Solara Finance Limited n’a jamais existé autrement que comme un formulaire de connexion. Le nom solara-financelimited.com porte, depuis le 14 novembre 2025, une inscription du gendarme boursier français sous le libellé « Forex ». Notre enquête, menée le 4 octobre 2026, confronte cette inscription réglementaire à ce que la vitrine donnait réellement à voir.
Le verdict du régulateur est sans appel. Derrière un logo doré et un slogan en trois mots, aucune société, aucune adresse, aucun agrément. Ce dossier documente la mécanique complète : la façade, l’infrastructure, le devenir du nom et les recours ouverts aux personnes qui ont versé des fonds.
Sommaire
- L’AMF range ce nom sous « Forex », la vitrine n’était qu’un formulaire
- Une page d’authentification pour tout décor : un logo, deux champs, un bouton
- Un masque Cloudflare, un prestataire payé en cryptomonnaies
- Du dépôt du nom à sa reprise par un service d’acquisition de noms expirés
- Ce que l’adresse sert aujourd’hui : un simple script de redirection
- Des versements à la plainte : par où commencer
- Avant de conclure : des précisions sur ce dossier
L’AMF range ce nom sous « Forex », la vitrine n’était qu’un formulaire
Notre premier dossier consacré à ce nom avait déjà décrit la façade de légitimité puis l’abandon du domaine. La présente mise à jour part d’un fait établi : l’AMF a rangé ce nom sous le libellé Forex, le 14 novembre 2025, et la fiche que le gendarme boursier consacre à ce nom est consultable sans restriction.
Cette entrée au fichier suffit, à elle seule, à établir que l’enseigne n’a jamais été habilitée à commercialiser le moindre placement dans l’Hexagone. Pour qui a déjà transféré de l’argent, cela veut dire que son interlocuteur agissait sans aucun titre. Aucune régularisation ultérieure ne remet ce constat en cause. Les voies de droit demeurent, et chaque mois perdu complique la reconstitution des pièces.
Le contraste est saisissant. D’un côté, une inscription officielle dans un fichier public. De l’autre, une vitrine réduite à deux champs de saisie, sans société identifiable, sans adresse, sans agrément visible. Ce vide n’était pas un oubli : c’était le modèle.
Dernière mise à jour : 04/10/2026
📄 Document
BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par solara-financelimited.com. On y retrouve l’unique formulaire de connexion de l’enseigne, son logo et ses deux champs : de quoi identifier la vitrine, étayer un dossier ou prévenir un proche.
La version sans filigrane sert aux démarches judiciaires et se commande auprès de notre équipe.
Une page d’authentification pour tout décor : un logo, deux champs, un bouton
Nos captures du 25 février 2026 et du 5 juin 2026 montrent la même chose. Un logo « SF » en lettres dorées, le mot « Authorization » en titre de page, deux champs intitulés « Email » et « Password », un lien « Forgot your password? », un lien « Registration », un bouton bleu « LOGIN » et un sélecteur de langue surmonté d’un drapeau britannique avec la mention « en ». Rien d’autre.
Le slogan « Capital. Strategy. Growth. » complétait cette mise en scène. Trois mots, aucune substance. Aucun texte d’accueil, aucune présentation d’activité, aucune condition générale, aucune politique de confidentialité, aucune adresse physique, aucun numéro d’enregistrement, aucune autorité de tutelle mentionnée.
Le parcours imposé à l’utilisateur était révélateur. Un service financier légitime présente d’abord son identité, ses agréments, ses conditions. Ici, l’ordre était inversé : il fallait ouvrir un compte et livrer ses identifiants avant d’obtenir la moindre information sur l’entité. Les données personnelles précédaient toute transparence. Ce mécanisme est caractéristique des dispositifs conçus pour collecter des informations sans jamais en fournir.
Le dossier de captures comporte trois pages distinctes de cette même mécanique : la connexion, la récupération de mot de passe et l’inscription. Trois variations du même vide contractuel.
Un masque Cloudflare, un prestataire payé en cryptomonnaies
Notre analyse du 5 juin 2026 a identifié 31 technologies actives sur ce nom. L’infrastructure reposait entièrement sur les services Cloudflare : bureau de noms, hébergement, réseau de diffusion de contenu, mesure d’audience via Cloudflare Web Analytics et Cloudflare Insights, journalisation des erreurs réseau. Ce choix masquait l’hébergeur réel, rendant toute localisation directe impossible.
Le nom était enregistré chez NiceNIC, un bureau d’enregistrement accrédité par l’ICANN qui accepte notamment les paiements en cryptomonnaies. Ce détail n’est pas anodin : il réduit la traçabilité financière des opérateurs. Par ailleurs, la page intégrait des widgets TradingView, outil de graphiques boursiers reconnu du grand public, ainsi qu’un widget reCAPTCHA de Google, détecté pour la première fois le 9 avril 2026.
Le socle technique comprenait PHP, Webpack, Babel, core-js, la bibliothèque jQuery Validate, Magnific Popup, Select2, Almond et Slick JS. La page déclarait un enregistrement IPv6, une balise viewport et une police servie par Google Font API. La mention de copyright affichée datait de 2012, alors que le nom n’avait été mis en service qu’en 2025. Cet écart de treize ans n’était pas une erreur de mise en page.
Nous avons identifié, dans ce contexte, la fiche publique de réputation rattachée à term.solara-financelimited.com, dont l’indice de confiance plafonne à 1 pour cent, qualifié de très faible. Une telle mesure décrit le comportement d’un nom et les signalements recueillis ; elle ne dit rien de l’existence d’une autorisation d’exercer, qui, en l’espèce, n’a jamais existé. Ces outils grand public, aussi sophistiqués soient-ils, ne garantissent aucune légitimité à celui qui les déploie.
Du dépôt du nom à sa reprise par un service d’acquisition de noms expirés
Le nom solara-financelimited.com avait été mis en service le 26 avril 2025, via le bureau d’enregistrement NiceNIC. Ses opérateurs ne l’ont pas renouvelé après l’arrêt de la plateforme. Le 10 juillet 2026, il a changé de main au profit de DropCatch.com 1136 LLC, un service américain d’acquisition de noms expirés. L’échéance court désormais jusqu’au 10 juillet 2027.
Le titulaire déclaré reste masqué derrière un service de confidentialité : « Domain Admin », « Domain Privacy Ltd ». Ni société, ni personne physique, ni adresse d’exploitation n’apparaissent dans les données publiques. Le dossier est verrouillé par le statut clientTransferProhibited, ce qui bloque tout transfert non sollicité.
Les serveurs de noms déclarés sont A.2NS.NET et B.2NS.NET. La zone s’appuie sur ns4.dnsauthority.com et ns5.dnsauthority.com. La messagerie renvoie vers mx156.hostedmxserver.com, et l’enregistrement SPF est réglé pour interdire tout envoi de courriel depuis ce nom. Dès lors, les opérateurs d’origine restent hors de portée des vérifications ordinaires. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools, pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Ce que l’adresse sert aujourd’hui : un simple script de redirection
Le relevé que nous avons effectué le 4 octobre 2026 montre que solara-financelimited.com et son ancien sous-domaine de connexion term.solara-financelimited.com répondent tous deux. Toutefois, ils ne servent plus qu’un script de redirection d’environ 5,5 kilo-octets, sans aucun contenu, sans formulaire et sans lien avec l’activité de courtage jadis annoncée.
La résolution du nom pointe vers l’infrastructure d’un prestataire de renvoi publicitaire, via un CNAME pltraffic7.com, sur trois adresses : 172.234.27.224, 172.237.159.210 et 172.239.193.217. Plus de plateforme, plus de portail client, plus de formulaire. Il ne reste que du renvoi vers un tiers sans rapport avec la finance.
Ce constat technique a une portée juridique directe. La disparition de l’interface ne fait disparaître ni les responsabilités des opérateurs, ni les recours ouverts aux personnes qui ont versé des fonds. Un site qui ne répond plus n’est pas un dossier clos.
Des versements à la plainte : par où commencer
Le scénario se répète chez les victimes de ce nom. Ouverture d’un compte, transmission des identifiants, puis alimentation par virement, le plus souvent après des échanges avec un démarcheur qui se présentait comme un conseiller. Depuis la fermeture de la plateforme, tout contact a cessé. Ce silence est en soi une pièce à consigner.
Premier réflexe : saisir l’établissement qui a exécuté les virements. Selon les circonstances, notamment si un tiers a obtenu des accès ou si des instructions trompeuses ont été transmises, la banque peut être amenée à examiner sa part de responsabilité. En parallèle, une plainte doit être déposée au ministère public compétent, sans attendre.
Nous alertons aussi sur les offres de récupération faites par des inconnus. Elles visent précisément les victimes d’escroqueries financières et masquent souvent une seconde arnaque. En revanche, le répertoire public des sites non habilités tenu par le gendarme boursier constitue une pièce à verser au dossier pénal. Le déroulé concret figure sur notre page dédiée à la plainte pénale.
Un autre nom rangé par le régulateur selon un mécanisme comparable, pendoxa.com, a fait l’objet d’un dossier distinct. Les similitudes de construction entre les deux cas éclairent la répétition du schéma.
Sur la question de la responsabilité bancaire et des recours en cas de virement vers une plateforme frauduleuse, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, répond à nos questions dans un entretien filmé. Elle y aborde les virements non autorisés, la fraude au faux conseiller, la charge de la preuve et l’obligation de remboursement qui peut peser sur l’établissement bancaire.
Ceux et celles qui ont transféré de l’argent vers solara-financelimited.com sont dans une configuration bien particulière : ils ont contracté avec une entité dépourvue de tout titre, dont la vitrine n’offrait aucun cadre contractuel et dont les opérateurs ont disparu sans laisser de contact. BrokerDefense peut produire un dossier de recherches complet, conçu pour appuyer un dépôt de plainte, qui rassemble les éléments techniques, réglementaires et chronologiques réunis ici.
Avant de conclure : des précisions sur ce dossier
Non. Le régulateur français a rangé solara-financelimited.com sous le libellé « Forex » le 14 novembre 2025, dans son répertoire des sites non habilités. Rien sur la page ne renvoyait à une autorisation, dans l’Hexagone comme au-delà des frontières. Une enseigne qui recueille des dépôts sans autorisation expose les personnes qui lui font confiance à une perte totale.
Rassemblez d’abord les pièces : relevés des virements, échanges avec le démarcheur qui se présentait comme conseiller, captures de la page de connexion et du tableau de bord. Saisissez ensuite la banque qui a exécuté les virements pour obtenir copie des opérations et ouvrir une contestation. Déposez enfin une plainte auprès du ministère public compétent. Écartez les tiers qui promettent un retour de fonds contre un paiement préalable.
Non. La disparition de l’interface ne change rien aux responsabilités ni aux voies de droit. Le nom a changé de main et ne sert plus qu’un script de renvoi, mais les faits, les virements et l’inscription au fichier du régulateur restent opposables. Il faut agir tant que les pièces techniques sont encore documentables.
Article réécrit le 04/10/2026


