Al-investements.com arnaque : la CSSF avait visé ce nom dès 2019

La CSSF a publiquement visé ce nom le 25 novembre 2019

Six jours après le signalement publié sur BrokerDefense, la Commission de surveillance du secteur financier (CSSF) a formellement mis en garde le public, le 25 novembre 2019, contre une entité opérant sous la dénomination AL Investments et se présentant comme établie au 5 Allée Scheffer à Luxembourg. Dans l’avertissement public de la CSSF, le régulateur luxembourgeois précise que cette entité proposait des services de gestion de patrimoine et de conseil en investissement sans détenir le moindre agrément pour la prestation de services d’investissement au Luxembourg ou à partir du Luxembourg, et qu’elle n’est pas régulée par la CSSF. Le régulateur a également tenu à dissocier clairement l’organisme de placement collectif de droit luxembourgeois portant la dénomination AL Investments, régi par la loi du 17 décembre 2010, de toute relation avec le site incriminé.

Le signalement de BrokerDefense, daté du 19 novembre 2019, avait ainsi précédé de quelques jours l’intervention officielle, ce qui illustre l’utilité d’un suivi indépendant pour alerter les épargnants avant même que le régulateur ne formalise sa position. Cet avertissement n’a jamais été retiré : consulté le 10 octobre 2026, il demeure publié sur le site de la CSSF dans son intégralité, sans modification ni réserve.

Dernière mise à jour : 10/10/2026

Rien ne permet de retrouver une fiche pour ce nom

Interrogé le 10 octobre 2026, le fichier des noms de domaine en .com ne retourne aucune fiche pour al-investements.com. Il ne subsiste ni titulaire enregistré, ni date de première inscription, ni date d’expiration, ni bureau d’enregistrement accrédité : le nom est absent du registre comme s’il n’avait jamais existé à cet endroit. Cette situation est fondamentalement différente d’un simple arrêt de serveur, où la fiche d’enregistrement continue d’exister même si le site ne répond plus.

La zone technique associée à ce nom est tout aussi vide. Aucun enregistrement n’y figure : ni adresse de serveur permettant d’héberger des pages, ni adresse de messagerie, ni enregistrement texte, ni serveur de noms délégué, ni alias redirigeant vers un autre nom. Le nom ne résout plus, que l’on tente de le joindre directement ou sous la forme www. Les journaux publics de transparence des certificats ne recensent, pour leur part, aucun certificat associé à ce nom à quelque date que ce soit : aucune trace d’un tiers de confiance ayant délivré un certificat pour sécuriser les échanges avec ce site.

Les vérifications conduites sur d’autres registres confirment cette disparition totale : le nom ne figure pas à la liste d’alerte de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui comptait 3 484 entrées à la date de consultation, ni sur la liste noire publiée par l’autorité chypriote CySEC. Aucune société rattachée à ce nom n’apparaît non plus au registre britannique des sociétés.

La succession des données d’enregistrement s’observe encore dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools, qui en retrace les étapes.

Au registre, deux enseignes sans aucune immatriculation

La vitrine al-investements.com présentait ses services tantôt sous la dénomination « AL Investments », tantôt sous celle d’« AL Investments Gestion Privée ». Ces deux appellations constituaient visiblement une façon d’élargir le champ de crédibilité perçue, en jouant à la fois sur une enseigne sobre à consonance internationale et sur un complément suggestif de haut de gamme patrimonial. Ni l’une ni l’autre de ces dénominations ne figurait, en novembre 2019, dans les listes publiées par la CSSF recensant les entités habilitées à fournir des services d’investissement au Luxembourg.

Plus troublant encore, la vitrine a cherché à s’adosser à Andalis, société réellement inscrite auprès du régulateur luxembourgeois. Mentionner le nom d’une structure agréée dans le voisinage immédiat d’une vitrine non autorisée constitue une technique classique de légitimation par association : l’épargnant, confronté à un nom qu’il peut effectivement retrouver dans les listes officielles, tend à reporter la confiance ainsi générée sur l’ensemble du dispositif. Or, aucun acte juridique n’a jamais été retrouvé pour justifier un quelconque lien entre Andalis et la vitrine : ni fusion, ni changement de dénomination, ni cession partielle ou totale d’activité, ni mandat de gestion. Le rapprochement était sans fondement documentaire.

Le fonds luxembourgeois AL Investments, bien réel et étranger au site

L’organisme de placement collectif de droit luxembourgeois portant la dénomination AL Investments existe bel et bien et relève de la loi du 17 décembre 2010. Il s’agit d’une structure supervisée, dont la réalité juridique est attestée par le régulateur lui-même dans son avertissement de novembre 2019. La CSSF a pris soin de le préciser pour éviter toute confusion : cet organisme n’entretient aucun lien avec le site al-investements.com, n’y est pas associé et n’a pas autorisé l’usage de son nom.

L’emprunt du nom d’une entité agréée est une stratégie bien documentée dans les montages frauduleux visant les épargnants. Elle repose sur un raisonnement simple : une personne qui recherche le nom AL Investments peut tomber sur des références à un fonds réel, supervisé, qui inspire confiance. La vitrine tire parti de cette confusion potentielle sans jamais avoir à produire de document prouvant un lien avec la structure existante. L’écart entre l’orthographe du nom de domaine (al-investements, avec un « e » supplémentaire dans « investments ») et la dénomination exacte du fonds n’est pas anodin : ce type de variante graphique permet de se distinguer juste assez pour éviter un contentieux direct tout en restant suffisamment proche pour bénéficier de l’aura associée au nom légitime.

Une seule copie publique, une redirection, puis le silence

Les archives publiques du web ne conservent qu’une seule capture de ce nom de domaine, datée du 18 février 2024. Cette capture ne donne accès à aucun contenu : elle ne rend qu’une redirection avec un code de réponse 301, sans page de destination consultable ni texte archivé. Aucune capture antérieure ni postérieure n’a été indexée, ce qui signifie que la vitrine n’a pas été durablement accessible après la période de son exploitation active, qui remontait à 2019.

L’absence de tout certificat recensé dans les journaux de transparence vient compléter ce tableau. Un site proposant des services financiers et souhaitant paraître légitime recourt normalement à un certificat pour sécuriser les échanges avec ses visiteurs. L’absence totale de trace dans ces journaux suggère soit que le site n’a jamais opéré sous protocole sécurisé, soit que son exploitation a été trop brève ou trop marginale pour laisser une empreinte dans ces registres publics. Dans les deux cas, la conclusion est identique : al-investements.com a cessé toute exploitation, sans laisser de contenu accessible ni de successeur identifiable.

Ce qu’un épargnant trompé peut encore entreprendre

Celles qui ont confié des fonds à al-investements.com se trouvent aujourd’hui sans interlocuteur joignable et sans aucun contenu accessible à l’adresse qui leur avait été communiquée. Le point de départ est la constitution d’un dossier documentaire : relevés de virements, confirmations de paiement reçues à l’époque, échanges de courriels avec les représentants de la vitrine, et tout document remis lors de la souscription (conditions générales, bulletins d’adhésion, relevés de compte fictifs). Ces éléments forment la base sur laquelle s’appuieront les démarches à venir.

Il convient ensuite de se rapprocher de la banque ayant exécuté les paiements. La banque peut être en mesure de fournir les coordonnées complètes des comptes bénéficiaires, informations précieuses pour les enquêteurs. Dans certains cas, une demande de rappel de fonds ou une procédure de contestation peut encore être tentée, selon les délais applicables et les caractéristiques de chaque virement.

Le dépôt d’une plainte au pénal reste une voie essentielle, à la fois pour ouvrir une enquête et pour inscrire les faits dans un dossier judiciaire qui peut aboutir à des mesures conservatoires sur des avoirs. Pour conduire cette démarche dans les meilleures conditions, notre guide complet sur la procédure pénale en expose le déroulé, des conditions de recevabilité à la rédaction de la plainte.

Maître Caroline Willm, avocate établie à Paris pour son barreau, aborde dans l’entretien ci-dessous l’ensemble des voies ouvertes aux personnes victimes d’une tromperie financière, du protocole transactionnel jusqu’à la plainte pénale : un éclairage direct et concret pour celles et ceux qui cherchent à faire valoir leurs droits sans savoir par où commencer.

Ce dossier en trois questions

Le site al-investements.com est-il toujours joignable ?

Non. À la date du 10 octobre 2026, al-investements.com ne figure plus au fichier des noms de domaine en .com. Il ne subsiste aucune fiche d’enregistrement, aucun titulaire, aucune date et aucun enregistrement technique dans la zone associée. Aucune résolution n’aboutit désormais, et les archives publiques du web ne conservent qu’une unique capture du 18 février 2024, qui ne rend qu’une redirection sans contenu. La vitrine a définitivement cessé d’être accessible.

AL Investments était-elle une vraie société de gestion agréée au Luxembourg ?

La vitrine al-investements.com ne l’était pas. La CSSF a confirmé dans son avertissement du 25 novembre 2019 que l’entité opérant sous ce nom n’était ni régulée ni agréée pour fournir des services d’investissement au Luxembourg. Il existe bien un organisme de placement collectif de droit luxembourgeois portant la dénomination AL Investments, régi par la loi du 17 décembre 2010, mais le régulateur a expressément précisé que cet organisme n’entretient aucun lien avec le site.

Que faire si l’on a versé des fonds à al-investements.com et que l’on n’a plus aucun contact ?

Il faut d’abord rassembler tous les justificatifs disponibles : relevés de virements, confirmations reçues par courriel, documents remis à la souscription et tout échange écrit avec les interlocuteurs de la vitrine. Il est ensuite recommandé de contacter l’établissement bancaire ayant exécuté les paiements afin d’obtenir les coordonnées complètes des comptes destinataires, puis de déposer une plainte au pénal. L’équipe de BrokerDefense propose un examen préalable et gratuit, afin de cerner dossier par dossier les voies les plus réalistes.

Les personnes ayant confié des fonds à al-investements.com se retrouvent dans une situation particulièrement difficile : une vitrine présentée comme un service de gestion de patrimoine établi au Luxembourg, aujourd’hui sans aucun contenu accessible, sans titulaire identifiable et sans interlocuteur joignable. Ce type de montage, qui emprunte des références à des entités agréées pour se construire une apparence de légitimité, n’est malheureusement pas isolé. Un autre cas comparable, wcifund.com, avait lui aussi fait l’objet d’un avertissement de la CSSF avant de disparaître de la même façon, sans laisser de recours accessible aux personnes lésées.

Le mécanisme de l’usurpation d’identité d’une société réelle a également été au cœur du dossier byblos-holding.com, montage construit sur l’emprunt du nom d’une société d’investissement existante pour tromper des épargnants. BrokerDefense propose une évaluation préalable à toute personne souhaitant faire le point sur sa situation et comprendre quelles démarches sont réalistes au regard des éléments dont elle dispose : il s’agit souvent de la première étape utile avant d’engager une procédure plus formelle.

Article réécrit le 10/10/2026

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