Euryale-asset-mangement.com arnaque : la faute de frappe oubliée

Le premier des deux noms du réseau Euryale

Le 8 juin 2021, BrokerDefense publiait une alerte sur euryale-asset-mangement.com, première adresse d’un réseau constitué pour usurper l’identité de la société de gestion Euryale Asset Management, une adresse déjà singulière par la faute inscrite dans son intitulé même.

Ce premier volet n’était pas isolé. Quatre mois plus tard, nos vérifications mettaient au jour une seconde adresse exploitée par les mêmes opérateurs : euryaleassetmanagement.com, cette fois orthographiée sans faute. Notre dossier consacré à ce second nom, publié le 8 octobre 2021 et accessible sous le titre le réseau de la fausse Euryale, décrit la mécanique commune aux deux adresses et les adresses électroniques qui en étaient issues.

Nos contrôles du 20 septembre 2026 livrent un verdict sans nuance : euryale-asset-mangement.com ne répond plus à aucune requête. Deux interrogatoires distincts du système de noms sont restés muets, sans qu’aucune adresse soit rattachée à ce nom, sans qu’un serveur de noms le desserve, sans qu’une boîte relève son courrier.

Un cran plus loin, le fichier central des .com reste muet sur cette adresse. Ni la date de création, ni le bureau d’enregistrement, ni les serveurs de noms ne sont consultables. Le même jour, un contrôle mené sur un nom enregistré connu a bien rendu une fiche complète, ce qui écarte l’hypothèse d’une défaillance de l’outil d’interrogation. Le nom n’est plus enregistré, et cette situation va au-delà d’une simple absence de résolution.

L’adresse sœur, euryaleassetmanagement.com, a connu le même destin : elle a elle aussi déserté cette base. Des deux noms qui composaient ce réseau, il ne subsiste aujourd’hui aucune trace exploitable : aucun titulaire, aucun opérateur, aucune machine, aucune boîte joignable.

Pour ce nom, un seul repère subsiste aujourd’hui : la fiche WHOIS complète sur DomainTools.

Dernière mise à jour : 20/09/2026

Mangement : une faute volontaire dans l’enseigne reprise

Le détail qui distingue cette première adresse saute aux yeux dès la lecture attentive du nom : le mot « management » y est écrit « mangement », avec un « n » manquant entre le « a » et le « g ». Cette graphie ne relève pas d’une négligence d’imprimeur ni d’une erreur de frappe non corrigée.

La faute est un choix délibéré. Elle donne au nom une apparence suffisamment proche de l’enseigne authentique pour que le destinataire d’un courriel ne la remarque pas immédiatement, tout en rendant ce nom techniquement distinct du nom réel de la société reprise. Cette distance d’un caractère suffit à créer une adresse autonome, capable de générer ses propres lots d’adresses électroniques.

La tactique s’inscrit dans une logique de réseau : en exploitant deux graphies différentes, les opérateurs disposaient de deux réservoirs distincts d’adresses électroniques. Si l’une des adresses était signalée et bloquée par les filtres de messagerie ou par les régulateurs, l’autre pouvait continuer à fonctionner. La seconde adresse, euryaleassetmanagement.com, à l’orthographe correcte, a été signalée par nos soins le 8 octobre 2021, soit quatre mois après notre première alerte sur la variante fautive.

Les deux noms visaient la même société de gestion, et l’un comme l’autre ont depuis cessé d’être enregistrés. La stratégie de la double graphie n’a pas prolongé la durée de vie du réseau au-delà de ce que l’adresse unique aurait permis.

Un nom qui n’a jamais porté de vitrine

Nos recherches dans les archives publiques du web ne restituent pas une seule copie d’une page servie sous euryale-asset-mangement.com depuis la création de ce service d’archivage. Aucun relevé conservé ne témoigne d’un contenu accessible au public sous ce nom fautif, à quelque date que ce soit.

Ce silence contraste avec la situation de l’adresse sœur. Pour euryaleassetmanagement.com, deux relevés conservés existent : une prise du 3 décembre 2021, qui rendait la page normale du site, et une prise du 21 juin 2024, qui ne rendait plus qu’une redirection. L’adresse à l’orthographe correcte avait donc bien servi de vitrine publique, au moins pendant une période.

Ce contraste n’est pas anodin. Il établit que la variante fautive n’a jamais eu vocation à accueillir des visiteurs. Son rôle était différent : fournir une base arrière pour des adresses électroniques du type [email protected], utilisées pour contacter des épargnants en se présentant comme des professionnels de la société de gestion. Le nom servait de signature, pas de plateforme.

Le procédé n’est pas propre à ce dossier. Notre dossier Acadianasset.management, publié en novembre 2021, décrit une autre identité de société de gestion reprise selon un procédé comparable, et dont le nom a connu le même sort.

Dans le cas présent, aucune plateforme de dépôt n’était accessible au public, aucun numéro d’agrément vérifiable n’était fourni, aucune mention légale ne pouvait être consultée, aucune équipe identifiable n’était présentée. Le nom fautif n’existait, techniquement, que pour signer des courriels.

Octobre 2021 : le régulateur épingle l’adresse du réseau

Le 13 octobre 2021, l’Autorité des marchés financiers publiait une fiche consacrée à l’adresse électronique [email protected], avec la qualification « Usurpation ». Cette inscription suit de cinq jours notre dossier du 8 octobre 2021 consacré à la seconde adresse du réseau.

L’inscription du 13 octobre 2021 figure toujours dans les relevés tenus par l’AMF. Elle porte sur une adresse électronique, pas sur une enseigne : aucune fiche du régulateur ne vise le nom fautif euryale-asset-mangement.com lui-même.

La qualification « Usurpation » signifie que l’identité d’une entité existante a été employée par un tiers qui n’y avait aucun droit. Elle avertit les épargnants qui consulteraient les listes publiées par le régulateur. Mais une telle inscription n’a pas le pouvoir de faire cesser un enregistrement : elle documente un abus, elle ne le neutralise pas techniquement.

La disparition ultérieure des deux adresses illustre précisément cette limite. Les deux noms ont cessé d’être enregistrés bien après l’inscription du régulateur, selon un calendrier que nos vérifications ne permettent pas de dater avec précision, mais dont le résultat est aujourd’hui total et vérifiable.

Une maison de gestion réelle jamais représentée par ces courriels

La société dont l’identité a été reprise a pour objet la gestion de fonds. Immatriculée en décembre 2009, elle demeure en activité, et son siège occupe le 9e arrondissement de Paris. Les relevés publics de l’entreprise la désignent sous le seul nom « Euryale ».

Une telle société ne démarche pas les particuliers par courriel pour leur proposer de déposer des fonds. Toute sollicitation de ce type, reçue au nom d’Euryale et signée d’une adresse en @euryale-asset-mangement.com ou en @euryaleassetmanagement.com, était par nature une tentative d’usurpation sans lien avec l’entreprise réelle.

Les personnes contactées avaient en main des courriels soignés, signés d’un prénom et d’un nom empruntés à l’univers de la gestion d’actifs. Aucun document contractuel opposable ne leur était remis, aucun interlocuteur vérifiable ne pouvait être joint par un autre canal, aucune entité à qui adresser une réclamation n’existait derrière ces signatures.

Un jugement d’escroquerie rendu à Troyes, la condamnation d’un établissement pour avoir failli à son obligation de contrôle et l’indemnisation intégrale des virements obtenue par les personnes trompées : voilà ce que Maître Goce Novakov, avocat des épargnants trompés, barreau de Paris, développe dans l’échange filmé associé à ce dossier, en montrant sur quels fondements une banque qui exécute des ordres sans les contrôler suffisamment peut être tenue pour responsable.

Un dossier à bâtir avec les pièces bancaires

Toute personne ayant reçu un courriel signé d’une adresse en @euryale-asset-mangement.com ou ayant répondu à une telle sollicitation doit commencer par réunir les pièces disponibles : les courriels de prospection adressés au nom de la société de gestion, les confirmations de chaque ordre de paiement et les relevés retraçant les transferts effectués.

Il est utile d’interroger par écrit l’établissement teneur du compte sur ce qu’il savait au moment de l’exécution des virements, et de conserver la réponse. Cette démarche peut établir si la banque disposait d’éléments lui permettant de signaler une anomalie avant d’exécuter l’ordre.

L’adresse électronique utilisée pour le démarchage peut être signalée auprès du régulateur. Sur le plan judiciaire, les démarches ouvertes devant le juge pénal permettent de formaliser un signalement et d’enclencher une procédure adaptée à ce type de fraude par usurpation d’identité professionnelle.

Des questions récurrentes sur cette signature

Une adresse en euryale-asset-mangement.com peut-elle encore servir ?

Non. Depuis nos contrôles du 20 septembre 2026, ce nom ne répond plus à aucune requête et il ne figure plus dans la base des noms en .com. Aucun serveur de messagerie n’est associé à ce nom, ce qui signifie qu’aucune adresse électronique construite sur cette base ne peut recevoir ni envoyer de message. Si un courriel présentait cette signature aujourd’hui, il proviendrait nécessairement d’un autre système d’envoi usurpant l’apparence de cette adresse.

Pourquoi deux graphies différentes pour une même usurpation ?

La variante fautive, avec « mangement » au lieu de « management », permettait de disposer d’un second lot d’adresses électroniques distinct du premier. Si l’une des adresses était bloquée par les filtres ou signalée par un régulateur, l’autre restait opérationnelle. Les deux noms visaient la même société de gestion, et les deux ont depuis quitté le fichier des enregistrements, ce qui montre que la stratégie de la double graphie n’a pas durablement protégé le réseau.

Que faire si j’ai répondu à un courriel signé de ce nom ?

Rassemblez sans délai tous les courriels échangés et les relevés de compte attestant des virements effectués. Interrogez par écrit votre établissement bancaire sur les conditions dans lesquelles les ordres ont été exécutés, et conservez sa réponse. Ces pièces constituent le socle d’un dossier, que vous pourrez soumettre à BrokerDefense pour un examen de la situation avant toute démarche.

Que vous ayez reçu un message portant cette signature ou transféré des fonds à la suite d’un tel échange, BrokerDefense peut examiner votre dossier et vous indiquer les suites envisageables selon les pièces dont vous disposez.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 20/09/2026

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