Le 12 mars 2025, cinq jours avant que BrokerDefense ne publie son enquête, l’Autorité des marchés financiers inscrivait wiitrader.com sur sa liste noire des acteurs non autorisés à proposer des services d’investissement en France. En septembre 2026, cette inscription est toujours présente, tandis que la plateforme de trading qui se présentait comme « entrée dans le monde réel » a, elle, disparu.
Sommaire
- Wiitrader.com : l’AMF avait inscrit la plateforme cinq jours avant notre enquête
- « WiiTrader Just Entered the Real World » : une vitrine de trading et d’ICO
- Une « équipe » aux noms génériques, sans société ni licence identifiable
- Wiitrader.com : en septembre 2026, une page de parking à la place de la plateforme
- Après un versement sur WiiTrader : les recours possibles
- Wiitrader : les réponses aux questions des épargnants
Wiitrader.com : l’AMF avait inscrit la plateforme cinq jours avant notre enquête
La chronologie ne laisse place à aucune ambiguïté. Le 12 mars 2025, l’AMF ajoute wiitrader.com à sa liste noire des acteurs non autorisés, sous le libellé « Forex ». Ce geste de l’autorité de tutelle précède la publication de l’enquête de BrokerDefense, datée du 17 mars 2025, qui n’en faisait d’ailleurs pas mention. L’article d’origine avait donc manqué un élément central : la plateforme était déjà dans le viseur du régulateur avant même que notre équipe n’en documente le fonctionnement. En septembre 2026, ce constat est aggravé par un second fait : le nom wiitrader.com figure toujours dans la liste consultée, et la plateforme de trading qu’il désignait a cessé d’exister. L’inscription AMF n’a pas été levée ; elle photographie une escroquerie dont les opérateurs ont simplement tourné la page sans jamais se soumettre à une quelconque régulation.
Le nom de domaine wiitrader.com a été enregistré le 16 août 2023 auprès du registraire eNom LLC. Son identité de titulaire est masquée par un service de confidentialité. L’enregistrement court jusqu’au 16 août 2027 : le nom n’a pas été abandonné, il est simplement maintenu sans aucun contenu actif de la plateforme. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 06/09/2026
« WiiTrader Just Entered the Real World » : une vitrine de trading et d’ICO
Les premières traces visibles de la vitrine remontent au 21 août 2024. Les dernières captures complètes datent des 28 et 29 mars 2025, soit seize jours après l’inscription AMF. Pendant ces quelques mois d’existence, la plateforme affichait un slogan accrocheur décliné en français et en anglais : « WiiTrader Just Entered the Real World », autrement dit « WiiTrader vient d’entrer dans le monde réel », accompagné de l’accroche « En trading, la vision et la stratégie transforment chaque action en triomphe ».
Le site bilingue proposait des boutons « login » et « signup » redirigeant vers un portail hébergé sur le sous-domaine app.wiitrader.com. La promesse commerciale couvrait un spectre délibérément large : « WiiTrader is the best for your IPO & ICO », sections dédiées à une « decentralised economy », une « plateforme bancaire », un « Mining Service », une application mobile, une blockchain et un service d’échange. Des statistiques d’apparence technique étaient affichées pour crédibiliser le tout : un prix de token en bitcoin, des lots moyens utilisés, un pourcentage de lots restants. Une rubrique « token distribution » détaillait même une offre de jetons dont l’approvisionnement total était annoncé à 152 358 unités, répartis entre fondateurs, réserve de financement, conseillers, communauté et campagne de primes. Aucun de ces chiffres n’était vérifiable, aucun n’était adossé à un document réglementaire ou à une entité identifiable.
Une « équipe » aux noms génériques, sans société ni licence identifiable
La vitrine présentait une rubrique d’équipe composée d’une douzaine de profils : David Drake (UI Designer), Allan Bellor (Analytics), Joe Doe (Tech Operation), Sam Tolder (CEO), Henry Polar (SEO Specialist), Sandra Pen (Human Resources), Linda Gampton (UX Team Lead), John Smith (General Director), Sam Oldrich (Manager), Denis Portlen (Programmer), Den Miller (Economist) et Brawn Lee (Journalist). Ces noms, pour la plupart interchangeables avec les pseudonymes les plus courants de la langue anglaise, n’étaient adossés à aucun profil vérifiable, aucun réseau professionnel, aucune biographie sourcée.
Derrière ces identités de façade, il n’existait aucune société identifiable : ni adresse, ni numéro d’immatriculation, ni agrément d’une autorité financière quelle qu’elle soit. Le pied de page se contentait d’un sobre « © 2025, Wiitrader ». Cette absence totale de structure légale est précisément le trait commun à toutes les plateformes qui disparaissent sans laisser de trace institutionnelle : elles ne peuvent pas être poursuivies comme des entités, seulement comme des individus, à condition de les identifier.
Wiitrader.com : en septembre 2026, une page de parking à la place de la plateforme
Vérifié le 6 septembre 2026, le nom wiitrader.com répond encore : il n’a pas été abandonné. Mais la plateforme de trading, la page de connexion, les rubriques ICO et mining, les statistiques de tokens ont intégralement disparu. Le domaine ne renvoie plus qu’à une page de parking générique servie par le registraire, sans le moindre contenu lié à WiiTrader. La vitrine a cessé d’être accessible quelques semaines après l’inscription AMF de mars 2025, et elle n’est jamais réapparue.
Ce schéma n’est pas isolé. Le lendemain de la publication de notre enquête sur Wiitrader, BrokerDefense documentait deux autres cas apparus à la même période : Arcticalimited.com, un faux courtier lui aussi blacklisté par l’AMF et aujourd’hui disparu, et Premiservices.com, une fausse plateforme dont la page de connexion a cessé de fonctionner et dont le nom a été rayé du registre des .com. Ces trois cas illustrent une même mécanique : une vitrine montée rapidement, un nom de domaine récent, une disparition précipitée dès que la pression réglementaire ou médiatique se fait sentir. Notons par ailleurs que le nom wiitrader.com avait déjà une histoire : entre 2009 et 2015 environ, il avait été utilisé pour des pages de parking sans rapport avec le trading, proposant des publicités liées aux jeux vidéo. Le nom a donc été réactivé en 2023 pour un usage radicalement différent.
Après un versement sur WiiTrader : les recours possibles
Si vous avez versé des fonds sur la plateforme WiiTrader, la première règle absolue est de ne procéder à aucun versement supplémentaire. Les opérateurs de ce type de montage proposent fréquemment, après la disparition de la plateforme principale, des services présentés comme des « solutions de récupération » qui constituent en réalité une seconde escroquerie destinée à extraire de l’argent des mêmes victimes. Ne confiez vos coordonnées à aucun intermédiaire inconnu qui vous contacterait spontanément.
Rassemblez et conservez toutes les preuves disponibles : captures d’écran du site et du portail de connexion, relevés de virements ou d’opérations sur cryptomonnaies, courriels, historiques de conversations, tout document reçu de la plateforme. Contactez votre banque ou votre prestataire de paiement dans les meilleurs délais pour signaler les opérations et explorer les procédures de contestation. Vous pouvez également consulter la page de la liste noire de l’AMF consacrée à wiitrader.com, qui confirme l’absence d’autorisation et peut être versée à votre dossier.
Sur le plan pénal, une plainte peut être déposée auprès du procureur de la République ou d’un service de police judiciaire spécialisé. Notre page dédiée aux plaintes pénales détaille les étapes et les pièces à rassembler pour constituer un dossier recevable. L’absence de société identifiable derrière WiiTrader complique l’identification des auteurs, mais elle ne ferme pas la voie judiciaire : des procédures menées avec rigueur ont abouti à des décisions favorables aux victimes, y compris devant les juridictions les plus élevées.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Des plateformes anonymes comme WiiTrader ne laissent derrière elles aucune adresse, aucun dirigeant nommément identifié, aucun siège social. Pourtant, les traces laissées par les versements eux-mêmes, les flux financiers, les adresses IP, les échanges numériques constituent des preuves que des procédures bien conduites savent exploiter. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris spécialisée dans les dossiers d’arnaques aux faux investissements, illustre dans la vidéo qui suit comment des victimes de montages similaires ont pu obtenir gain de cause au terme d’une procédure longue, jusqu’à une décision rendue par la Cour de cassation après onze années de combat judiciaire. Elle y détaille les différents leviers disponibles : démarches précontentieuses, protocole transactionnel, procédure civile, procédure pénale et recours devant les juridictions supérieures.
Wiitrader : les réponses aux questions des épargnants
Non. Vérifié le 6 septembre 2026, le site wiitrader.com ne répond plus que par une page de parking générique : la vitrine de trading présentée en 2024-2025 a disparu. Le nom de domaine, lui, reste enregistré jusqu’en août 2027, ce qui ne change rien pour les personnes qui ont versé des fonds : la plateforme n’est plus accessible.
Oui. Le 12 mars 2025, cinq jours avant la publication de notre enquête du 17 mars 2025, l’AMF inscrivait wiitrader.com sur sa liste noire des acteurs non autorisés, au titre des services Forex. Le nom y figurait encore dans la liste consultée en septembre 2026.
Ne procédez à aucun versement supplémentaire, conservez toutes les preuves (captures d’écran du site, relevés de virements, courriels, historiques de conversation), signalez les opérations à votre banque dans les meilleurs délais et déposez plainte auprès des autorités compétentes. Le service d’aide aux victimes de BrokerDefense peut analyser votre dossier et vous orienter dans ces démarches.
Wiitrader.com s’est présenté pendant quelques mois comme une porte d’entrée vers la finance décentralisée et le trading en ligne, avant de disparaître sans laisser d’autre trace qu’une page de parking et une inscription persistante sur la liste noire de l’AMF. Pour les personnes qui ont versé des fonds, cette disparition ne clôt pas les droits : elle en marque le point de départ. Rassembler les preuves, agir rapidement auprès des établissements financiers et engager une procédure adaptée reste la voie la plus solide pour tenter d’obtenir réparation.
Article réécrit le 06/09/2026


