
Sommaire
- Une « banque française de 2007 » dont l’échéance n’a pas été honorée
- Trois enseignes pour une même vitrine : Interpooling Group, Mathez Group et Novagroup Bank
- Une adresse à Engelberg et deux numéros de téléphone français
- Ce que la capture conservée du 23 août 2023 montre des pages
- Une vitrine éteinte à la fin d’octobre 2023, et un nom jamais renouvelé
- Après un versement sur interpooling-group.com, les pièces et les voies de recours
- Interpooling Group : les questions qui reviennent le plus souvent
Une « banque française de 2007 » dont l’échéance n’a pas été honorée
La vitrine interpooling-group.com affirmait incarner une banque française fondée en 2007, soit seize ans d’existence au moment de sa mise en ligne. Le fichier des .com raconte autre chose : le nom n’a été enregistré que le 25 avril 2023, pour une durée de douze mois, avec une échéance fixée au 25 avril 2024. Entre la date de création revendiquée et celle de l’enregistrement du nom, l’écart est de seize ans. Ce seul chiffre suffit à mesurer la nature de la construction.
L’enregistrement était géré par Hostinger, UAB, identifié sous le numéro IANA 1636, avec un service présenté sur la fiche comme fourni par HOSTING24.COM. Le titulaire était masqué derrière un service de confidentialité déclaré à Burlington, dans le Massachusetts, aux États-Unis. Aucun nom de personne physique, aucune société exploitante ne figurait donc au fichier. Les serveurs de noms déclarés étaient ns1.hosting24.com et ns2.hosting24.com. La signature DNSSEC n’était pas activée. Le statut affiché interdisait tout transfert du nom.
L’adresse réseau relevée lors de la capture du 23 août 2023 était 153.92.215.200, dont le nom d’hôte inverse était cpl79.hosting24.com, sur une offre d’hébergement mutualisé localisée aux États-Unis. Une banque française créée en 2007 hébergée sur un serveur partagé aux États-Unis, enregistrée six mois avant la capture, par un titulaire volontairement dissimulé : chaque élément technique contredit l’ancienneté mise en avant.
La dernière modification de l’enregistrement est datée du 25 juin 2023, soit deux mois après la création du nom. Aucun renouvellement n’a été honoré à l’échéance du 25 avril 2024. Interrogé le 13 septembre 2026, le fichier des .com ne restitue plus aucune entrée au nom interpooling-group.com, et l’adresse ne résout plus, ni avec le préfixe www, ni sans lui.
Dernière mise à jour : 13/09/2026
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Trois enseignes pour une même vitrine : Interpooling Group, Mathez Group et Novagroup Bank
Les pages capturées le 23 août 2023 ne portent pas une seule marque bancaire, mais trois. La page d’accueil propose l’ouverture d’un compte bancaire au nom d’Interpooling Group, accompagnée d’une prime de 90 €. Sur la même page, un livret d’épargne est présenté sous la marque Mathez Group, avec une prime de 50 €. Les conditions d’ouverture, quant à elles, précisent que tout dossier est soumis à l’acceptation de Novagroup Bank, et le livret d’épargne est également désigné sous ce troisième nom. Trois enseignes bancaires coexistent donc sur les mêmes pages, sans que l’une d’elles soit présentée comme une filiale, une marque commerciale ou une entité distincte de l’autre.
Notre enquête de janvier 2024 avait relevé un indice supplémentaire : les mentions légales de la vitrine renvoyaient encore à www.mathez-group.com.com, avec un double suffixe .com manifestement issu d’une erreur de copier-coller, trahissant que le nom mathez-group.com avait servi de socle à une opération antérieure. Interrogé le 13 septembre 2026, le fichier des .com ne restitue plus aucune entrée au nom mathez-group.com. Ce nom ne figure plus davantage que son successeur.
Aucune des trois enseignes ne correspond à une société identifiable. Ni Interpooling Group, ni Mathez Group, ni Novagroup Bank ne font l’objet d’une fiche d’entreprise, d’un numéro d’enregistrement ou d’une autorisation publiée. La multiplication des marques sur les mêmes pages, loin d’établir un groupe bancaire structuré, illustre la superposition de couches successives d’une même opération, chaque nouvelle enseigne reprenant les actifs numériques de la précédente sans en corriger les traces.
Une adresse à Engelberg et deux numéros de téléphone français
Les coordonnées affichées sur les pages capturées forment un ensemble délibérément incomplet. L’adresse physique indiquée est « Durrenwald 6390 Engelberg, Switzerland », une localité de montagne suisse. La page de contact affiche le numéro +33 7 45 45 44 11, la page « à propos » un second numéro, +33 7 56 87 46 36 : deux lignes mobiles françaises, sans ligne fixe, sans numéro de fax, sans service d’accueil. L’adresse de courriel [email protected] et un formulaire de contact complètent les canaux disponibles.
La page « à propos » présente quatre personnes comme dirigeants de l’établissement : Joshua Dawn, Kylie Webber, Preston West et Amanda Kiel. Notre enquête de janvier 2024 n’a pu établir l’existence d’aucune d’elles. Aucun profil professionnel vérifiable, aucune mention dans un registre d’entreprise, aucune trace dans une publication officielle ne leur correspond.
Plus révélatrice encore est l’absence de tout numéro d’enregistrement de société, de toute référence à un régulateur et de toute mention d’agrément sur l’ensemble des pages capturées. La vitrine revendique le statut de banque française fondée en 2007, ce qui supposerait une autorisation prudentielle et une inscription dans les registres publics. Rien de tel n’apparaît. Enfin, le pied de page commun à toutes les pages porte la mention « Copyright 2020-22 », suivie de la formule « All rights reserved » : une date de copyright antérieure à l’enregistrement du nom, le 25 avril 2023, ce qui ajoute une incohérence chronologique supplémentaire à l’ensemble.
Ce que la capture conservée du 23 août 2023 montre des pages
Le constat internet horodaté du 23 août 2023, daté par certificat et inscrit dans une chaîne publique, a figé trois pages : la page d’accueil, une page « contact » et une page « à propos ». Le titre complet de la page d’accueil était « Interpooling Group | Banking for everyone Interpooling Group ». La page « à propos » contenait la phrase « Interpooling Group is a French bank created in 2007 », présentant la marque comme un établissement bancaire français, et mentionnait les quatre noms de personnes déjà relevés.
L’offre commerciale était présentée avec soin. Les produits annoncés couvraient les comptes courants et joints, les cartes bancaires dont une désignée comme « VISA Premier », les crédits bancaires, les prêts personnels, les prêts immobiliers, les prêts automobiles, l’épargne sous plusieurs formes (plan d’épargne logement, compte épargne logement, compte d’instruments financiers, plan d’épargne en actions) et les assurances (vie, habitation, automobile). Le parcours d’ouverture décrit par la vitrine tenait en cinq étapes : remplir un formulaire en cinq minutes, signer électroniquement le contrat d’ouverture, envoyer les justificatifs, puis effectuer un premier versement présenté comme nécessaire pour valider la demande. Les conditions exigeaient soit 800 € de revenus mensuels, soit un dépôt de 3 000 € sur le compte courant ou sur le livret ; pour un compte joint, les seuils passaient à 1 000 € de revenus ou 3 000 € de dépôt.
Notre analyse technique des pages capturées a identifié une base WordPress avec le thème Divi, des extensions de formulaire de contact, de traduction multilingue, de mise en cache et de gestion d’adhérents, un module de diaporama et un panier d’achat dont la plateforme n’était pas identifiable. Le contenu était rédigé en français et en anglais. L’adresse réseau du site était 153.92.215.200, avec pour nom d’hôte inverse cpl79.hosting24.com, sur une offre d’hébergement mutualisé localisée aux États-Unis. Ce profil technique est caractéristique d’une vitrine montée rapidement sur des outils grand public, sans infrastructure propre à un établissement financier. BrokerDefense avait d’ailleurs relevé une configuration similaire dix jours plus tôt dans l’enquête consacrée à Ovixonax, autre fausse banque en ligne proposant des prêts imaginaires et dénoncée avant notre capture des pages d’Interpooling Group.
Une vitrine éteinte à la fin d’octobre 2023, et un nom jamais renouvelé
Les copies conservées permettent de dater avec précision l’extinction de la vitrine. Le 23 août 2023, la page d’accueil est complète, les pages « contact » et « à propos » sont en ligne. Le 11 octobre 2023, trois copies confirment que la vitrine est encore active. Le 30 octobre 2023, la copie disponible ne contient plus qu’un renvoi : aucune page de contenu n’est servie. Aucune copie postérieure à cette date n’existe. La vitrine a donc cessé de fonctionner entre le 11 et le 30 octobre 2023, soit moins de six mois après l’enregistrement du nom.
L’échéance du 25 avril 2024 n’a pas été honorée. Le nom n’a fait l’objet d’aucun renouvellement. Aujourd’hui, interrogé le 13 septembre 2026, le fichier des .com ne restitue plus aucune entrée à ce nom, et l’adresse ne résout plus. Le schéma est celui d’une location courte durée : un nom pris pour douze mois, une vitrine active moins de six mois, puis un abandon sans suite. Le dossier Online Private Banque, publié deux jours avant notre constat du 23 août 2023, documentait une autre vitrine bancaire sans établissement identifiable construite sur le même modèle d’éphémérité.
Interrogées le 13 septembre 2026, les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF ne comportent aucune entrée au nom interpooling-group.com. Cette absence ne dit rien de la nature de la vitrine : elle signifie seulement que le nom n’y figure pas à cette date.
Après un versement sur interpooling-group.com, les pièces et les voies de recours
Les personnes qui ont engagé une démarche d’ouverture de compte sur interpooling-group.com disposent, dans la plupart des cas, de plusieurs éléments documentaires exploitables. Le parcours décrit par la vitrine impliquait de remplir un formulaire, de signer électroniquement un contrat d’ouverture, d’envoyer des justificatifs d’identité et de revenus, puis d’effectuer un premier versement pour valider la demande. Ces étapes laissent des traces : les coordonnées bancaires communiquées pour le versement, le contrat signé et les copies des justificatifs transmis, les échanges passés par le formulaire de contact ou l’adresse [email protected], ainsi que les relevés de compte attestant du virement. Chacune de ces pièces peut étayer un signalement ou une plainte.
Les voies de recours comprennent le dépôt d’une plainte pénale pour escroquerie, qui peut être effectué auprès d’un commissariat, d’une gendarmerie ou directement auprès du procureur de la République. Un signalement peut également être adressé à la plateforme nationale de traitement des infractions numériques. Concernant le virement lui-même, un recours auprès de la banque émettrice reste envisageable, notamment pour contester les conditions dans lesquelles le mouvement a été exécuté. Le guide du dépôt de plainte pénale récapitule, pour sa part, le déroulé de cette procédure et les justificatifs qu’il est utile de joindre au dossier.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Lorsque la vitrine réclamait un premier versement pour valider l’ouverture d’un compte courant ou d’un livret, elle reproduisait un mécanisme bien documenté en matière d’usurpation d’identité bancaire. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate exerçant au barreau de Paris, analyse dans l’entretien ci-dessous les décisions de justice rendues en matière d’escroquerie et de spoofing, les techniques par lesquelles un faux interlocuteur se donne l’apparence d’un conseiller bancaire légitime pour obtenir un versement, les variantes d’hameçonnage associées, et les conditions dans lesquelles des victimes ont pu obtenir réparation devant les juridictions compétentes.
Interpooling Group : les questions qui reviennent le plus souvent
Le nom interpooling-group.com avait été enregistré le 25 avril 2023 pour une durée de douze mois, avec une échéance fixée au 25 avril 2024. Aucun renouvellement n’a été effectué à cette date. Interrogé le 13 septembre 2026, le fichier des .com ne restitue plus aucune entrée à ce nom, et l’adresse ne résout plus, ni avec le préfixe www, ni sans lui. Le titulaire de l’enregistrement était dissimulé derrière un service de confidentialité déclaré à Burlington, dans le Massachusetts, ce qui rend toute identification ultérieure du responsable plus difficile.
Trois enseignes coexistaient sur les pages capturées le 23 août 2023 : Interpooling Group, sous lequel était proposée l’ouverture d’un compte bancaire avec une prime de 90 € ; Mathez Group, sous lequel était présenté un livret d’épargne avec une prime de 50 € ; et Novagroup Bank, dont le nom apparaissait dans les conditions d’ouverture comme l’entité chargée d’accepter ou de refuser les dossiers, et également dans la désignation du livret d’épargne. Aucune de ces trois enseignes ne correspond à une société identifiable, et aucune n’est associée à un numéro d’enregistrement ou à une autorisation publiée.
Le parcours décrit par la vitrine prévoyait explicitement un premier versement pour valider la demande d’ouverture, avec des seuils de 3 000 € sur le compte courant ou le livret. Si ce versement a été effectué, il convient de rassembler les pièces disponibles : coordonnées bancaires communiquées pour le dépôt, contrat d’ouverture signé électroniquement, justificatifs transmis, échanges par courriel ou formulaire, et relevés attestant du mouvement. Un dépôt de plainte pénale pour escroquerie peut être déposé auprès d’un commissariat ou d’une gendarmerie, et un recours auprès de la banque émettrice du virement reste envisageable. Notre service d’aide aux victimes peut orienter les démarches.
Les personnes qui ont voulu ouvrir un compte courant ou un livret sur interpooling-group.com et qui ont effectué un premier dépôt, parfois à hauteur de 3 000 €, avant l’extinction de la vitrine fin octobre 2023, se retrouvent face à un nom qui ne figure plus au fichier des .com et à une adresse qui ne résout plus. Ce dossier rappelle qu’avant de confier des fonds à un service se présentant comme bancaire, vérifier l’existence légale de la société exploitante, la date et la durée d’enregistrement du nom de domaine, et toute autorisation réglementaire applicable constitue une précaution élémentaire que BrokerDefense applique systématiquement dans ses enquêtes.
Article réécrit le 13/09/2026


