Trusteryai.com arnaque : l’AMF épingle une vitrine déjà croisée

Un domaine périphérique partagé par deux opérations distinctes

Au 6 octobre 2026, trusteryai.com répond encore : la page servie pèse 108 973 octets, annonce une « Trustery AI Platform » pour l’année en cours et affiche un formulaire d’inscription. Rien, dans son apparence, ne signale qu’un régulateur l’a épinglée six mois plus tôt. La vitrine se présente comme un outil d’investissement assisté par intelligence artificielle, avec des promesses de rendement, des chiffres d’activité et une adresse de contact à Berlin.

Le détail technique qui rattache ce dossier à une enquête déjà publiée se niche dans le script qui prépare le formulaire. Pour deviner le pays du visiteur et ajuster l’indicatif du champ téléphone, ce script interroge une adresse tierce : amos-mamaya.fun. Ce nom est exactement celui que nous relevions en décembre 2025 dans notre dossier sur l’opération Natrivex. Deux dispositifs sans rapport apparent s’appuient donc sur une même ressource périphérique.

amos-mamaya.fun n’est pas un service de géolocalisation banal. Le nom est porté au dossier d’enregistrement depuis le 23 décembre 2020 et reste détenu jusqu’au 23 décembre 2026, mais son interface de localisation ne répond plus : une requête vers son point d’entrée dédié revient vide. La page de trusteryai.com continue pourtant de l’appeler à chaque affichage du formulaire, comme si la mécanique de collecte n’avait jamais été révisée.

Ce rapprochement établit un fait mesurable, et rien de plus : deux opérations distinctes réutilisent le même outil. Rien ne démontre que le même exploitant se tient derrière l’une et l’autre, et nous ne l’affirmons pas. Ce qui se constate, c’est qu’une même brique technique traverse deux dossiers séparés par dix mois.

Dernière mise à jour : 06/10/2026

Le relevé de l’AMF classe ce nom en produits dérivés sur crypto-actifs

L’Autorité des marchés financiers a inscrit trusteryai.com le 10 avril 2026, sous la qualification « Produits dérivés sur crypto-actifs ». Une fiche nominative dédiée au nom reprend cette date et ce libellé. Le document ne condamne pas un site à l’issue d’un procès : il constate qu’un acteur propose hors de toute autorisation une activité que la loi encadre.

La qualification retenue mérite d’être lue de près. Les contrats liés aux crypto-actifs relèvent d’une réglementation spécifique, et cette rubrique du relevé rassemble précisément les offres de produits dérivés hors cadre. Une plateforme qui s’y trouve n’est donc pas seulement suspecte : elle est nommée par l’autorité qui délivre les habilitations en France.

Le contraste avec le discours de la vitrine est net. Là où le relevé parle de produits non autorisés, la page d’accueil parle d’« infrastructure couvrant l’intégralité du cycle de négociation », de trades à la milliseconde et d’un accès à des opérations « un mois avant les médias ». Autant de formulations qui ne renvoient à aucune habilitation vérifiable. Un autre domaine de cette même rubrique, tvctrader.com, a fait l’objet d’une enquête séparée de notre part.

Une licence chypriote affichée, un dossier ouvert en juillet 2025

Trustery AI affirme opérer « sous une licence CySEC », présentée comme celle de l’un des régulateurs les plus respectés du secteur. La même page revendique « des années d’opérations transparentes » et « des centaines de milliers de transactions ». Aucun numéro d’agrément n’accompagne cette affirmation, et le silence de la vitrine sur ce point est total.

Le dossier d’enregistrement du nom, lui, raconte une autre chronologie. trusteryai.com a été déposé le 14 juillet 2025, chez un bureau d’enregistrement établi à l’étranger et connu sous le nom commercial Regery. L’échéance est fixée au 14 juillet 2027 et le dossier porte une clause de verrouillage interdisant son transfert en cours de période. Le domaine appartient donc à la génération 2025 : il ne peut pas porter « des années d’opérations » antérieures à son propre dépôt.

La vitrine avance par ailleurs une adresse à Berlin, « Kaiserhöfe, Unter den Linden 26-30, 10117 Berlin, Allemagne ». Il s’agit d’un ensemble de bureaux où de nombreuses structures se contentent d’une domiciliation, ce qui n’établit aucune activité sur place. Le document intitulé « Disclaimer » se termine d’ailleurs sur une mention de gabarit oubliée : « Copyright © 2025 product », où le mot final n’a jamais été remplacé par un nom de société.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le formulaire réclame un mot de passe, puis un versement de 250 dollars

Le dispositif de collecte est explicite. Le formulaire principal recueille d’abord l’identité du visiteur, puis ses coordonnées et un mot de passe, avant d’acheminer l’ensemble vers un point de traitement interne. Exiger un mot de passe à ce stade n’a aucune utilité fonctionnelle : aucun compte n’existe encore, et le champ ne sert qu’à capter un identifiant réutilisable ailleurs par la victime.

Vient ensuite l’argument financier. La page présente une étape « Activer votre accès » : un versement de 250 dollars, présenté comme le montant qui « active le système » et débloque l’accès aux opérations. Ce seuil de 250 dollars est un marqueur connu des offres d’investissement frauduleuses, où il sert à transformer un visiteur en victime ayant réellement engagé des fonds.

L’urgence est fabriquée. Un bandeau invite à rejoindre la plateforme « dans les 10:00 minutes », un compte à rebours sans cesse réinitialisé qui n’ouvre sur rien. Les témoignages affichés ne portent que des identifiants numériques, sans nom ni rattachement vérifiable, et les indicateurs de performance sont présentés comme des mesures instantanées alors qu’aucune source ne les accompagne.

Cinquante-trois briques techniques relevées sur la vitrine

Nos relevés techniques recensent cinquante-trois briques réparties sur dix-sept familles. La vitrine repose sur WordPress, motorisée par un thème nommé Seo-Theme, et décline son contenu en sept langues (allemand, anglais, espagnol, français, italien, polonais, turc) au moyen du module Polylang. La mesure d’audience et le gestionnaire de balises de Google sont présents, aux côtés d’un habillage graphique et d’une optimisation de cache côté serveur.

La chaîne de collecte laisse des traces visibles. Le thème embarque un script de dépôts qui interroge une interface interne pour afficher des montants, et une bibliothèque de suivi de versements mise en cache depuis un chemin de dépôt public. Deux fichiers du thème, l’un chargé d’alimenter une liste de devises, l’autre d’acheminer les formulaires, complètent l’ensemble. Ces éléments ne sont pas des composants d’une infrastructure bancaire : ce sont les pièces d’un montage de captation.

Le reste de la pile confirme un assemblage peu soigné : deux versions distinctes de jQuery coexistent sur la même page, la bibliothèque d’interface Socket.IO et une grille de données sont chargées sans usage apparent du service promis, et des scripts sont servis depuis un réseau public de diffusion. Un module d’actualité cryptographique est installé, ainsi qu’un pixel publicitaire, sans rapport avec la prétendue infrastructure de négociation.

Le certificat porte enfin son lot d’indices. L’émission remonte au 3 septembre 2026 et provient de Google Trust Services, via son autorité intermédiaire WE1 ; la validité couvre trois mois et la portée s’étend au nom comme à l’ensemble de ses sous-domaines. L’enveloppe technique a donc été renouvelée récemment, sans que l’identité de l’exploitant ne devienne pour autant consultable. Un rapport public de réputation rattaché au nom affiche, de son côté, l’indice de confiance le plus bas de son échelle, soit 1 %, ce qui décrit le comportement technique du domaine et ne vaut pas autorisation.

Les suites possibles d’un versement sur cette vitrine

Une personne qui a rempli le formulaire de trusteryai.com, transmis ses coordonnées et versé les 250 dollars demandés se trouve dans une situation où la rapidité compte. La première étape consiste à rassembler ce qui subsiste : les captures des écrans d’inscription et de l’espace annoncé, la trace écrite des échanges menés avec les interlocuteurs de la plateforme, le justificatif du versement et le relevé de la carte débitée. Ces pièces conditionnent la suite des démarches.

La deuxième étape est bancaire. Un paiement par carte peut être contesté auprès de l’établissement émetteur dans les délais prévus par ses conditions ; un virement, lui, doit être signalé sans attendre. Le signalement de l’adresse auprès de l’autorité qui l’a déjà fichée complète utilement le dossier, même s’il ne restitue pas les fonds.

Le volet répressif de ce type de dossier, de la constitution des preuves jusqu’à la saisine du juge, est repris étape par étape dans un guide entièrement dédié à la procédure pénale.

Faire relire un dossier par un professionnel change souvent la façon dont il est construit : Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate parisienne dont l’activité porte sur le contentieux bancaire, expose dans la séquence ci-dessous les conditions dans lesquelles la responsabilité d’un établissement peut être recherchée après un transfert de fonds vers un prestataire non autorisé, et les pièces qui pèsent réellement dans ce type de litige.

Ce que notre dossier retient de Trusteryai.com

Trois éléments se tiennent ensemble. D’abord, une inscription du 10 avril 2026 au relevé des produits dérivés sur crypto-actifs, portée par l’autorité française. Ensuite, une vitrine qui se maintient en service quatre mois après cette inscription, en continuant d’appeler une ressource tierce déjà relevée dans un dossier antérieur. Enfin, une revendication de licence chypriote que rien n’étaye, adossée à un domaine déposé en juillet 2025 et à une adresse de domiciliation berlinoise.

Le site de l’autorité qui l’a fiché permet de recouper directement l’information : la rubrique que l’AMF réserve à la protection de l’épargne rassemble les noms dépourvus d’habilitation et ouvre la voie à un signalement. La présence de trusteryai.com dans ces documents est vérifiable à la date du 6 octobre 2026.

Trusteryai.com détient-il réellement une licence CySEC ?

La vitrine affirme opérer sous une licence de l’autorité chypriote, sans citer aucun numéro d’agrément. Aucun élément consultable ne vient appuyer cette affirmation, et le nom figure par ailleurs au relevé de l’AMF pour des produits dérivés sur crypto-actifs. Une licence annoncée sans référence vérifiable ne constitue pas une autorisation, et l’absence de cette référence est en soi un signal.

Que devient le mot de passe demandé dans le formulaire d’inscription ?

Le formulaire réclame un mot de passe avant même qu’un compte n’existe. Un identifiant saisi à ce stade peut être réutilisé sur d’autres services si la même chaîne est employée ailleurs. Si vous l’avez renseigné, changez sans délai le mot de passe des messageries et espaces qui partageaient cette combinaison, et activez une double vérification là où c’est possible.

J’ai versé les 250 dollars demandés : que puis-je tenter ?

Réunissez d’abord toutes les pièces : captures des écrans, échanges écrits, justificatif du paiement et relevé associé. Si le versement a été fait par carte, contestez-le rapidement auprès de votre banque ; s’il s’agit d’un virement, signalez-le sans délai à votre établissement. Un dépôt de plainte peut compléter ces démarches civiles, et le signalement du nom auprès de l’autorité qui l’a déjà fiché reste utile.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 06/10/2026

1 Comment

  1. […] des visiteurs de stature-invexor-app.com, apparaît également dans l’enquête consacrée à Trusteryai, inscrite sur la liste noire de l’AMF en avril 2026. La même brique de géolocalisation sert […]

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