AEA Growth arnaque : le contrat signé porte encore le nom de PAM

Les conditions générales d’aeagrowth.ltd ne parlent pas d’AEA Growth. Le texte qui engage le déposant y est signé « PAM (premiumassetmanagers) » et renvoie à « la plateforme PAM » à chaque paragraphe, sans qu’une seule ligne ne rattache ces trois lettres à la vitrine consultée. Ce n’est pas une coquille isolée : un témoignage du site vante « BFS », le lien du courriel de contact pointe vers tradehub-investment.org, et un sous-domaine du domaine porte le nom d’une enseigne qui ne résout plus, moon-better.com.

Le guichet, lui, est bien vivant. Un nom enregistré le 2 avril 2025, quatre paliers annoncés de 3,9 % à 7,7 % par jour, un retrait présenté comme instantané et une bonification de 10 % par filleul : la mécanique est celle d’un programme à hauts rendements, où les intérêts promis ne peuvent être servis que par les dépôts suivants. Notre enquête, menée le 30 octobre 2026, a établi que la vitrine n’a jamais porté son propre nom, que son texte de présentation décrit une autre société, et qu’aucune de ses pages ne cite une autorité de tutelle.

Les conditions générales sont signées PAM, pas AEA Growth

La page « Our Policy » commence par une clause de propriété intellectuelle, puis bascule : « PAM (premiumassetmanagers) promotes fully transparent trading policy to its stakeholders and investors ». Plus loin, le même document définit ce que le déposant accepte : « the terms and conditions of this agreement, and its acceptance of investor’s application to open and have a managed account with PAM ». Aucune occurrence d’AEA Growth, aucun numéro d’immatriculation, aucune juridiction désignée.

Le texte décrit d’ailleurs un produit que la vitrine ne vend pas. Il affirme que « PAM platform is a form of speculative futures trading, whereby the payoff is either a pre-agreed amount or nothing at all », ce qui est la définition de l’option binaire, dont la commercialisation auprès des particuliers est interdite en France depuis la loi Sapin 2. Il fixe aussi un dépôt minimum de 50 dollars, quand la page des offres en exige 200. Deux documents d’une même page, deux règles, et un contractant qui n’est pas celui qu’on croit.

Un tel décalage ne relève pas de la négligence rédactionnelle. Les conditions générales sont précisément la pièce qu’un opérateur sérieux fait relire avant publication. Ici, elles ont été conservées telles quelles, avec le nom du programme précédent et le produit qu’il commercialisait.

Le sous-domaine porte le nom d’une enseigne éteinte

Les journaux publics de certification donnent la chronologie. Trois certificats ont été délivrés pour ce domaine en trois mois : le 5 août 2026 pour aeagrowth.ltd et son joker, le 14 septembre 2026 pour deux noms très particuliers, moon-better.com.aeagrowth.ltd et www.moon-better.com.aeagrowth.ltd, puis le 5 octobre 2026 pour le joker à nouveau.

Les deux noms de septembre interpellent : ils collent le domaine d’une autre enseigne, moon-better.com, en tête d’un sous-domaine de la vitrine. Interrogés le 30 octobre, moon-better.com ne résout plus dans la zone du .com, alors que moon-better.com.aeagrowth.ltd et sa variante www répondent tous deux sur 23.153.104.17. Le nom retiré du registre a donc été réinstallé sous le domaine courant, avec un certificat à son nom et une adresse IP à lui.

C’est la signature d’un atelier, pas d’une société d’investissement : les enseignes se succèdent, l’infrastructure reste et sert de repère aux clients des programmes précédents. La page en porte deux autres traces, un témoignage qui félicite « BFS, the best investment platform i have involved with » et un lien de courriel qui renvoie vers tradehub-investment.org, alors que le libellé affiché annonce [email protected].

3,9 % puis 7,7 % par jour : l’arithmétique des quatre paliers

Les offres s’échelonnent du dépôt d’entrée au dépôt sans plafond. « Inaugurate » sert 3,9 % par jour pendant quatre jours sur 200 à 4 999 dollars. « Classic » 5,5 % pendant six jours, entre 5 000 et 9 999 dollars. « Vital » 7 % pendant huit jours, de 10 000 à 50 000 dollars. « Extreme » 7,7 % pendant douze jours, à partir de 50 000 dollars.

Pris au pied de la lettre, le palier d’entrée rend 15,6 % en quatre jours. Le palier Extreme rend 92,4 % en douze jours : un dépôt de 1 000 dollars en ressort à 1 924. Répété, le même taux multiplie la mise par plus de quarante mille en cinq mois. Aucun fonds, aucune stratégie et aucun marché ne produisent un rendement de cet ordre sur une base quotidienne ; c’est arithmétiquement incompatible avec une activité de gestion, quelle qu’elle soit.

La page ajoute une bonification de 10 % par filleul et un retrait annoncé comme instantané. Ce couple est le moteur du système : les premiers retraits, payés comptant, servent de démonstration et alimentent la collecte suivante. Les paliers supérieurs, eux, ne sont accessibles qu’après un dépôt de 10 000 ou 50 000 dollars, ce qui concentre l’exposition sur les victimes les plus engagées.

Un domaine d’avril 2025, une adresse au Presidio et un téléphone muet

Le registre est net. aeagrowth.ltd a été créé le 2 avril 2025, son enregistrement court jusqu’au 2 avril 2027, il a été modifié pour la dernière fois le 12 août 2026, il est tenu par le bureau Dynadot et porte le statut « client transfer prohibited », qui bloque tout transfert vers un autre bureau sans l’accord du titulaire. Le titulaire, lui, est masqué.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

La présentation raconte une tout autre histoire : « AEA Growth was established in 2010 », puis « it got involved in forex trading in 2016 and was among the pioneer traders of Crypto-currencies in the advent of Bitcoin in 2016 ». Le bitcoin n’a pas eu son avènement en 2016 : son premier bloc date de janvier 2009. Seize ans d’ancienneté revendiqués pour un nom qui a dix-huit mois, et une date fondatrice fausse dans la même phrase. Le paragraphe glisse ensuite un troisième nom, « Aspect employs a team of over 130 professionals and invests heavily in the on-going research-driven evolution of its quantitative alpha-generating systems » : le sujet de la phrase n’est pas la vitrine, et ni ces salariés, ni ce trust, ni ces dirigeants ne sont nommés ailleurs sur le site.

L’adresse de contact est identique sur toutes les pages : « One Letterman Drive Building C, Suite CM200 San Francisco, CA, 94129 », soit le Letterman Digital Arts Center, dans le Presidio. Aucune implantation suisse n’est décrite, alors que le pied de page affirme l’inverse, « a San Francisco-based investment firm with offices around Switzerland ». Deux continents annoncés, une seule boîte postale, et pas un nom de rue en Suisse. Le téléphone, enfin, n’existe pas : les trois emplacements prévus affichent « SOON ».

Les témoignages suivent le même chemin. Trois portraits, trois prénoms, trois employeurs : « Nathan Junior, CEO Flygates Delivery », « Jonathom Abhi, Product Designer », « Marlum Kayum, Software Developer ». Aucun profil vérifiable, aucune société identifiable, et une citation qui remercie une plateforme dont le nom n’est pas celui du site. La foire aux questions porte la même marque de fabrique : l’une des entrées s’arrête net sur « What is the possibility that I will ».

Derrière la page, un atelier et un sas anti-robot

La vitrine tourne sur un empilement technique qui n’a rien d’une salle de marché. Le serveur répond en LiteSpeed, les pages sont produites en PHP 7, dont le support s’est arrêté fin 2022, et l’interface s’appuie sur jQuery 1.12.4, sorti en 2016, accompagné de Modernizr, OWL Carousel, Isotope, Magnific Popup, WOW.js, Font Awesome et de polices Google servies depuis un CDN public. Les graphiques sont des widgets TradingView, la version française est produite par le widget Google Translate et le formulaire d’inscription est protégé par reCAPTCHA v3.

Trois messageries instantanées différentes cohabitent sur la même page : tawk.to, Tidio et SmartSupp. Cette accumulation est celle d’un gabarit enrichi au fil des reventes, pas d’un site conçu d’un bloc. Les adresses internes suivent d’ailleurs toutes le même paramètre, ?a=home, ?a=about, ?a=plans, ?a=login, ?a=signup, signature d’un script de guichet à hauts rendements vendu clé en main.

L’hébergement est mutualisé : 23.153.104.17, annoncé par l’AS32561 Aquiryn LLC à Sheridan, dans le Wyoming, avec un nom inverse c4-17.my-control-panel.com et deux serveurs de noms, ns7 et ns8.asurahosting.com. Rien de commun avec une société de gestion, qui logerait son infrastructure chez un prestataire d’entreprise et publierait ses mentions légales. Le copyright affiché, lui, s’arrête à 2025.

Aucune page ne cite de régulateur, d’agrément ni de numéro d’enregistrement. Nous avons parcouru les listes noires de l’Autorité des marchés financiers telles que publiées le 8 octobre 2026 : aucune ligne ne portait le nom aeagrowth. Une vitrine qui promet 7,7 % par jour sans jamais nommer l’autorité qui la surveillerait n’a aucun statut à opposer à ses déposants.

Dernier point, qui n’en est pas un : à chaque tentative, nos outils ont reçu une page de vérification anti-robot à la place de la vitrine, avec le titre « Bot Verification ». Le site se présente donc différemment selon qui le visite, ce qui rend la conservation d’une preuve d’autant plus nécessaire, et d’autant plus urgente.

Virement, crypto ou carte : ce qu’il faut réunir après un dépôt

Les dépôts se font en dollars, par virement ou en cryptoactifs, et le retrait présenté comme instantané cesse d’être honoré au-delà des premiers jours. Trois pièces déterminent la suite : l’ordre de virement avec l’IBAN du bénéficiaire tel qu’il figure sur le relevé, la référence de la transaction si le paiement est parti en cryptoactifs, et l’historique complet du tableau de bord, palier souscrit, date d’échéance, demande de retrait et refus éventuel.

Ajoutez à ce socle les échanges avec l’interlocuteur, courriels, messages WhatsApp ou fenêtre de clavardage du site, en conservant les en-têtes et non de simples captures. Ces éléments ne documentent pas seulement l’escroquerie : ils permettent d’examiner le comportement de la banque qui a exécuté le virement vers un compte étranger, terrain sur lequel la Cour de cassation a précisé les obligations du banquier.

Notre page consacrée au pénal et au dépôt de plainte détaille la chronologie à respecter, du signalement à la constitution de partie civile. Deux dossiers voisins éclairent la même mécanique : Infinite Yield Inv. pour les rendements annoncés hors de toute proportion, et SynThalora pour les enseignes multiples servies par un formulaire unique. La fiche ScamDoc d’aeagrowth.ltd porte de son côté un indice de confiance de 25 %.

Sur la question précise des virements exécutés vers l’étranger, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, expose dans l’entretien ci-dessous comment une banque étrangère peut être assignée devant la justice française lorsque le préjudice a été subi en France.

Questions fréquentes sur aeagrowth.ltd

AEA Growth est-elle une société enregistrée ?

Aucun numéro d’immatriculation, aucun siège vérifiable et aucune autorité de tutelle ne figurent sur le site. Le nom de domaine a été créé le 2 avril 2025 chez Dynadot, alors que la présentation affirme une activité depuis 2010 et un rôle de pionnier du bitcoin en 2016, une date qui ne correspond à rien.

Pourquoi les conditions générales parlent-elles de PAM ?

Elles ont été conservées d’un programme antérieur : elles désignent l’éditeur sous le nom de « PAM (premiumassetmanagers) », décrivent des options binaires et fixent un dépôt minimum de 50 dollars, quand la page des offres en exige 200. Un déposant d’aeagrowth.ltd n’a donc aucun contrat à son nom.

Que représentent 7,7 % par jour sur douze jours ?

Un gain de 92,4 % sur la période, soit un capital presque doublé en moins de deux semaines. Aucune gestion d’actifs ne produit ce rythme de façon durable : les intérêts ne peuvent être payés qu’avec les dépôts des entrants suivants.

Peut-on récupérer un virement envoyé à aeagrowth.ltd ?

La récupération passe par la banque qui a exécuté l’ordre et, si elle n’a pas rempli son obligation de vigilance, par une action devant les tribunaux français. Il faut réunir sans attendre l’ordre de virement, l’IBAN du bénéficiaire, l’historique du compte sur le site et les échanges avec l’interlocuteur.

Un versement est parti vers aeagrowth.ltd ? Notre service d’aide aux victimes relit sans frais les pièces que vous détenez, ordre de virement, IBAN du bénéficiaire, historique du tableau de bord et correspondance avec l’interlocuteur, puis précise les contestations encore ouvertes devant la banque et devant le juge.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

SERVICE DE VÉRIFICATION

Vérifier le destinataire de votre paiement avant d’effectuer votre virement

ÉTUDE DE TRAÇAGE

Litiges cryptoactifs

SERVICES

BROKER DEFENSE

Offres spécifiques en matière de gestion des litiges dans le domaine de l’investissement et des escroqueries financières.

Ceci pourrait vous intéresser