit qui promet 80 % de rendement accompagnerait cette promesse d’un avertissement autrement plus précis que le « Capital at risk » de bas de page. De son côté, la fiche ScamDoc de capitaledgemarket.live affiche une confiance de 25 %, et la page des listes noires des autorités françaises permet à chacun de refaire le contrôle.
Six récompenses décernées avant l’existence du domaine
Le nom a été enregistré le 26 juin 2026 à 17 h 03 UTC, pour une échéance fixée au 26 juin 2027. Le dossier public indique une dernière modification le 12 août 2026, un verrou de transfert côté registraire, et deux serveurs de noms, lunar et solar, opérés par le même prestataire. Le registraire est Hostinger operations UAB et aucun titulaire n’est publié. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Quatre mois séparent cette création de la capture du 19 octobre 2026. Le palmarès exposé sur la vitrine, lui, est plus ancien : « Best Multi-Asset Broker, Global Finance Awards 2024 », « Top Trading Platform, FX Week 2024 », « Best Mobile App, FinTech Breakthrough 2024 », « Innovation Award, Finance Magnates 2024 », « Excellence in Execution, TradeTech Europe 2023 », « Safest Broker, Investors Choice 2023 ». Six trophées datés de 2023 et 2024 pour une adresse ouverte en juin 2026 : les distinctions précèdent de deux ans le domaine qui les affiche.
Deux lectures sont possibles, et aucune ne sauve la mention. Soit l’opérateur a repris un gabarit acheté ailleurs, et c’est alors la ligne « © 2026 » qui devient fausse. Soit il revendique l’histoire d’une maison antérieure, et il faut demander laquelle, sous quel nom légal et sous quel numéro. Dans les deux cas, la vitrine attribue à ce nom une ancienneté qu’il n’a pas, ce qui est exactement le procédé qui fait accepter un versement à une personne prudente.
Un carnet de cotations qui rend les mêmes chiffres à chaque chargement
Le bandeau affiche huit instruments sous le libellé « EUR/USD · Live ». Deux chargements espacés de sept secondes, le 19 octobre 2026, rendent exactement les mêmes valeurs : EUR/USD 1,0847 (+0,32 %), BTC/USD 67 412 (+2,18 %), AAPL 214,36 (−0,41 %), XAU/USD 2 389,50 (+0,87 %), GBP/JPY 199,82, ETH/USD 3 521, NVDA 122,74, WTI 78,41. Les montants sont écrits dans la page elle-même, quatre fois chacun, et non récupérés auprès d’une source de marché. Une cotation qui ne bouge pas d’un rechargement à l’autre, avec un pourcentage figé à deux décimales, est un décor.
La structure du site va dans le même sens. C’est une application Next.js servie par Vercel depuis deux adresses, 216.198.79.65 et 64.29.17.65, derrière un enregistrement vercel-dns-017.com. Le certificat est un Let’s Encrypt délivré le 27 août 2026 pour le seul nom www, valable quatre-vingt-dix jours. L’authentification repose sur une brique NextAuth qui expose la connexion, l’inscription, la double validation et un contrôle préalable du mot de passe. Aucun module de paiement, aucun moteur d’ordres, aucun outil de mesure d’audience n’apparaît dans les fichiers servis, et seules trois pages répondent. Un courtier qui revendique 3 500 instruments, des serveurs colocalisés et des interfaces de programmation pour stratégies algorithmiques n’a rien à montrer de tout cela.
La vitrine est donc une brochure, et la plateforme un formulaire. Entre les deux, la seule chose qui fonctionne vraiment est l’encaissement des dépôts annoncé par la page d’inscription, par carte, par virement ou en crypto.
Garder la trace du versement avant que le tableau de bord ne se ferme
Une personne qui a alimenté ce site dispose de peu de temps avant qu’une interface ne change de nom ou de serveur. Les pièces se réunissent maintenant : la référence du virement et l’IBAN du bénéficiaire tels qu’ils figurent sur le relevé, l’ordre de dépôt daté, la capture du plan souscrit avec son pourcentage et sa durée, celle du solde affiché dans le tableau de bord, le code de parrainage utilisé, et l’intégralité des échanges avec les interlocuteurs du site, courriels comme messagerie interne. Ces éléments se conservent hors de la plateforme, sur un support personnel, car un compte fermé par l’opérateur ne rend ni ses captures ni son historique.
Le scénario à anticiper est connu : au moment du retrait, un « frais de déblocage », une « taxe » ou une « vérification de conformité » est réclamée avant tout versement. Cette somme n’a aucune contrepartie, elle constitue le second étage de l’escroquerie et ne doit pas être payée. Les démarches pénales ouvertes aux personnes trompées, à commencer par la plainte et ses annexes, sont détaillées dans notre guide du dépôt de plainte. Le dossier se rapproche de deux affaires publiées le même jour, alsetmarkets.com, qui aligne trois numéros d’agrément empruntés, et ehamarkets.pro, qui vend des formules à 40 % par opération : trois décors différents, une même mécanique de rendement promis.
Pour éclairer les recours, nous avons interrogé Maître Goce Novakov, avocat plaidant à Paris, sur les protocoles transactionnels confidentiels qu’il a obtenus pour des personnes trompées par un faux placement et sur l’indemnisation qui en résulte. Son entretien est visible ci-dessous :
Réponses aux courriels reçus depuis notre enquête
Tout dépend du canal utilisé et de la date du versement. Un virement bancaire laisse une trace nominative chez la banque émettrice, qui peut être interrogée sur le bénéficiaire et sur son compte ; un paiement par carte ou en cryptoactifs suit un chemin différent, plus court mais souvent moins réversible. La première étape consiste à réunir les pièces listées plus haut, puis à faire constater l’absence de contrepartie réelle. Aucune démarche ne se lance sur la promesse d’un remboursement obtenu par un tiers payant.
Ils le seraient si le site publiait un nom légal et un numéro pour chacun. Ce n’est pas le cas : les trois mentions apparaissent comme des vignettes, sans matricule, et aucune société nommée « Capital Edge Market Ltd » ne figure au registre britannique. Un régulateur se consulte par dénomination sociale et par numéro d’agrément, jamais par un logo apposé sur une page d’accueil.
Oui, capitaledgemarket.live répondait encore le 19 octobre 2026 et servait sa page d’accueil depuis l’infrastructure qu’elle loue. Ce type de vitrine peut toutefois disparaître en quelques heures, avec ou sans mise en garde préalable, et l’adresse est parfois réutilisée pour une autre enseigne. Les captures datées et les relevés de compte restent donc les seules pièces stables.
capitaledgemarket.live s’adresse à des épargnants qui cherchent un placement, pas à des professionnels du marché : la promesse de 80 % de rendement, le bonus de parrainage et les trois logos d’autorité visent exactement ce public. Avant d’ouvrir un compte, faites évaluer le dossier par notre service : l’assistance aux victimes de BrokerDefense examine gratuitement les pièces d’un versement déjà effectué et indique ce qui peut encore être engagé.


