Natrivex arnaque : deux noms fichés par l’ACPR, la vitrine tient

Depuis le 26 novembre 2025, deux extensions d’un même nom, natrivex.com et natrivex.org, figurent côte à côte sur la liste noire commune des autorités financières françaises. Dix mois plus tard, la vitrine natrivex.com reste servie et continue de promettre des rendements dans l’énergie au moyen d’une intelligence artificielle. Notre enquête, menée le 4 octobre 2026, établit ce que cette inscription officielle implique pour les personnes qui ont déposé des fonds.

Ce dossier de mise à jour documente l’état actuel de la vitrine, son infrastructure technique, ses mécanismes de persuasion et les démarches disponibles pour les personnes qui ont versé des fonds. La preuve la plus forte du caractère frauduleux de cette opération tient en une ligne : deux extensions d’un même nom portent une inscription réglementaire officielle, et la plateforme continue de recruter des investisseurs.

Deux extensions du même nom, une seule inscription sur la liste de l’ACPR

Natrivex.com et natrivex.org portent toutes deux une inscription sur la liste noire commune des autorités financières françaises, datée du 26 novembre 2025, sous les qualifications « Credits livrets paiements assurances ». Ce signalement précède de deux semaines notre premier article. Notre dossier sur equity-cap.com, où six noms avaient été signalés le même jour, illustre la même mécanique de multiplication des extensions pour élargir le filet de recrutement.

Dix mois après cette inscription officielle, la vitrine natrivex.com répond toujours. La page servie pèse 121 178 octets et affiche le titre « Natrivex, Smart AI Investing in the Energy Sector Made Simple ». Aucune autorisation financière n’est citée pour la France ou l’Europe. Le site reconnaît lui-même, noir sur blanc, qu’il « is not regulated within the United States ».

Or l’inscription réglementaire française couvre précisément les activités de crédit, de livrets, de paiements et d’assurances, soit l’ensemble des promesses financières que la vitrine formule. Dès lors, toute personne ayant déposé des fonds sur cette plateforme l’a fait auprès d’un opérateur signalé par les autorités avant même que notre enquête ne débute.

Dernière mise à jour : 04/10/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par natrivex.com, réalisée le 23 mai 2026. On y retrouve le bandeau d’accueil, le compte à rebours de dix minutes et le formulaire d’inscription : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Un thème fait maison dont le code pend à un compte public

La vitrine repose sur WordPress, avec un thème interne baptisé « Seo-Theme ». Ce thème charge deux scripts depuis un dépôt public hébergé sous un même compte de développement : « redirect » en version 1.0.4 et « deposits » en version 1.0.3. Un accès à ce compte suffit à modifier du code exécuté directement par la vitrine, sans que les visiteurs en soient informés.

Pour une victime, ce détail compte. Une telle architecture montre qu’une vitrine de ce type se remonte en quelques heures à partir de briques réutilisables. Si natrivex.com venait à disparaître, le même thème et les mêmes scripts pourraient alimenter un nom différent dès le lendemain.

Le module de personnalisation selon la localisation mérite une attention particulière. Il renvoyait initialement les visiteurs vers une version linguistique via un service externe hébergé sur le domaine amos-mamaya.fun. Ce service ne répond plus. La vitrine lit désormais la localisation via son propre point d’entrée Cloudflare. Les commentaires du code de ce module sont rédigés en russe.

Par ailleurs, le site est décliné en douze langues via le module Polylang : anglais, allemand, polonais, italien, espagnol, français, tchèque, slovaque, hongrois, portugais, japonais et roumain. Un outil de gestion d’environnements de test est également embarqué. La vitrine intègre le gestionnaire d’étiquettes et la mesure d’audience de Google, une bannière publicitaire DoubleClick, ainsi qu’un module de cotations de crypto-actifs fonctionnant avec Socket.IO, jQuery et DataTables.

Des chiffres ronds, un compte à rebours figé à dix minutes

Un bandeau permanent affiche « Just 9 slots remaining today », accompagné d’un minuteur bloqué sur 10:00. La promesse de rareté est identique à chaque visite. Ce mécanisme vise à précipiter une décision de dépôt avant que le visiteur ne prenne le temps de vérifier.

Trois compteurs renforcent l’illusion de légitimité : « 43 532 registered users », « Investors from 27 countries », « 31 566 trades per day ». Aucune source indépendante ne corrobore ces chiffres. La vitrine revendique également une précision de son système allant de 87 % à 91,4 %, résultat de « numerous independent tests » dont aucun n’est cité ni daté.

Le dépôt minimum s’élève à 250 dollars, présenté non comme un investissement mais comme une « one-time account activation ». La plateforme assure que les fonds restent « fully at your disposal ». En pratique, les témoignages de victimes recueillis par BrokerDefense décrivent systématiquement l’impossibilité de récupérer ces sommes.

Un unique témoignage figure sur la page, signé « ID: 103943 ». Aucun nom complet, aucune photo vérifiable, aucune date. La vitrine affiche également les noms de Fortum, Centrica, Iberdrola, E.ON et TotalEnergies. Ces sociétés sont des énergéticiens réels et reconnus ; elles n’ont aucun lien avec cette plateforme et ne sont en aucun cas mises en cause. Leurs noms apparaissent sans aucun partenariat déclaré. Consultez la fiche publique de réputation de ce domaine : l’indice de confiance qui y apparaît est très faible. Ce type d’évaluation décrit la réputation d’un nom, jamais l’existence d’une autorisation d’exercer.

Le pays du visiteur choisit la langue, la page d’abus admet les rabatteurs

La personnalisation selon la localisation oriente chaque visiteur vers la version linguistique correspondant à son pays. Un internaute francophone voit une page en français. Cette déclinaison en douze langues n’est pas un service rendu aux utilisateurs : c’est un outil de recrutement à grande échelle.

La page intitulée « Report a Problem or Misuse » est particulièrement révélatrice. Elle reconnaît explicitement l’usage de « prelanders », soit des pages d’approche trompeuses, et cite des « affiliates », des « affiliate networks » et des « ad networks ». En clair, la plateforme admet que des rabatteurs et des réseaux publicitaires recrutent ses victimes, et prévoit une procédure pour signaler leurs excès. Cette procédure interne ne remplace en rien une démarche auprès des autorités compétentes.

Deux incohérences chronologiques aggravent le tableau. Les données structurées de la page annoncent une date de publication au 20 août 2024. Or l’enregistrement actuel du nom date d’avril 2025, soit huit mois plus tard. Cette antidatation vise à simuler une ancienneté que le domaine ne possède pas. Le site reconnaît par ailleurs l’absence totale de régulation pour les États-Unis, sans citer aucun agrément européen ou français.

Chez un bureau néerlandais, une fiche d’avril 2025 sans titulaire

Le nom natrivex.com a été déposé le 23 avril 2025 et court jusqu’au 23 avril 2027 ; sa fiche a été révisée le 11 mai 2026. Il est tenu par Registrar.eu, marque commerciale de Hosting Concepts B.V., aux Pays-Bas. Deux serveurs de noms l’accompagnent, dylan.ns.cloudflare.com et janet.ns.cloudflare.com, tous deux chez Cloudflare. Son statut bloque tout transfert sans l’accord préalable du titulaire.

Aucun titulaire n’est nommé dans cette fiche : ni société, ni adresse, ni personne physique. Cette opacité est délibérée. Elle complique toute tentative d’identification de l’opérateur réel et ralentit les procédures judiciaires. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Côté chiffrement, le certificat provient de Let’s Encrypt. Générique, de type wildcard, il porte *.natrivex.com et court jusqu’au 5 décembre 2026, après une émission le 6 septembre. Un tel document s’obtient gratuitement et en quelques minutes : il garantit que la connexion est chiffrée, jamais que l’opérateur est sérieux.

Demander à l’établissement payeur copie des opérations passées

Les personnes ayant versé 250 dollars ou davantage sur natrivex.com ont généralement suivi le même chemin : ouverture d’un compte, dépôt présenté comme une activation, puis un contact téléphonique avec un « conseiller ». Plusieurs d’entre elles ont reçu, ensuite, des appels de cabinets promettant de rapatrier les sommes perdues. Ces offres de rapatriement constituent une seconde fraude : elles doivent être refusées.

La première démarche utile consiste à saisir l’établissement qui a exécuté le virement. Demandez une copie de toutes les opérations liées à ce dépôt. Cet historique constitue une pièce centrale pour tout dossier ultérieur. Vérifiez ensuite si un recours en contestation de paiement reste ouvert, selon les délais propres à votre établissement.

La seconde étape consiste à porter plainte auprès du tribunal compétent, qui transmettra le dossier au ministère public. Natrivex.com et natrivex.org apparaissent dans le fichier officiel où figurent ces deux lignes depuis le 26 novembre 2025 : cette inscription forme une preuve immédiatement exploitable. Pour bâtir le dossier, consultez notre page qui détaille le dépôt d’une plainte au pénal.

Un entretien filmé avec Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, montre concrètement ce qu’une plainte pénale peut produire : un escroc arrêté et emprisonné, une instruction judiciaire menée à son terme, un jugement pour escroquerie financière et une indemnisation effective des victimes. Ce témoignage professionnel illustre pourquoi la voie pénale reste la plus solide.

Notre dossier sur my-monetix.com, qui inventait une garantie de dépôts, décrit un profil de victime très proche de celui que nous observons ici. Les personnes ayant répondu à une publicité ciblée, versé un premier dépôt sur natrivex.com et perdu tout contact avec leur argent trouveront dans ce dossier des repères utiles. BrokerDefense peut établir un dossier documentaire pour toute personne souhaitant faire évaluer sa situation avant d’engager une démarche.

Natrivex : les éclaircissements demandés par nos lecteurs

Natrivex.com peut-il légalement recueillir des dépôts en France ?

Non. Les deux extensions du nom, natrivex.com et natrivex.org, portent depuis le 26 novembre 2025 une inscription sur la liste noire commune des autorités financières françaises, sous les qualifications « Credits livrets paiements assurances ». La vitrine ne cite elle-même aucun agrément, ni en France ni ailleurs en Europe, et reconnaît l’absence de régulation pour les Etats-Unis. Recueillir des dépôts sans autorisation expose les clients à une perte totale.

Pourquoi la vitrine continue-t-elle de fonctionner malgré cette inscription ?

Une inscription sur une liste noire n’ordonne pas la fermeture technique d’un site. Elle informe le public, mais elle ne coupe ni l’enregistrement du nom, ni son hébergement. Tant que le domaine reste détenu et servi, la vitrine demeure accessible. C’est précisément pour cette raison que la vérification préalable, avant tout dépôt, reste indispensable.

J’ai versé les 250 dollars demandés par Natrivex, que faire en premier ?

Rassemblez d’abord les preuves : ordre de virement, relevés bancaires, messages échangés avec le « conseiller » qui vous a démarché, captures des pages du site. Saisissez ensuite votre établissement bancaire pour obtenir une copie des opérations et vérifier si une contestation reste possible. Déposez enfin une plainte pénale, adressée au procureur de la République. Refusez toute offre de rapatriement de fonds qui exigerait un paiement préalable.

Article réécrit le 04/10/2026

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