Bdlcic.com arnaque : la vitrine d’une banque suisse recopiée

Dix jours après le certificat, l’autorité classe ce nom sous « Usurpation »

Le nom de domaine bdlcic.com a été inscrit ce lundi 28 septembre 2026 sur la liste des acteurs non autorisés tenue par le régulateur français des marchés financiers. La qualification retenue est « Usurpation ». La page consacrée à ce nom rappelle qu’aucune autorisation ne couvre ce prestataire pour des services ou des placements proposés en France. Sa date de mise en ligne est celle du jour même.

Cette inscription ne vise pas un nom abandonné. Interrogé à la même heure, bdlcic.com répond, sert une vitrine complète en anglais et se présente comme une banque privée suisse. Tout le dossier tient dans ce contraste : d’un côté un régulateur qui déclare le nom non autorisé, de l’autre une interface soignée, une page de prévention de la fraude rédigée avec sérieux et un espace de connexion client qui accepte des identifiants. Dix jours plus tôt, le 18 septembre 2026, un certificat chiffrant avait été délivré pour ce nom et pour l’ensemble de ses sous-domaines.

La fiche que l’Autorité des marchés financiers consacre à ce nom se lit ici : la page publiée par le régulateur au sujet de bdlcic.com. Elle nomme un domaine, une qualification et une date, sans nommer de société, de dirigeant, et sans reproduire d’identifiant d’entreprise. Ce silence est cohérent avec ce que nos recherches ont établi par ailleurs : aucun registre public ne rattache une entité vérifiable à cette enseigne.

Dernière mise à jour : 28/09/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par bdlcic.com, réalisée le 28 septembre 2026. Y figurent la phrase d’accroche « Driven by conviction. », les quatre repères chiffrés du bandeau (150 milliards de francs d’actifs sous gestion, une fondation en 1969, plus de vingt implantations, plus de 1 900 collaborateurs) et les trois blocs d’expertise : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la page servie par bdlcic.com le 28 septembre 2026

Le sigle d’une banque genevoise dans les fichiers de la vitrine

Le premier indice ne vient pas du registre mais des fichiers. La page d’accueil de bdlcic.com charge ses illustrations depuis des adresses internes qui ont conservé l’arborescence du site dont elles proviennent : le chemin des vignettes de bureaux se lit « files/live/sites/ubp/files/images/offices/UBP-Geneva_Thumb_Desktop.jpg », et celui de l’accroche vidéo « files/live/sites/ubp/files/images/hero/UBP-home_video_thumb.jpg ». Le sigle qui apparaît dans ces chemins est celui d’Union Bancaire Privée, la banque privée genevoise. Les images sont bien servies par bdlcic.com, mais elles viennent d’ailleurs, et le nom de notre dossier n’apparaît nulle part dans cette arborescence.

Deux autres détails confirment la reprise. L’adresse de la page de présentation se termine par « discover-ubp » alors que le libellé affiché annonce « Discover BDL ». Et le titre de la page d’accueil se lit « Wealth Management & Asset Management | » : la barre de séparation est là, la place du nom est restée vide, comme si le remplacement du titulaire d’origine n’avait jamais été terminé.

La comparaison avec le site de l’établissement genevois est instructive. La formule d’ouverture y est « The drive you demand. » ; sur bdlcic.com, elle devient « Driven by conviction. », et la phrase qui suit, celle d’une maison concentrée sur une seule activité de gestion de fortune et d’actifs pour des clients privés et institutionnels, est reprise telle quelle. L’ossature éditoriale, les rubriques, jusqu’à la page de prévention de la fraude et de cybersécurité, sont celles de l’établissement copié. Une vitrine qui détourne ainsi l’identité d’une autre s’expose d’autant plus que la copie est vérifiable : ses auteurs ont gardé les fichiers du modèle. Ce procédé rappelle novexissuisse.com, autre enseigne suisse bâtie sur les textes d’une maison existante.

Déposé le 17 mars 2026 chez Hello Internet, un certificat du 18 septembre

Le registre central du .com donne au nom une histoire courte. Enregistré le 17 mars 2026 à 21 h 57, il est réglé pour un an, jusqu’au 17 mars 2027, et sa dernière modification date du lendemain de sa création. Trois mentions l’accompagnent : transfert, mise à jour et suppression bloqués. Ces verrous sont ceux qu’un bureau d’enregistrement pose par défaut, et non la marque d’une protection de marque.

Ce bureau est Hello Internet Corp, identifié sous le numéro 1924 auprès de l’autorité d’attribution des noms, avec un contact de signalement ouvert à toute personne souhaitant faire constater un usage abusif. Le titulaire, lui, n’apparaît nulle part : le fichier d’enregistrement ne publie aucune identité, aucune adresse et aucun organisme de rattachement. Le nom repose sur les serveurs de noms de Cloudflare, une infrastructure de filtrage utilisée par des millions de sites, qui n’indique pas où se trouve une éventuelle machine.

Ce cas de figure rejoint celui de swissbrokerexperts.ch, autre nom se réclamant de la place suisse dont l’absence de toute inscription au registre du commerce constituait déjà le principal enseignement.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

L’équipement technique mérite d’être rapproché du calendrier. Le certificat en cours a été émis le 18 septembre 2026 par Let’s Encrypt, dix jours avant l’inscription du nom par le régulateur, couvre le domaine et tous ses sous-domaines, et court jusqu’au 17 décembre 2026. Notre relevé recense par ailleurs quarante-neuf technologies réparties en douze familles : la protection et la diffusion de contenu, l’adressage, le certificat gratuit, le suivi d’audience, et un service de courrier confié à un hébergeur grand public plutôt qu’à un prestataire bancaire. L’authentification des messages existe, mais sa politique est réglée sur « aucune », ce qui laisse passer des courriers usurpant l’expéditeur. Rien de tout cela ne ressemble à l’outillage d’un établissement de crédit.

Cent cinquante milliards affichés, une autorisation suisse invoquée

Ce que la vitrine raconte d’elle-même tient en quatre repères : cent cinquante milliards de francs d’actifs sous gestion, une fondation en 1969, plus de vingt implantations et plus de 1 900 collaborateurs. Deux de ces repères, l’année de fondation et l’ordre de grandeur des encours, sont ceux de l’établissement genevois dont les pages ont été reprises. Un seul mot a changé de place : la vitrine situe sa fondation à Lugano, alors que la maison d’origine a vu le jour à Genève.

La page juridique va plus loin. Elle affirme que l’enseigne est une banque et un négociant en valeurs mobilières autorisé et surveillé par l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers suisses, avec siège à Lugano. La même page écrit ce siège sous la forme « Lugano, Lugano, Suisse » : la ville y figure deux fois. La page de contact fait mieux encore, puisqu’elle annonce en haut un siège à Lugano, puis, dans le bloc cartographique de la même page, un siège à Genève. Deux adresses principales pour un même établissement, sur une seule page, dont aucune ne comporte de numéro de rue.

Aucun courriel joignable n’est publié. Le formulaire de contact affiche une adresse de courrier masquée par le dispositif de protection de l’hébergeur, et aucun numéro de téléphone ne l’accompagne. Une maison qui revendique plus de vingt implantations et qui ne donne ni ligne directe, ni adresse complète, ni numéro d’immatriculation bancaire ne laisse aucune prise à la vérification. Les mentions de la vitrine ne renvoient d’ailleurs à aucun organisme de contrôle : elles affirment une autorisation sans permettre de la confronter à sa source.

Du côté de l’évaluation publique, l’indice de confiance attaché à ce nom est faible. Il s’établit à 25 % sur la fiche ScamDoc de bdlcic.com, où le service relève notamment l’absence d’ancienneté et de mentions vérifiables.

Un accès client sur un sous-domaine, un site retiré de tous les moteurs

Le menu d’accès de la vitrine propose deux services : un espace de banque en ligne présenté comme destiné aux clients privés d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique, et un portail présenté comme celui des clients d’Asie. Les deux renvoient au même endroit, man.bdlcic.com. Interrogé le 28 septembre 2026, ce sous-domaine sert une page de connexion intitulée « Client Login » et signée du nom de l’enseigne, avec un formulaire d’adresse de courrier, de mot de passe et de mémorisation de session, dont l’envoi est dirigé vers une ressource interne de la forme /client/login.

Deux éléments de cette page tranchent avec l’univers annoncé. L’interface est déclinée en sept langues, anglais, italien, espagnol, néerlandais, français, russe et allemand, ce qui n’est pas la distribution naturelle d’une maison suisse de gestion de fortune. Et la page est portée par une base logicielle de développement web très répandue, reconnaissable à son unique fichier de script compilé : rien n’y évoque les dispositifs d’authentification renforcée qu’appelle la gestion de comptes bancaires. Nous avons également testé les préfixes de service attendus sur ce type d’infrastructure ; les adresses /login, /register, /dashboard et /api renvoient toutes une page d’erreur, et le plan du site est absent. Le portail ne dépend donc pas de la vitrine : il vit sur un sous-domaine distinct, ce qui permet de faire évoluer l’un sans toucher l’autre. Nous avons enfin relevé que des noms d’hôtes non déclarés, formés de deux lettres et de deux chiffres suivis du domaine, répondent vers la même infrastructure.

Une institution financière vit de sa visibilité. Celle-ci a choisi l’inverse. Le fichier de directives destiné aux robots, servi à la racine, commence par une consigne générale qui interdit tout, puis reprend nommément une vingtaine d’agents : les moteurs de recherche classiques, les outils d’indexation commerciale, ceux des réseaux sociaux et, plus récemment, les collecteurs des grands modèles de langage. Tous sont refusés. Cette consigne est doublée au niveau des en-têtes, puisque la racine renvoie à chaque requête une instruction interdisant l’indexation, le suivi des liens, la conservation d’une copie et l’affichage d’un extrait. Un nom dans cet état ne peut pas être trouvé par une recherche portant sur la gestion de fortune : pour y accéder, il faut déjà connaître l’adresse. C’est le comportement d’une page de campagne, pas celui du site d’une banque.

Ce qu’il reste à réunir après un virement vers ce nom

Une personne qui a suivi les consignes d’un interlocuteur se présentant sous cette enseigne, et qui a transféré des fonds vers le compte indiqué, dispose encore de plusieurs leviers. Le premier est documentaire : conserver l’intégralité des échanges, messages, courriels, numéros appelés et référence du formulaire rempli, ainsi que l’ordre de virement avec son libellé exact. Le deuxième est bancaire : faire confirmer par écrit, auprès de l’établissement qui a exécuté le transfert, le bénéficiaire déclaré, le montant et la date de l’opération. Le troisième est judiciaire : le dépôt d’une plainte, qui peut être complétée par une constitution de partie civile.

Trois observations propres à ce dossier méritent d’être conservées. D’abord la copie de la vitrine et de son portail, qui matérialise l’emprunt d’identité ; ensuite la fiche du régulateur, avec sa date, qui établit la persistance du dispositif après sa publication ; enfin la trace du formulaire rempli et du virement, qui relie la démarche à un mouvement de fonds précis. La nature des faits susceptibles d’être reprochés et la liste des justificatifs attendus sont exposées sur la page que nous consacrons à la plainte pénale.

Dans l’entretien vidéo placé ci-dessous, Maître Goce Novakov, avocat dont le barreau a son siège à Paris, revient sur une décision rendue en appel au bénéfice d’une victime d’escroquerie et sur ce qu’elle ouvre aux personnes ayant transféré des fonds vers une interface de ce genre.

Aucune autorisation, aucun registre : les questions qui reviennent

Le site bdlcic.com est-il autorisé à proposer des placements en France ?

Non. Son nom a été inscrit le 28 septembre 2026 sur la liste des acteurs non autorisés tenue par le régulateur français des marchés financiers, sous la mention « Usurpation ». Cette inscription constate qu’aucune autorisation ne couvre ce nom en France, ni pour un placement, ni pour un service financier. Elle ne met en cause ni une personne physique ni une société, et ne se prononce pas sur l’identité réelle des auteurs.

L’enseigne affichée par ce site correspond-elle à une banque suisse existante ?

La vitrine revendique une autorisation de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers suisses et un siège à Lugano. Or ses propres fichiers la trahissent : les images qu’elle sert proviennent d’une arborescence portant le sigle d’une banque privée genevoise, la page de présentation conserve l’adresse « discover-ubp », et la page de contact annonce successivement un siège à Lugano puis un siège à Genève. Reprendre la vitrine d’un établissement établi pour en détourner la clientèle est précisément ce que vise la qualification retenue par le régulateur français.

Que faire si des fonds ont été transférés après un contact venu de ce site ?

Conserver d’abord tout ce qui peut être daté : les messages échangés, le numéro appelé, la référence du formulaire rempli et l’ordre de virement. Demander ensuite à la banque qui a exécuté l’opération une confirmation écrite du bénéficiaire déclaré et du montant. Une plainte peut être déposée, éventuellement complétée par une constitution de partie civile. Ce dossier présente trois particularités utiles : la reprise de la charte d’une banque existante, la persistance du dispositif après sa publication par le régulateur, et l’existence d’un portail de connexion distinct.

Avec bdlcic.com, tout se tient en trois pièces : un nom déposé au printemps 2026, une vitrine entièrement reprise d’une banque privée suisse, jusqu’à ses dossiers d’images, et un portail de connexion servi sur un sous-domaine pour recueillir des identifiants. Ceux que cette interface a convaincus ont rempli un formulaire, parfois créé un accès, puis viré de l’argent à la suite d’un conseiller qui n’existe pas.

Dans ce type de dossier, l’évaluation préalable porte sur trois séries de pièces : la correspondance gardée avec l’interlocuteur, les justificatifs bancaires des transferts, et la chronologie qui relie les deux. C’est cet examen qui détermine ce qui reste réalisable, et dans quel ordre engager les démarches : quels mouvements se rattachent à cette seule démarche, ce qui peut être réclamé, et à quelle adresse la demande doit être portée.

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