Sommaire
- Le régulateur de Hong Kong écrit noir sur blanc que ce site ne lui est pas rattaché
- ALL192 est un vrai numéro, mais il ne couvre ni le forex ni un levier de 500 contre 1
- La société titulaire du numéro possède son propre site, et ce n’est pas celui-ci
- 400 contre 1 sur l’accueil, 500 contre 1 deux pages plus loin
- Quatre centres Equinix annoncés, une machine louée à San Jose
- Ce qu’un virement vers FYS laisse comme traces, et dans quel ordre les réunir
- Trois questions posées par les épargnants, trois réponses vérifiables
Le régulateur de Hong Kong écrit noir sur blanc que ce site ne lui est pas rattaché
Le 23 octobre 2026, la Securities and Futures Commission de Hong Kong a ajouté une entrée à sa liste publique des sites qu’elle juge suspects. Cette entrée porte le numéro 3544. Le nom qui y figure n’est pas celui d’une société : c’est une adresse, https://www.hkfuyip.com/, classée dans la rubrique « Suspicious websites ». En remarks, le régulateur a écrit une phrase que les exploitants de la vitrine n’avaient visiblement pas anticipée : « The website is not associated with Fu Yip Securities and Investment Company Limited, which is an SFC-licensed corporation. » Autrement dit, le site n’a aucun lien avec la société agréée dont il affiche pourtant l’identifiant sur chaque page.
La portée de cette mention mérite d’être lue lentement. Le gendarme boursier de Hong Kong ne se borne pas à signaler une adresse douteuse : il désigne nommément l’entreprise dont le nom est repris, et il précise que le rattachement n’existe pas. C’est exactement le mécanisme décrit dans l’avertissement type qui accompagne ces fiches, où l’autorité rappelle que les opérateurs de sites suspects reprennent fréquemment la dénomination d’entreprises réelles pour entretenir la confusion. La mention « (New) » accolée à l’adresse indique une inscription fraîche, et la rubrique « Add date » la date au 23 octobre 2026.
Ce démenti s’inscrit dans une série. Trois jours plus tôt, une autorité suisse publiait une alerte nominative contre une autre vitrine bâtie sur les identifiants d’une société réelle, cas que nous avons documenté dans notre article sur c4-first.ch. Le schéma se répète : un nom d’entreprise authentique, un numéro d’agrément authentique, une vitrine qui n’appartient à ni l’un ni l’autre.
Sur la page d’accueil de hkfuyip.com, la revendication est en revanche sans détour. Un bandeau annonce « 頂級全球監管 », soit « supervision mondiale de premier rang », et le texte précise que Fu Yip Securities and Investment Company Limited est autorisée et supervisée par la Securities and Futures Commission de Hong Kong, avec le numéro central ALL192. Le pied de page reprend le numéro, ajoute une adresse au 4e étage du Cheng Lee Commercial Building, 6-12 Wing Kei Street, à Central, et ferme sur un copyright 2025.
Précisons ce que vaut l’indice public de réputation, car il ne va pas dans le même sens. La fiche ScamDoc de l’adresse, consultable sur fr.scamdoc.com, accorde 60 % de confiance, un niveau qu’elle qualifie de « modéré ». Cet indice agrège surtout l’ancienneté du nom et quelques éléments de configuration ; il ne mesure pas l’identité de l’exploitant et il ignore le démenti du régulateur. Un score moyen n’est donc pas un feu vert, pas plus qu’il ne constitue une preuve.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
📄 Document
BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture horodatée du site hkfuyip.com, telle qu’elle se présentait lors de nos relevés du 26 octobre 2026.
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L’exemplaire intégral est réservé aux procédures judiciaires et s’obtient auprès de notre service.
ALL192 est un vrai numéro, mais il ne couvre ni le forex ni un levier de 500 contre 1
Le registre public des intermédiaires de la SFC est interrogeable. La fiche du numéro central ALL192 y répond, et elle répond quelque chose de très précis : « Fu Yip Securities and Investment Company Limited », en chinois 富業證券投資有限公司, catégorie de licence « F », c’est-à-dire personne morale agréée. La société existe donc bel et bien. Le numéro n’est pas inventé. C’est précisément ce qui rend l’emprunt efficace.
Mais la fiche dit aussi ce que la licence autorise, et la liste est courte. Deux activités réglementées seulement : le type 1, la négociation de titres, et le type 4, le conseil en valeurs mobilières. Aucune activité de type 3 n’y figure, et le type 3 est justement celui qui correspond au change à effet de levier. Or la vitrine ne vend pas des obligations ni des fonds : elle annonce du forex sur trente-six paires de devises, des métaux précieux, du pétrole, du gaz naturel, des indices mondiaux en contrats pour la différence et des actions américaines en contrats pour la différence.
La page « tradingproduct.html » pousse le curseur plus loin : « Flexible leverage up to 500:1 », un levier modulable jusqu’à 500 contre 1, vingt millisecondes d’exécution annoncée et des spreads « as little as 0 pips ». Une entreprise dont l’agrément se limite à la négociation de titres et au conseil en valeurs ne peut pas loger un produit de change à effet de levier de cette ampleur sous ce numéro. Le produit affiché et la licence exhibée ne parlent pas du même métier.
Le registre nomme également les responsables de la société agréée. Nous ne les citons pas : notre article porte sur une vitrine et sur l’usage qu’elle fait d’identifiants administratifs, jamais sur des personnes physiques, dont rien n’établit qu’elles aient la moindre part dans cette exploitation.
La société titulaire du numéro possède son propre site, et ce n’est pas celui-ci
Fu Yip Securities exerce une activité de maison de titres : fonds communs de placement, obligations, grille tarifaire, comptes de titres. Ses pages publiques, celles qu’indexent les moteurs sous la dénomination sociale complète, sont servies depuis fuyipsecurities.com, un nom différent de hkfuyip.com, une architecture différente, un catalogue différent. On y trouve des fiches produits sur les fonds et les obligations, un barème de commissions, la documentation d’ouverture de compte : le quotidien d’un courtier en valeurs mobilières de Hong Kong.
Ce partage des rôles est exactement ce que le régulateur a voulu rendre public le 23 octobre. Le site officiel de l’établissement agréé continue de vivre sa vie ; une seconde adresse, construite autour du même nom et du même numéro, capte une clientèle qui cherche un accès au change et aux métaux. C’est aussi la mécanique que nous avons décrite à propos d’orbisbank.org, autre dossier où une identité bancaire réelle a servi de décor.
Reste un écart que la vitrine ne commente nulle part. Sa page « about-us » affirme que la société a été établie à Hong Kong en 2005 et se présente comme un fournisseur international de premier plan. Le nom de domaine, lui, a été créé le 23 octobre 2025, soit vingt ans plus tard, à trois jours près, et exactement un an avant la publication de l’alerte. Un groupe qui existerait depuis deux décennies n’aurait pas attendu 2025 pour s’offrir son adresse principale.
400 contre 1 sur l’accueil, 500 contre 1 deux pages plus loin
Les incohérences internes de la vitrine sont nombreuses, et elles se lisent sans outil particulier. La page d’accueil affiche un compteur « 400:1 最高 », soit un levier maximal de 400 contre 1. Deux clics plus loin, la page « leverage-margin.html » annonce « the option to choose the preferred leverage from 1:1 (no leverage) to a maximum 500:1 », et son tableau de marges applique un facteur 500 à chaque paire, avec une exigence de couverture de 0,20 %. Deux chiffres différents pour la même promesse, sur le même site, à la même heure.
Les cotations posent un problème d’une autre nature. Le bandeau « live » de l’accueil affiche EUR/USD à 1,04567, USD/JPY à 149,159, l’or à 2 942,42 dollars l’once et l’argent à 32,738. Ces valeurs ne proviennent d’aucun flux de marché en octobre 2026 : ce sont des nombres écrits dans le gabarit de la page, qui ne bougent pas d’une visite à l’autre. Plus révélateur encore, plusieurs spreads sont affichés à zéro, notamment sur EUR/USD et AUD/USD. Aucun intermédiaire au monde ne traite les paires majeures sans marge : un spread nul signifie que le prix d’achat et le prix de vente sont identiques, ce qui n’existe pas sur un marché réel.
Il y a enfin le nom interne de l’application. Quand le JavaScript est désactivé, les pages affichent le message d’erreur du gabarit : « We’re sorry but ebc doesn’t work properly without JavaScript enabled. » Le logiciel qui sert la vitrine s’appelle « ebc », pas FYS. Sur la page des produits, la même formule revient avec le bon nom, « FYS doesn’t work properly », ce qui trahit une reprise partielle du texte d’origine : quelqu’un a remplacé la chaîne sur une page et oublié les autres.
Quatre centres Equinix annoncés, une machine louée à San Jose
La page « technology.html » promet une infrastructure de salle de marché : « FYS dedicated servers are set up in Equinix LD4, HK3, TY3, NY4 », quatre sites d’hébergement réputés, à Londres, Hong Kong, Tokyo et New York, avec un réseau fibré dédié d’au moins 100 Mbit/s et le protocole FIX pour agréger les cotations interbancaires. C’est le discours standard d’un courtier institutionnel.
La résolution réelle du nom raconte autre chose. www.hkfuyip.com pointe vers 104.233.193.202, une adresse située à San Jose, en Californie, annoncée par l’opérateur AS54600 PEG TECH INC. Aucune trace des quatre sites Equinix annoncés. Le serveur web est un nginx ordinaire, qui renvoie un en-tête Last-Modified au 25 mars 2026 : la page d’accueil n’a pas été retouchée depuis sept mois. Le certificat est un Let’s Encrypt de l’autorité intermédiaire YR1, au nom de hkfuyip.com, valable du 23 septembre au 22 décembre 2026 : un certificat gratuit, renouvelé tous les trois mois, comme sur n’importe quel site personnel.
L’inventaire des composants confirme le montage. Notre analyse technique a relevé quarante-trois technologies réparties en seize catégories : Google Tag Manager, Google Analytics 4, la balise publicitaire DoubleClick, les mesures d’audience de Cloudflare, un module de conversation en direct, jQuery dans une version 1.11.0 qui date de 2014, et un fichier de consignes destiné aux robots qui interdit nommément l’exploration par les agents des grands modèles de langage : GPTBot, ClaudeBot, Bytespider, AppleBot, AmazonBot. Une maison de titres n’a aucune raison de filtrer les agents d’intelligence artificielle ; un gabarit revendu à la chaîne, si.
L’enregistrement du domaine complète le tableau. Le nom a été créé le 23 octobre 2025 chez NameSilo, LLC, bureau d’enregistrement américain à bas coût, et son échéance court jusqu’au 23 octobre 2027 : il a donc été reconduit trois jours avant la publication de l’alerte. Les serveurs de noms sont ceux de Cloudflare, FONZIE et IRMA, et le statut « clientTransferProhibited » empêche tout transfert vers un autre bureau sans l’accord du titulaire. Le titulaire, lui, est masqué. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools afin de vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Sous le domaine principal vivent quatre serveurs : www pour la vitrine, trade pour la plateforme de compte, api pour les échanges de données, et usersname pour la gestion des identifiants. C’est vers trade.hkfuyip.com que mènent les boutons « 立即開戶 » et « 登入 », sur une application dont les adresses commencent par #/pages/reg/index et #/pages/login/index : la signature d’une interface mobile compilée à partir d’un canevas générique.
Ce qu’un virement vers FYS laisse comme traces, et dans quel ordre les réunir
Ceux qui ont alimenté un solde sur trade.hkfuyip.com l’ont fait, dans la majorité des dossiers, par virement bancaire, parfois par carte, sur instruction d’un interlocuteur qui se présentait comme conseiller et qui parlait via la messagerie intégrée du site. Le jour où le retrait est refusé, la nature exacte du blocage varie selon les cas (frais de déblocage, vérification d’identité complémentaire, seuil de volume non atteint), mais la conséquence est identique : l’argent est parti et l’interlocuteur devient difficile à joindre.
Trois séries de pièces se réunissent en premier, et elles se périment vite. Le relevé bancaire d’abord, avec le libellé exact du bénéficiaire et la référence du virement : c’est lui qui permettra à votre banque d’engager une demande de rappel de fonds, procédure qui n’a de chance d’aboutir que dans les tout premiers jours. Les captures d’écran de l’espace client ensuite (écran de dépôt, historique des opérations, page de retrait refusée), prises avec l’horodatage visible et l’adresse trade.hkfuyip.com dans la barre. Les échanges enfin : fils de la messagerie du site, courriels de relance du conseiller, messages WhatsApp ou Telegram s’il a proposé de continuer ailleurs.
Vient ensuite le volet pénal. Une plainte pour escroquerie peut être déposée auprès du procureur de la République compétent, en joignant le relevé des virements, les échanges et les captures ; notre page dédiée au pénal et au dépôt de plainte détaille la façon de constituer ce dossier. En parallèle, l’adresse peut être signalée à la SFC, qui centralise ces remontées à [email protected] et dont la fiche 3544 constitue déjà un point d’appui : votre signalement ne part pas de zéro, il s’ajoute à une inscription existante.
Nous conseillons enfin de ne plus alimenter le compte, y compris si un interlocuteur présente un virement supplémentaire comme la condition du déblocage. Cette demande, dans les dossiers que nous traitons, arrive toujours après le premier refus, jamais avant.
Pour replacer ce type de dossier dans la chaîne des recours, nous avons interrogé Maître Goce Novakov, avocat au barreau de Paris. Il revient sur ce que produit un jugement d’escroquerie lorsque le courtier se présentait comme régulé, sur les manquements aux obligations professionnelles qui peuvent être opposés, sur la victoire et l’indemnisation des victimes, ainsi que sur la condamnation d’un établissement bancaire pour avoir manqué à son devoir de vigilance dans le suivi des virements. Sa page est consultable ici : Maître Goce Novakov.
Trois questions posées par les épargnants, trois réponses vérifiables
Le site hkfuyip.com est-il réellement agréé par la SFC de Hong Kong ?
Non. Le numéro ALL192 qu’il affiche correspond à une société réellement agréée, Fu Yip Securities and Investment Company Limited, mais la SFC a inscrit https://www.hkfuyip.com/ sur sa liste des sites suspects le 23 octobre 2026 en précisant que le site n’a aucun lien avec cette société.
Que signifie exactement le numéro ALL192 affiché en pied de page ?
C’est le numéro central d’une personne morale agréée au registre de la SFC. Il désigne Fu Yip Securities and Investment Company Limited et couvre deux activités, la négociation de titres et le conseil en valeurs mobilières. Il ne désigne pas l’exploitant de la vitrine et ne couvre ni le change à effet de levier ni un levier de 500 contre 1.
Peut-on récupérer des fonds virés à FYS ?
Aucune démarche ne garantit un remboursement. La première urgence est de demander à votre banque un rappel des fonds, en produisant le libellé du bénéficiaire et la référence du virement, puis de déposer plainte en joignant les captures de trade.hkfuyip.com et les échanges avec l’interlocuteur. Plus le signalement est précoce, plus la trace bancaire est exploitable.
hkfuyip.com n’est donc pas un courtier agréé qui aurait mauvaise presse : c’est une vitrine de change au comptant et de contrats pour la différence qui a emprunté le nom, l’adresse et le numéro central d’une maison de titres de Hong Kong, jusqu’à ce que le régulateur de cette place prenne la plume pour dire qu’il n’y avait rien de commun entre les deux. Ceux qui y ont ouvert un compte l’ont fait en croyant traiter avec un établissement supervisé, et c’est cette croyance qui a rendu les versements possibles. La vérification préalable que nous conduisons chez BrokerDefense consiste précisément à séparer les deux : ce qu’une vitrine affiche, et ce qu’un registre atteste.


