Autotrade25.com arnaque : la régulation sur des numéros de gabarit

Une page de régulation garnie de numéros de gabarit

La page « Legal & Regulation » du site autotrade25.com s’ouvre sur cette déclaration : « Auto Trade 25 with registration number 987654321 is a company registered under the Laws of the United States, operating in the European Union, and is licensed by the U.S. Securities and Exchange Commission (SEC) with license number 8-07745 as well as by the Malta Financial Services Authority (MFSA) with license number 567/21. » Le paragraphe suivant poursuit : « Auto Trade 25 is a tradename of Auto Trade 25 with registration number 55460017, which is registered as a Registered Investment Adviser (RIA) and licensed by the U.S. Securities and Exchange Commission (SEC) with CRD number 987654 as well as authorised by the Financial Conduct Authority (FCA) in the United Kingdom with Firm Reference Number (FRN) 765432 in accordance with relevant financial services regulations. »

La lecture de ces deux paragraphes suffit à en révéler la nature. Les numéros 987654321, 987654 et 765432 sont des suites de chiffres consécutifs : il s’agit des valeurs d’exemple que tout gabarit de page web place dans ses champs avant que l’opérateur n’y substitue de vraies références. Ces champs n’ont jamais été remplis. La deuxième phrase va plus loin dans la révélation de l’état du document : elle indique que l’enseigne serait « a tradename of Auto Trade 25 », c’est-à-dire que le nom de la société qui devait remplacer le gabarit n’a tout simplement pas été inséré. La vitrine se décrit comme la marque commerciale d’elle-même.

Aucune des trois autorités invoquées, ni la SEC, ni la MFSA, ni la FCA, n’est accompagnée d’un lien de vérification, d’une fiche publique ou d’un document officiel. Rien sur la page ne permet de contrôler une seule de ces affirmations. Le relevé effectué le 22 septembre 2026 n’a fait apparaître aucune entrée correspondant à ce nom dans les listes de l’AMF.

Un numéro authentique est tout de même invoqué, non pas sur cette page, mais dans la foire aux questions. La vérification de ce numéro fait l’objet de la section 4 de cet article.

Dernière mise à jour : 22/09/2026

📄 Capture de la page

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par autotrade25.com, réalisée le 22 septembre 2026. Y figurent le bandeau d’accroche et ses promesses de rendement, le suivi du cours du bitcoin et les quatre plans tarifaires nommés d’après des fonds cotés : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par autotrade25.com le 22 septembre 2026

Sous la façade du courtier CFD, un placement en crypto-actifs

La page d’accueil de la vitrine présente un courtier de produits dérivés : actions, or, pétrole, indices, crypto-actifs, avec le slogan « la façon la plus simple de faire croître un portefeuille » et la promesse qu’aucune compétence de trading n’est requise. Ce discours ne correspond pas à ce que la foire aux questions décrit. Dans cette section, la société se définit comme « une équipe professionnelle de développeurs de l’industrie des cryptomonnaies » dont « le principal avantage est un robot de trading unique qui dégage un profit au stade de la croissance comme du recul du marché ».

Le parcours proposé au visiteur tient en trois étapes : s’inscrire, ouvrir un dépôt, puis « regarder son capital croître en accumulant un profit quotidien en temps réel ». Ce n’est pas la description d’un accès à des marchés financiers, c’est celle d’un placement à rendement annoncé. Les plans tarifaires encadrent des montants allant de 10 dollars au minimum jusqu’à 75 000 dollars au maximum, avec des équivalences en Bitcoin, Ether, Litecoin, Dogecoin, TRON et Tether. Les moyens de paiement acceptés sont PerfectMoney, Bitcoin, Ethereum, Litecoin, Dogecoin, TRON, Tether TRC20 et Tether ERC20 : aucun virement bancaire classique n’est mentionné.

La page ajoute que les commissions et coûts additionnels sont « inclus dans les profits que la société tire du développement des robots de cryptomonnaie », et que la plateforme « ne demande aucune information personnelle » : un identifiant, une adresse de courriel, un mot de passe et l’adresse du portefeuille de retrait suffisent à ouvrir un compte. La combinaison de ces éléments, des dépôts en crypto-actifs sans identification du client, sur des plans affichant un rendement quotidien, sans virement bancaire traçable, décrit une structure où aucun recours ne peut s’appuyer sur une identité du bénéficiaire ni sur un relevé bancaire classique.

La page d’accueil rend cet emprunt plus visible encore. Quatre plans y sont proposés sous des noms repris de fonds cotés réels : « BlackRock iShares Bitcoin Trust (IBIT) », annoncé à 10 % par opération avec un ticket d’entrée de 2 500 dollars, « VanEck Digital Assets Mining ETF (DAM) », à 7 %, « High Yield Assets », à 15 %, et un plan dit « Exclusive Gold Plan », à 5 %. Chacun promet le retour du capital à l’échéance, un retrait instantané et un accompagnement permanent, avec des plafonds qui atteignent dix millions de dollars. Ces dénominations sont celles de produits financiers existants, gérés par des sociétés qui n’ont aucun lien avec cette vitrine et qui ne sont pas mises en cause : reprendre le nom d’un fonds coté ne lui emprunte ni sa solidité ni sa surveillance. Aucun de ces plans n’est accompagné d’un document contractuel, d’un prospectus ou d’une information quelconque sur son mode de rendement.

Deux autres promesses complètent l’ensemble. La vitrine annonce une protection des fonds de ses clients « jusqu’à 1 000 000 de dollars », sans nommer d’assureur ni décrire le mécanisme de garantie, alors qu’aucune entité ne répond de son activité. Elle publie également quatre témoignages signés de pseudonymes qui revendiquent des gains très rapides, dont « plus de 200 000 dollars en un mois ». Les récompenses annoncées ne concordent pas d’une page à l’autre : la page d’accueil en affiche 42, la page de présentation « plus de 40 ».

Ce type de montage a déjà été documenté dans d’autres dossiers traités ici. La vitrine foudrerendivo.cfd utilisait la même superposition d’une présentation en courtier CFD et d’un dispositif de dépôt en crypto-actifs, avec un seuil d’entrée fixé à 250 euros. Le dossier aimex-trade.sbs a mis en évidence une usine à vitrines dont le fichier d’analyse interne portait en clair un numéro de site, un numéro de modèle et l’adresse du service collectant ses données.

Une plateforme de marque blanche signée Aurevia Markets

Le bas de chaque page relevée sur autotrade25.com porte la mention « Powered by Aurevia Markets ». À chaque visite du site, le serveur émet un cookie de session portant le nom aurevia_markets_session. Ces deux éléments concordent : la vitrine est une déclinaison montée sur une base technique fournie par un tiers, dont le nom est resté visible dans le code et dans les en-têtes, sans que les pages de présentation de la vitrine en fassent jamais mention.

Un autre gabarit resté en place confirme le manque de relecture des pages avant leur publication. La politique de confidentialité désigne un délégué à la protection des données joignable à l’adresse « privacy{{$settings->site_name}}.com » : la variable qui devait recevoir le nom du site n’a pas été remplacée. Cette adresse de contact est donc inutilisable, et la page a été publiée dans cet état.

Il convient de préciser qu’Aurevia Markets est un prestataire de base technique. Rien dans les éléments relevés n’établit que ce prestataire exploite lui-même la vitrine autotrade25.com, et il n’est pas mis en cause dans ce dossier. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Huit adresses de prestige, un seul point de contact

La foire aux questions répond à la question « Is Auto Trade 25 an officially registered company? » par cette affirmation : « Yes, we are legally binding and officially registered in the UK under the company registration number #08683932 ». La vérification du registre britannique des sociétés montre que ce numéro correspond à ALLBIT LTD, immatriculée le 10 septembre 2013 à Rotherham, dans le Yorkshire du Sud, avec pour code d’activité déclaré la vente au détail par correspondance ou par internet. La société est toujours active au registre. Rien dans les pages relevées n’établit de lien entre ALLBIT LTD et l’enseigne qui invoque son numéro : la reprise d’un numéro authentique ne rattache pas l’exploitant du site à la société enregistrée. ALLBIT LTD n’est pas mise en cause et n’est pas l’auteur du site.

La page de contact de la vitrine indique un bureau principal au 11 Grace Avenue, suite 108, à Great Neck, dans l’État de New York, un numéro de téléphone nord-américain présenté comme joignable en permanence, et l’adresse [email protected]. Elle liste ensuite huit autres implantations : San Francisco, Toronto, Londres, Francfort, Zurich, Singapour, Hong Kong et Tokyo, chacune assortie d’horaires de marché. Aucune de ces adresses n’est rattachée à une société nommée, à un numéro d’immatriculation local ou à un responsable de publication. La vitrine affiche une présence mondiale sans qu’aucune entité ne réponde de son activité.

L’accès à la vitrine lui-même est conditionné. Interrogée à son adresse racine, la page ne s’affiche pas : le visiteur est renvoyé vers un écran intitulé « Human verification » indiquant que l’accès est protégé par un dispositif de sécurité d’hébergement. La vitrine n’apparaît qu’en ajoutant le paramètre ?captcha à l’adresse, sous la forme exacte transmise dans la signalétique qui nous a été soumise. Ce filtre rend la vitrine invisible pour la quasi-totalité des visiteurs qui n’ont pas reçu ce lien.

Un nom déposé le 13 juillet 2026 chez un bureau tchèque

Le nom de domaine autotrade25.com a été déposé le 13 juillet 2026, pour une échéance fixée au 13 juillet 2027. La dernière modification enregistrée date du 14 juillet 2026, soit le lendemain du dépôt, et un peu plus de deux mois avant le présent relevé. Le bureau d’enregistrement est Gransy, s.r.o., un prestataire établi en République tchèque. Les serveurs de noms déclarés sont ns27.my-control-panel.com et ns28.my-control-panel.com, et le nom porte le statut « client transfer prohibited ».

Le nom résout vers l’adresse 198.251.89.220, sur un hébergement mutualisé annoncé depuis le Luxembourg. Le certificat qui sécurise les échanges est un certificat Let’s Encrypt émis le 13 septembre 2026 et valable jusqu’au 12 décembre 2026. Les relevés de journalisation des certificats montrent, sur ce nom, une émission couvrant à la fois le nom et sa forme générique. Les enregistrements de courrier du domaine sont déclarés avec une politique SPF, mais l’enregistrement DMARC est réglé sur « none » : aucune consigne de traitement n’est donnée pour les messages qui usurperaient l’adresse du domaine.

La pile technique de la page comprend la bibliothèque Tailwind CSS, le cadriciel Alpine.js, jQuery en version 3.6, des modules de cotation fournis par TradingView, une messagerie de discussion en direct et un module de traduction des pages. Le serveur applicatif annoncé est LiteSpeed, et les en-têtes transmettent un cookie de session PHP aux côtés d’un jeton anti-falsification. La fiche d’évaluation publique attachée à cette adresse affiche un pour cent de confiance, l’un des niveaux les plus bas du barème utilisé. Le bureau d’enregistrement tchèque et le fournisseur d’hébergement luxembourgeois sont des intermédiaires techniques neutres, qui ne sont pas mis en cause.

Ce qu’un versement laisse comme traces exploitables

Une personne qui a versé des fonds sur cette vitrine doit réunir, sans délai, l’ensemble des pièces susceptibles d’alimenter un dossier. Il s’agit des relevés de compte où figure le destinataire de chaque transfert, des ordres de virement conservés par l’établissement bancaire, des captures d’écran des plans tarifaires et du formulaire d’inscription tels qu’ils étaient affichés au moment du dépôt, et de l’intégralité des échanges écrits avec la plateforme, qu’ils aient eu lieu par courriel ou par la messagerie de discussion. Pour les transferts en crypto-actifs, la référence de chaque transaction et l’adresse de portefeuille de destination constituent des éléments indispensables. Pour les règlements effectués par carte, les justificatifs de débit doivent également être conservés. Ces pièces sont décrites en détail dans la marche à suivre pour déposer plainte.

Sur ce que devient un dossier de ce type une fois porté devant les juges, la question de la mise en examen des auteurs et de l’indemnisation des victimes, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate, le barreau dont elle relève étant Paris, répond dans l’entretien ci-dessous aux questions les plus fréquentes que posent les personnes qui envisagent d’engager une procédure pénale après avoir subi une escroquerie financière.

Ce que la régulation affichée ne démontre pas

Quelle valeur accorder aux autorisations affichées par une vitrine de courtage qui ne publie aucun document officiel ?

Une autorisation de régulateur se vérifie sur le registre public de l’autorité concernée, à partir du numéro de dossier ou du numéro de référence indiqué. Lorsque les numéros affichés sont des suites de chiffres consécutifs issues d’un gabarit non rempli, ils ne correspondent à aucune inscription réelle et ne peuvent pas être contrôlés. La mention d’un régulateur sur une page web, sans référence vérifiable ni lien vers une fiche officielle, n’a aucune portée juridique. Seule la consultation du registre de l’autorité supposément compétente permet d’établir si une autorisation existe.

Une personne qui a rempli un formulaire d’inscription sans verser de fonds doit-elle prendre des précautions particulières ?

Oui. Une plateforme qui collecte un identifiant, une adresse de courriel et un mot de passe dispose déjà de données personnelles. Il est recommandé de ne pas réutiliser ce mot de passe sur d’autres services, de surveiller les communications reçues à l’adresse indiquée et de ne donner suite à aucune sollicitation de la plateforme, qu’elle prenne la forme d’une relance commerciale, d’une demande de document d’identité ou d’une proposition de rendement. L’absence de versement limite l’exposition financière, mais ne supprime pas le risque lié à la transmission de données de contact.

Des fonds versés en crypto-actifs sur ce type de plans à rendement quotidien sont-ils récupérables ?

La récupération de fonds versés en crypto-actifs est techniquement plus complexe que celle d’un virement bancaire classique, mais elle n’est pas impossible. L’adresse de portefeuille de destination et la référence de chaque transaction permettent de retracer les mouvements sur la chaîne de blocs. Ces éléments, transmis à un service d’enquête spécialisé ou à un juge d’instruction dans le cadre d’une procédure pénale, peuvent conduire à l’identification des bénéficiaires réels et, dans certains cas, à des mesures conservatoires sur des avoirs. La constitution d’un dossier complet dès le premier constat reste la condition première de toute démarche utile.

La vitrine autotrade25.com s’adresse à des personnes attirées par la promesse d’un courtage régulé et d’une croissance de portefeuille sans compétence particulière, alors que ses autorisations reposent sur des numéros de gabarit jamais remplacés et que son fonctionnement réel correspond à des dépôts en crypto-actifs sur des plans à rendement quotidien. Aucune des huit implantations mondiales annoncées n’est rattachée à une entité qui répondrait de l’activité, et le seul numéro authentique invoqué appartient à une société britannique sans lien établi avec la vitrine. Avant tout contact avec une plateforme de ce type, une évaluation préalable du dossier par BrokerDefense permet d’en mesurer les risques à partir des seuls éléments vérifiables.

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