Cyber-ltd.com arnaque : dix avocats, une société radiée

La société que cyber-ltd.com désigne comme son opérateur a cessé d’exister au registre britannique. CYBER LAW SOLUTION LTD, immatriculée sous le numéro 15552672, a été radiée le 7 juillet 2026, et la vitrine bilingue continue depuis de recueillir les coordonnées de personnes ayant perdu de l’argent sur des plates-formes d’investissement.

La promesse figure noir sur blanc dans la page des prestations : l’aide apportée aux victimes de fraude en ligne comprend le fait de « aider à récupérer les fonds » perdus sur des plates-formes de pseudo-investissement et des sociétés de change. Quatre mois après la radiation, le formulaire de contact est toujours actif, et il ne demande que deux informations : un nom et un numéro de téléphone.

Une société radiée en juillet, une vitrine toujours en campagne

Le registre des sociétés du Royaume-Uni retrace une existence courte, entièrement documentée. CYBER LAW SOLUTION LTD y est enregistrée le 11 mars 2024, avec un siège déclaré au 66 Hillcrest Road, à Stockport, dans le Grand Manchester. Une demande de radiation volontaire est déposée le 25 mars 2026, une première annonce est publiée au journal officiel le 7 avril, et la radiation est prononcée le 7 juillet 2026. Depuis cette date, le registre ne connaît plus la personne morale.

Trois codes d’activité avaient été déclarés à la création : exploitation de taxis, activités de solicitors, et enseignement de la conduite automobile. Deux de ces trois libellés n’ont aucun rapport avec le conseil juridique, et le troisième suffit à peine à couvrir la présentation du site. Le registre ne mentionne par ailleurs qu’un seul dirigeant, désigné le jour même de la constitution, sans qu’aucun autre mandataire n’apparaisse depuis.

L’adresse affichée en pied de page ne correspond pas non plus à celle du registre. La vitrine annonce « Tiviot Dl, Stockport SK1 1TB », une artère commerçante du centre-ville, là où la société était domiciliée dans une rue résidentielle du quartier de Heaviley. Sur les quatre pages qui composent le site, aucune ne porte de mentions légales, de politique de confidentialité ni de conditions d’intervention.

La fiche de la société 15552672 au registre britannique reste consultable gratuitement : elle porte la date de radiation, le siège déclaré et les codes d’activité cités ici.

Dernière mise à jour : 4 novembre 2026

📄 Aperçu

Cette copie de l’écran d’accueil a été enregistrée le 4 novembre 2026, à l’instant où le site servait encore son formulaire. On y distingue le bandeau d’accroche rédigé en cyrillique, la rangée des six portraits de clients et la colonne de demande. Trois détails aident à reconnaître la page qu’un visiteur a eue sous les yeux.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Accueil de cyber-ltd.com le 4 novembre 2026, bandeau juridique et formulaire de demande

Dix juristes annoncés, un seul dirigeant au registre

La page d’équipe aligne dix portraits, chacun surmonté du même intitulé en russe, « юрист, адвокат », soit juriste et avocat. Les visages sont de petites vignettes de 178 pixels de large, servies depuis le même dossier que le logo. Aucun des dix n’est relié à une inscription professionnelle : ni numéro de solicitor, ni référence au registre des avocats anglais, ni autorisation d’exercer ne figure sur l’une des quatre pages. Le registre public de la Solicitors Regulation Authority, l’autorité qui encadre la profession en Angleterre et au pays de Galles, se consulte pourtant librement, nom par nom. Le registre des sociétés, lui, ne connaît qu’un seul dirigeant pour cette entreprise.

Les six témoignages de l’accueil suivent la même logique. Des prénoms anglophones, une phrase vantant le sérieux du cabinet, et aucun lien, aucune date, aucun dossier vérifiable. L’un d’eux évoque le blocage de comptes et la récupération de données « volées », un autre le retrait d’articles de presse jugés diffamatoires. Ce sont précisément les deux demandes que formule une personne qui vient de perdre de l’argent en ligne.

Le ciblage se lit dans la langue. Le site s’ouvre en russe, avec un sélecteur vers l’anglais placé dans le bandeau supérieur, et la page des prestations détaille l’assistance aux victimes de « pseudo-plates-formes d’investissement » et de « sociétés de forex ». La formulation reprend celle d’une famille de dossiers déjà documentée sur ce site : les faux cabinets d’avocats qui reviennent vers les victimes d’une première arnaque, comme dans le dossier consacré à Arclaw Partners, cabinet juridique sans existence vérifiable, ou celui de GPM Recovery LLP, faux cabinet de récupération de fonds. Le mécanisme est chaque fois le même : on ne vend plus un placement, on vend la réparation du placement.

Le formulaire ne mène pas au cabinet, mais à un script de messagerie

Le formulaire de demande tient en trois champs, dont un seul est visible : le nom, un champ téléphonique masqué qui reçoit le numéro complet avec son indicatif, et la case du numéro. La destination du formulaire est écrite dans le code de la page : le formulaire poste vers un fichier nommé telegram.php, hébergé sur le même serveur. Ce n’est ni un logiciel de gestion de dossiers, ni une boîte de réception, ni un service de billetterie : c’est un relais vers une messagerie.

Interrogé sans données, ce fichier répond en russe, avec un code 200 et la phrase « Ошибка: не заполнены обязательные поля », autrement dit : erreur, les champs obligatoires ne sont pas remplis. Le script est donc bien vivant et attend des soumissions. Rien n’indique ensuite au visiteur qui reçoit sa demande, ni sous quel délai, ni selon quelles conditions. Aucune politique de confidentialité n’est publiée, alors que le site promet de traiter des données de victimes et cite le règlement européen sur la protection des données parmi ses compétences.

Le seul contact vérifiable est une adresse de courriel, [email protected], et un numéro de téléphone mobile britannique, présenté comme une ligne de permanence. Le nom de domaine de cette adresse a été déposé le 7 janvier 2026 chez un bureau d’enregistrement américain, soit deux mois après le site lui-même, et son titulaire est masqué. La messagerie correspondante est hébergée chez le même prestataire islandais que le site, avec une politique d’authentification des courriels en mode observation seulement : rien n’empêche donc l’envoi de messages au nom de cette adresse.

Un dernier élément est versé au dossier par un service de notation public : la fiche ScamDoc de cyber-ltd.com classe cyber-ltd.com à 1 % de confiance : titulaire masqué, nom récent, et présence dans un fichier de domaines signalés comme suspects.

Un nom de 2025 sur une adresse qui avait déjà servi

Le domaine a été enregistré le 13 novembre 2025, pour une durée d’un an, et il est payé jusqu’au 13 novembre 2026. Son bureau d’enregistrement est Internet Domain Service BS Corp, son statut interdit tout transfert vers un autre opérateur, et ses deux serveurs de noms appartiennent à l’hébergeur islandais OrangeWebsite. L’adresse IP 82.221.129.40, le serveur LiteSpeed et le certificat délivré par Let’s Encrypt pour le nom et son joker complètent un ensemble d’hébergement mutualisé, sans rapport avec l’infrastructure d’un cabinet juridique.

Ce nom n’est pas neuf dans l’histoire du web : des copies publiques de pages montrent qu’il servait déjà, sous un autre titulaire, entre 2011 et 2018. Après une interruption de plusieurs années, il a été repris à la fin 2025 et habillé d’une identité de cabinet. La page d’accueil n’a plus été modifiée depuis le 11 février 2026, ce que confirme l’horodatage envoyé par le serveur, tandis que le certificat a été renouvelé le 14 septembre 2026 et court jusqu’au 13 décembre : la seule pièce qui bouge encore sur ce domaine est celle que l’hébergeur renouvelle sans intervention humaine.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Tous les éléments à garder si un formulaire a été rempli

Trois pièces déterminent la suite d’un dossier de ce type. La première est la trace de la demande elle-même : la date et l’heure exactes de l’envoi, le nom saisi, le numéro composé, et une capture des quatre pages du site telles qu’elles se présentaient ce jour-là. La deuxième est la conversation qui suit : messages échangés sur une messagerie, appels reçus depuis un mobile britannique, devis, contrat ou facture d’honoraires, et toute demande de paiement présentée comme des frais de dossier, d’expertise ou de déblocage. La troisième est la preuve du préjudice d’origine, s’il y en a un : relevés bancaires, captures de la plate-forme d’investissement, identifiants de transactions en crypto-monnaies.

Aucun versement ne doit être adressé à un intermédiaire qui se présente après coup, surtout lorsque la société qu’il invoque est radiée. La vérification tient en deux gestes : la fiche du registre britannique, pour l’existence de la personne morale, et le registre de l’autorité professionnelle compétente, pour le droit d’exercer. Un cabinet réel donne ces deux références sans qu’on ait à les demander.

Les personnes concernées peuvent ensuite déposer un signalement auprès de la police britannique en ligne, et, si les faits se sont noués depuis la France, engager une procédure devant le juge pénal : la page consacrée au dépôt d’une plainte pénale indique quels documents joindre et dans quel ordre les classer. Notre équipe procède d’abord à une évaluation du dossier, pour distinguer ce qui relève d’une tentative d’extorsion complémentaire de ce qui peut encore être documenté utilement.

L’entretien filmé ci-dessous a été accordé à notre rédaction par Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont l’ordre professionnel de rattachement est celui de Paris. Elle y revient sur un dossier où la plainte a conduit à l’arrestation et à l’incarcération de l’auteur, et sur ce que cette issue change pour les victimes.

Ce qu’un cabinet radié ne peut plus opposer

Cyber-ltd.com correspond-il encore à une société en activité ?

Non. La société citée en pied de page, immatriculée sous le numéro 15552672, a été radiée le 7 juillet 2026 après une demande de radiation volontaire déposée en mars. Depuis cette date, elle ne peut plus contracter ni facturer, et le site qui s’en réclame n’a pas été mis à jour depuis février.

Que devient un numéro de téléphone saisi sur ce formulaire ?

Il est transmis à un script de messagerie hébergé sur le même serveur, sans qu’aucune politique de confidentialité ni aucun responsable de traitement ne soit désigné. Le visiteur n’a aucun moyen de savoir qui lit sa demande, ni combien de temps elle est conservée, ni à quels tiers elle est transmise.

Comment vérifier qu’un cabinet britannique existe réellement ?

Deux fiches publiques suffisent, et toutes deux sont gratuites : celle du registre des sociétés, qui donne l’état de la personne morale, et celle de l’autorité qui encadre la profession d’avocat en Angleterre, qui donne le droit d’exercer. Un cabinet sérieux publie ces deux références de lui-même.

Ce que cyber-ltd.com laisse voir tient en quatre constats datés : une société radiée depuis le 7 juillet 2026, dix juristes annoncés pour un seul dirigeant déclaré, un formulaire qui aiguille les demandes vers un script de messagerie plutôt que vers un cabinet, et une promesse de récupérer des fonds qui vise précisément les personnes déjà trompées une première fois. Les victimes de ce type de service n’ont pas seulement perdu de l’argent : elles ont livré leur nom, leur numéro et le récit de leur préjudice à des inconnus. Nous recueillons ces éléments, les confrontons aux traces laissées par le site et orientons les dossiers vers la procédure adaptée.

Vous avez rempli le formulaire de cyber-ltd.com ou réglé des honoraires à ce cabinet ? Conservez la date de votre demande, le numéro depuis lequel vous avez été rappelé, les messages reçus et toute facture. Ces pièces permettent de reconstituer le parcours du dossier.

Contactez notre service d’aide aux victimes

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