Sommaire
- Une inscription nominative au fichier des sites non autorisés
- Un nom ouvert en 1999, réexploité sous une forme nouvelle
- Rendements affichés jusqu’à 13,2 % et protection du capital promise
- Une adresse à Bristol, un agrément de Dubaï affiché
- Une enveloppe technique servie derrière Cloudflare
- Un service toujours servi, des compteurs invérifiables
- Ce qu’une plainte permet d’obtenir après un versement
Une inscription nominative au fichier des sites non autorisés
Depuis le 10 avril 2026, le nom www.geldermans.com figure sur la liste des sites non autorisés tenue par l’Autorité des marchés financiers (AMF) : le régulateur l’y a rangé sous la mention explicite « Produits dérivés sur crypto-actifs ». Cette inscription signifie qu’aucune autorisation n’a jamais été accordée à cette entité pour proposer de tels produits au public français : les fonds confiés à une plateforme inscrite sur cette liste ne bénéficient d’aucune des protections attachées à un intermédiaire habilité, ni d’aucun mécanisme de garantie des dépôts.
Le portail public qui consolide les listes noires des autorités françaises reprend la même entrée, sous la même qualification et à la même date du 10 avril 2026. La concordance entre les deux sources ne laisse aucune ambiguïté sur la portée de la mesure : la plateforme n’est pas simplement signalée à titre préventif, elle est nommément désignée comme opérant sans droit.
Or, au 6 octobre 2026, soit près de six mois après cette inscription, le site répond toujours. La vitrine continue d’accueillir des visiteurs, d’afficher ses promesses de rendement et de présenter ses comptes d’épargne en crypto-actifs comme s’il n’existait aucune objection réglementaire. L’inscription de l’AMF n’a pas suffi à interrompre l’activité commerciale de la plateforme.
Dernière mise à jour : 06/10/2026
Un nom ouvert en 1999, réexploité sous une forme nouvelle
Le dossier d’enregistrement du nom geldermans.com a été ouvert le 26 novembre 1999. L’échéance courante est fixée au 26 novembre 2027, et la dernière modification du dossier remonte au 19 janvier 2026, soit quelques semaines avant l’inscription sur la liste noire de l’AMF. Le bureau d’enregistrement est GoDaddy.com, LLC, et les serveurs de noms actifs sont johnny.ns.cloudflare.com et linda.ns.cloudflare.com.
Le dossier porte en outre quatre verrous posés côté bureau d’enregistrement : suppression, renouvellement, transfert et mise à jour y sont bloqués. Ces protections sont fréquentes sur un nom activement exploité, mais elles compliquent aussi toute intervention extérieure sur le dossier.
Nos recherches ont retrouvé une trace d’une exploitation antérieure très différente de la plateforme actuelle : jusqu’en 2020, le nom était associé à un serveur nginx et à un panneau Parallels Plesk, deux éléments caractéristiques d’un hébergement mutualisé ordinaire, sans rapport avec une interface de trading. L’ancienneté d’un nom de domaine ne dit rien de l’identité ni des intentions de son exploitant présent : un nom ouvert en 1999 peut avoir changé de mains ou d’usage plusieurs fois sans laisser de trace publique directement accessible.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.Rendements affichés jusqu’à 13,2 % et protection du capital promise
Relevé le 6 octobre 2026, le discours commercial de geldermans.com repose sur quatre niveaux de rendement annuel annoncés pour des comptes d’épargne en crypto-actifs : 8,4 %, 9,6 %, 10,8 % et 13,2 %. Ces chiffres sont présentés comme des taux acquis, sans réserve ni avertissement sur le risque de perte en capital, alors qu’aucune autorité n’encadre cette offre.
Sur certains produits, la vitrine affiche en outre la mention « Capital protection », suggérant que le capital investi serait garanti. Les mises de départ varient selon le type de compte : 250, 500 ou 1 000 euros. Ces seuils d’entrée bas sont conçus pour rendre l’offre accessible au plus grand nombre et réduire la résistance psychologique à un premier versement.
La plateforme propose également une fonctionnalité de « copy trading » qui met en avant des profils de traders accompagnés de leurs performances affichées. Aucune source extérieure ne permet de vérifier l’authenticité de ces profils ni la réalité des résultats présentés. Dans un cadre non autorisé, ces vitrines de performance servent avant tout à renforcer la crédibilité apparente de la plateforme auprès de visiteurs qui n’ont aucun moyen de les contrôler.
Une adresse à Bristol, un agrément de Dubaï affiché
La vitrine affiche l’adresse « 2 Glass Wharf, Bristol BS2 0EL, United Kingdom » comme siège de l’entité. Le bas de page porte la mention « © 2024 Geldermans Inc. All rights reserved. », un copyright daté de 2024 sur un site exploité commercialement plus d’un an après cette date, ce qui témoigne d’un soin limité apporté à la cohérence des informations légales.
Un badge « VARA Regulated » renvoie à l’autorité des actifs virtuels de Dubaï. Afficher un agrément d’une juridiction étrangère ne confère aucun droit d’exercer en France ni aucune protection aux épargnants français : l’AMF reste seule compétente pour autoriser la commercialisation de produits dérivés sur crypto-actifs auprès du public français, et elle a précisément inscrit ce nom sur sa liste noire.
Les logos d’Emirates, d’Emirates NBD et d’EMAAR sont présentés sur la vitrine comme une preuve de sérieux, suggérant des partenariats avec ces entités. Enfin, dans ses petits caractères, la plateforme reconnaît elle-même ne pas détenir directement les fonds des clients, formulation qui dégage sa responsabilité sans pour autant préciser où ces fonds seraient réellement conservés.
La fiche publique de réputation du nom attribue à geldermans.com un indice de confiance faible, chiffré à 33 %. Elle est consultable sans restriction et confirme les signaux négatifs relevés par notre analyse.
Une enveloppe technique servie derrière Cloudflare
Le certificat TLS déployé sur le site vient de Google Trust Services, sous le sigle WE1. Sa période de validité va du 13 septembre 2026 au 12 décembre 2026, et il couvre de façon générique geldermans.com ainsi que ses sous-domaines. Ce type de certificat ne garantit que le chiffrement de la connexion, non la légitimité de l’exploitant.
La diffusion du site passe par Cloudflare, sur les adresses IP 104.21.11.96 et 172.67.165.183. Ce dispositif masque l’hébergement réel et rend toute tentative d’identification du serveur d’origine plus complexe. Le serveur applicatif se présente sous l’en-tête « Express » et transite par le réseau de Google Cloud.
Nos relevés techniques ont identifié 66 technologies réparties en 19 familles. On y trouve notamment React, React Redux, Tailwind CSS, Webpack, core-js, lodash, Moment JS, crypto browserify, Elliptic et Express pour la couche applicative, Cloudinary pour la gestion des images, Google reCAPTCHA et reCAPTCHA Enterprise pour les formulaires, ainsi que Cloudflare Web Analytics et Cloudflare Insights pour la mesure d’audience. L’ensemble forme une interface soignée, conçue pour inspirer confiance à un visiteur non averti.
Le fichier robots.txt de la plateforme écarte explicitement plusieurs agents d’indexation et d’entraînement : GPTBot, ClaudeBot, AmazonBot, AppleBot, Bytespider et Google Bard. Ce choix limite la visibilité du contenu auprès de certains systèmes d’analyse, sans modifier en rien la situation réglementaire du site. D’autres plateformes non autorisées adoptent des configurations comparables, comme le montre notre dossier consacré à Margissance.
Un service toujours servi, des compteurs invérifiables
Au 6 octobre 2026, l’accueil de geldermans.com répond sur la racine comme sur la variante www et délivre une page de 57 496 octets, titrée « Geldermans | Institutional Stock & Crypto Trading ». Aucune interruption, aucun message d’avertissement, aucune redirection vers une autorité de régulation : la vitrine fonctionne comme si l’inscription du 10 avril 2026 n’existait pas.
Cette vitalité technique contraste directement avec la situation réglementaire : depuis six mois, des visiteurs peuvent accéder à la plateforme, consulter ses offres de rendement et engager un premier versement sans que rien sur la page ne les informe de l’inscription sur la liste noire de l’AMF. Les compteurs de performances affichés sur les profils de copy trading restent invérifiables par définition, puisqu’aucun organisme de contrôle n’en surveille la sincérité.
Des situations structurellement similaires ont été documentées dans notre dossier Prisme Kapitect : une plateforme non autorisée peut rester techniquement accessible longtemps après son inscription sur une liste noire, ce qui prolonge l’exposition des épargnants. Pour celles et ceux qui ont déjà versé des fonds, notre page consacrée à la voie pénale indique comment porter l’affaire devant un tribunal.
Maître Goce Novakov, avocat dont le barreau d’appartenance est celui de Paris, revient dans l’entretien ci-dessous sur des décisions rendues par les tribunaux du Mans et de Toulouse dans des dossiers d’escroquerie aux investissements, et sur ce que des poursuites civiles bien étayées peuvent réellement faire obtenir aux victimes.
Ce qu’une plainte permet d’obtenir après un versement
Quiconque a envoyé des fonds pour alimenter un compte sur geldermans.com doit d’abord rassembler tout ce qui documente l’opération : les traces des virements passés, les captures d’écran des soldes et des gains annoncés, la correspondance écrite avec celles et ceux qui ont démarché ou relancé, et toute pièce mentionnant les rendements promis ou les frais réclamés pour débloquer des gains. Ces pièces forment la base de n’importe quelle action, qu’elle soit civile ou pénale.
Les faits doivent ensuite être signalés à l’AMF, dont la page consacrée aux listes noires et aux mises en garde permet de vérifier l’inscription d’une plateforme et d’accéder aux formulaires de signalement. Un dépôt de plainte auprès du tribunal compétent reste la voie la plus directe pour obtenir une enquête sur les flux financiers.
Celles et ceux qui ont déposé des fonds chez geldermans.com en croyant ouvrir un compte rémunéré jusqu’à 13,2 % par an, après avoir reçu des promesses de « protection du capital », et qui se heurtent aujourd’hui à des retraits bloqués derrière des frais réclamés, se trouvent dans une situation documentée et défendable, à condition de conserver et d’organiser chaque preuve dès maintenant.
Non. Le nom www.geldermans.com est inscrit depuis le 10 avril 2026 sur la liste des sites non autorisés tenue par l’AMF, où il apparaît sous l’intitulé « Produits dérivés sur crypto-actifs ». Aucune autorisation n’a été accordée pour commercialiser ces produits auprès du public français, et les fonds confiés à cette plateforme ne bénéficient d’aucune protection réglementaire.
Non. Un agrément délivré par l’autorité des actifs virtuels de Dubaï ne confère aucun droit d’exercer en France ni aucune protection aux épargnants français. Seule l’AMF est compétente pour autoriser la commercialisation de tels produits en France, et elle a précisément inscrit geldermans.com sur sa liste noire.
Ne procédez à aucun versement supplémentaire. La demande de frais pour débloquer des gains est un mécanisme classique dans les dossiers d’escroquerie aux investissements. Conservez tous les échanges écrits, les captures des écrans de compte et les relevés des virements déjà effectués, puis signalez les faits à l’AMF et déposez plainte auprès du tribunal compétent.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 06/10/2026


