Lacambreassetmgt.com arnaque : la CSSF nomme le domaine

Le 27 octobre 2026, la Commission de Surveillance du Secteur Financier a publié un avertissement qui nomme, noir sur blanc, www.lacambreassetmgt.com et l’adresse [email protected]. Le régulateur luxembourgeois y décrit un vol d’identité : des inconnus se font passer pour LaCambre Asset Management Luxembourg S.à r.l., société qui siège 136, route d’Arlon, à Luxembourg, et qui, précise le texte, n’a aucun lien avec ces activités.

La vitrine, elle, répond encore ce 2 novembre. Elle vend cinq programmes d’investissement annoncés à 1,5 %, 2,5 %, 3 %, 4,5 % et 5,5 % par jour, affiche une note de 4,8 sur 2 847 avis dans son balisage, et ouvre un tiroir « Our Certifications » où figure notamment un document dont le nom de fichier dit lui-même qu’il atteste une non-inscription au registre luxembourgeois. C’est cette pièce, plus encore que la promesse de rendement, qui donne la mesure du dossier.

Dernière mise à jour : 2 novembre 2026

📄 Document

Ci-dessous, l’accueil de lacambreassetmgt.com figé le 2 novembre 2026 : le bandeau « LaCambre Asset Management », la grille des huit secteurs d’investissement et le pied de page qui annonce un siège au 4 Rue du Kiem, à Luxembourg, s’y succèdent comme sur la page d’origine. Trois repères à garder si un versement doit être rapproché d’une interface.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par lacambreassetmgt.com le 2 novembre 2026

Ce que l’avertissement du 27 octobre nomme exactement

L’avis tient en une fiche courte, et chaque ligne est un fait opposable. Il range l’affaire sous « Identity theft and illicit activities », puis renseigne trois coordonnées utilisées par les auteurs : le site www.lacambreassetmgt.com, le courriel [email protected], et aucun numéro de téléphone. Le siège social allégué y est écrit tel quel : 4 Rue du Kiem, L-1857, Luxembourg. Le texte ajoute que des personnes inconnues se font passer pour la société, et que celle-ci n’est pas liée à ces activités.

La fiche oppose ensuite les coordonnées officielles de l’entreprise réelle : LaCambre Asset Management Luxembourg S.à r.l., 136, route d’Arlon, L-1150 Luxembourg. Deux adresses pour une même enseigne, donc, et c’est la seconde qui figure au registre. Le rapprochement est utile pour une raison pratique : la vitrine reprend dans son pied de page l’adresse du 4 Rue du Kiem, si bien qu’un courrier ou une mise en demeure envoyés là n’atteindront jamais la société dont le nom est emprunté.

Le régulateur luxembourgeois n’en est pas à son premier dossier de ce type. Le 1er septembre 2026, un avertissement visait déjà une vitrine construite sur une identité locale, et nous l’avions documentée dans notre enquête sur robusumbrella.com. La mécanique est identique : un nom flatteur, une place financière réputée, et une société réelle qui découvre qu’on vend des placements sous son nom.

Un tiroir de certifications qui contient un certificat de non-inscription

Sur la page « About Us », un bouton intitulé « Our Certifications » ouvre une fenêtre qui annonce « Select a certificate to view the official document ». Cinq documents y sont proposés, chacun avec un émetteur : « FCA Regulation Certificate » attribué à la Financial Conduct Authority, « ISO 9001:2019 Good Standing » attribué à Bureau Veritas, « FATF ISO 9001 Approval » attribué au Financial Action Task Force, « Luxembourg RCSL Certificate » attribué au Registre de Commerce et des Sociétés, et « ISO 9001:2015 Quality Management » attribué à l’European Border and Coast Guard Agency.

Trois de ces libellés ne correspondent à rien de vérifiable. La norme ISO 9001 n’a pas de millésime 2019 : la version en vigueur est celle de 2015, et une certification « de bonne tenue » n’existe pas dans ce référentiel. Le Financial Action Task Force est un organisme intergouvernemental qui publie des recommandations contre le blanchiment ; il ne délivre aucune approbation ISO. Quant à l’agence européenne de garde-frontières, elle n’a pas de activité de certification qualité. Un régulateur des marchés, enfin, ne remet pas de « certificat de régulation » à un gestionnaire de portefeuille.

Le cinquième document est le plus parlant, parce que son intitulé de fichier ne laisse place à aucune interprétation. Les images sont servies depuis le dossier /assets/cert/ du site, et celle qui illustre la vignette luxembourgeoise s’appelle luxembourg-rcsl-non-registration-certificate.png, soit un certificat de non-inscription au registre du commerce. Le fichier répond en direct, pèse 2,4 Mo, et n’est protégé par aucun mur. Une vitrine qui se présente ailleurs comme « a registered investment advisory firm » expose donc, dans sa propre galerie, la preuve qu’elle ne l’est pas.

Cinq paliers, dont trois se chevauchent

La page « Investment Plans » détaille cinq programmes. Le premier demande de 100 à 4 999 dollars et promet 1,5 % par jour sur un cycle de dix jours, avec une commission d’apporteur de 7 %. Le deuxième prend de 5 000 à 9 999 dollars, promet 2,5 % par jour sur quinze jours. Le troisième est annoncé de 5 000 à 49 999 dollars à 3 % par jour sur trente jours, le quatrième de 10 000 à 29 999 dollars à 4,5 % par jour sur vingt jours, le cinquième de 30 000 à 500 000 dollars à 5,5 % par jour sur quatre-vingt-dix jours. Les trois derniers se recouvrent : un versement de 12 000 dollars tombe simultanément dans les paliers trois et quatre, et un versement de 8 000 dollars dans les paliers deux et trois.

Les taux, eux, se passent de commentaire. 1,5 % par jour sur dix jours font 15 % en dix jours ; 5,5 % par jour sur quatre-vingt-dix jours annoncent 495 % sur le cycle, soit près de cinq fois la mise. Aucun gérant de portefeuille ne sert une distribution quotidienne de cette ampleur sur un portefeuille composé d’immobilier, d’actions, de solaire, de terres agricoles et de sociétés pétrolières, actifs dont les revenus sont trimestriels ou annuels. La commission de 7 à 10 % versée à celui qui amène un nouvel épargnant achève de décrire le montage : la rémunération dépend du recrutement, pas de la performance des actifs.

L’ouverture de compte ne demande d’ailleurs aucun document. Le formulaire réclame un nom, un identifiant, un pays, un courriel et un mot de passe, plus une case confirmant la majorité. Ni pièce d’identité, ni justificatif de domicile, ni origine des fonds : trois éléments qu’un établissement soumis à la lutte contre le blanchiment exige avant le premier virement.

Deux adresses pour une même enseigne

Le balisage de la page d’accueil reprend l’adresse du 4 Rue du Kiem, avec un code postal 1857 et une localité déclarée « Neudorf-Weimershof ». Le pied de page, lui, écrit « Headquarters, 4 Rue du Kiem, 1857, Luxembourg ». La fiche du régulateur reprend la même adresse au titre du siège allégué, ce qui confirme qu’il s’agit bien de celle que l’enseigne publie, et non d’une mention ajoutée par un tiers.

Or la société réelle, celle que la CSSF identifie comme usurpée, est domiciliée 136, route d’Arlon, dans la même ville. Il n’y a donc pas de confusion possible entre les deux : l’adresse de la vitrine n’est pas celle de l’entreprise dont elle porte le nom, et le régulateur le dit en une phrase. Pour un épargnant qui cherche à joindre « son » gestionnaire, la différence n’est pas anecdotique : elle sépare une boîte aux lettres de commodité d’un domicile social vérifiable.

Le nom a été déposé le 9 février 2026 chez Gname

Le registre du domaine donne des dates précises. lacambreassetmgt.com a été enregistré le 9 février 2026, pour une échéance au 9 février 2027, auprès du bureau d’enregistrement Gname.com Pte. Ltd., avec un statut qui interdit le transfert sans l’accord du titulaire. L’identité du titulaire n’est pas publiée. Deux hôtes de noms Cloudflare, derek et isabel, portent la résolution, et la zone n’est pas signée. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le certificat de chiffrement a été émis le 3 octobre 2026 par Google Trust Services, sous l’autorité WE1, et court jusqu’au 1er janvier 2027. Il couvre le domaine et l’ensemble de ses sous-domaines, ce qui est la configuration ordinaire d’un hébergement mutualisé derrière un CDN. Les deux adresses serveur relevées, 104.21.42.49 et 172.67.200.193, appartiennent au réseau de Cloudflare, ce qui masque l’emplacement de la machine qui sert réellement les pages.

La couche applicative, elle, est en PHP, avec jQuery 3.5.1, Bootstrap, Font Awesome, un module de traduction Google, deux widgets de conversation et une mesure d’audience rattachée au CDN. Le détail le plus étrange tient à l’accessibilité : sur les sept adresses internes testées ce 2 novembre, de /about à /policy en passant par /login, /register, /plans, /faq et /support, aucune ne répond à une requête directe. Toutes renvoient une page « 403 Forbidden, Access to this resource on the server is denied », y compris avec les cookies de session récupérés sur l’accueil et avec un navigateur complet. Seule la page d’accueil est publique. Un espace client qui n’existe que pour ceux qui savent déjà où frapper n’a rien d’un espace client.

Aucune version archivée du nom n’est disponible dans les archives publiques consultées ce jour, ce qui est cohérent avec un dépôt de février 2026 et une mise en ligne tardive. La politique de confidentialité portait, lors de notre visite, la mention « Last Updated: November 2, 2026 », soit la date même de notre passage : la page se date elle-même au jour où on la lit.

Le contentieux né de ce type de dossier se joue souvent sur un terrain que les victimes n’attendent pas : la banque qui a exécuté le virement. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, explique dans cette intervention comment assigner une banque étrangère devant la justice française ; sa fiche de présentation précise son champ d’intervention.

Une note de 4,8 sur 2 847 avis, sans un avis consultable

Le balisage de la page d’accueil déclare une fiche d’établissement financier, avec une note agrégée de 4,8 sur 5 calculée sur 2 847 avis. Cette note n’est adossée à rien de visible : la vitrine ne publie aucun témoignage, ne renvoie vers aucune plateforme d’avis, et n’affiche pas même un compteur. Les moteurs de recherche, eux, lisent ce balisage et peuvent afficher des étoiles dans leurs résultats. Le procédé est courant sur les vitrines de ce genre, et il se repère en une manipulation : chercher les avis nommés.

La même page promet une « fully regulated » conformité aux « international financial regulations » sans nommer un seul régulateur, et une présence dans 28 pays pour 12 500 clients. Aucun de ces chiffres n’est sourcé. Nous avons croisé la présentation avec un autre dossier récent, celui de riverfieldcapital.ch, où l’identité reprise était adossée à un numéro d’immatriculation suisse bien réel : ici, il n’y a ni numéro, ni registre, ni agrément à opposer.

La fiche de réputation du nom donne 25 % d’indice de confiance, avec un signalement d’usage frauduleux. Ce n’est pas une preuve en soi, mais c’est un élément que tout épargnant peut consulter avant de virer quoi que ce soit, et qui devrait suffire à déclencher une vérification plus poussée. La fiche ScamDoc de lacambreassetmgt.com est publique.

Trois contrôles avant de verser quoi que ce soit

Trois contrôles suffisent à faire tomber la présentation, et ils prennent moins d’un quart d’heure. Le premier est la lecture de l’avertissement de la CSSF du 27 octobre 2026, puis de l’index des avertissements luxembourgeois, qui compte plusieurs centaines de fiches et se parcourt par nom. Le deuxième est la recherche du nom au registre du commerce et des sociétés du Luxembourg : une société qui y figure porte un numéro consultable, et celle dont la vitrine emprunte l’identité y figure sous une autre adresse. Le troisième est la lecture des certificats affichés, en vérifiant l’émetteur et le millésime de la norme invoquée.

Si un virement a déjà été exécuté, l’ordre des gestes compte. Il faut d’abord conserver les pièces telles qu’elles sont : captures du tableau de bord, relevés de la plateforme, échanges avec le conseiller, coordonnées du bénéficiaire figurant sur l’ordre de virement, et le message qui a déclenché l’opération. Ensuite, signaler l’opération à sa banque par écrit, en visant le compte bénéficiaire et la date d’exécution, puis déposer plainte : le dépôt conditionne l’accès aux suites civiles et pénales. Les étapes de ce parcours sont détaillées sur notre page consacrée à la plainte pénale et au recours des victimes.

Un point mérite d’être dit tel quel : la société dont le nom est utilisé n’est pas l’auteur des faits. Écrire à son siège, ou l’assigner, ne ramènera pas les fonds. La réclamation doit viser les comptes qui ont reçu l’argent et, le cas échéant, l’établissement qui a laissé passer l’ordre.

Les questions que pose cette usurpation

Le site lacambreassetmgt.com est-il la société luxembourgeoise du même nom ?

Non. L’avertissement de la CSSF du 27 octobre 2026 indique que des personnes inconnues se font passer pour LaCambre Asset Management Luxembourg S.à r.l., dont le siège est 136, route d’Arlon, à Luxembourg, et précise que cette société n’a aucun lien avec les activités du site. La vitrine publie pour sa part une autre adresse, au 4 Rue du Kiem.

Que dit exactement l’avertissement du 27 octobre 2026 ?

Il qualifie les faits de vol d’identité et d’activités illicites, cite le site www.lacambreassetmgt.com, l’adresse électronique [email protected], l’absence de numéro de téléphone, et le siège allégué au 4 Rue du Kiem, L-1857, Luxembourg. Il rappelle enfin les coordonnées officielles de la société réelle et son absence de lien avec ces activités.

Les certificats affichés dans la page À propos sont-ils vérifiables ?

Ils ne le sont pas. Le tiroir « Our Certifications » présente cinq documents attribués à la FCA, à Bureau Veritas, au Financial Action Task Force, au registre luxembourgeois et à l’agence européenne de garde-frontières. La norme ISO 9001 invoquée porte un millésime 2019 qui n’existe pas, le GAFI ne délivre pas d’approbation ISO, et le fichier du document luxembourgeois s’intitule lui-même « non-registration certificate ».

Quelle démarche engager après un virement vers cette plateforme ?

Conserver les captures du tableau de bord, les relevés de la plateforme et les échanges avec le conseiller, signaler l’opération par écrit à sa banque en visant le compte bénéficiaire, puis déposer plainte. La réclamation doit viser les comptes qui ont reçu les fonds, et non la société dont le nom a été emprunté.

Ce que la fiche du 27 octobre change pour un épargnant

La situation type est facile à décrire : un premier versement de quelques milliers d’euros, un tableau de bord qui affiche des distributions quotidiennes, puis une demande de complément pour « débloquer » un retrait, et enfin le silence. Ce 2 novembre, la vitrine est toujours debout, les paliers sont toujours en vente, et la page qui les propose ne s’ouvre qu’aux visiteurs déjà engagés. Le régulateur luxembourgeois a fait sa part le 27 octobre ; la suite appartient à ceux qui ont viré.

BrokerDefense évalue gratuitement chaque dossier avant toute démarche, y compris lorsque le site est encore actif : cette évaluation préalable permet de savoir quelles pièces manquent, quel compte a reçu les fonds, et si une action contre la banque d’exécution a une chance d’aboutir.

Vous avez viré des fonds vers lacambreassetmgt.com ou vers un compte indiqué par ses conseillers ? Le service d’aide aux victimes de BrokerDefense examine les pièces et indique par où commencer.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SERVICE DE VÉRIFICATION

Vérifier le destinataire de votre paiement avant d’effectuer votre virement

ÉTUDE DE TRAÇAGE

Litiges cryptoactifs

SERVICES

BROKER DEFENSE

Offres spécifiques en matière de gestion des litiges dans le domaine de l’investissement et des escroqueries financières.

Ceci pourrait vous intéresser