Pc.hyexglobal.net arnaque : Bybit sur un portail à huit enseignes

Le titre qui s’affiche dans l’onglet du navigateur annonce « BYBIT – Award-Winning Multi-Asset Platform ». Le domaine, lui, s’appelle hyexglobal.net : il a été enregistré le 8 avril 2026, et la console qui s’ouvre derrière ce titre ne propose aucune des fonctions d’une place d’échange. À la place, un terminal de paris à échéance courte sur trente-six cours, de deux à cinq minutes, avec un rendement annoncé de 30 % à 60 %.

Trois constats structurent cette enquête, menée le 26 octobre 2026. Le nom de la marque ne vient pas du domaine mais d’un fichier de configuration que le site distribue sans protection. La même console énumère huit autres enseignes de courtage, dont une reprend le nom d’un broker établi, et aucune de ces huit adresses ne répond plus aujourd’hui. Enfin, le nom n’existe publiquement que par son sous-domaine « pc » : la racine hyexglobal.net ne renvoie plus aucune adresse.

L’onglet du navigateur annonce Bybit, la configuration du site répond BYBIT

La page servie à l’adresse du portail pèse 2 502 octets. On y trouve une feuille de style de chargement, deux appels de scripts et une balise de titre vide, sans le moindre mot de contenu : tout ce que voit le visiteur est fabriqué après coup par le navigateur. Le nom affiché dans l’onglet ne vient donc pas de la page, il vient de la configuration du site, interrogée à l’ouverture.

Cette configuration est accessible sans compte. Une requête sur le service des réglages de base renvoie un objet où deux champs répondent « BYBIT » : le nom du site et l’étiquette client. Le même fichier donne le chemin du logo, une couleur principale verte, la devise en dollars et un fuseau horaire réglé sur Europe/Berlin. Rien, dans cette réponse, ne désigne une société : ni raison sociale, ni adresse, ni numéro d’immatriculation.

Bybit est une place d’échange de crypto-actifs de premier rang, dont le site officiel est bybit.com. Aucun élément du dossier ne la relie à hyexglobal.net : le nom de domaine appartient à un enregistreur singapourien à bas coût, il a six mois d’existence, et la page ne comporte ni mention légale, ni adresse, ni courriel. La formule « Award-Winning Multi-Asset Platform » est un slogan, pas une autorisation.

Le produit réel apparaît dès l’écran d’accueil : deux boutons, « Buy up » et « Buy down », quatre échéances de 120, 180, 240 et 300 secondes, quatre paliers de rendement de 30 %, 40 %, 50 % et 60 %, et une mise minimale de dix unités. C’est un pari sur la direction d’un cours à trois minutes, présenté comme du trading multi-actifs. Une place d’échange ne commercialise pas ce produit, et un intermédiaire qui le ferait devrait être enregistré comme tel.

Une fenêtre d’avertissement s’ouvre au chargement : le service n’est pas fourni en Corée du Nord, en Israël, en Chine, au Vanuatu et à Cuba. Cette liste ne correspond à aucune politique commerciale d’un intermédiaire européen. L’exclusion d’Israël aux côtés de la Chine, dans une phrase de trois lignes, décrit le gabarit bien plus qu’elle ne décrit un courtier.

La marque Bybit est d’ailleurs empruntée de manière récurrente. En mai 2026, nous documentions Frbybitteampc, une usurpation du même nom sur une adresse en .vip, éteinte après la collecte des fonds.

Dernière mise à jour : 26/10/2026

📄 Document

Notre dossier de preuves contient la copie du terminal servi par pc.hyexglobal.net le 26 octobre 2026. On y voit le titre Bybit, les quatre échéances de 120 à 300 secondes, les quatre paliers de rendement et l’avertissement qui exclut cinq pays.

La version intégrale, sans filigrane, est délivrée sur commande pour une production en justice.

Terminal de paris à échéance courte servi par pc.hyexglobal.net
Le terminal servi par pc.hyexglobal.net le 26 octobre 2026, sous un titre emprunté à Bybit.

Derrière la vitrine, une console qui énumère huit autres enseignes de courtage

Une seconde requête, également sans authentification, décrit le parc. Le service des sociétés renvoie une liste de huit enregistrements, chacun avec un nom commercial, une raison sociale, une adresse de courriel, un logo et une adresse de repli. Les voici tels qu’ils sortent de la base, sans retouche :

Les huit adresses ont été testées le 26 octobre 2026 : aucune ne résout. Les noms de domaine de cptfex.com à usdcltd.com ont tous disparu de la zone publique. Ce que la console expose n’est donc pas un réseau actif, c’est un catalogue d’enseignes déjà servies, conservées dans la base d’un même logiciel. Un opérateur qui change de nom garde ainsi la trace de ses vitrines précédentes, sans jamais effacer la liste.

Une entrée mérite qu’on s’y arrête : « IC Markets Ltd ». IC Markets est un courtier établi, dont le site est icmarkets.com. Ici, le nom est logé sur icmarkets-fxs.com, avec l’adresse [email protected]. Le procédé est identique à celui employé pour Bybit : on prend un nom connu, on l’installe sur un domaine qui ne lui appartient pas, et le logiciel fournit le reste, jusqu’aux logos et aux adresses de contact.

La même famille de réponses contient une adresse de repli, m.texttrademo.com, qui ne résout pas davantage. La racine texttrademo.com, elle, sert aujourd’hui un service indonésien de gestion de documents, sans aucun rapport avec le courtage. Les noms passent, la console reste : c’est précisément ce que nous observions en octobre 2026 sur Lueur Bitwise, où trois vitrines différentes affichaient trois notes différentes à partir d’un même dispositif de pistage.

Un nom enregistré le 8 avril dont seule l’adresse « pc » existe encore

Le registre du domaine est consultable et sans ambiguïté. hyexglobal.net a été créé le 8 avril 2026 à 15 h 40 UTC chez Gname.com Pte. Ltd., enregistreur singapourien immatriculé sous le numéro IANA 1923. Le dossier a été modifié onze minutes plus tard, et l’échéance est fixée au 8 avril 2027, soit un an jour pour jour. Le statut affiché, « clientTransferProhibited », verrouille tout transfert sortant, et le titulaire est masqué par le service de confidentialité de l’enregistreur. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Le DNS est plus parlant que le registre. La zone existe : deux serveurs de noms Cloudflare répondent, et le certificat est en place. Mais la racine hyexglobal.net ne renvoie aucune adresse, www.hyexglobal.net ne résout pas, et le seul nom qui répond est pc.hyexglobal.net, derrière deux adresses Cloudflare. Autrement dit, l’enseigne n’a pas de vitrine : elle n’a qu’un portail, celui du client déjà inscrit.

Le certificat confirme l’intention. Il s’agit d’un certificat générique pour *.hyexglobal.net, émis par Let’s Encrypt le 2 octobre 2026 et valable jusqu’au 31 décembre 2026, qui couvre aussi la racine. Un certificat de ce type n’est délivré que pour une famille de sous-domaines : la racine était donc prévue, même si elle ne répond plus aujourd’hui. Rien n’interdit à l’opérateur d’ouvrir demain une nouvelle adresse sous le même nom, sans toucher au registre.

Une adresse de service subsiste enfin dans le code de la page : api.lkmnjjklnn.vip, enregistrée le 12 mars 2025 chez le même Gname, avec un titulaire déclaré à New York. Elle répond aujourd’hui par une erreur 522, c’est-à-dire que Cloudflare ne parvient plus à joindre le serveur d’origine. Le portail s’affiche encore parce que les fichiers sont servis, mais le service de secours qui devait l’alimenter est hors d’atteinte.

« about us », et une page de réglementation dont l’image manque

Le site possède une page « à propos ». Elle est servie par le même service de contenus, et son texte tient en deux mots anglais : « about us ». Pas de traduction, pas de paragraphe, pas de société, pas de date de création : le contenu du gabarit n’a jamais été rempli.

Il possède aussi une page d’informations réglementaires, celle qui est censée porter la licence. Elle ne contient qu’une image, stockée dans un dossier daté d’avril 2025, et cette image répond aujourd’hui 404. La seule pièce destinée à établir un statut de superviseur est donc un lien mort, sur un serveur qui n’a jamais été nettoyé depuis la mise en service.

Aucune adresse de courriel, aucun numéro de téléphone, aucune adresse postale n’est publiée sur le domaine. Le seul canal offert au visiteur est une fenêtre de clavardage, dont la configuration pointe vers un service tiers, et deux scripts de messagerie sont chargés dans la page. Un intermédiaire financier qui revendique le nom d’une place d’échange mondiale ne peut pas n’avoir, comme point de contact, qu’une bulle de discussion.

Les étiquettes de cette console sont d’ailleurs restées en chinois. Les groupes de contenus s’appellent 平台监管讯息, 关于我们 et 入金银行卡说明, soit « informations de supervision de la plateforme », « à propos de nous » et « notice de dépôt par carte bancaire ». Les réponses du service commencent par 请求成功, « requête réussie », et le module de crédit du menu porte la description 市场首页-信用贷款, « prêt à la consommation de la page d’accueil ». Un portail qui se présente sous le nom de Bybit, avec un fuseau horaire berlinois et des libellés d’administration jamais traduits, décrit assez précisément sa chaîne de production.

Vingt minutes pour payer, un reçu à téléverser et un canal Telegram dans les réglages

Les conditions de dépôt sont écrites dans la même base. Le texte servi pour le paiement par carte demande de finaliser le versement dans les vingt minutes, faute de quoi la commande doit être recommencée, et précise que le justificatif doit être téléversé, sans quoi « la transaction sera considérée comme invalide ».

Ce détail n’est pas cosmétique. Un prestataire de paiement confirme une opération par une notification technique, sans intervention humaine. Ici, c’est une personne qui regarde une capture d’écran et crédite le compte affiché dans le terminal. Le portail accepte d’ailleurs deux rails : la carte bancaire et un portefeuille de crypto-actifs, la page chargeant au passage une bibliothèque de connexion de portefeuilles, avec un identifiant de projet inscrit en clair dans le code.

La configuration prévoit encore l’export des inscriptions vers Telegram, et une vérification d’identité appuyée : pièce d’identité, selfie, passeport. Le module de crédit va plus loin, puisqu’il réclame la situation familiale, la profession, les revenus du foyer, l’ancienneté dans l’emploi et le numéro de sécurité sociale. Ce n’est pas ce que demande un intermédiaire pour ouvrir un compte de trading, c’est ce que constitue un fichier de prospection.

Les libellés du retrait contiennent enfin la boîte à outils habituelle des demandes de frais : une facture fiscale, une caution, des frais de traitement et le calcul de cette caution. Ces champs existent dans le logiciel avant même qu’un client les déclenche, ce qui signifie que le scénario du versement complémentaire est prévu dès la conception, et non improvisé au moment où l’épargnant réclame son argent.

Le site est mal noté par les services de réputation : la fiche ScamDoc de pc.hyexglobal.net affiche un indice de confiance de 25 %. Il ne figure en revanche dans aucune des listes publiées par l’AMF : nous avons interrogé les six fichiers disponibles, dont la liste forex du 28 septembre 2026 et la liste des produits dérivés sur crypto-actifs du 8 octobre 2026, sans trouver d’entrée correspondant à hyexglobal. Cette absence ne vaut pas brevet de régularité, elle signifie seulement qu’aucune mise en garde nominative n’avait été publiée à cette date.

Les personnes qui nous saisissent après ce type de plateforme arrivent presque toujours avec la même question : que reste-t-il à faire quand les fonds sont partis et que le site continue de fonctionner ? Dans l’entretien vidéo qui suit, notre avocate partenaire Me Anne Bernard-Dussaulx, inscrite au barreau de Paris, décrypte un dossier d’escroquerie financière instruit à Clermont-Ferrand, où la procédure ouverte sur plainte des épargnants s’est achevée par l’incarcération de son auteur. Son parcours et ses références sont présentés sur la fiche de Maître Anne Bernard-Dussaulx.

Après un virement vers ce portail : les pièces à réunir et l’ordre des démarches

Le versement a pu être fait par carte, par virement ou en crypto-actifs, et la démarche n’est pas la même selon le canal. Dans tous les cas, ce qui se récupère d’abord, ce sont les traces : l’écran de commande avec son compte à rebours de vingt minutes, l’identité du bénéficiaire (IBAN ou adresse de portefeuille), le justificatif téléversé, la conversation avec l’interlocuteur qui a guidé l’opération, les courriels reçus, en-têtes compris, ainsi que le journal de vos appels, avec les numéros composés et l’heure de chaque échange.

Si le paiement est parti par carte, la contestation se fait auprès de l’émetteur, dans les délais prévus par le réseau. S’il est parti par virement, il faut réclamer sans attendre le rappel du montant, en produisant la référence du virement et l’identité du destinataire, puis réitérer la réclamation par écrit. Un signalement déposé sur THESEE, la plateforme du ministère de l’Intérieur, puis une plainte, ferment la liste des actes utiles : notre page sur le dépôt de plainte et la voie pénale expose la marche à suivre. Une personne qui a payé après avoir été mise en relation par ce portail peut également solliciter notre demande d’assistance, où son dossier est étudié au regard des pièces qu’elle détient.

Pour celles qui n’ont fait que laisser un nom, un courriel et un numéro, la vigilance porte sur la suite : les inscriptions de ce portail sont exportées vers une messagerie de groupe, et les coordonnées resservent généralement sur une autre vitrine du même opérateur, avec un nouvel emballage et un nouvel argument. Un appel qui arrive plusieurs semaines après une inscription, avec un interlocuteur qui connaît déjà le montant disponible, ne relève pas du hasard.

Pc.hyexglobal.net n’est pas un courtier qui aurait mal tourné : c’est une console de courtage en marque blanche, dont le nom affiché, la couleur, la langue et la société de façade sont des variables de réglage. Le préjudice, ici, ne vient pas d’un rendement décevant : il vient d’un solde affiché qui n’a jamais été payable, et d’une demande de frais présentée comme la condition du retrait. La marque Bybit n’est qu’un emballage, et le fait qu’elle puisse changer sur simple modification d’un champ suffit à écarter l’idée d’un intermédiaire financier. Notre équipe procède de cette manière avant d’engager quoi que ce soit : elle recoupe la chronologie des paiements, le moyen utilisé et les coordonnées du compte destinataire.

Trois questions sur un nom qui n’est pas le sien

Pc.hyexglobal.net est-il un site de Bybit ?

Non. Bybit opère depuis bybit.com et son nom n’apparaît dans aucun document de ce domaine. hyexglobal.net a été enregistré le 8 avril 2026 chez un revendeur singapourien, et le mot « BYBIT » n’y figure que comme paramètre du logiciel : le nom du site et l’étiquette client sont deux champs de configuration, modifiables sans toucher au domaine. Aucune raison sociale, aucune adresse et aucun courriel ne sont publiés sur le portail.

Pourquoi la même console affiche-t-elle plusieurs marques ?

Parce que le logiciel est vendu en marque blanche. Une requête non protégée sur le service des sociétés renvoie huit enseignes distinctes, avec leurs noms, leurs adresses de courriel et leurs domaines : CPT Limited, Star Funds, Fecc Global, IC Markets Ltd sur icmarkets-fxs.com, BCC Markets, GYG Investment, Jpweb et USDC Investment. Les huit domaines sont éteints au 26 octobre 2026. Le nom affiché est donc un réglage, et l’enseigne change sans que le code change.

Que risque une personne qui a seulement laissé ses coordonnées ?

Ses données sont déjà sorties du site : les inscriptions sont exportées vers une messagerie de groupe, et le module de crédit réclame des informations qui n’ont rien à voir avec un compte de trading, comme la situation familiale, les revenus du foyer ou le numéro de sécurité sociale. Il faut s’attendre à des appels présentant une autre enseigne, avec un argument différent et parfois le montant déjà versé en référence. Ne versez aucun frais de déblocage, de taxe ou de caution, et conservez chaque échange.

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