Sommaire
- Le régulateur avait visé l’adresse de courriel, pas seulement le nom
- Un tiret retiré, une identité de cabinet reprise
- Deux adresses montées coup sur coup par le même exploitant
- Un nom sorti du registre, une page d’attente pour seule trace
- Les démarches qui restent ouvertes malgré la disparition
- Trois questions courantes sur ce dossier
Le régulateur avait visé l’adresse de courriel, pas seulement le nom
Avant même que BrokerDefense ne publie son premier article sur althospatrimoine.com, l’Autorité des marchés financiers avait déjà agi. Le 16 décembre 2020, l’autorité a porté sur sa liste noire la fiche nominative de l’adresse [email protected], sous la qualification « Usurpation ». La formule officielle retenue par l’autorité est sans ambiguïté : cet acteur n’est pas habilité par l’AMF à commercialiser des services ou des placements financiers auprès du public. Cette inscription précède d’un mois entier notre propre article du 16 janvier 2021, qui n’en faisait alors aucune mention : c’est précisément ce manque que la présente mise à jour vient combler.
La fiche n’a jamais été retirée. Relevée le 2 octobre 2026, elle demeure publiée par l’autorité, consultable directement sur la page dédiée à cette adresse sur le site de l’AMF. Le fait que la qualification choisie soit « Usurpation » et non simplement « Non autorisé » est significatif : il signale que l’autorité a estimé que l’opérateur s’appuyait délibérément sur l’identité d’un tiers pour crédibiliser ses sollicitations.
Ce dossier ne s’inscrit pas isolément. Le même exploitant avait auparavant monté Lefevre-finance.com, dont le nom et l’adresse de courriel [email protected] figurent eux aussi sur la liste noire de l’autorité depuis le 5 janvier 2021, sous la même qualification. Les deux noms, déposés à un jour d’intervalle, répondent à une logique de série que nos vérifications ont confirmée dès 2021 et que les relevés du 2 octobre 2026 n’ont fait que consolider.
L’état du nom au registre, tel qu’il se lit aujourd’hui, se consulte dans la fiche WHOIS complète sur DomainTools.
Dernière mise à jour : 02/10/2026
Un tiret retiré, une identité de cabinet reprise
Le procédé employé était d’une simplicité trompeuse. Le cabinet réel s’appelle Althos Patrimoine et son domaine officiel s’écrit avec un tiret : althos-patrimoine.com. Ce domaine était enregistré depuis le 6 août 2013, date à laquelle le cabinet a posé ses bases numériques. L’exploitant du nom frauduleux a simplement supprimé ce tiret pour créer althospatrimoine.com, déposé en mai 2020, soit près de sept ans après le domaine légitime. Un tel écart d’ancienneté n’est pas anodin : il rend le rapprochement avec un cabinet réputé d’autant plus facile à instrumentaliser auprès d’épargnants peu familiers des subtilités d’orthographe dans les noms de domaine.
La supercherie allait au-delà du nom. Notre enquête de 2021 avait établi que les informations juridiques du cabinet Althos Patrimoine avaient été recopiées sous ce nouveau nom, donnant l’apparence d’une entité régulièrement constituée. Il convient d’être explicite sur ce point : le cabinet Althos Patrimoine est la partie dont l’identité a été reprise sans son consentement. Il n’est en rien mis en cause dans ce dossier, et son domaine althos-patrimoine.com demeure actif au 2 octobre 2026, redirigeant vers son site actuel.
À l’époque de notre enquête, la localisation associée au nom se situait au Royaume-Uni, ce qui contrastait directement avec l’implantation française du cabinet copié. Ce décalage géographique constituait un indice supplémentaire d’une construction artificielle destinée à contourner les exigences réglementaires françaises. L’exploitant démarchait les épargnants par téléphone, leur proposant d’investir sous cette enseigne empruntée. Quand les premiers témoignages dénonçant la plateforme ont commencé à circuler, celle-ci a été désactivée.
Deux adresses montées coup sur coup par le même exploitant
Lefevre-finance.com a été déposé le 18 mai 2020. Ce premier nom a servi de socle à une tentative d’escroquerie documentée dans notre article dédié, où nous avons établi le fonctionnement du dispositif, la localisation partagée et le profil de l’exploitant. Le nom et l’adresse de courriel [email protected] ont été inscrits sur la liste noire de l’AMF le 5 janvier 2021, soit moins de sept mois après le dépôt du domaine.
Althospatrimoine.com, déposé le lendemain, le 19 mai 2020, prolongeait cette logique en ciblant une autre identité de cabinet. L’adresse [email protected] a quant à elle été portée sur la liste noire dès le 16 décembre 2020, avant même l’inscription concernant le premier nom. Nos relevés techniques du 2 octobre 2026 confirment que les deux entrées répondent au même schéma : dépôt rapide, usurpation d’identité professionnelle, inscription régulatrice sous la qualification « Usurpation », puis cessation d’activité du nom. Aucun des deux noms ne résout plus d’adresse à ce jour.
Un nom sorti du registre, une page d’attente pour seule trace
Au 2 octobre 2026, althospatrimoine.com ne résout plus aucune adresse, que l’on interroge le nom sous sa forme nue ou sous la forme www. Le registre du .com, consulté directement ce même jour, ne renvoie aucune correspondance : le nom n’est plus enregistré. Il n’existe donc plus d’interlocuteur joignable par ce canal, et toute tentative de contact via l’adresse de courriel fichée par l’autorité se heurterait à cette absence.
Une seule copie publique de ce nom a été conservée, datée du 4 février 2021. Elle ne montre pas une plateforme financière constituée, mais une page d’attente servie par l’hébergeur, qui n’a jamais été remplacée par une vitrine. L’espace d’hébergement avait donc été ouvert sans jamais être rempli d’un contenu visible destiné aux visiteurs. Ce constat corrobore l’hypothèse selon laquelle le démarchage se faisait exclusivement par téléphone, sans que le nom web serve de vitrine publique.
Nos vérifications du 2 octobre 2026 établissent en outre qu’aucun certificat public n’a jamais été émis pour ce nom, qu’aucune société britannique ne lui est rattachée dans les registres accessibles et qu’il n’apparaît pas sur la liste noire de l’autorité chypriote. L’absence totale de fiche publique de réputation pour ce nom s’explique en partie par cette discrétion technique : un nom qui n’a jamais affiché de contenu laisse peu de traces dans les systèmes d’évaluation tiers.
Les démarches qui restent ouvertes malgré la disparition
La disparition du nom du registre ne clôt pas les voies de recours. Toute personne ayant eu affaire à althospatrimoine.com doit conserver l’intégralité des courriels échangés avec l’adresse fichée par l’autorité, les relevés de compte attestant des débits, les coordonnées du compte destinataire des virements, ainsi que tout document reliant un versement à cette enseigne. Ces pièces constituent le socle de tout dossier, qu’il soit présenté à un médiateur, à un établissement bancaire ou à une juridiction.
La responsabilité de l’établissement ayant donné suite aux virements peut être examinée sous l’angle d’un défaut de vigilance : un transfert vers un compte présentant des signaux de risque identifiables peut engager la responsabilité de la banque qui l’a traité sans alerter son client. Cette piste mérite d’être évaluée avec l’aide d’un professionnel du droit avant toute démarche formelle.
Un autre dossier ouvert en 2026 illustre la même mécanique d’emprunt d’identité : Aura-epargne.com s’appuyait lui aussi sur l’identité empruntée d’un tiers pour crédibiliser une vitrine d’épargne, avant que nos relevés n’en établissent le caractère frauduleux. Pour vérifier l’état d’une entité financière ou consulter l’ensemble des noms et adresses visés par l’autorité, la page des listes noires et mises en garde de l’AMF centralise ces informations et peut être consultée librement.
Sur le terrain pénal, déposer plainte auprès du procureur de la République reste une démarche utile, notamment pour les victimes qui souhaitent que les faits soient consignés dans une procédure officielle. Notre guide sur la marche à suivre pour porter plainte en matière d’escroquerie financière détaille les étapes concrètes à respecter.
Une décision de justice rendue dans un dossier d’escroquerie à l’investissement a récemment établi que des banques étrangères pouvaient être condamnées devant les juridictions françaises et contraintes d’indemniser les victimes : Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate établie à Paris, expose le raisonnement qui a conduit à cette décision et les enseignements à en tirer pour les victimes d’arnaques à l’investissement.
Trois questions courantes sur ce dossier
La qualification « Usurpation » retenue par l’autorité désigne le vecteur par lequel le contact s’établissait avec les épargnants. En ciblant l’adresse [email protected], l’AMF a documenté l’outil de démarchage lui-même, ce qui permet à quiconque ayant reçu un message depuis cette adresse de vérifier immédiatement que son expéditeur n’était pas autorisé à proposer des services financiers en France. La fiche nominative qui en résulte reste publiée sans limitation de durée et constitue une preuve opposable.
Le domaine althos-patrimoine.com existait depuis le 6 août 2013, tandis qu’althospatrimoine.com n’a été déposé qu’en mai 2020. Cet écart montre que le cabinet Althos Patrimoine avait eu le temps de construire une réputation professionnelle solide avant que son identité ne soit reprise. L’exploitant du nom fautif tirait précisément parti de cette antériorité pour donner une apparence de légitimité à ses sollicitations, ce qui renforce la qualification d’usurpation retenue par l’autorité.
Tout échange écrit reçu depuis l’adresse fichée par l’AMF doit être conservé dans son format d’origine, sans modification. S’y ajoutent les relevés de compte faisant apparaître les virements effectués, les coordonnées bancaires communiquées par l’opérateur et tout document mentionnant l’enseigne althospatrimoine.com. Ces éléments sont indispensables pour établir le lien entre les fonds versés et l’entité visée par l’autorité, que ce soit dans le cadre d’une procédure pénale, d’une action contre l’établissement bancaire ou d’une saisine d’un médiateur.
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Article réécrit le 02/10/2026


