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Un nom retenu par le régulateur sous deux libellés
Le 1er juillet 2021, l’Autorité des marchés financiers française a retenu le nom www.radixinvest.com sur ses listes de mise en garde, sous deux libellés distincts : « Forex » et « Usurpation ». Cette double inscription constitue l’élément le plus fort du dossier, car elle signale à la fois la nature de l’activité proposée et le procédé d’appropriation d’identité utilisé pour la légitimer. Un premier article consacré à ce nom avait déjà relevé plusieurs signaux préoccupants dès le mois de mai 2021 ; le présent article, publié le lendemain de cette inscription, en prolonge l’analyse à la lumière de la décision du régulateur. La fiche nominative demeure consultable : c’est la fiche retenue par le régulateur, qui porte la date officielle et reste accessible au public.
La double qualification retenue par l’AMF est rarement accordée à un même nom. Le libellé « Forex » indique que la vitrine se présentait comme une plateforme de négociation de devises sans disposer des autorisations requises en France. Le libellé « Usurpation » précise que cette présentation reposait sur l’appropriation d’une identité juridique qui ne lui appartenait pas. Le relevé le plus récent, arrêté au 28 septembre 2026, le mentionne toujours : la mise en garde n’a jamais été levée.
Dernière mise à jour : 30/09/2026
L’immatriculation estonienne exhibée par la vitrine
Les mentions légales de la vitrine affichaient un numéro d’immatriculation estonien, le 16066449, présenté comme celui de la société « Radix Invest ». Une vérification au registre estonien des entreprises révèle que ce numéro ne correspond à aucune entité portant ce nom. Il identifie en réalité Primer Tech International Holding OÜ, une société à responsabilité limitée enregistrée le 1er octobre 2020 et supprimée du registre le 22 mars 2024. Primer Tech est une société réelle, dont l’identité a été détournée à son insu par les exploitants de la vitrine : elle en est la victime, et rien dans les données publiques ne permet de la rattacher à l’exploitation de la plateforme Radix Invest.
Ce mécanisme d’usurpation d’immatriculation est précisément ce que l’AMF a codifié dans son second libellé. En associant un numéro officiel, vérifiable dans un registre public, à une marque commerciale inventée, les exploitants cherchaient à conférer à leur vitrine une apparence de régularité administrative. Le procédé n’est pas isolé : quoniam-private.com, un autre nom de la même vague, a été inscrit par le même régulateur au cours du même été 2021, selon un mode opératoire comparable fondé sur une présentation trompeuse des autorisations détenues.
Ce que les certificats racontent de la plateforme
Le premier certificat de sécurité associé au nom radixinvest.com a été émis le 10 mars 2021, date qui correspond à la mise en service effective de la vitrine. Ce type de certificat est indispensable pour afficher le cadenas vert dans un navigateur et rassurer les visiteurs sur la confidentialité de leur connexion ; son émission marque donc le moment où la plateforme a commencé à recevoir du public. Entre juin 2022 et avril 2023, d’autres certificats ont été émis pour des sous-domaines aux noms révélateurs : agents., client., managers., database-ag. et database-mg. Ces intitulés ne laissent guère de doute sur la structure de l’infrastructure : un espace réservé aux clients, un autre aux personnes présentées comme des agents ou des gestionnaires, et deux bases de données séparées selon le profil.
Cette architecture en sous-domaines est caractéristique des plateformes qui ont dépassé le stade de la simple vitrine commerciale et qui gèrent activement des comptes ouverts par des déposants. L’existence d’un sous-domaine client. implique que des personnes ont effectivement créé des espaces personnels, sans doute après avoir suivi les trois étapes décrites sur la page d’accueil : s’inscrire, déposer des fonds, puis négocier. La coexistence d’interfaces distinctes pour les agents et pour les gestionnaires de base de données suggère une organisation interne hiérarchisée, conçue pour traiter un volume significatif de comptes.
Le nom repris en 2024, une page de garde seule
La situation du domaine a changé à partir de 2024. Le registre public du .com porte désormais une date d’enregistrement au 28 mai 2024, chez le bureau d’enregistrement Sav.com. Cette reprise ne s’est pas accompagnée d’une reconstruction de la plateforme. L’adresse principale comme la variante www ne servent plus qu’une coquille de 114 octets, qui redirige par un script vers une simple page de garde sans contenu fonctionnel. Aucun des sous-domaines documentés par les certificats, ni agents., ni client., ni managers., ni database-ag., ni database-mg., ne répond plus à ce jour. Il n’existe donc plus aucune plateforme opérationnelle derrière ce nom.
Cette situation est importante à noter pour quiconque chercherait à retrouver la trace de la vitrine d’origine : les pages que les victimes ont pu consulter entre mars 2021 et le courant de l’année 2023 ne sont plus accessibles par le domaine. Le nom a changé de titulaire sans que la plateforme frauduleuse soit reconstituée, du moins sous cet intitulé. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Faire valoir ses droits après des versements de 2021
Les personnes qui ont déposé des fonds sur la plateforme Radix Invest en 2021 se trouvent dans une situation documentée : la vitrine a reçu des versements pendant une période active, entre mars 2021 et au moins le courant de 2023, sous couvert d’une immatriculation estonienne usurpée et d’une présentation de services Forex non autorisés. La première démarche consiste à réunir l’ensemble des preuves écrites liées à ces versements : captures d’écran de la vitrine telle qu’elle se présentait au moment de l’inscription, relevés bancaires ou de carte mentionnant le bénéficiaire, courriels reçus de la plateforme, et toute correspondance échangée avec les personnes présentées comme des agents ou des gestionnaires de compte.
Une fois ces éléments rassemblés, deux voies sont ouvertes simultanément. D’une part, la banque ou l’établissement de paiement qui a exécuté le virement peut être saisi : certains établissements ont été condamnés pour manquement à leur devoir de vigilance dans des affaires similaires, ce qui ouvre une voie d’indemnisation distincte de la recherche des auteurs. D’autre part, le signalement auprès du régulateur reste utile pour alimenter les enquêtes en cours : les mises en garde du régulateur français comportent un dispositif de recueil de témoignages. Pour les victimes qui envisagent une action devant la justice pénale, le déroulement d’une plainte devant la justice pénale détaille les étapes à suivre, les pièces à joindre et les délais à respecter.
Dans l’entretien ci-dessous, Me Anne Bernard-Dussaulx, du barreau de Paris, revient sur une victoire judiciaire obtenue dans une affaire d’escroquerie au faux investissement : l’indemnisation de victimes et la condamnation d’une banque pour manquement à son devoir de vigilance, prononcées devant le tribunal du Mans. Les mécanismes juridiques qu’elle décrit sont directement applicables aux situations nées de plateformes du type Radix Invest.
Trois vérifications avant de verser des fonds
Oui. L’Autorité des marchés financiers française a retenu le nom www.radixinvest.com sur ses listes de mise en garde le 1er juillet 2021, sous deux libellés distincts : « Forex » et « Usurpation ». Le premier libellé indique que la vitrine proposait des services de négociation de devises sans les autorisations requises en France. Le second libellé signale que la présentation de la société reposait sur l’appropriation d’une identité juridique qui ne lui appartenait pas. Le nom apparaît encore au dernier état publié par l’autorité, en date du 28 septembre 2026.
Le numéro 16066449, que la vitrine présentait comme celui de « Radix Invest », identifie en réalité Primer Tech International Holding OÜ, une société à responsabilité limitée enregistrée en Estonie le 1er octobre 2020 et supprimée du registre le 22 mars 2024. Aucune société portant le nom Radix Invest n’est associée à ce numéro dans les bases officielles estoniennes. Primer Tech est une entité réelle et la victime de ce détournement d’identité : elle n’a aucun lien avec la plateforme ni avec les fonds qui y ont été déposés.
Non. Le domaine radixinvest.com a été repris le 28 mai 2024 par un nouveau titulaire chez le bureau d’enregistrement Sav.com, mais aucune plateforme opérationnelle n’a été reconstituée. L’adresse principale ne sert plus qu’une coquille de 114 octets renvoyant vers une simple page de garde. Aucun des sous-domaines qui témoignaient de l’activité passée, à savoir agents., client., managers., database-ag. et database-mg., ne répond plus. Les victimes des versements effectués en 2021 ne peuvent donc pas retrouver la vitrine d’origine par cette adresse, et doivent s’appuyer sur les archives numériques qu’elles ont conservées pour documenter leur dossier.
Le dossier radixinvest.com illustre de façon complète le fonctionnement d’une vitrine frauduleuse construite pour durer le temps de collecter des fonds : une immatriculation estonienne usurpée pour rassurer, une architecture en sous-domaines pour gérer les comptes, et une inscription du régulateur français sous deux libellés pour conclure. Les personnes qui ont répondu à l’invitation de la marque Radix Invest en 2021, déposé des fonds et utilisé l’espace client, se trouvent aujourd’hui face à un nom qui ne dessert plus aucune plateforme. La voie juridique reste ouverte, à condition de réunir sans attendre les preuves des versements effectués.
Vous avez déposé des fonds sur Radix Invest en 2021 : voici comment constituer votre dossier.
Conservez impérativement tout document lié à vos versements : relevés bancaires mentionnant le bénéficiaire, courriels reçus de la plateforme, captures d’écran de votre espace client et de la vitrine sous la marque Radix Invest. Transmettez ces éléments à notre service d’aide aux victimes pour une première analyse de votre situation.
Article réécrit le 30/09/2026


