Publié le 8 novembre 2023, le cinquième et dernier volet de la série « l’Arnaque providentielle au don de bilocation » portait sur l’enseigne Kiplar et sur un fait précis : le numéro de société 25973BC2020 apparaissait en pied de page de cinq vitrines de trading distinctes, chacune présentée comme émanant d’une entité légalement constituée. Cet article ne citait aucune adresse web et s’appuyait uniquement sur la comparaison des documents affichés par chaque vitrine.
Le dossier est mis à jour au 13 septembre 2026, à partir de nos relevés les plus récents et de l’enquête consacrée à Nixse, publiée le 19 août 2025. Plusieurs des noms de domaine liés à cette famille ne résolvent plus, et la vitrine kiplar.com n’est plus servie, bien que son nom résolve encore vers une infrastructure de diffusion.

Sommaire
- Un même numéro de société, 25973BC2020, derrière cinq enseignes
- Kiplar, cinquième pièce d’une même matrice de sites
- Ce que les pages légales de Kiplar laissaient voir
- L’AMF avait placé Kiplar sur sa liste noire
- Le sort des autres enseignes de la famille
- Kiplar : reconstituer les versements pour agir sur le plan civil et pénal
- Kiplar : les demandes qui nous parviennent
Un même numéro de société, 25973BC2020, derrière cinq enseignes
Notre série de novembre 2023 a mis au jour un fait matériel difficilement contestable : le numéro 25973BC2020 figurait en pied de page de chacune des cinq vitrines examinées, à savoir Nixse, Ava Xchange, DevsBran, Finspreads et Kiplar. Selon la version consultée, ce numéro était attribué tantôt à une société domiciliée à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, tantôt à une entité présentée comme britannique établie à Londres, tantôt à une version taïwanaise, tantôt encore à une version américaine.
Une société ne peut pas être simultanément immatriculée dans quatre pays sous un seul et même numéro. Cette impossibilité juridique élémentaire suffit à qualifier le numéro pour ce qu’il est : un ornement copié d’une page à l’autre, destiné à donner l’apparence de la légitimité sans en constituer la substance.

Le procédé révèle la méthode de l’ensemble de la famille : produire des vitrines suffisamment habillées pour inspirer confiance à des épargnants en quête d’une plateforme de trading, tout en reposant sur des fondations légales fictives. Chaque numéro, chaque adresse, chaque mention réglementaire affiché sur ces pages était un décor, et le numéro 25973BC2020, partagé sans modification entre cinq enseignes concurrentes en apparence, en est la démonstration la plus directe.

Signalons que notre série de novembre 2023 couvrait, dans l’ordre, Nixse en ouverture, Ava Xchange le 4 novembre, DevsBran le 6 novembre, Finspreads le 7 novembre et Kiplar le 8 novembre. Cinq volets, cinq enseignes, un seul numéro : la série tire sa cohérence de ce fil unique.
Dernière mise à jour : 13/09/2026
Kiplar, cinquième pièce d’une même matrice de sites
Au-delà du numéro partagé, la vitrine Kiplar se distinguait par l’étendue de ses déclinaisons linguistiques : comme Nixse, elle proposait la navigation en azéri, thaï, allemand, espagnol, portugais et arabe. Cette amplitude géographique revendiquée contrastait avec l’absence totale d’ancrage réel dans l’un ou l’autre de ces territoires. Ava Xchange avait de son côté retiré plusieurs de ces langues tout en ajoutant l’espagnol, et Finspreads ne conservait plus que l’anglais, bien qu’un bouton de changement de langue subsistât dans l’interface.

Les slogans eux-mêmes attestaient la copie. Nixse invitait à « recevez plus de votre expérience spéculative » ; Ava Xchange reprenait la même page en articulant un slogan qui invitait à « spéculer à sa façon ». La reformulation changeait les mots, pas la structure ni l’intention. Cinq enseignes prétendument concurrentes ne construisent pas leurs pages de présentation à partir du même moule si elles sont des entreprises indépendantes.
Le cas de Finspreads allait plus loin encore dans le copier-coller : ses conditions générales conservaient la documentation juridique portant le nom et le logo de Nixse, et la petite icône affichée par le navigateur, le favicon, était restée celle de Nixse. Ces détails ne relèvent pas de la coïncidence ; ils signalent un atelier de production unique, pressé, qui a livré les vitrines sans vérifier jusqu’aux éléments les plus visibles de leur identité visuelle.
Ce que les pages légales de Kiplar laissaient voir
Notre première enquête consacrée à kiplar.com, publiée le 15 juin 2021, relevait que la vitrine présentait la société Kiplar LTD comme domiciliée au Business Centre, Suite 76, Kingdom, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, et affichait une immatriculation auprès du régulateur local, le SVGFSA, sous le numéro 25797BC2020. L’identité du titulaire du nom de domaine était masquée. Aucune photographie des dirigeants n’apparaissait sur la vitrine, et une photographie de Bernard Tapie y était employée comme si elle appartenait à l’entreprise, ce qui n’était pas le cas. Tous ces éléments sont documentés dans notre article Pourquoi nous déconseillons de trader sur Kiplar.com.

L’utilisation d’une personnalité publique sans son consentement pour crédibiliser une offre financière constitue en elle-même un signal d’alarme que nos relevés de 2021 avaient immédiatement isolé. Coupée de toute direction identifiable, sans dirigeant nommé ni photographie vérifiable, la vitrine ne laissait à l’épargnant aucun interlocuteur réel à qui s’adresser en cas de difficulté.
La mention du SVGFSA et d’un numéro d’immatriculation local donnait l’apparence d’un enregistrement officiel. Mais le numéro affiché en 2021, 25797BC2020, différait déjà du numéro 25973BC2020 que la série de novembre 2023 retrouvera en pied de page des cinq enseignes. Les chiffres changeaient d’un article à l’autre ; seule l’intention restait stable.
L’AMF avait placé Kiplar sur sa liste noire
Notre enquête du 3 juillet 2021 avait établi que la société Kiplar était inscrite sur la liste noire du régulateur français des marchés. Le dossier Comment Kiplar est devenue persona non grata de l’AMF en détaille les circonstances. À cette date, la vitrine mettait en avant la plateforme MetaTrader 5 et plus de 10 000 actifs, et l’identité du titulaire du nom de domaine restait masquée.
Le récapitulatif que l’AMF publie de ses listes noires et de ses mises en garde est accessible en ligne : il permet à tout épargnant de vérifier le libellé exact sous lequel une entité y figure. Cette liste est un outil de protection, mais elle ne remplace pas la reconstitution précise des versements effectués : une inscription sur la liste noire de l’AMF ne suffit pas à établir le parcours des fonds ni à identifier les comptes vers lesquels ils ont été dirigés.
Reste un point que la liste noire elle-même ne règle pas. Publiée en 2021, cette mise en garde n’a pas interrompu l’activité : deux ans plus tard, notre série de novembre 2023 retrouvait la vitrine en ligne, sous le même numéro partagé, avec les mêmes pages. La publicité de l’avertissement n’arrête donc pas le dispositif ; ce sont les pièces conservées par les personnes concernées qui permettent d’agir sur les sommes déjà versées.
Le sort des autres enseignes de la famille
L’enquête consacrée à Nixse, la vitrine de trading sans identité légale, publiée le 19 août 2025 et mise à jour en août 2026, a établi que la famille est documentée depuis novembre 2023. Elle relève que les vitrines partageaient des adresses de courriel : [email protected], [email protected] et [email protected], et que les noms finspreads.io, devsbran.com et axttrade.com gravitaient dans le même écosystème. Ces adresses communes convergent avec ce que le numéro 25973BC2020 laissait déjà entrevoir : les vitrines n’étaient pas des initiatives isolées, mais les facettes d’un même dispositif.

La même enquête relate le démontage de Nixse en août 2026 : son domaine technique a basculé en page de stationnement le 11 août 2026, et son nom historique a été proposé à la vente. Cette évolution est cohérente avec ce que nos relevés du 13 septembre 2026 enregistrent pour l’ensemble de la famille : les noms devsbran.com, finspreads.io et axttrade.com ne résolvent plus. Le nom kiplar.com, quant à lui, résout encore vers une infrastructure de diffusion, mais la vitrine n’est plus servie : le serveur qui la portait ne répond plus et l’adresse ne renvoie qu’une page d’erreur.

La disparition technique des vitrines ne clôt pas le dossier sur le plan juridique. Les traces laissées par les versements effectués, les échanges avec les interlocuteurs qui ont présenté la plateforme et les documents remis lors de la souscription constituent des pièces exploitables, indépendamment du fait que les pages ne s’affichent plus.
Kiplar : reconstituer les versements pour agir sur le plan civil et pénal
Les versements exécutés vers les comptes indiqués par l’enseigne Kiplar ont laissé des traces dans les relevés bancaires des personnes concernées. Ces traces permettent d’identifier la date, le montant et le bénéficiaire de chaque opération ; elles forment le point d’appui de démarches ultérieures. Retrouver l’intermédiaire qui a présenté la plateforme, qu’il s’agisse d’un contact rencontré sur un réseau social, par messagerie ou par téléphone, constitue une piste parallèle : cet interlocuteur a parfois agi depuis un territoire identifiable, ce qui ouvre des voies de recours propres à ce dossier.
La banque qui a exécuté ces opérations doit voir sa responsabilité examinée. Des virements répétés vers des comptes étrangers, présentés comme la souscription à une plateforme de change et de trading sur les indications d’un interlocuteur rencontré en ligne, alors qu’aucune société réellement immatriculée dans quatre pays sous un seul et même numéro ne pouvait exister, peuvent constituer une anomalie que l’établissement exécutant aurait dû signaler. Cette question relève d’une analyse au cas par cas, fondée sur les pièces conservées.
Réunir les copies d’écran prises sur la vitrine Kiplar, les confirmations de virement, les échanges avec l’interlocuteur qui a présenté la plateforme et les éventuels relevés d’un espace client : ces éléments propres à ce dossier sont ceux que toute autorité ou juridiction saisie demandera en priorité. Leur réunion est une étape à accomplir sans attendre.
Les poursuites pour escroquerie restent une voie ouverte, y compris lorsque les vitrines ont disparu : les pièces bancaires conservent leur valeur probante, et la reconstitution des versements exécutés permet de rattacher chaque opération à un bénéficiaire identifié.
Maître Goce Novakov, avocat dont Paris abrite le barreau, rappelle ce que des jugements d’escroquerie rendus au Mans et à Toulouse, dans des dossiers de faux investissement, ont établi, et ce que ces décisions impliquent pour des montages comparables à celui que notre série de novembre 2023 a décrit.
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Kiplar : les demandes qui nous parviennent
Notre série de novembre 2023 a établi que ce numéro figurait en pied de page de Nixse, Ava Xchange, DevsBran, Finspreads et Kiplar, attribué selon les versions à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, à Londres, à Taïwan ou aux États-Unis. Une société ne pouvant pas être immatriculée simultanément dans quatre pays sous un numéro unique, ce numéro fonctionnait comme un ornement recopié d’une vitrine à l’autre, sans correspondre à aucune entité réellement enregistrée.
Notre dossier publié le 3 juillet 2021 a documenté cette inscription, et le récapitulatif des listes noires mis en ligne par le régulateur permet d’en vérifier le libellé exact. La question des sommes versées se règle en revanche à partir des relevés bancaires, et non de la seule consultation de cette liste.
Nos relevés du 13 septembre 2026 indiquent que le nom kiplar.com résout encore vers une infrastructure de diffusion, mais que la vitrine n’est plus servie : le serveur qui la portait ne répond plus et l’adresse ne renvoie qu’une page d’erreur. Les noms devsbran.com, finspreads.io et axttrade.com, liés à la même famille, ne résolvent plus à cette date.
Le dossier Kiplar laisse derrière lui une mécanique qui a fonctionné assez longtemps pour que des versements soient exécutés : une vitrine habillée, un numéro de société recopié sur quatre juridictions, un régulateur qui alerte, et des épargnants qui n’obtiennent aucune restitution du seul fait que la page a disparu. La situation type est celle d’une personne ayant viré des fonds vers les comptes indiqués par l’enseigne, le plus souvent après un premier contact en ligne, et qui découvre tardivement que le numéro affiché en bas de page ne correspondait à aucune des sociétés présentées. Faire évaluer sa situation avant d’engager la moindre démarche, et avant de répondre aux intermédiaires qui proposent une récupération payante, reste l’étape la plus utile : c’est l’objet de l’évaluation préalable menée par BrokerDefense sur ce type de dossier.
Article réécrit le 13/09/2026


