Berocca Ag arnaque : ses conditions générales sont un brouillon

Quatre fichiers PDF, tous datés du 12 octobre 2026, tous coiffés de la même ligne : « Revised working draft ». Les conditions générales, la politique de dépôt et de retrait, l’avertissement sur les risques et la politique anti-blanchiment que berocca-ag.com fait lire à ses futurs clients ne sont pas un contrat : ce sont des brouillons de rédaction, et les notes de travail du rédacteur y sont restées. Nos vérifications ont été conduites le 6 novembre 2026 sur un domaine enregistré le 2 septembre de la même année.

Quatre contrats qui parlent d’eux-mêmes

Le téléchargement se fait depuis la page « Legal Information », cinq liens vers des PDF de deux pages. Aucun n’est signé, aucun ne porte de numéro de version, et tous annoncent la même date de révision. Le contenu est plus instructif que la forme : à plusieurs endroits, le texte ne s’adresse pas au client mais au rédacteur qui devait l’arbitrer.

Les conditions générales, au paragraphe 13, l’écrivent noir sur blanc : « The previous agreement contains broad liability exclusions and a twelve-month claims deadline. Those provisions have not been reproduced as enforceable restrictions without legal confirmation. » Autrement dit, le contrat affiché est retouché à partir d’un accord antérieur, et la clause limitative de responsabilité du prédécesseur a été retirée en attendant un avis juridique.

La politique de dépôt et de retrait est encore plus explicite. Sur les frais de compte dormant : « The source documents conflict between three and six months before a monthly 10% charge. This draft intentionally does not impose either unverified condition. » Sur les devises acceptées : « The source documents disagree on supported currencies, so no exhaustive currency list is asserted here. » La politique anti-blanchiment renvoie de la même façon à une « legacy policy » dont la liste de pays interdits « requires separate compliance validation before publication ».

L’avertissement sur les risques, enfin, corrige la vitrine par avance. On y lit que « the historic reference to leverage up to 1:300 must be checked against the Company’s current offering and should not be treated as a standing entitlement ». Le brouillon prévient donc que le chiffre affiché ailleurs n’est pas contractuel.

Le résultat pratique est simple. Un déposant ne peut pas savoir, en lisant ce qu’il signe, quel est le montant exact des frais d’inactivité, dans quelle devise son compte est tenu, ni quel effet de levier s’applique réellement à ses positions. Les quatre documents se contredisent entre eux et le reconnaissent.

Dernière mise à jour : 06/11/2026

📄 Pièce

Trois choses se lisent d’un coup d’œil sur cette capture du 6 novembre 2026 : le titre « Discover Global CFD Trading Markets with Berocca-Ag », la bande de cotations crypto dont les trente cellules restent à « — », puis l’enchaînement « Get Started in Three Steps » qui promet un compte en trois écrans. Le cliché a été pris alors que le site répondait encore normalement.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par berocca-ag.com le 6 novembre 2026

Un barème qui rémunère le dépôt, pas les ordres

La page « Trading Accounts » présente cinq formules. Le compte Silver s’ouvre à 10 000 €, le Gold à 25 000 €, le Platinum à 100 000 €, l’Expert à 250 000 € et le VIP à 500 000 €. Chaque palier annonce un effet de levier maximum, de 1:20 pour l’entrée de gamme jusqu’à 1:400 pour le dernier, une remise sur les swaps de 10 % à 50 %, des « Managed Account Consultations » à partir du Gold, et surtout une ligne intitulée « Monthly Dividends (Following a Three-Month Commitment) », servie de 5 % à 1 % selon le montant déposé.

Un courtier ne verse pas de dividendes. Son revenu est le spread, la commission et le financement overnight prélevé sur les positions détenues, ce que les conditions générales décrivent d’ailleurs correctement au paragraphe 8. Une grille qui promet un pourcentage mensuel en échange d’un engagement de trois mois ne décrit pas une activité de courtage : elle décrit une rémunération du solde laissé sur le compte, c’est-à-dire un rendement payé sur les dépôts.

Le même tableau contredit le brouillon des risques. La vitrine vend un levier allant jusqu’à 1:400 quand l’avertissement joint précise que la référence de 1:300 « must be checked » et ne constitue pas un droit acquis. Pour un particulier résidant dans l’Union européenne, ces niveaux sont de toute façon hors du cadre applicable aux plateformes qui s’adressent à lui, plafonné à 1:30 sur les paires de change majeures.

Le plancher de 10 000 € pour la formule la plus modeste complète le tableau. Aucun courtier sérieux ne fixe un ticket d’entrée à ce niveau pour une clientèle de détail : ce montant filtre les curieux et laisse entrer les personnes capables de virer gros d’un coup.

Deux sociétés citées, aucune voie de recours en France

Chaque page du site porte le même pavé. L’exploitant serait Trading One Capital (PTY) LTD, société sud-africaine immatriculée sous le numéro CIPC 2015/310027/07, agréée par la Financial Sector Conduct Authority sous le numéro FSP 47701, domiciliée Unit 9B, Bristol House, 1A Shongweni Road, Hillcrest 3650. Une seconde entité est mentionnée, Listate Ltd, société chypriote HE497621 établie à Larnaca, présentée comme prestataire administratif et technique « non régulé » du groupe.

Le contrat qui en découle est un contrat sud-africain. Le paragraphe 16.1 place l’ensemble sous le droit de la République d’Afrique du Sud, le 16.2 attribue les litiges aux juridictions sud-africaines, et le 16.3 renvoie au médiateur local, le FAIS Ombud, avant de citer la FSCA. Aucune clause ne prévoit de recours devant une autorité européenne.

Cette architecture n’est pas anodine pour un lecteur français. Une autorisation délivrée à Johannesburg ne vaut pas pour solliciter des particuliers en France : une telle activité relève d’un agrément européen et du contrôle de l’AMF ou de l’ACPR. Or les listes noires publiées par l’AMF, dans leurs exports du 28 septembre et du 8 octobre 2026, ne comportent aucune entrée correspondant à Berocca-Ag, à Trading One Capital ou à Listate Ltd. L’absence de signalement ne vaut pas garantie : elle signifie seulement qu’aucune mise en garde publique ne porte encore ce nom.

Le procédé du numéro de société emprunté a déjà été documenté ici même, sur un dossier publié le 4 novembre 2026 : GlobalPip Market affichait le numéro d’une entreprise de vente par correspondance pour se donner une apparence d’existence légale. La différence tient au registre choisi, britannique là-bas, sud-africain ici, pas à la méthode.

Le registre consultable de la FSCA reste accessible pour qui veut vérifier le numéro FSP 47701 par lui-même : la recherche d’entités de la Financial Sector Conduct Authority permet de confronter un numéro de licence à un nom de société, ce que la vitrine ne fait jamais à la place du lecteur.

Deux mois d’existence et pas une capture d’archive

La fiche d’enregistrement du nom donne le tempo. berocca-ag.com a été créé le 2 septembre 2026 à 11 h 24 UTC, pour une échéance au 2 septembre 2027, chez le registraire NameSilo, avec les serveurs de noms henrik et summer.ns.cloudflare.com et un statut de verrouillage des transferts. Le domaine avait donc neuf semaines au moment de notre analyse, ce qui ne l’empêche pas de revendiquer une société immatriculée en 2015 et un groupe structuré sur deux juridictions.

Le certificat confirme la mise en service récente : un joker émis par Google Trust Services, modèle WE1, valable du 1er novembre 2026 au 30 janvier 2027, et couvrant berocca-ag.com comme tous ses sous-domaines. Un certificat de trois mois, renouvelé par le même émetteur, ne dit rien de l’ancienneté de l’exploitant.

Le détail le plus parlant est ailleurs. Le site n’a aucune capture dans les archives publiques du web, ni sur le domaine nu ni sur ses pages internes : la vitrine a été construite pour n’être vue que par ceux à qui on envoie l’adresse. Dans la bibliothèque de médias WordPress, pourtant, les images du thème portent des chemins datés d’août 2024. Le logiciel et ses visuels existaient donc avant le nom qui les sert aujourd’hui.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Une vitrine WordPress, un portail loué à côté

La partie éditoriale est un site WordPress assemblé avec le thème gmz-global, le greffon de formulaire Contact Form 7, la bibliothèque intl-tel-input pour les indicatifs téléphoniques et Google Tag Manager, ce dernier n’apparaissant qu’à partir du 21 octobre 2026. Le fichier robots.txt, servi par le CDN, réserve l’indexation aux moteurs de recherche et interdit l’entraînement des modèles de langage, y compris ceux d’Anthropic, d’OpenAI et de Google. La consigne est cohérente avec l’absence d’archive : le site ne veut pas être lu par les machines qui recoupent.

Le formulaire d’inscription de la vitrine poste vers une adresse interne, /api/register, et collecte prénom, nom, téléphone, indicatif, courriel, mot de passe et nom de société. Les boutons « Sign In » et « Create an Account » redirigent, eux, vers client.berocca-ag.com, où s’ouvre une tout autre application : une interface d’administration ASP.NET, thème « Matrix », avec ses chemins en /en-US/Account/Register et /en-US/Account/Login, un jeton anti-falsification, un reCAPTCHA, un champ « Promo Code » et une liste de pays de plus de deux cents entrées. Aucun MetaTrader n’est nommé nulle part.

La localisation laisse des trous visibles. Les dossiers /FR/, /DE/, /casa/, /inicio/ et /accueil/ répondent correctement, mais les liens de langue du menu vers les versions japonaise, coréenne, hindi et « Web Handel » renvoient tous une page 404. Sur l’accueil, le bandeau de cotations crypto aligne dix paires et trente cellules vides, à « — », sous la mention « Retrieving Market Prices ». La FAQ du site explique que ces cours proviennent de CoinGecko, qu’ils sont indicatifs et qu’ils ne peuvent pas servir de prix d’exécution.

Cette séparation entre une façade bavarde et un service réduit à un formulaire est le point commun d’une autre vitrine analysée le 3 novembre 2026, Future Flow Capital, dont la page d’accueil ne menait à aucune boîte aux lettres. Ici, l’adresse de contact existe, [email protected], mais elle renvoie au même domaine que celui qu’il faudrait pouvoir mettre en cause.

Si un virement est déjà parti

Les personnes qui ont alimenté un compte chez Berocca-Ag ont viré des fonds vers un bénéficiaire dont le contrat désigne les tribunaux de Johannesburg. Trois pièces prennent alors plus de valeur que les autres : l’avis de virement avec l’IBAN du destinataire, les courriels de l’équipe d’accueil qui a validé l’ouverture du compte, et la capture de l’écran affichant le solde dans le portail client. Une demande de retrait qui reste bloquée sur une « vérification de conformité », sans date ni document réclamé, est le signal qui doit déclencher la suite.

Il faut ensuite agir vite auprès de la banque émettrice : un rappel de virement international se demande dans les jours qui suivent l’opération, pas dans les mois. Et faire constater par écrit, dans un courriel adressé au support du site, le montant déposé, la date et le motif invoqué pour refuser le retrait. Ce courriel vaut mise en demeure si le dossier part devant un juge.

L’entretien vidéo qui suit a été enregistré avec Maître Goce Novakov, avocat inscrit au barreau de Paris : il y détaille une affaire de courtier frauduleux dans laquelle le tribunal a ordonné le remboursement intégral des sommes perdues par les plaignants. Sa fiche et ses dossiers sont présentés sur cette page.

Le dépôt d’une plainte pénale pour escroquerie suit un chemin balisé, que nous détaillons sur notre page consacrée au pénal et au dépôt de plainte. Il faut y joindre le contrat téléchargé sur le site, ce qui, dans ce dossier, revient à produire un brouillon daté du 12 octobre 2026.

La fiche ScamDoc de berocca-ag.com, consultable sous la référence 2805502, affiche un indice de confiance de 25 %. Ce score recoupe ce que montrent les documents : un site neuf, un contrat inachevé et un barème qui promet un rendement.

Berocca-Ag vise des épargnants européens francophones et germanophones, invités à ouvrir un compte à partir de 10 000 € pour toucher des « dividendes » trimestriels. Notre évaluation préalable, avant tout versement, consiste à confronter le nom de la société citée au registre du régulateur qui la revendique, puis à lire les documents contractuels jusqu’au bout. Ici, cette lecture suffit.

Vos questions sur Berocca-Ag

Peut-on récupérer un virement fait sur Berocca-Ag ?

Cela dépend de l’ancienneté du paiement et de la banque émettrice. Un rappel de virement international doit être demandé très vite, avec l’avis de virement et l’IBAN du bénéficiaire. Passé ce délai, seule une action en justice permet d’espérer une restitution, ce qui suppose de réunir les courriels d’ouverture de compte et les captures du portail client.

Berocca-Ag est-il autorisé à démarcher en France ?

Le site invoque une licence sud-africaine, le numéro FSP 47701, et place ses litiges sous le droit sud-africain. Une autorisation délivrée à Johannesburg ne permet pas de solliciter des particuliers en France : cette activité suppose un agrément européen contrôlé par l’AMF ou l’ACPR. Aucune entrée au nom de Berocca-Ag, de Trading One Capital ou de Listate Ltd ne figure dans les listes noires publiées par l’AMF en septembre et octobre 2026.

Pourquoi les conditions générales parlent-elles d’un « accord précédent » ?

Parce que le texte publié a été retouché à partir des documents d’une offre antérieure. Les conditions générales indiquent que les exclusions de responsabilité et le délai de réclamation de douze mois de « l’accord précédent » ont été écartés en attendant une confirmation juridique, et la politique de dépôt mentionne des « documents sources » qui se contredisent sur les devises et les frais d’inactivité.

Un compte ouvert dans le portail client prouve-t-il que le courtier existe ?

Non. L’espace client de Berocca-Ag est une application d’administration du type « Matrix », installée sur le sous-domaine client.berocca-ag.com, avec formulaire d’inscription, code promo et reCAPTCHA. Ce genre de portail se loue et s’installe en quelques heures. Il ne contient ni terminal de trading nommé ni relevé d’exécution vérifiable, et le contrat qui le régit est resté au stade du brouillon.

Si vous avez viré des fonds vers Berocca-Ag après avoir rempli le formulaire d’inscription, conservez l’avis de virement, les courriels de l’équipe d’accueil et les captures du portail client. Nos équipes peuvent relire ces pièces et vous indiquer la voie de recours qui reste ouverte.

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