Aurevente arnaque : exmyit.com retiré des .com

Quatre mois après un certificat d’avril, plus aucune fiche pour exmyit.com au registre

Le 14 août 2026, une interrogation du fichier du registre .com ne rendait plus aucune fiche pour exmyit.com. Aucune donnée d’enregistrement, aucun titulaire, aucune date. Notre rédaction a renouvelé la même interrogation le 16 octobre 2026 : le résultat est identique. Pour écarter tout doute sur un dysfonctionnement de l’annuaire, une interrogation de contrôle menée le même jour sur un nom enregistré du même registre a rendu une réponse normale et complète. Ce n’est donc pas l’annuaire qui ne répond pas : c’est bien exmyit.com qui a disparu du fichier.

Ces données d’enregistrement figurent dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools, que tout lecteur peut parcourir pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

L’historique des certificats forme un contraste saisissant avec cette disparition. Le 3 avril 2026, deux certificats étaient émis : l’un pour le sous-domaine ex.exmyit.com, signé par l’autorité intermédiaire R12 de Let’s Encrypt, l’autre pour exmyit.com lui-même, signé par l’autorité intermédiaire R13. Tous deux couraient jusqu’au 2 juillet 2026. Un certificat de ce type se renouvelle en continu, sans qu’aucune intervention manuelle soit nécessaire : sa date d’émission prouve que l’infrastructure était maintenue et qu’elle servait encore des utilisateurs au printemps 2026. Quatre mois plus tard, plus rien.

Une précision s’impose. Le 10 août 2026, quatre jours avant la première interrogation du fichier, la zone du nom avait cessé de rendre une adresse : exmyit.com, ex.exmyit.com et www.exmyit.com ne renvoyaient plus rien. Mais une adresse qui ne répond plus n’est pas la même chose qu’un nom absent du fichier. Ici, le nom lui-même a disparu du fichier : les données d’enregistrement n’existent plus. Cette disparition prive les victimes d’une partie des traces administratives qui auraient pu orienter une enquête.

Dernière mise à jour : 16/10/2026

Derrière la marque AUREVENTE, aucun état civil d’entreprise

La plateforme se présentait sous la marque AUREVENTE, avec pour titre de page « Exchange France ». L’interface proposait la paire BTC/USDT, des graphiques en chandeliers japonais, des boutons Buy et Sell. Tout imitait un service d’échange de crypto-actifs professionnel, conçu pour inspirer confiance au premier regard.

Les promesses affichées allaient plus loin. La vitrine vantait un « trading algorithmique intelligent », une « analyse en temps réel », un dispositif présenté comme capable de repérer les tendances de marché et d’agir sans émotion humaine, avec un fonctionnement continu, jour et nuit. Ce type de discours cible précisément les épargnants qui ne souhaitent pas gérer eux-mêmes leurs positions.

Derrière cette vitrine, rien. Aucune société enregistrée, aucun fondateur nommé, aucun pays de domiciliation, aucune adresse physique. Les mentions légales étaient absentes ou incomplètes. Un détail du code source renforçait l’alerte : la page d’accueil était rédigée en chinois, avec un attribut de langue zh-CN, alors que la marque se voulait française et que le titre était en anglais. Cette incohérence entre la langue du code source et l’identité affichée constitue un signal d’alerte que les enquêteurs relèvent systématiquement.

Ce schéma n’est pas isolé. La plateforme Alpha AI Robot, écartée par l’AMF, reposait sur le même type de promesses algorithmiques sans ancrage juridique identifiable. De son côté, Epargneia, signalée par l’Autorité Bancaire Européenne, combinait une marque à consonance rassurante et une absence totale de société déclarée. AUREVENTE s’inscrit dans cette même logique.

Des contacts factices : un email sur un domaine tiers, un numéro invalide, un faux identifiant juridique

L’adresse de contact affichée était logée sur le domaine bkx.site, sans lien établi avec exmyit.com ni avec la marque AUREVENTE. Aucun élément ne permettait de relier ce domaine tiers à une entité réelle.

Le numéro de téléphone affiché portait un indicatif qui ne correspond à aucun pays reconnu par la nomenclature internationale des télécommunications. Un tel numéro ne peut pas être composé depuis un réseau standard : il n’existe tout simplement pas dans les tables d’attribution officielles.

La vitrine affichait par ailleurs un identifiant « Version : 2.3.2304.5106 », présenté comme s’il s’agissait d’une référence juridique ou réglementaire. Cette chaîne de caractères ne renvoie à aucun registre, aucune autorité, aucune entité vérifiable. Elle mimait une apparence de conformité sans en avoir le contenu.

Ces trois éléments convergent vers la même conclusion : aucun interlocuteur réel n’était joignable, ni par écrit, ni par téléphone, ni par une référence administrative. La plateforme était conçue pour recevoir des fonds, non pour répondre à des questions.

Vue.js, une langue source chinoise, une mémoire cache configurée pour ne rien conserver

Notre analyse technique du sous-domaine ex.exmyit.com a mis en évidence une application monopage construite avec le framework Vue.js, reconnaissable à ses fichiers de lots caractéristiques : chunk-vendors et index.js. Ce type d’architecture rend le contenu difficile à référencer et à conserver, ce qui complique le travail des enquêteurs qui cherchent à reconstituer ce que les victimes ont vu.

Le code source était encodé en UTF-8, déclaré en langue zh-CN, avec un doctype HTML5 standard et une déclaration de compatibilité X-UA-Compatible. La langue du code contredisait donc frontalement l’identité française affichée à l’écran.

La configuration du cache était particulièrement révélatrice. Les directives no-cache, no-store et must-revalidate empêchaient navigateurs et intermédiaires de garder une copie des pages. Une fois la vitrine fermée, il ne restait presque rien à observer. Ce choix technique n’est pas anodin : il réduit les traces disponibles pour quiconque chercherait à documenter le contenu après coup.

Le design était conçu pour le téléphone : balise viewport adaptée aux mobiles, compatibilité iPhone explicite, contenu déclaré non redimensionnable. C’est le canal privilégié des victimes de fraudes aux crypto-actifs, souvent contactées par messagerie instantanée avant d’être dirigées vers une interface mobile.

L’historique des certificats révèle une infrastructure entretenue sans interruption pendant deux ans. Les premiers certificats datent du 3 avril 2025, émis par Google Trust Services et Cloudflare. Suivent fin avril 2025 un certificat ZeroSSL, puis le 1er juin 2025, les 3 et 4 juin 2025, le 30 juillet 2025, le 27 septembre 2025, et enfin le lot d’avril 2026. Les pages servies à l’époque couvraient un catalogue complet : /trade/index, /manage/index, /pages/desktop/c2c/index et /pages/desktop/market/index. Une infrastructure montée pour durer, pas pour une opération éphémère.

Mai 2024, avril 2026, août 2026 : trois dates pour une même trajectoire

Mai 2024 : le nom exmyit.com est enregistré. Ces données d’enregistrement avaient été relevées par notre rédaction avant leur disparition du fichier.

3 avril 2025 : les premières copies de page conservées par un service public apparaissent, accompagnées des premiers certificats. La plateforme est déjà opérationnelle.

30 juin 2025 : une copie de page conservée montre une page d’accueil complète de plus de 16 kilo-octets, servie en HTTPS. AUREVENTE fonctionnait à plein régime.

3 avril 2026 : les certificats sont renouvelés par Let’s Encrypt. La plateforme est toujours servie, plus d’un an après son lancement.

10 août 2026 : la zone du nom cesse de rendre une adresse. exmyit.com, ex.exmyit.com et www.exmyit.com ne répondent plus.

14 août 2026 : plus aucune fiche au fichier du registre .com. Quatre jours ont suffi pour que le nom disparaisse du fichier après l’arrêt de la zone.

16 octobre 2026 : toujours aucune fiche, toujours aucune adresse. Le nom n’a pas été réenregistré. Pour comprendre comment ce type de trajectoire s’inscrit dans un phénomène plus large, notre guide approfondi sur les mécanismes des arnaques au trading détaille les schémas récurrents et les moyens d’y faire face.

Devant le juge pénal, les leviers qui subsistent après une plateforme éteinte

Même lorsqu’une plateforme a disparu du fichier du registre, des éléments de preuve peuvent subsister. Dans le cas d’AUREVENTE, deux types de pièces méritent d’être réunis en priorité. D’abord, les captures de l’interface et des pages /trade/index et /manage/index, qui documentent ce que la plateforme proposait concrètement. Ensuite, les adresses de portefeuilles de crypto-actifs destinataires et l’historique des virements, qui constituent la trace financière la plus solide. Les échanges écrits avec le service de contact logé sur bkx.site complètent ce dossier.

Ces pièces doivent accompagner le dépôt d’une plainte pour escroquerie, avec un récit factuel des faits et l’ensemble des justificatifs. Plus le dossier est documenté dès le dépôt, plus les enquêteurs disposent d’une base exploitable. Une page de notre site explique, point par point, comment construire et déposer une plainte pénale efficacement.

Quand les auteurs d’une fraude ou les flux financiers se situent hors de France, la procédure change de nature. La question du juge compétent, les conditions d’une action civile transfrontalière et les possibilités d’indemnisation deviennent des enjeux centraux pour les victimes. Maître Caroline Willm, avocate dont l’appartenance au barreau est parisienne, a accepté de répondre à ces questions dans l’entretien ci-dessous, en examinant ce que la dimension internationale d’un dossier d’arnaque au faux investissement change concrètement au titre des recours disponibles et des conditions dans lesquelles une indemnisation peut être obtenue.

Que signifie concrètement l’absence d’exmyit.com au fichier du registre .com, et qu’est-ce que cela change pour les traces disponibles ?

Lorsqu’un nom de domaine disparaît du fichier du registre, les données d’enregistrement qui lui étaient associées, notamment le titulaire, les coordonnées déclarées et les dates, cessent d’être accessibles via les outils habituels de consultation. Dans le cas d’exmyit.com, cette disparition a été constatée dès le 14 août 2026 et confirmée le 16 octobre 2026. Les victimes perdent de ce fait un point d’appui administratif pour identifier les responsables. Il reste cependant possible de s’appuyer sur des captures d’écran conservées, sur l’historique des certificats et sur les relevés de transactions en crypto-actifs, qui constituent des preuves indépendantes du fichier du registre.

Que peuvent encore faire les personnes qui ont envoyé des crypto-actifs à la plateforme AUREVENTE ?

L’absence du nom au fichier du registre ne clôt pas les recours. Les personnes concernées doivent rassembler toutes les pièces disponibles : captures de l’interface AUREVENTE, adresses de portefeuilles destinataires, historique des transactions, et échanges écrits avec le service de contact logé sur bkx.site. Ces éléments doivent être joints au dossier d’une plainte pour escroquerie, remise au procureur de la République ou à un service de police judiciaire spécialisé. Un avocat peut également évaluer les possibilités d’une action civile, y compris lorsque les flux financiers ont transité hors de France.

Comment vérifier qu’une plateforme de trading de crypto-actifs est autorisée à opérer en France avant d’y déposer des fonds ?

En France, les prestataires de services sur crypto-actifs doivent être enregistrés auprès de l’Autorité des marchés financiers. Le registre des prestataires enregistrés est consultable directement sur le site de l’Autorité des marchés financiers. Cette autorité publie également une liste noire des plateformes signalées, mise à jour régulièrement. L’absence d’une plateforme dans ce registre, combinée à l’absence de mentions légales complètes et à l’impossibilité de joindre un interlocuteur réel, constitue un signal d’alerte suffisant pour ne pas y déposer de fonds.

Les victimes d’exmyit.com sont des personnes attirées par une interface de trading soignée et par la promesse d’un dispositif piloté par un algorithme, présenté comme capable de gérer les marchés sans intervention humaine. Elles ont envoyé des crypto-actifs à une plateforme dépourvue de toute existence juridique : aucune société, aucun fondateur, aucun pays, aucune adresse. La marque AUREVENTE et le titre « Exchange France » n’étaient que des habillages. Derrière, rien de vérifiable.

Avant tout versement vers une plateforme de trading de crypto-actifs, BrokerDefense recommande de soumettre le nom de domaine et la marque à une évaluation préalable. Vérifier la présence au registre de l’AMF, contrôler la cohérence des mentions légales et s’assurer qu’un interlocuteur réel est joignable : ces trois vérifications prennent quelques minutes et peuvent éviter une perte définitive.

Article réécrit le 16/10/2026

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