Investpoint.pro arnaque : un constat de 2023, un nom repris en 2026

En 2023, BrokerDefense a consacré un article à investpoint.pro, une plateforme qui se présentait comme un courtier multi-actifs accessible à tout investisseur particulier. Depuis cette publication, le nom a connu une trajectoire singulière : la vitrine a disparu, le domaine a changé de mains, et les relevés techniques du 15 septembre 2026 dessinent un tableau radicalement différent de celui que le constat établi trois ans plus tôt avait figé l’ensemble.

Cette mise à jour rassemble l’ensemble des éléments vérifiés, présente l’état actuel du nom, et expose les démarches ouvertes à celles et ceux qui ont approvisionné un compte entre 2022 et 2023.

Un constat a figé la vitrine en 2023, le nom a changé de main

Le 12 mai 2023, un constat de contenu en ligne a été dressé sur la vitrine d’investpoint.pro, fixant dans un document opposable l’état exact de la plateforme à cette date. Ce constat constitue aujourd’hui la seule trace fiable de ce qu’affichait le site : les offres, les conditions contractuelles, les boutons d’inscription, et l’infrastructure sous-jacente. Sans lui, aucune pièce probante ne subsisterait.

La trajectoire du nom depuis lors est instructive. L’échéance d’enregistrement du 7 avril 2024 n’a pas été honorée par le titulaire d’origine. Le nom est resté sans renouvellement, puis a été repris le 13 août 2026 par un nouveau titulaire, chez le bureau d’enregistrement Spaceship, Inc., avec une échéance repoussée au 13 août 2027. Le transfert est verrouillé et une signature DNSSEC est présente. Nos relevés du 15 septembre 2026 montrent que toutes les requêtes reçoivent un code HTTP non standard, 456, avec un corps de 47 octets qui charge un script de filtrage : aucune page n’est servie, y compris depuis un navigateur.

D’autres dossiers suivis par BrokerDefense, comme swiss-vests.com, montrent qu’une vitrine qui disparaît ne referme pas le préjudice subi par ceux qui ont viré des fonds. Pour quiconque a approvisionné un compte sur investpoint.pro, la question reste donc entière.

Dernière mise à jour : 15/09/2026

Horodatage en chaîne de blocs, double empreinte du constat

Le constat dressé le 12 mai 2023 respecte le référentiel AFNOR Z67-147, qui définit les exigences applicables aux constats de contenu en ligne. Il compte 25 pages et couvre quatre adresses relevées : la page d’accueil, la page /about-us/, la page /contact-us/ et la page /legal/terms-and-conditions/.

Les pièces jointes comprennent le relevé WHOIS du moment, les quatre sources de pages, les captures d’écran correspondantes, le journal réseau et un horodatage doublement sécurisé : un jeton qualifié et un enregistrement dans une chaîne de blocs. Cette double empreinte rend toute contestation de la date ou du contenu techniquement inopérante devant un tribunal.

Ce niveau de documentation est précisément ce qui distingue un constat utile d’une simple capture d’écran. Pour les personnes dont les fonds ont été bloqués ou dont les demandes de retrait ont été refusées, ce document peut servir de point d’ancrage dans une procédure.

Un contractant déclaré dans l’archipel, un titulaire enregistré en Ukraine

Le nom investpoint.pro a été créé au registre le 7 avril 2022, chez le bureau d’enregistrement PDR Ltd. (PublicDomainRegistry), par l’intermédiaire d’un revendeur. L’enregistrement reposait sur quatre serveurs de noms ukrainiens. Son état au registre figure dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools, telle qu’elle se présentait à la date de nos relevés.

Le titulaire déclaré au registre était une personne privée localisée en Ukraine, code postal 01001. Les champs d’adresse du relevé se réduisaient à des suites de lettres sans signification, ce que nos recherches qualifient d’identité déclarative de circonstance : une présence formelle qui ne permet aucune identification réelle.

Le contrat utilisateur, accessible depuis /legal/terms-and-conditions/, nommait une société déclarée sous le nom Nexus LLC, enregistrée à Saint-Vincent-et-les-Grenadines sous le numéro REG 1070 LLC 2021, à l’adresse Suite 305, Griffith Corporate Centre, Beachmont, Kingstown. Cette même entité y était présentée à la fois comme opérateur et comme société de traitement et de compensation. La vitrine était hébergée sur l’infrastructure Microsoft Azure, région Europe de l’Ouest, aux Pays-Bas. Ce montage à trois étages, registre ukrainien, contractant caribéen et hébergement néerlandais, se rencontre ailleurs dans nos dossiers, notamment autour de enerixinvest.pro.

Le parcours d’inscription passait par un sous-domaine hébergé à part

Tous les boutons d’inscription présents sur la vitrine renvoyaient vers l’adresse my.investpoint.pro/register. Ce sous-domaine était distinct de la vitrine principale, tant sur le plan technique que sur le plan de l’hébergement : nos relevés du 25 mai 2023 montrent qu’il était hébergé chez Amazon, région Irlande, sur une adresse IP distincte, avec 96 requêtes enregistrées lors de la session de constat.

La page d’accueil de cet espace client était intitulée « My Account ». Cette séparation entre la vitrine publique, hébergée aux Pays-Bas, et le portail de gestion des comptes, hébergé en Irlande, est un choix d’architecture qui complique toute tentative de reconstitution du flux de données entre les deux composantes.

Aujourd’hui, ce sous-domaine ne résout plus. Les personnes qui ont approvisionné un compte via ce portail ne peuvent plus y accéder, et leurs relevés de compte ne sont plus consultables en ligne. Dans une telle configuration, les confirmations de virement et les relevés bancaires deviennent les seules pièces sur lesquelles s’appuyer.

Anglais, russe, polonais : trois langues, aucune page en français

La vitrine d’investpoint.pro reposait sur WordPress 5.7.8, avec les constructeurs de pages Elementor et Elementor Pro, WPBakery et Slider Revolution. L’extension multilingue WPML était présente, ainsi que Contact Form 7, Font Awesome, Google Font API, Twemoji, About Cookies et un lecteur YouTube intégré. Le serveur était Apache, le certificat HTTPS émis par Let’s Encrypt, et le pied de page affichait une année de copyright 2021.

Les balises de langue déclaraient l’anglais, le russe et le polonais, plus une balise x-default. Aucune version française n’était proposée, ce qui est notable pour une plateforme qui cherchait manifestement à toucher un public européen large, dont des épargnants francophones.

Les offres annoncées couvraient le Forex, les matières premières (pétrole brut, Brent, or et argent), les cryptomonnaies, les actions, les indices et les contrats sur différence. L’effet de levier annoncé atteignait 1:300, et l’argument « un clic pour trader » était présenté comme adapté aux scalpeurs. Le contrat utilisateur renvoyait les questions de conformité à une adresse de support hébergée sur grandinvest.pro, un nom créé au registre le 27 novembre 2023, soit plus de six mois après la capture de la page. Nos recherches montrent que ce nom résout aujourd’hui vers une adresse IP russe, que ses serveurs de noms appartiennent à un prestataire russe, et que son certificat HTTPS ne se valide pas.

Pour replacer ce dossier dans la mécanique des recours ouverts aux victimes de faux placements, nous avons interrogé Maître Goce Novakov, avocat dont la ville d’inscription au barreau est Paris, sur les suites amiables et contentieuses de ce type de dossier.

Aucune autorisation pour vendre des placements au public français

Nos recherches du 15 septembre 2026 sur les listes publiées par le site de l’AMF ne font apparaître aucune entrée au nom d’investpoint.pro parmi les 3 460 entrées consultées à cette date. Aucune société britannique ne correspond non plus à ce nom. L’absence de toute autorisation signifie que la plateforme n’était pas habilitée à proposer des services d’investissement au public français, quelle que soit la forme prise par ses offres.

Cette absence d’agrément n’est pas un détail administratif : elle conditionne directement les voies de recours disponibles. Une procédure pénale reste ouverte pour les personnes qui ont viré des fonds vers cette plateforme. Pour connaître la procédure à suivre pour une plainte, BrokerDefense met à disposition un guide détaillé des étapes à respecter.

Rassembler les preuves d’un versement fait en 2022 ou 2023

Le premier réflexe, pour qui a viré de l’argent vers investpoint.pro, consiste à rassembler l’intégralité des justificatifs de virement : relevés bancaires, confirmations de transaction, captures d’écran des relevés de compte affichés sur le portail, et tout échange écrit avec le service client de la plateforme.

Une demande de rappel de virement peut être adressée à la banque émettrice. Cette démarche est soumise à des délais stricts qui varient selon le type de virement et la banque correspondante. Plus le temps écoulé depuis le virement est long, plus la fenêtre de récupération directe se réduit, sans pour autant se fermer complètement dans tous les cas.

La responsabilité de l’établissement bancaire qui a exécuté les virements peut également être examinée, notamment si des signaux d’alerte auraient dû conduire la banque à bloquer ou à questionner les ordres. Cette piste, distincte de la procédure pénale, relève d’une analyse au cas par cas des conditions dans lesquelles les comptes ont été approvisionnés et les retraits refusés.

Investpoint.pro : les réponses aux questions reçues

Qu’implique concrètement l’absence de toute autorisation réglementaire pour investpoint.pro ?

Une plateforme sans agrément de l’AMF ou d’un régulateur européen reconnu n’est pas habilitée à collecter des fonds du public français à des fins d’investissement. Les contrats conclus dans ce cadre sont susceptibles d’être frappés de nullité, ce qui ouvre des voies de restitution que seul un examen individuel du dossier permet de préciser.

Que reste-t-il possible de faire après un versement effectué en 2022 ou 2023 ?

Plusieurs démarches restent ouvertes : demande de rappel de virement auprès de la banque émettrice, dépôt de plainte pénale, et examen de la responsabilité de l’établissement ayant exécuté les ordres. La conservation de tous les justificatifs de dépôt, des relevés de compte et des échanges écrits avec la plateforme est indispensable pour engager l’une ou l’autre de ces procédures.

Le nom investpoint.pro repris en août 2026 a-t-il un lien avec la plateforme d’origine ?

Rien ne l’établit. Le nom a été repris par un nouveau titulaire chez un bureau d’enregistrement différent, après une période sans renouvellement. Nos relevés techniques montrent qu’aucune page n’est servie depuis cette reprise. Aucun élément disponible ne permet d’affirmer une continuité avec la plateforme qui opérait en 2022 et 2023.

Le dossier investpoint.pro illustre une configuration dans laquelle la disparition de la vitrine ne met pas fin au préjudice des personnes dont les fonds ont été déposés et dont les demandes de retrait ont été refusées. Le nom a changé de mains, l’infrastructure d’origine a été démantelée, mais les virements effectués entre 2022 et 2023 restent traçables à partir des relevés bancaires. BrokerDefense peut dire, avant toute action, ce qu’un dossier permet encore de tenter.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 15/09/2026

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