TrustenixAI arnaque : le compteur de la fabrique affiche 2 124

Le fichier de la vitrine désigne la fabrique et son rang

TrustenixAI se présente en page d’accueil comme une plateforme de trading de cryptomonnaies assistée par une intelligence artificielle, accessible dès 250 euros, avec retraits à tout moment et 98 % des actifs placés hors connexion. Le nom a été déposé le 3 septembre 2026. La page est rédigée en français, mais le fichier qui charge ses mesures ne parle pas de trading : il déclare un numéro de site, 2 124, un numéro de modèle, 172, et l’adresse à laquelle chaque événement de navigation doit être transmis, un service hébergé sur sf-seo.sbs.

Cette adresse ne nous est pas inconnue. Notre enquête du 18 septembre dernier sur aimex-trade.sbs y avait déjà conduit : le même service, présenté comme un panneau d’administration « Site Factory », avec des écrans intitulés domains, templates et deploy, et un numéro de site beaucoup plus bas, 862, associé à un modèle 103. La vitrine que nous examinons aujourd’hui est donc une pièce de la même production, portant un rang quatre chiffres et un modèle plus récent.

Le fichier ajoute un détail qui en dit long sur la façon dont ces pages sont surveillées : chaque envoi porte un indicateur qui précise si le navigateur est piloté par un programme plutôt que par une personne. La vitrine enregistre donc, avec l’événement, la réponse à cette question. Ce n’est pas un comportement de plateforme financière, c’est celui d’un outil qui entend savoir qui le regarde.

La banque d’images achève de rattacher TrustenixAI à la série. Dix fichiers de la page sont identiques au bit près à ceux servis par aimex-trade.sbs, et quatre à ceux de valcreditance.com, dont le nom a cessé de répondre neuf jours après notre article de septembre. Les visuels de la « solution », des « traders » et des « pertes » sont les mêmes, resservis sous une autre enseigne.

Dernière mise à jour : 30/10/2026

📄 Empreinte de la capture

La capture fixée ce 30 octobre rassemble le bandeau des marques, le simulateur avec son montant projeté, les trois témoignages chiffrés et le formulaire à quatre champs dont l’envoi part vers le script de réception du site.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Page d accueil de TrustenixAI : marques affichees, simulateur de gains et formulaire d inscription

Compteur de la fabrique : rang 2 124, modèle 172

Les deux nombres inscrits dans le fichier ne sont pas des identifiants techniques quelconques. Le premier numérote la vitrine dans la production de l’atelier, le second la version du gabarit dont elle est tirée. Comparés à ceux de nos dossiers précédents, ils racontent une montée en charge : 862 et 103 pour aimex-trade.sbs au mois de septembre, 2 124 et 172 pour TrustenixAI aujourd’hui. Entre les deux, le même service de collecte, la même logique de panneau d’administration, la même façon de numéroter les pages.

Ce service, sf-seo.sbs, a été enregistré le 9 mars 2026 chez NameSilo, avec des serveurs de noms confiés à Cloudflare et une mention de transfert interdit au titulaire. Il ne sert aucune vitrine commerciale. Il reçoit des événements : pages vues, sessions, activité, et l’indicateur de navigateur piloté. Une adresse de ce genre permet de mesurer l’audience de dizaines de pages sans que le visiteur sache qu’il est compté ailleurs que sur le site qu’il regarde.

La page trahit aussi sa provenance par sa arborescence. Une partie de ses images est désignée sous le chemin /assets/img/responsive/, qui répond par une erreur 404 sur ce domaine, tandis que les mêmes visuels, désignés sous /images/, sont servis normalement. Deux familles de chemins cohabitent : celle du site d’origine, restée dans le code, et celle du site recopié, où les fichiers ont été déplacés.

Un nom de huit semaines, des textes datés d’août

Le registre public du domaine fixe la chronologie sans ambiguïté. L’enregistrement a été effectué le 3 septembre 2026 à 6 h 50 UTC, pour une échéance au 3 septembre 2027, avec une dernière modification de la fiche le 8 septembre et un statut de transfert interdit au titulaire. Le bureau d’enregistrement est Spaceship, et la zone repose sur deux serveurs de noms Cloudflare. Aucun titulaire identifiable n’est publié.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Or les trois pages juridiques du site, conditions d’utilisation, politique de confidentialité et politique des cookies, portent toutes la même mention : « Dernière mise à jour : 2026-08-18 ». Elles ont donc été rédigées seize jours avant que le nom existe. Ce n’est pas une bizarrerie de rédaction, c’est la signature d’un texte préparé pour un lot de vitrines et publié d’un bloc, la date restant celle du gabarit.

Le certificat de chiffrement a été émis par Google Trust Services, sous l’autorité WE1, pour une validité allant du 3 septembre 2026 au 2 décembre 2026, et il couvre le nom ainsi que tous ses sous-domaines. Fait plus singulier : son horodatage de début, 5 h 58 ce jour-là, précède de cinquante et une minutes l’horodatage d’enregistrement du nom au registre. Les deux valeurs sont publiques et se lisent séparément.

Sur cette base de huit semaines, la page revendique pourtant « 10+ Des années de résultats prouvés ». Aucun nom de dirigeant n’est publié, aucune forme juridique n’est indiquée, et le bas de page se limite à « Copyright 2026 © TrustenixAI ». Les six fichiers de mises en garde que le régulateur parisien publie, dans leur état de septembre puis d’octobre 2026, ne portent aucune occurrence de ce nom : la liste publique de l’Autorité des marchés financiers ne le mentionne pas, ce qui ne dit rien de sa régularité mais beaucoup de son absence de statut déclaré.

Atelier de série : huit marques, aucun accord produit

La vitrine aligne huit noms connus. Sous « Entreprises qui nous font confiance », TradingView, Coinbase, Binance et Ledger. Sous « Entreprises partenaires », Deloitte, Coindesk, Nansen et Decrypt. Aucun de ces noms n’est cliquable, aucun ne renvoie à une annonce, à un communiqué ou à une page de partenariat. Ce sont des logos posés côte à côte, sans une seule pièce produite pour les étayer.

Le détail vient des descriptions d’images. Dix des onze textes alternatifs de la page sont rédigés en allemand, sur un site entièrement francophone. L’un d’eux, accolé au logo d’un partenaire financier, annonce en clair un « Regulierter Finanzhandelspartner von TrustenixAI mit Compliance-Zertifizierung », soit un partenaire de trading financier régulé, muni d’une certification de conformité. Un autre décrit un insigne de partenariat financier certifié. La revendication de régulation n’est donc pas dans le texte visible : elle est dans le code, là où aucun lecteur ne la cherche, et dans une langue que le public visé ne lit pas.

Le nom lui-même s’inscrit dans une famille déjà connue. La racine, le seuil d’entrée de 250 et la présentation en plateforme d’intelligence artificielle rappellent trusteryai.com, que l’Autorité des marchés financiers a inscrit sur ses listes en avril 2026. Les deux enseignes ne sont pas identiques, mais elles partagent le même vocabulaire commercial et le même montant d’appel.

Une note de 4,9 sur 1 247 avis, trois prénoms français

La preuve sociale est entièrement fabriquée sur la page. Une note de 4,9 sur 5, « 1 247 avis », puis trois témoignages signés Sophie Martin, Thomas Dubois et Camille Bernard, chacun accompagné d’un « rendement déclaré » de 18,4 %, 24,1 % et 31,7 %. Le nom du service qui aurait recueilli ces avis n’apparaît pas, rien ne permet d’en consulter un seul, et pas une date n’est donnée. Les trois portraits sont trois fichiers image du domaine, sans source.

Le simulateur situé plus haut complète le dispositif : pour 50 euros placés sur 50 jours, il affiche un solde futur projeté de 2 867 euros. Aucun de ces chiffres n’est présenté comme une hypothèse. À côté, la page annonce « 4M+ » de traders, « 98 % » d’actifs conservés hors connexion et « 250 de volume de trading traité », un montant dont l’unité a disparu en cours de traduction.

Un service indépendant d’évaluation de sites marchands a de son côté classé ce nom avec un indice tombé à 25 % : cette évaluation publique est consultable, et elle contredit directement la note affichée en page d’accueil.

Aucun espace client : trois adresses en 404

La plateforme elle-même n’existe pas. Les trois adresses qu’une telle enseigne devrait servir répondent par une erreur 404 : la page de connexion, la page d’inscription et le tableau de bord. Seule l’adresse du répertoire d’interface répond, et par une page de 2,4 kilo-octets rédigée en russe, intitulée « Recherche sur Google et Yandex », avec deux boutons de recherche : rien qui concerne un portefeuille ou un ordre de bourse. Il n’y a donc ni compte, ni solde, ni historique de positions, ni bouton de retrait, malgré la promesse de retraits « à tout moment ».

La seule porte ouverte est le formulaire d’accueil : prénom, nom, adresse électronique et numéro de téléphone, envoyés à un script de réception hébergé sur le domaine. Ce script refuse les consultations directes et n’accepte que les envois. Un second script, lui, valide le numéro de téléphone saisi et renvoie son format international, ce qui confirme que la chaîne de collecte est complète et opérationnelle.

Les conditions d’utilisation disent d’ailleurs l’inverse de la page d’accueil. Elles définissent TrustenixAI comme « une plateforme technologique qui met en relation les utilisateurs avec des courtiers tiers agréés », précisent que la société « ne fournit pas de conseils en investissement, n’exécute pas d’ordres et ne détient pas de fonds de clients », et renvoient la relation de trading à un courtier tiers. La politique de confidentialité ajoute que les coordonnées peuvent être transmises « à des courtiers agréés de notre réseau de partenaires ». Le produit vendu n’est donc pas le trading : c’est le contact.

La page va jusqu’à anticiper la question. Une de ses réponses fréquentes s’intitule « Pourquoi existe-t-il tant de copies du site ? » et désigne elle-même le seul domaine officiel, trustenixaifrance.site, en présentant les autres comme l’oeuvre de tiers malveillants. Une vitrine qui fabrique ses propres copies se prémunit ainsi contre la méfiance du visiteur.

Pour éclairer ce point, nous avons posé la question à Maître Goce Novakov, avocat exerçant sous le barreau de Paris : ce qu’un tribunal retient d’un dossier de faux placement, et jusqu’où la banque qui a exécuté le virement répond de son client. L’entretien est filmé ci-dessous.

Conserver les preuves d’un dépôt avant toute demande de retrait

Ce qui reste d’un versement sur TrustenixAI tient en quatre pièces. Le relevé de la banque émettrice, qui porte la date, le montant et le libellé exact du bénéficiaire. L’ordre de virement ou le justificatif du paiement par carte, avec son numéro d’autorisation. Les captures du formulaire rempli et du simulateur, qui montrent ce qui a été promis au moment de l’inscription. Enfin les échanges avec l’interlocuteur, courriels ou messages, y compris ceux qui annoncent un gain et ceux qui réclament un complément pour débloquer un retrait.

S’y ajoute l’identité du compte qui a reçu les fonds, souvent distincte de l’enseigne, ainsi que la preuve de l’ouverture du compte de démonstration proposé en amont du versement. Ces éléments datent le contact, identifient le bénéficiaire réel et séparent la victime de la vitrine. Selon le canal utilisé, la suite diffère : un paiement par carte laisse une fenêtre courte pour faire opposition auprès de la banque qui l’a émis, un virement se heurte au titulaire du compte destinataire, les jetons transférés n’existent plus que sous la forme d’une écriture consultable dans la chaîne publique. La procédure et les pièces attendues figurent dans le guide du dépôt de plainte.

TrustenixAI : quatre questions restées sans réponse

TrustenixAI est-elle une société immatriculée ?

Le site ne publie ni nom de société, ni adresse, ni identifiant d’immatriculation, sur aucune de ses quatre pages. Le registre du domaine ne désigne aucun titulaire identifiable, et le bas de page se limite à une mention de copyright. Une entreprise qui annonce gérer des dépôts doit pouvoir être nommée et retrouvée dans un registre.

Pourquoi la connexion et le tableau de bord renvoient-ils une erreur 404 ?

Parce que l’espace client n’a jamais été construit. Les adresses de connexion, d’inscription et de tableau de bord ne servent aucune page, alors que la page d’accueil promet des retraits à tout moment. Le seul élément fonctionnel est le formulaire de coordonnées, dont l’envoi part vers un script du domaine.

Les logos de Coinbase, Binance ou Deloitte prouvent-ils un partenariat ?

Non. Huit marques sont affichées sans lien, sans communiqué et sans document. Une des descriptions d’images, rédigée en allemand, revendique même un partenaire de trading régulé et une certification de conformité que le site ne produit nulle part. Une affiliation se vérifie auprès de la société citée, jamais sur la page qui s’en prévaut.

Que faire si un virement a déjà été envoyé à TrustenixAI ?

Réunir sans attendre le relevé, l’ordre de paiement, les captures du site et les messages reçus, puis faire évaluer le dossier avant l’expiration des délais bancaires. Ne plus envoyer de complément, y compris sous la forme de frais de déblocage ou de taxe annoncés par un interlocuteur. La plainte reste ouverte même lorsque la vitrine a disparu.

TrustenixAI n’a ni société, ni espace client, ni agrément, et sa page d’accueil promet des rendements qu’aucun document ne soutient. Ce que le dossier ajoute, c’est le lien avec une production déjà décrite : le même service de collecte que la vitrine de septembre, la même banque d’images qu’une enseigne muette depuis, et un compteur qui a grimpé de 862 à 2 124. Les personnes qui ont rempli le formulaire et versé les 250 euros d’entrée ont payé pour un accès qui n’existe pas ; celles qui ont été rappelées par un soi-disant conseiller ont, elles, affaire à un second étage du même montage.

Un virement a été adressé à TrustenixAI ? Notre service d’aide aux victimes examine gratuitement les pièces conservées, relevé, ordre de paiement, captures et messages, et précise selon le canal utilisé les recours qui restent ouverts.

Contactez notre service d’aide aux victimes

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