Marbrisse arnaque : la CONSOB ordonne, le terminal déménage

Le 15 septembre 2026, la CONSOB a ordonné à marbrisse.com de mettre un terme à l’offre de services d’investissement qu’elle y constate, faute d’habilitation. La délibération n° 24135 ne vise pas seulement la vitrine : elle nomme aussi la page d’inscription, webtrader.strenlyx-degreonix.com, présentée comme « directement atteignable depuis la page d’accueil ». Deux jours plus tard, le 17 septembre, un second domaine de terminal, rphrase-room.com, était déposé. C’est celui que le bouton LOG IN ouvre désormais.

Notre enquête du 30 octobre 2026 a repris chaque pièce du dossier : registre du nom de domaine, certificats, pages réellement servies, registre des sociétés britanniques, et le texte même de la décision italienne. Il en ressort une plateforme de courtage sans entité vérifiable, dont le guichet change d’adresse plus vite que les mises en garde ne la suivent.

L’ordre du 15 septembre 2026 vise un guichet que la vitrine n’affiche plus

La décision est courte et précise. La Commission nationale pour les sociétés et la bourse italienne y relève que, sur marbrisse.com, « est proposée aux utilisateurs la possibilité d’effectuer des opérations de trading ayant pour objet des CFD » sur devises, matières premières, indices et actions, et que l’inscription passe par la page webtrader.strenlyx-degreonix.com. Elle ajoute que des épargnants italiens ont signalé des appels téléphoniques non sollicités et des pertes patrimoniales, et que l’activité « n’est rattachable à aucun sujet habilité à fournir des services d’investissement au public italien ». L’injonction repose sur l’article 18 du TUF et sur le pouvoir de l’article 7-octies ; elle est signée du président Guido Stazi.

Un ordre de ce type n’est pas une simple mise en garde : il enjoint de cesser, et il est publié au Bulletin de la CONSOB. Reste à savoir ce qu’il en est advenu. À la date de notre visite, la page nommée dans la décision répond toujours. Le terminal de strenlyx-degreonix.com sert un écran de connexion intitulé « Webtrader », identique à celui du nouveau domaine. Les deux adresses fonctionnent, la vitrine en choisit une, et rien sur marbrisse.com ne signale l’existence de la décision italienne.

Dernière mise à jour : 30/10/2026

📄 Document

Le fichier ci-dessous fixe l’accueil de marbrisse.com tel qu’il s’ouvre ce 30 octobre 2026 : le bandeau « Redefining the Trading Experience », la barre de navigation à cinq entrées et le bouton LOG IN qui mène au terminal. La promesse commerciale y occupe tout l’écran, bien avant la moindre mention d’un agrément.

Page d'accueil de marbrisse.com le 30 octobre 2026

Deux terminaux, un même bureau d’enregistrement

Les registres publics donnent la chronologie, et elle est serrée. marbrisse.com a été créé le 4 mars 2026 à 11 h 40 UTC. Le domaine de messagerie marbrisse-mail.com l’a été le même jour à 14 h 26. Le terminal nommé par la CONSOB, strenlyx-degreonix.com, a suivi le 11 mars à 12 h 28. Le terminal aujourd’hui affiché, rphrase-room.com, a été déposé le 17 septembre à 08 h 29, soit deux jours après la décision italienne. Quatre noms, un seul bureau d’enregistrement, Tucows, et quatre paires de serveurs de noms Cloudflare distinctes : hadlee et patryk, naomi et toby, mcgrory et mina, joselyn et rocco. La rotation est méthodique, un nom par fonction, une paire de serveurs par nom.

Le certificat de la vitrine est un joker Let’s Encrypt délivré le 15 septembre 2026, valable jusqu’au 14 décembre, qui couvre marbrisse.com et tous ses sous-domaines. L’adresse de la machine, 198.13.159.161, appartient au réseau AS399629 BL Networks et se géolocalise à Amsterdam ; le serveur s’annonce en nginx 1.30.3, et la page d’accueil statique porte une date de modification au 3 avril 2026 à 11 h 15. L’annuaire inverse de cette adresse associe deux noms, marbrisse.com et marbrisse.co, alors que le registre du .co ne rend aucune fiche pour le second.

Les deux terminaux, eux, partagent bien davantage qu’un prestataire. Ils chargent la même application, sans marque : même titre « Webtrader », même fichier main.e3a484a0cb8e4e96.js en version 2.4.5, même formulaire d’accès réduit à un identifiant et un mot de passe, avec un lien « Sign up » pour les nouveaux comptes. Un terminal interchangeable, que l’opérateur rattache au nom qu’il veut, et qu’il déplace quand un nom devient encombrant.

À Canary Wharf, aucune société ne porte ce nom

La page de contact donne une adresse : 1 Canada Square, London E14 5AB, United Kingdom. C’est l’une des tours les plus connues de Canary Wharf, et l’emplacement type d’une façade qui veut emprunter le prestige du quartier. Interrogé sur le nom « Marbrisse », le registre des sociétés britanniques ne renvoie aucun résultat : aucune société de ce nom n’y est immatriculée, ni à cette adresse ni ailleurs.

Le pied de page ne corrige rien. Il ne contient qu’une ligne, « Copyright © 2026 Marbrisse All rights reserved. » Pas de raison sociale, pas de numéro d’immatriculation, pas d’agrément, pas de juridiction. Les conditions générales, qui devraient porter ces mentions, se contentent d’un « les présentes conditions sont régies par les lois de notre juridiction d’exploitation », une juridiction jamais nommée. Elles précisent même que la plateforme « ne fournit pas de conseil individuel en investissement et n’agit pas comme courtier-négociant », quand le site ne propose rien d’autre que d’ouvrir un compte de trading.

Les moyens de contact achèvent le tableau. Deux numéros sont publiés sous la forme +442∗∗∗∗2563 et +442∗∗∗∗2445 : l’indicatif de Londres, puis quatre astérisques à la place des chiffres. Une ligne réellement joignable ne se rédige pas ainsi. Quant au courriel, il ne se trouve pas sur le domaine du site : c’est [email protected], sur un nom déposé le 4 mars 2026 à 14 h 26, moins de trois heures après marbrisse.com. Ce domaine jumeau ne porte aucun enregistrement web ; sa messagerie, en revanche, est hébergée chez Zoho, avec trois serveurs d’échange déclarés. La CONSOB avait du reste retenu la même adresse comme unique contact déclaré de l’entité « Marbrisse/Marbrisse Trading », présentée comme établie au Royaume-Uni.

Jusqu’à un million d’euros de dépôt, sur une grille copiée d’un courtier réel

La page des comptes aligne huit paliers, du « GREEN ACCOUNT » à 3 000 euros au « VIP » à 1 000 000 d’euros, en passant par Bronze, Silver, Gold, Platinum, Diamond et Premium. À chaque niveau, la même liste d’avantages : « Market Reviews », « Webinar Access », « Social Trading », puis « Personal Assistant », « Risk Free Trade », « Access to Trading Room » et « Trading Specialist » pour les plus élevés. Et, à tous les niveaux sans exception, un intitulé qui ne devrait pas se trouver là : « CMTrading E-Book ».

CMTrading est un courtier qui existe, avec ses comptes, ses formations et ses livres électroniques. Son nom figure ici comme un article de catalogue, au milieu d’une grille présentée comme propre à Marbrisse. Ce n’est pas une référence, pas un partenariat annoncé, pas une mention légale : c’est le libellé d’un avantage commercial, recopié avec le reste. Un opérateur qui construit son offre ne laisse pas le nom d’un concurrent dans la liste de ce qu’il vend.

La marque d’un tiers n’est pas le seul résidu. Dans la FAQ, à la question des risques, la réponse invite à lire « the Xfortunes full risk warning », un nom qui n’apparaît nulle part ailleurs sur le site et qui n’est même pas assorti d’un lien. Le texte a été écrit pour une autre enseigne, puis rebadgé sur celle-ci.

La version italienne a connu le même sort. Le 15 septembre, la CONSOB décrivait un site « actif et disponible en langue italienne ». À notre visite, l’espace de gestion ne déclare plus qu’une seule langue, l’anglais, et l’adresse /it/home renvoie exactement le même texte anglais. Le sélecteur de langue, lui, pointe vers un lien vide. La vitrine a retiré ce que la décision italienne avait constaté, sans rien changer au reste.

Pour replacer ce type de dossier dans une procédure concrète, Me Goce Novakov, avocat au barreau de Paris, revient sur la condamnation d’une banque devant la cour d’appel lorsque les virements d’une victime n’ont pas été contrôlés. Son cabinet et ses dossiers sont présentés sur la page de Maître Goce Novakov.

Les questions qui se posent encore après l’ordre du 15 septembre

Marbrisse est-il autorisé à proposer du trading ?

Le site n’affiche ni numéro d’agrément, ni autorité de tutelle, ni raison sociale. La CONSOB a constaté le 15 septembre 2026 que l’activité n’était rattachable à aucun établissement habilité à servir le public italien, et a enjoint à marbrisse.com d’y mettre fin. Aucune pièce publiée par la plateforme ne vient contredire ce constat.

Pourquoi le bouton de connexion mène-t-il sur un autre domaine ?

Parce que le compte n’est pas ouvert sur marbrisse.com mais sur un terminal distinct. La décision italienne nommait webtrader.strenlyx-degreonix.com ; le site renvoie désormais vers webtrader.rphrase-room.com, déposé le 17 septembre 2026. Les deux adresses répondent encore et servent la même application, ce qui rend le changement d’entrée sans effet sur l’accès au compte.

Que faire lorsqu’un virement est déjà parti vers Marbrisse ?

Il faut d’abord s’adresser à la banque qui a exécuté l’ordre, demander le rappel des fonds et faire constater par écrit la date et le bénéficiaire. Les pièces à réunir sans attendre sont l’ordre de virement, l’IBAN destinataire, les relevés de compte, les échanges avec l’interlocuteur qui a proposé la plateforme et une copie de l’écran du terminal. Un signalement à la CONSOB et une déclaration en France complètent utilement le dossier.

La plateforme peut-elle encore recevoir des dépôts ?

Oui. Le 30 octobre 2026, la vitrine, la page des comptes et le terminal étaient tous accessibles, et le parcours d’inscription restait ouvert depuis la page d’accueil. Aucun avertissement de la décision italienne ne figure sur le site, et le formulaire d’ouverture de compte n’a pas été modifié.

Ce qu’une réclamation contre Marbrisse peut encore établir

Une plateforme avertie par un régulateur, dont le terminal déménage deux jours plus tard, ne se contente pas de survivre à une mise en garde : elle s’organise pour que l’entrée change avant que les victimes ne cherchent. C’est précisément ce que documente ce dossier : une décision datée du 15 septembre 2026 visant webtrader.strenlyx-degreonix.com, un nouveau domaine enregistré le 17 septembre, et une vitrine qui n’affiche toujours ni société, ni siège vérifiable, ni agrément. Les numéros à astérisques et la boîte de courriel logée sur un nom jumeau complètent la chaîne.

Pour les personnes concernées, l’évaluation préalable faite par BrokerDefense porte sur trois points concrets : la date et le destinataire exacts de chaque versement, l’identité de l’interlocuteur qui a proposé le compte, et le rôle de la banque au moment de l’exécution. Ce sont ces éléments, et non le slogan du site, qui déterminent la suite possible.

Pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine avant toute démarche, consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools. Le score de confiance de la plateforme est par ailleurs consultable sur la fiche ScamDoc de marbrisse.com, qui la classe parmi les sites à risque élevé. Deux dossiers voisins éclairent la même mécanique : celui de Byronixel, dont le portail client vivait en dehors de la vitrine, et celui de Vaulltier, adossé à une société britannique que le registre ignore. Les démarches pénales applicables à ce type de préjudice sont détaillées sur notre page Le pénal / Porter plainte.

Un paiement a été adressé à marbrisse.com ? BrokerDefense prend en charge, sans frais, la lecture des justificatifs : ordre de virement, IBAN crédité, messages échangés avec le conseiller et capture du terminal. La réponse tient compte de la décision publiée par la CONSOB le 15 septembre 2026.

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