Finomarkets.com arnaque : six régulateurs l’ont écarté

Six autorités ont écarté ce nom entre 2021 et 2023

Le 13 septembre 2021, l’autorité espagnole des marchés, la CNMV, publie un avertissement visant le nom commercial enregistré comme « HTTPS://WWW.FINOMARKETS.COM/INDEX.HTML ». C’est la première décision officielle connue contre cette vitrine, et elle est tombée deux mois seulement après notre propre enquête de juillet 2021, qui n’en savait rien. La série qui suit est serrée : le 18 octobre 2021, l’autorité britannique de conduite financière, la FCA, publie à son tour une mise en garde sous le libellé « Finomarkets », dont on trouvera la fiche nominative publiée par l’autorité britannique. Le 16 novembre 2021, l’autorité belge des services et marchés financiers, la FSMA, intitule son alerte « plateformes de trading frauduleuses » et cite Finomarkets (www.finomarkets.com) parmi dix-sept adresses concernées.

L’année 2022 voit trois provinces canadiennes s’aligner. Le 1er février 2022, la commission des valeurs mobilières de l’Ontario désigne « FinoMarkets ». Le 15 juillet 2022, la commission des valeurs mobilières de Colombie-Britannique publie le même libellé. Le 15 mars 2023, la commission des valeurs mobilières de l’Alberta clôt la série en visant « FINO Markets » avec la mention expresse « site associé : finomarkets.com », levant tout doute sur l’adresse concernée. La qualification retenue par ces six autorités, traduite de leur langue de travail respective, est constante : entité non enregistrée et non autorisée à proposer des produits ou services financiers. Sept décisions, sept autorités, six pays, sur une fenêtre de dix-huit mois.

Un septième avertissement mérite d’être traité à part. Le 3 juin 2022, la commission italienne des sociétés et de la bourse, la CONSOB, publie une décision portant sur la marque Finomarkets, mais cette décision désigne une adresse écrite en .info et non en .com ; elle a donné lieu à une mesure de blocage de sites. Le nom de tête étudié ici est la forme en .com, distincte de celle que la CONSOB a visée.

Ce que cette série change est considérable. Notre article de juillet 2021 documentait une vitrine sans assise réglementaire ; les autorités de six pays ont, dans les dix-huit mois qui ont suivi, confirmé et formalisé ce constat chacune de leur côté, sans coordination visible, ce qui renforce d’autant le poids de l’ensemble.

Dernière mise à jour : 01/10/2026

Les promesses de 2021 : 89 000 clients et un siège à Londres

Au moment de notre première enquête, la vitrine se présentait comme « l’un des plus grands fournisseurs de services financiers au monde » et affirmait que « plus de 89 000 clients » lui avaient fait confiance. Elle mentionnait des récompenses sans jamais en détailler ni la nature ni l’organisme décernant. Aucune biographie de dirigeant n’était accessible. L’adresse indiquée était le 251 Southwark Bridge Road, à Londres.

Ni le registre des sociétés du Royaume-Uni ni le registre de l’autorité britannique de marché ne portaient alors ce nom. L’enregistrement du nom courait de 2021 à 2023 et le titulaire n’était pas divulgué. Ces éléments, pris ensemble, décrivaient dès l’origine une vitrine sans existence vérifiable dans les registres publics du pays où elle prétendait être établie.

La suite a montré ce que valaient ces promesses : sept autorités réglementaires les ont examinées et toutes ont conclu à une entité non autorisée. Le chiffre de 89 000 clients et le siège londonien n’ont jamais pu être rattachés à aucune entité enregistrée.

Un dossier rouvert le 3 juin 2026, plus aucune page servie

Après une interruption, l’enregistrement du nom a été rouvert le 3 juin 2026. Le 1er octobre 2026, nos relevés techniques montrent qu’aucune page de plateforme n’est servie : sur le nom de tête comme sur la variante www, le port 80 répond par une redirection vers une fiche de reprise dédiée à l’acquisition du nom, et le port 443 renvoie une erreur 400. La vitrine de trading a disparu sans être remplacée par quoi que ce soit de fonctionnel.

Les copies conservées permettent de reconstituer la trajectoire. La plus ancienne remonte au 9 mars 2019. La vitrine de trading telle qu’elle a été connue des internautes est reproduite à partir du 6 juin 2021. La dernière page substantielle conservée porte la date du 5 juin 2023 et s’intitulait « FinoMarkets », avec les mentions « Your Trading Partner » et « Award-Winning Forex Broker ». Le 4 octobre 2023, la copie conservée ne montre plus qu’une page par défaut du serveur web. À partir de 2025, les copies ne sont plus que des renvois de quelques centaines d’octets. La fin de l’exploitation se situe dans la fenêtre comprise entre le 5 juin et le 4 octobre 2023.

Ce schéma n’est pas isolé dans les dossiers que nous suivons. Le site astrahorizon.com, que nous avons documenté sur notre dossier astrahorizon.com, ne sert plus rien et son nom est lui aussi proposé à l’achat. Le site immediateapex.com, traité dans notre dossier immediateapex.com, est réduit à une simple redirection. Dans les trois cas, la vitrine a cessé d’être servie en laissant les personnes lésées sans interlocuteur identifiable.

Au registre : une ouverture de juin 2026, portée jusqu’en juin 2027

Le fichier du registre, tel que nos vérifications l’ont relevé le 1er octobre 2026, présente les données suivantes : l’enregistrement en cours a été ouvert le 3 juin 2026 et court jusqu’au 3 juin 2027. Le dossier a été modifié pour la dernière fois le 4 juin 2026. Le dépositaire est AvidDomain LLC, portant l’identifiant IANA 1695. Un verrou est posé sur le nom, qui empêche son transfert. Le titulaire est masqué au titre de la confidentialité. Les deux serveurs de noms déclarés appartiennent à l’infrastructure du revendeur qui met ce nom en avant.

La zone publiée à cette même date ne comporte qu’une seule adresse de machine : 52.20.84.62, portée par une plage d’hébergement d’Amazon. Aucun serveur de messagerie n’est déclaré. Quatre enregistrements de texte sont présents, dont un jeton de vérification déposé par le service qui met le nom en avant. Cette configuration est cohérente avec l’état d’un nom repris dans une optique commerciale, sans infrastructure de service active.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Les certificats journalisés : portail, messagerie, accès distant

Les journaux publics de certificats conservent 132 entrées pour ce nom, portant sur 31 noms distincts, du 20 avril 2021 au 3 septembre 2026. L’étendue de cette liste est instructive : elle recouvre des sous-domaines correspondant à un espace client (crm, portal, app), à une messagerie professionnelle complète (email, mail, mymail, webmail, owa, exchange) et à des accès distants (vpn, vpn1, vpn2, gateway), auxquels s’ajoutent des fonctions de support et de relation commerciale (help, sales).

Ce relevé documente que la vitrine n’était pas une simple page d’accueil conçue pour attirer des visiteurs : elle était adossée à une organisation dotée d’outils internes, capable de gérer des comptes clients, d’émettre des communications par courrier électronique et d’offrir des connexions à distance à ses opérateurs. C’est précisément ce type d’infrastructure qui permet à une structure non autorisée de paraître crédible aux yeux des personnes qu’elle démarche.

Nos vérifications du 1er octobre 2026 n’ont rien trouvé dans les fichiers de référence consultés : aucune mention de ce nom dans les 3 484 lignes du fichier des listes noires de l’autorité française des marchés financiers, rien sur la liste de l’autorité chypriote, et aucune société britannique portant ce libellé au registre des sociétés du Royaume-Uni. L’absence de ces inscriptions ne vaut pas réhabilitation ; elle signifie seulement que les mises en garde déjà publiées par sept autorités constituent l’essentiel du dossier réglementaire public.

Après un versement de 2021, ce qui reste opposable

Pour celles et ceux qui ont envoyé de l’argent entre 2021 et 2023, le point de départ est documentaire : les relevés bancaires, puis les confirmations d’ordre de virement. Ces éléments désignent l’établissement qui a exécuté les opérations et permettent d’examiner la manière dont il a contrôlé ces mouvements. Une banque qui a laissé passer des virements sans vigilance peut voir sa responsabilité recherchée devant les juridictions civiles.

Côté pénal, les formalités d’une plainte pour escroquerie sont exposées dans notre rubrique dédiée. La qualification d’entité non enregistrée et non autorisée, retenue par sept autorités de six pays, constitue un appui solide pour étayer une plainte. L’autorité espagnole maintient par ailleurs une page de veille qui recense les avertissements publiés, dont celui visant ce nom.

Maître Goce Novakov, avocat relevant de l’ordre des avocats de Paris, décrypte dans l’échange qui suit une décision rendue pour faux investissement : l’établissement qui avait reçu les fonds a été sanctionné pour n’avoir pas contrôlé les opérations, et les personnes trompées ont obtenu, devant le tribunal judiciaire de Paris, le remboursement intégral de leurs pertes.

Les réponses aux lecteurs sur le dossier Finomarkets

Finomarkets est-il encore actif en 2026 ?

Non. Nos relevés techniques du 1er octobre 2026 montrent qu’aucune page de plateforme n’est servie sur ce nom. Le port 80 renvoie vers une fiche de reprise ouverte à l’acquisition du nom, et le port 443 répond par une erreur 400. La dernière page substantielle conservée date du 5 juin 2023 ; depuis le 4 octobre 2023, aucun contenu de trading n’est accessible.

Quelles autorités ont publié des avertissements contre Finomarkets ?

Sept autorités de six pays ont visé ce nom entre le 13 septembre 2021 et le 15 mars 2023 : la CNMV en Espagne, la FCA au Royaume-Uni, la FSMA en Belgique, la commission des valeurs mobilières de l’Ontario, celle de Colombie-Britannique et celle de l’Alberta au Canada, ainsi que la CONSOB en Italie pour une adresse en .info. Toutes retiennent la même qualification : entité non enregistrée et non autorisée à proposer des produits ou services financiers.

Que faire si j’ai effectué un virement vers Finomarkets entre 2021 et 2023 ?

Conservez tous vos relevés de compte et confirmations d’ordre de virement. Ces documents permettent d’identifier l’établissement bancaire qui a exécuté les opérations et d’évaluer si sa responsabilité peut être engagée pour manquement à son devoir de vigilance. Un dépôt de plainte pour escroquerie est également envisageable ; les étapes sont détaillées dans notre rubrique pénale. Vous pouvez aussi contacter notre service d’aide aux victimes via le bouton ci-dessous.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 01/10/2026

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