Sommaire
- La plateforme de trading n’est plus servie, le nom reste enregistré
- Déposé en juin 2020, le nom court jusqu’en juin 2027
- En 2021, une vitrine sans mentions légales ni conditions
- Un siège revendiqué dans les Grenadines, un lien de régulateur factice
- Aucune inscription à ce nom dans les listes consultées
- Ce qu’un versement de 2021 laisse encore comme prises
- Questions posées sur une plateforme qui n’est plus servie
La plateforme de trading n’est plus servie, le nom reste enregistré
Le 02/10/2026, ce que l’on atteint à l’adresse lucrum.pro n’a plus rien d’un site de trading. La réponse tient en 114 octets et ne porte aucun élément de plateforme : uniquement un renvoi vers la page d’attente du bureau d’enregistrement qui gère le nom. Il n’existe plus ni formulaire de souscription, ni espace de connexion, ni promesse de rendement à consulter.
Un second relevé technique va dans le même sens : le nom ne porte plus aucune adresse de messagerie. Impossible, depuis ce domaine, d’écrire à un service client ou à un conseiller. Les certificats de sécurité émis en juin 2026, au nom du domaine comme à celui de son préfixe habituel, proviennent du bureau d’enregistrement lui-même : ils accompagnent une page d’attente, pas une activité de courtage. Le nom est donc entretenu techniquement, sans que le service qu’il portait ait été remis en état.
Pour dater cet effacement, on dispose de deux copies publiques. La plus ancienne, prise le 29/09/2020, pèse environ 6,5 kilooctets. La plus récente, prise le 22/06/2021, en pèse 7,6 et restitue la vitrine dans son état le plus abouti : un menu organisé autour de quatre espaces de travail baptisés « Desktop Platform », « Web Trader », « Mobile Trader » et « Trading Accounts », une gamme annoncée couvrant le forex, les crypto-actifs, les actions, les indices et les matières premières, et une fenêtre d’assistance par messagerie instantanée. L’infrastructure reposait en outre sur deux sous-domaines dédiés, mobtrader.lucrum.pro et webtrader.lucrum.pro. Aucune copie postérieure à juin 2021 n’a été conservée.
Le printemps 2021 a produit plusieurs dossiers comparables. daxkapital.com, publié le lendemain de celui-ci, avait pour sa part été porté par l’AMF sous la qualification Forex dès le 16/03/2021. Les deux affaires se ressemblent par la construction, sans que leurs noms soient aujourd’hui dans la même situation.
Ce dossier laisse donc une situation inverse de celle d’un site simplement abandonné : ici, l’enregistrement a été entretenu alors que le service rendu aux visiteurs ne l’a pas été.
Dernière mise à jour : 02/10/2026
Déposé en juin 2020, le nom court jusqu’en juin 2027
L’enregistrement de lucrum.pro a été ouvert le 11/06/2020. L’enquête de 2021 relevait une échéance fixée au 11/06/2021, soit une durée de vie annoncée d’un an seulement. Depuis, le nom a été reconduit : l’échéance court désormais jusqu’au 11/06/2027, ce qui représente sept années d’existence cumulées. Cette longévité contraste avec la fermeture annoncée par l’enquête d’origine au 11/06/2021 : une copie publique datée du 22/06/2021 montre encore la vitrine servie onze jours après cette échéance, puis plus aucune copie ne documente le service.
Le nom est géré chez GoDaddy, qui assure également sa résolution par les serveurs ns39.domaincontrol.com et ns40.domaincontrol.com. Quatre verrous y ont été apposés côté titulaire : transfert, suppression, mise à jour et renouvellement sont tous bloqués, ce qui suppose une démarche explicite avant toute cession ou tout abandon. Le registre fait état d’une modification du dossier le 11/08/2026, soit moins de deux mois avant nos relevés.
Qui se cache derrière ce nom ? Le registre ne le dit pas : les coordonnées du titulaire sont couvertes par un service de confidentialité. Ni nom, ni adresse, ni contact ne sont consultables. Le masquage n’empêche cependant pas de lire les actes : un enregistrement toujours vivant, quatre verrous et un dossier retouché à l’été 2026. Ces gestes ne se produisent pas sans une volonté de les accomplir.
Deux jetons de vérification déposés par un moteur de recherche figurent toujours dans les enregistrements techniques du nom, ce qui indique qu’une démarche de référencement a été conduite à un moment donné sans que nos recherches permettent d’en préciser la date exacte.
Les éléments d’enregistrement de ce nom restent réunis dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
En 2021, une vitrine sans mentions légales ni conditions
L’enquête publiée le 30/04/2021 avait établi plusieurs défauts structurels de la vitrine. Le site revendiquait un siège dans les îles Saint-Vincent-et-les-Grenadines, sans que cette affirmation soit étayée par le moindre document accessible. Aucune information sur les personnes à l’origine du site n’y figurait : le nom n’était enregistré sous aucun nom identifiable au registre, et aucune mention légale ne permettait d’identifier un responsable.
Le seul élément qui aurait pu orienter un visiteur vers une vérification externe était un numéro d’enregistrement rendu cliquable, censé renvoyer au régulateur compétent. Nos vérifications de l’époque avaient montré que ce lien ramenait systématiquement le visiteur en haut de la même page, sans jamais quitter le site. Un visiteur cherchant à vérifier la réalité de cet enregistrement se retrouvait donc sans prise.
L’absence de conditions générales, de politique de traitement des données et de toute information sur les frais ou les modalités de retrait rendait toute évaluation du service impossible avant d’y avoir engagé des fonds. La combinaison de ces lacunes constituait un obstacle à toute vérification préalable sérieuse.
Un siège revendiqué dans les Grenadines, un lien de régulateur factice
Revendiquer un siège dans les îles Saint-Vincent-et-les-Grenadines est une pratique connue dans les montages de fausses plateformes : cette juridiction n’impose pas aux sociétés qui s’y domicilient de disposer d’un agrément pour proposer des instruments financiers à l’étranger. L’affichage d’un siège en ce lieu crée une apparence de structure légale sans que cette structure soit soumise à un contrôle effectif accessible aux épargnants européens.
Le numéro d’enregistrement rendu cliquable renforçait cette mise en scène : il donnait l’impression qu’un lien vers une autorité de surveillance existait, alors que le clic ne produisait aucun effet utile. Ce type de lien mort est difficile à détecter pour un visiteur non averti, qui peut croire avoir vérifié sans l’avoir fait.
Confrontée aux enregistrements consultés aujourd’hui, cette façade ne tient pas davantage. Le titulaire du nom est masqué, aucune société britannique ne porte ce nom au registre du Royaume-Uni, et les fichiers tenus par l’Autorité des marchés financiers ne comportent aucune entrée à ce nom. Le montage décrit en 2021 n’a donc laissé aucun sillage dans les registres publics accessibles.
Aucune inscription à ce nom dans les listes consultées
Les six fichiers de listes rassemblés sur la page de l’AMF ont été parcourus le 02/10/2026. Le nom lucrum.pro n’y apparaît nulle part, qu’il s’agisse des produits dérivés sur crypto-actifs, des crypto-actifs, du forex, des biens divers, des autres actifs ou des options binaires. La synthèse publiée par l’Autorité des marchés financiers est tout aussi muette, et la liste commune qu’elle tient avec l’ACPR ne renvoie rien non plus. Enfin, les registres chypriotes interrogés restent muets.
Ce silence ne vaut pas quitus. Il n’atteste aucune conformité : il indique simplement qu’aucun régulateur ne s’est encore saisi de ce dossier. Un nom peut opérer des années hors de tout cadre légal sans jamais faire l’objet d’un avertissement public.
À titre de comparaison dans la même série d’enquêtes, le dossier aroxcapital.com présente une situation inverse : ce nom figure toujours au fichier de l’AMF, ce qui illustre que l’inscription dépend de la visibilité acquise par chaque dossier auprès des régulateurs, et non de la gravité intrinsèque des faits reprochés.
Ce qu’un versement de 2021 laisse encore comme prises
Quiconque a transféré des fonds vers lucrum.pro en 2021 dispose probablement de pièces exploitables : relevés de compte faisant apparaître l’ordre de virement, confirmations d’exécution émises par l’établissement bancaire, messages échangés avec un interlocuteur présenté comme conseiller de la plateforme, et copies publiques des pages de la vitrine telle qu’elle se présentait à l’époque du versement. Ces éléments constituent le socle factuel de toute démarche.
L’établissement qui a exécuté le virement peut aussi être questionné sur la manière dont l’opération a été traitée. Sans affirmer qu’une faute ait été commise, il est légitime de demander quels contrôles avaient été faits avant le départ des fonds, alors que le bénéficiaire était un nom masqué et joignable par aucune adresse de messagerie.
Sur le terrain pénal, engager une procédure pénale pour escroquerie financière reste une voie à examiner avec un conseil, y compris plusieurs années après les faits, dès lors que les pièces justificatives ont été conservées. La prescription court à partir de la date à laquelle les faits ont pu être découverts, ce qui peut décaler le point de départ.
Reconstruire la chronologie précise des échanges avec la plateforme, des ordres passés et des tentatives de retrait infructueuses renforce considérablement la solidité d’un dossier, quelle que soit la voie choisie.
Maître Michel Orsini, avocat établi à Paris, a accordé un entretien consacré aux montages d’escroquerie financière et de fausse plateforme : il y aborde le traçage des flux financiers, les mécanismes qui permettent de rechercher les responsables et les recours susceptibles d’ouvrir droit à réparation du préjudice subi.
Questions posées sur une plateforme qui n’est plus servie
Nos vérifications menées le 02/10/2026 n’ont relevé aucune inscription portant lucrum.pro dans les six fichiers de listes publiés par l’AMF, dans la liste commune AMF et ACPR, ni dans les registres chypriotes consultés. Aucun agrément connu ne couvre ce nom. Cette absence ne préjuge pas de la qualification juridique des faits, mais elle signifie qu’aucune autorité de surveillance ne reconnaît avoir autorisé ce nom à opérer.
Le nom a été reconduit jusqu’au 11/06/2027, alors que la vitrine a cessé d’être servie à partir de l’été 2021. Le titulaire, masqué derrière une protection de confidentialité, a donc choisi de maintenir l’enregistrement actif sans restaurer aucun service. Nos vérifications ne permettent pas d’établir les raisons de ce maintien.
Réunir sans délai toutes les pièces disponibles : relevés bancaires, confirmations de virement, messages échangés avec la plateforme et captures d’écran conservées. Ces éléments peuvent étayer une démarche auprès de votre banque et, le cas échéant, une procédure pénale pour escroquerie financière. Consulter un avocat spécialisé permet d’évaluer les voies ouvertes en fonction des pièces effectivement disponibles.
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Article réécrit le 02/10/2026


