atrintl.com a servi de vitrine à une enseigne de courtage, « A-Trade International », qui n’a jamais désigné la moindre société, le moindre siège, ni la moindre autorité de tutelle derrière son nom d’exploitation.
Le nom a été créé le 25 novembre 2022 pour une durée d’un an, et son échéance du 25 novembre 2023 n’a pas été reconduite : le registre du .com ne restitue plus aucune fiche à son sujet et plus aucun serveur ne répond. Le constat établi le 4 août 2023 selon le protocole AFNOR Z67-147, ses six captures d’écran et les relevés de contact de l’automne 2023 forment désormais la matière principale de ce dossier.
Sommaire
- Le nom a été laissé à l’abandon après un an de validité
- Notre constat du 4 août 2023 : trois pages archivées et six captures
- Un socle WordPress banal derrière une promesse de courtier
- Une page Régulation sans régulateur ni société nommée
- Des lignes VOIP britanniques et des mobiles belges comme seul contact
- Quand la vitrine n’existe plus, sur quoi s’appuient les dossiers
- Les questions que cette disparition suscite
Le nom a été laissé à l’abandon après un an de validité
Le 25 novembre 2022, le nom atrintl.com était créé pour une durée d’un an auprès du bureau d’enregistrement MainReg INC., porteur de l’identifiant IANA 1917. Son échéance tombait donc au 25 novembre 2023 : à cette date, personne n’a reconduit l’enregistrement. Notre relevé du 15 septembre 2026 en apporte la confirmation la plus nette possible : l’interrogation du registre du .com ne restitue strictement aucune donnée pour atrintl.com, ni date de création, ni titulaire, ni serveurs de noms. Un contrôle positif effectué le même jour sur un autre nom relevant du même registre a bien renvoyé une fiche complète, ce qui établit que l’absence de résultat pour atrintl.com est un résultat en soi, et non une anomalie technique.
Notre constat du 4 août 2023 avait capturé la vitrine en plein service, à l’adresse technique 104.21.68.169, moins de neuf mois après la création du nom. Douze mois auront donc suffi pour que le nom soit laissé à l’abandon, sans cession, sans transfert et sans aucune annonce. Les deux variantes orthographiques du nom, a-trade-international.com et atradeinternational.com, ne répondent pas davantage.
Les données d’enregistrement relevées lors de notre constat de 2023 décrivaient un nom protégé par un service de masquage de l’identité du titulaire : aucun nom, aucune adresse, aucune coordonnée de personne physique ou morale n’apparaissait dans le fichier. MainReg INC. disposait d’une adresse de plainte, [email protected], et d’un numéro de téléphone dédié à ces signalements. Les serveurs de noms désignés étaient ceux du réseau Cloudflare, delilah.ns.cloudflare.com et eugene.ns.cloudflare.com. La protection cryptographique du registre n’était pas activée. Aujourd’hui, même ces données techniques ont disparu : plus aucun serveur ne répond, ni sur l’adresse principale ni sur le préfixe www.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Dernière mise à jour : 15/09/2026
Notre constat du 4 août 2023 : trois pages archivées et six captures
Établi selon le protocole AFNOR Z67-147, notre constat du 4 août 2023 tient en seize pages assorties d’un horodatage qualifié. Trois adresses ont été visitées et figées : la page d’accueil à l’adresse https://atrintl.com/ dont le titre était « A-TRADE INTERNATIONAL », la page d’assistance à l’adresse https://atrintl.com/support/ dont le titre était « Support », et la page de présentation à l’adresse https://atrintl.com/why-trade-with-us/ dont le titre était « Why trade with us? ». Six captures d’écran ont été produites : trois pour la page d’accueil, une pour la page d’assistance, deux pour la page de présentation. Trois copies de code source ont été conservées, pesant respectivement 82 983, 66 697 et 68 408 octets. Le navigateur de capture était Chrome 110, sans injection de code et sans authentification préalable.
Le contenu commercial figé dans ces pages était élaboré. La vitrine promettait un levier pouvant atteindre 1:500 et des écarts de cotation annoncés à partir de 0,01 dollar sur la paire EUR/USD. Une assistance « 24/5 » était présentée comme un engagement ferme. Des centaines d’instruments négociables étaient mis en avant : contrats sur devises, crypto-actifs, indices, matières premières, actions et or. Les dépôts et retraits étaient décrits comme « sûrs et rapides », les comptes comme ségrégués et les échanges comme chiffrés.
Six formules de compte étaient proposées, de l’intitulé « Basic » à l’intitulé « VIP », avec notamment un compte « Advanced Pro » et un compte sans swap. La plateforme de négociation présentée était MetaTrader. Une page intitulée « Peace of Mind Trading » faisait de la tranquillité d’esprit un argument commercial, et le menu de présentation vantait un gestionnaire de compte personnel. Le pied de page portait un avertissement générique sur le risque des contrats sur différence ainsi qu’une liste de résidents exclus : États-Unis, Seychelles, Maurice, Corée du Nord et Iran.
Les copies d’archives publiques conservées montrent qu’une copie de la vitrine existe au 4 août 2023 même, avec une réponse positive pesant 18 694 octets. Une redirection a été relevée en septembre 2023. La dernière copie conservée date du 31 mars 2024 et montre le nom renvoyé vers un sous-domaine ww1 affichant une page d’annonces publicitaires, et non plus la vitrine d’origine. Depuis cette date, plus aucune copie n’a pu être constituée. Ces archives et notre constat constituent désormais l’intégralité de ce qui reste consultable du dispositif.
Un socle WordPress banal derrière une promesse de courtier
Sur le plan du contenu et de la mise en forme, la vitrine reposait sur WordPress en version 6.2 et sur le thème commercial Enfold. Le module de formulaires Contact Form 7 gérait les interactions avec les visiteurs. La police d’icônes Fontello et l’API de polices Google assuraient l’habillage typographique de l’ensemble, conférant à la page un aspect soigné sans nécessiter de développement sur mesure.
Du côté des composants et de l’affichage, nos relevés ont identifié le lecteur audio et vidéo MediaElement.js ainsi que le correctif html5shiv destiné aux navigateurs anciens. La prise en charge des flux RSS, des notifications de lien et de la découverte de services était activée. Les balises d’affichage mobile, icône de signet Apple et balise viewport, étaient présentes, et nos relevés ont aussi trouvé la trace de ce nom dans les données d’expérience utilisateur que le navigateur Chrome agrège auprès de ses utilisateurs.
Pour le courriel, le réseau et la sécurité, nos vérifications ont mis en évidence un enregistrement d’authentification d’expédition SPF et une messagerie professionnelle Google. L’adressage IPv6 était activé. Le réseau de diffusion de contenu, le service de noms et l’hébergement étaient assurés par Cloudflare. Le certificat de sécurité, délivré par Let’s Encrypt, entraînait un basculement par défaut vers le protocole sécurisé.
Ce relevé décrit une vitrine ordinaire montée sur un socle grand public, accessible sans compétence technique particulière. Aucun moteur de négociation propre n’apparaît dans les pages conservées, et nos recherches ne permettent pas d’identifier qui exploitait le site derrière le masquage du titulaire.
Une page Régulation sans régulateur ni société nommée

La vitrine proposait un menu intitulé « Company » renvoyant à trois rubriques : « Segregation of Clients’ Funds », « Anti-money laundering » et « Legal documents ». Cette dernière rubrique proposait des documents à télécharger, dont un contrat. Pourtant, aucune de ces pages ne nommait une société exploitante, ne mentionnait un siège social, un numéro d’immatriculation, une autorité de tutelle ni une quelconque autorisation d’exercice. Aucune entité n’était désignée comme responsable de la vitrine.
Trois boîtes courriel rattachées au domaine constituaient l’unique moyen de contact : [email protected], dont l’adresse était écrite en clair dans le code de la page d’assistance, [email protected] et [email protected]. La boîte libellée « GDPR » était mise en avant comme une preuve de respect des données personnelles, alors que la vitrine ne nommait aucun responsable de traitement. Aucune adresse postale, aucun numéro de téléphone et aucun formulaire de rappel ne figuraient sur les pages conservées.
Du côté du régulateur français, les documents de mise en garde que publie le site de l’AMF ne comportent aucune ligne au nom de cette vitrine, ni sous son nom d’exploitation, ni sous son adresse : c’est un constat de carence, pas une autorisation. L’absence d’une mise en garde publique ne signifie pas que la vitrine était régulée ; elle signifie seulement que les autorités n’avaient pas encore été saisies, ou n’avaient pas finalisé une procédure, au moment où le nom a été laissé à l’abandon.
D’autres dossiers traités par BrokerDefense illustrent des trajectoires comparables : un autre dossier de courtage au trading laissé à l’abandon par ses exploitants montre que ce type de disparition silencieuse se répète, et une vitrine de courtage dont le nom a été gelé par son hébergeur après notre enquête illustre une issue différente, où l’intervention technique a précédé la disparition du contenu.
Des lignes VOIP britanniques et des mobiles belges comme seul contact
Notre rapport d’enquête du 10 octobre 2023 recensait 27 entités et 36 liens. Le nom d’exploitation « A-Trade International » y était relié à quatre boîtes courriel, les trois boîtes publiques du domaine et une quatrième relevée dans les données de messagerie, ainsi qu’à cinq lignes téléphoniques.
Deux numéros britanniques en 0208 figuraient parmi ces lignes, dont le +44 208 1574 509, identifié comme une ligne de voix sur IP rattachée à l’opérateur DIDWW Ireland Limited, localisée à Londres et signalée par un service de notation comme associée à des activités frauduleuses. Trois numéros mobiles belges complétaient cet ensemble : le +32 486 930 899, rattaché à l’opérateur KPN Belgium, le +32 489 574 983 et le +32 475 261 04. Aucune de ces cinq lignes n’était rattachée à une société identifiée.
Les relevés eux-mêmes précisent que les métadonnées des lignes utilisées dans une escroquerie peuvent être inexactes. Pour une personne trompée, cette réserve a une conséquence directe : les numéros relevés ne garantissent pas l’identité de qui les a utilisés. Et aujourd’hui, le nom ayant été laissé à l’abandon, ces lignes n’ont plus aucun ancrage actif : elles n’existaient que pour la durée de l’exploitation de la vitrine, et plus aucun interlocuteur ne peut être joint via les canaux qu’elle affichait.

La victoire judiciaire obtenue à Perpignan dans une affaire de placement dans l’or éclaire ces questions de près : Maître Denitza Gueorguieva, avocate dont la ville d’inscription au barreau est Lyon, revient sur ce que les dommages-intérêts accordés représentent concrètement pour les victimes et sur les conditions dans lesquelles un règlement amiable peut intervenir en dehors du prétoire.
Quand la vitrine n’existe plus, sur quoi s’appuient les dossiers
Les pièces réunies avant la fermeture du site gardent leur valeur. Notre constat du 4 août 2023, établi selon le protocole AFNOR Z67-147 avec horodatage qualifié, conserve sa pleine force probante devant toute juridiction. Les six captures d’écran et les trois copies de code source, avec leurs tailles précisément relevées, décrivent la vitrine telle qu’elle fonctionnait. Les copies d’archives publiques, jusqu’à celle du 31 mars 2024, complètent ce tableau documentaire.
Pour une personne qui a eu affaire à cette vitrine, les pièces à rassembler autour de ces éléments sont : les relevés de virements effectués vers les coordonnées bancaires communiquées par la vitrine, les messages échangés avec [email protected], et les traces d’appels reçus ou passés depuis les numéros en 0208 ou depuis les mobiles belges recensés dans notre rapport. Chacune de ces traces permet de reconstituer le déroulement des échanges.
La recherche de l’intermédiaire qui a effectivement reçu les fonds versés, et la responsabilité de l’établissement financier qui a exécuté les ordres de virement sans alerter le client, constituent deux axes d’investigation complémentaires. Ils permettent d’orienter un dossier même lorsque le site lui-même ne répond plus.
Sur le plan pénal, la plainte entre les mains du procureur de la République reste une voie ouverte : le constat horodaté, les archives et les relevés téléphoniques forment un ensemble de pièces suffisamment précis pour étayer une saisine, indépendamment de la disparition du nom.
Les questions que cette disparition suscite
Oui. La disparition du nom laisse intactes les preuves constituées pendant la période d’activité. Vos courriels reçus de [email protected], vos relevés de virements et vos éventuels relevés d’appels depuis les numéros en 0208 ou les mobiles belges recensés dans notre rapport restent des pièces recevables. Notre constat du 4 août 2023, établi selon le protocole AFNOR Z67-147 avec horodatage qualifié, décrit la vitrine telle qu’elle fonctionnait et peut être produit devant toute juridiction.
Les pages conservées ne contiennent aucun nom de société exploitante, aucun siège social, aucun numéro d’immatriculation et aucune référence à une autorité de régulation. Le menu « Legal documents » proposait des documents à télécharger, mais aucun d’eux ne comblait ces lacunes. L’identité du titulaire du nom était par ailleurs masquée dans le fichier d’enregistrement. Cette absence totale d’ancrage légal est l’un des signaux les plus nets que le dispositif n’avait pas vocation à être identifiable.
Le fichier de veille publié par le régulateur français ne comporte aucune ligne rattachée à cette enseigne, ni sous ce nom d’exploitation ni sous l’adresse atrintl.com. Ce constat de carence ne vaut pas autorisation d’exercice : il signifie simplement qu’aucune procédure publique n’avait abouti à une publication avant que le nom soit laissé à l’abandon.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 15/09/2026


