Sommaire
- Un nom déjà signalé par l’AMF avant la parution de notre enquête
- Deux écritures d’un même nom, deux situations désormais distinctes
- Une vitrine de courtage derrière une adresse britannique
- Un thème bâti pour des courtiers, des widgets servis depuis un sous-domaine
- Aucune société identifiable derrière les écritures du nom
- Documenter un financement de la vitrine et en tirer les conséquences
- EpargneCrypto : ce que le dossier permet encore d’établir
Un nom déjà signalé par l’AMF avant la parution de notre enquête
Le nom « epargne-crypto.io » a été porté par l’Autorité des marchés financiers sur ses mises en garde adressées au public. L’entrée y est classée sous l’intitulé « Produits dérivés sur crypto-actifs » et datée du 15 novembre 2023, soit deux mois avant la publication de notre dossier du 8 janvier 2024.
La fiche consacrée à ce nom par le régulateur est sans réserve : aucune autorisation ne lui a été délivrée pour commercialiser auprès du public français des prestations ou des placements financiers. Autrement dit, l’activité proposée à des résidents français depuis cette vitrine s’exerçait sans la moindre habilitation, quelle que soit la nature des produits présentés.
Un point mérite d’être relevé avec précision : la graphie sans trait d’union, « epargnecrypto.io », qui est celle retenue dans notre dossier d’origine, n’apparaît dans aucune des listes consultées le 10 octobre 2026. Seule la graphie avec trait d’union, « epargne-crypto.io », est visée par les avertissements de l’AMF. Cette distinction entre les deux écritures ne modifie pas le constat de fond, mais elle mérite d’être mentionnée pour une lecture rigoureuse du registre réglementaire.
Notre équipe avait documenté un dossier comparable en janvier 2024 avec la marque q-ca.cc, elle aussi signalée par l’AMF au moment de la parution du dossier : le rapport BrokerDefense consacré à q-ca.cc retrace les éléments réunis à cette occasion et illustre la récurrence de ce schéma.
Dernière mise à jour : 10/10/2026
Deux écritures d’un même nom, deux situations désormais distinctes
Le relevé conduit le 10 octobre 2026 a porté sur quatre écritures distinctes du nom, dont les situations divergent sensiblement. La graphie « epargnecrypto.io », celle de notre dossier d’origine, ne figure plus au fichier des noms en .io : aucune adresse ne lui correspond désormais et plus rien n’y reçoit de courrier.
La graphie « epargne-crypto.io », visée par l’avertissement du régulateur, présente un profil différent. Nos vérifications établissent qu’elle a été ré-enregistrée le 1er décembre 2024, avec une échéance fixée au 1er décembre 2026 et un dernier changement porté au fichier le 29 septembre 2026. Le bureau d’enregistrement est CommuniGal Communication Ltd. ; les serveurs de noms sont désormais ns15.abovedomains.com et ns16.abovedomains.com. L’adresse correspond encore à 103.224.182.211, mais plus aucune page n’est servie à cette adresse. Un service public d’évaluation situe epargne-crypto.io au plus bas de son échelle, avec une note de 1 % : le rapport de réputation d’epargne-crypto.io. Cette mesure décrit le comportement observé de l’adresse et ne remplace aucune habilitation.
Deux écritures supplémentaires ont également été vérifiées. Le nom « epargnecrypto.com » a été enregistré le 11 décembre 2024, avec une échéance au 11 décembre 2026, auprès du bureau d’enregistrement NameCheap, avec les serveurs de noms dns1.namecheaphosting.com et dns2.namecheaphosting.com ; plus aucune page n’y est servie. Le nom « epargne-crypto.com » a quant à lui été enregistré le 5 juin 2026, avec une échéance au 5 juin 2027, auprès de Dynadot, avec des serveurs de noms rattachés à Cloudflare ; là non plus, plus aucune page n’est servie.
Les détails d’enregistrement de epargnecrypto.io sont accessibles via la fiche WHOIS complète sur DomainTools. Les copies conservées de la page remontent, pour les plus anciennes, à novembre 2023, soit la période que le constat officiel a lui-même documentée.
Une vitrine de courtage derrière une adresse britannique
Le constat officiel établi le 15 novembre 2023 selon la norme AFNOR Z67-147 fixe la vitrine telle qu’elle apparaissait ce jour-là à l’adresse epargne-crypto.io, derrière le réseau Cloudflare. La page d’accueil portait le titre « EpargneCrypto » et le slogan « Step Into the Trading Arena With Confidence & EpargneCrypto ». Le menu de navigation proposait les rubriques Trading Room, Our Platforms, Account types, Market Overview, Crypto Assets, Our Story et Support, accompagnées d’un espace de connexion, d’ouverture de compte, de dépôt et de déconnexion.
Les promesses affichées couvraient le trading de CFD sur actions, devises, matières premières, indices et cryptomonnaies, ainsi que des paniers d’actifs. Un paragraphe distinct promettait le trading d’actions, de fonds cotés, d’obligations, d’options, de contrats à terme et de produits structurés « adossé à la sécurité d’une banque suisse ». La plateforme était présentée comme « MT4 WebTrader », avec des « spreads bas » et une « exécution optimale ».
La page « Support » proposait un formulaire de contact, un numéro +45 (0) 800 123 456, l’adresse [email protected] et des horaires « Mon-Fri 09:00-17:00 ». Le pied de page mentionnait des bureaux à « London, Uk », un numéro +44 8903 7465 et l’adresse [email protected]. Ces mentions de bureaux londoniens n’ont été étayées par aucune preuve d’existence légale à cette adresse.
Ni nom de société, ni numéro d’enregistrement, ni autorité de régulation n’apparaissaient sur l’ensemble des pages fixées par le constat. Cette absence totale d’identité juridique est l’un des traits les plus constants relevés dans les dossiers que nous avons instruits sur des vitrines de même nature.
BrokerDefense a publié le 23 janvier 2024 un dossier consacré à Merrix.pro, un nom repris derrière une plateforme restée inachevée : le rapport sur Merrix.pro documente un schéma de présentation comparable, dans lequel l’identité de l’exploitant demeurait également introuvable.
Un thème bâti pour des courtiers, des widgets servis depuis un sous-domaine
Nos relevés techniques établissent que la vitrine EpargneCrypto reposait sur WordPress, sous un thème intitulé « prfwp ». Ce type de thème, conçu pour habiller des plateformes de courtage, constitue un gabarit réutilisable qui permet de déployer rapidement une apparence professionnelle sans développement spécifique.
Les bibliothèques jQuery 3.3.1 et Angular 1.8.2 étaient chargées depuis cdnjs. Un module de widgets était servi depuis le sous-domaine widgets.epargne-crypto.io, ce qui indique une architecture fragmentée permettant de dissocier certains composants fonctionnels du domaine principal. Le formulaire de contact reposait sur Contact Form 7, extension très répandue sous WordPress, et les polices provenaient de Google Fonts.
La diffusion de l’ensemble était assurée par Cloudflare, ce qui masquait l’adresse du serveur d’hébergement réel derrière une infrastructure tierce. Nos investigations confirment que cette combinaison de briques standard forme un gabarit reproductible, susceptible d’être redéployé sous d’autres noms de domaine.
Pris séparément ou réunis, ces éléments ne constituent en rien une habilitation à proposer des services financiers. Leur présence documente la construction de la vitrine, sans identifier un exploitant ni valider la moindre autorisation réglementaire.
Aucune société identifiable derrière les écritures du nom
Le registre britannique des sociétés, interrogé le 10 octobre 2026, ne restitue aucune société portant le nom EpargneCrypto, alors même que la vitrine revendiquait des bureaux à « London, Uk » et affichait un numéro de téléphone britannique. Cette absence dans le registre du pays dont l’adresse était mise en avant constitue un constat documenté.
La Commission chypriote des valeurs mobilières ne mentionne pas davantage ce nom. Aucune autorité de régulation n’a jamais habilité un acteur opérant sous ce nom à proposer des services financiers, ce que la fiche de l’AMF confirme explicitement depuis le 15 novembre 2023.
Les quatre écritures du nom, dans leur état relevé le 10 octobre 2026, ont toutes cessé de servir la moindre page. Ce constat rejoint la conclusion de notre enquête de janvier 2024 : aucune société exploitante n’apparaissait derrière le nom, et les vérifications menées depuis lors n’ont pas permis d’en identifier une.
Documenter un financement de la vitrine et en tirer les conséquences
Pour toute personne ayant effectué des versements vers la vitrine EpargneCrypto, les pièces qui conservent une portée sont les suivantes : les confirmations de virement ou d’ordre de paiement passés vers la plateforme, les relevés bancaires ou de compte sur lesquels ces opérations apparaissent, les copies des pages qui annonçaient les produits ou les rendements promis, et l’ensemble des échanges écrits conduits avec les adresses [email protected] ou [email protected].
Les coordonnées transmises à la plateforme lors de l’ouverture de compte ou lors des demandes de retrait font également partie des éléments à conserver, de même que toute mention des bureaux de « London, Uk » reçue dans une correspondance. Le relevé de l’établissement bancaire ou de paiement qui a exécuté ou reçu les fonds reste une pièce centrale : cette banque est nommément identifiable et tenue à des devoirs que la procédure peut lui opposer.
Sur le plan pénal, notre page consacrée à la procédure de dépôt de plainte détaille la marche à suivre pour engager une action et les éléments à réunir avant de se présenter devant les autorités compétentes.
Maître Caroline Willm, avocate exerçant à Paris, où elle est membre du barreau, répond dans l’entretien ci-après aux questions que soulèvent les recours ouverts aux victimes d’un faux investissement, en particulier lorsque les établissements à mettre en cause sont établis hors de France et que se pose la question de l’extranéité, ainsi que la manière d’agir au tribunal pour faire valoir ses droits.
EpargneCrypto : ce que le dossier permet encore d’établir
L’Autorité des marchés financiers a visé le nom « epargne-crypto.io » dans ses avertissements datés du 15 novembre 2023, soit deux mois avant la publication de notre dossier du 8 janvier 2024. Le régulateur avait donc identifié ce nom comme proposant des produits dérivés sur crypto-actifs sans y être habilité avant que notre enquête ne documente la vitrine et son contenu.
Au 10 octobre 2026, les quatre écritures du nom ont cessé de servir la moindre page. La graphie « epargnecrypto.io » ne figure plus au fichier des noms en .io, tandis que les trois autres écritures, bien qu’enregistrées, ne répondent plus à aucune requête. Des copies de la vitrine remontant à novembre 2023 restent néanmoins disponibles.
Une personne qui a financé EpargneCrypto peut réunir ses confirmations de virement, ses relevés bancaires, ses échanges avec les adresses [email protected] ou [email protected] et les copies des pages de la plateforme pour constituer un dossier. L’établissement bancaire ou de paiement qui a exécuté les opérations reste identifiable et peut être mis en cause dans le cadre d’une procédure pénale ou civile.
La vitrine EpargneCrypto ne répond plus sous aucune de ses quatre écritures, mais les faits réunis ici tiennent : une inscription du régulateur antérieure à notre enquête, une absence totale d’identité juridique vérifiable, et des promesses de rendement formulées sans la moindre habilitation. Pour celles et ceux dont l’argent a été adressé à cette vitrine, ou qui ont communiqué leurs coordonnées à ses interlocuteurs, réunir un dossier documenté demeure le premier pas utile, quand bien même la plateforme ne serait plus joignable.
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Article réécrit le 10/10/2026


