Sommaire
- Octamarkets et Profit Inc dorment encore dans la page d’accueil
- Régulée selon l’accueil, non régulée selon sa propre FAQ
- Des paliers qui promettent jusqu’à 99 999 livres de profit
- Un nom déposé le 4 juin 2026 chez Cosmotown
- Trente-neuf retraits affichés, seize empreintes seulement
- Une fois les fonds partis, la chronologie des recours
- Trois questions avant d’envoyer le premier virement
Octamarkets et Profit Inc dorment encore dans la page d’accueil
Le 26 octobre 2026, la page d’accueil de bittrademaster.com, dont le nom a été déposé le 4 juin 2026, portait toujours l’apostrophe d’un autre site : à mi-page, un titre annonce « Start trading on octamarkets », et deux paragraphes plus bas, l’ouverture de compte invite à « Start trading with Profit Inc. » Aucune de ces deux enseignes n’est celle du domaine. Elles sont restées dans le gabarit, et ce détail suffit à dater la méthode : cette vitrine n’a pas été construite sous le nom de Bit Trade Master, elle a été rebaptisée.
Le procédé n’est pas isolé dans nos dossiers. En novembre 2023, nous avions documenté la vitrine ConfidentialGlobalFX, sur laquelle cohabitaient neuf enseignes distinctes à l’intérieur d’un seul nom de domaine, dont Octamarkets, Profit Inc et une prétendue régulation australienne. On retrouve ici deux de ces noms, à quinze mois d’intervalle, sur un domaine différent, avec la même promesse et la même grille de comptes. Nous présentons ces éléments comme ceux d’une suite technique, sans affirmer l’identité des personnes qui font fonctionner l’un ou l’autre site.
La trace la plus révélatrice n’est pourtant pas dans le corps de la page, mais dans les témoignages. Quatre d’entre eux remercient nommément « Valeriasigs », vantent « ma’am Violante Valeria » et racontent un dépôt de 5 000 dollars devenu 51 560 dollars de gains hebdomadaires. Or Violante Valeria figure aussi sur la page « About », présentée comme un membre de l’équipe « master in the financial markets ». Le nom d’une marque antérieure et celui d’une prétendue dirigeante ont donc survécu au changement d’enseigne, en anglais, sans être retouchés.
Dernière mise à jour : 26/10/2026
📄 Constats
Voici, mise à disposition gratuitement par BrokerDefense, la capture de la page que servait bittrademaster.com le 26 octobre 2026. On y voit le bandeau des huit devises, la promesse de « more freedom in the markets » et les trois paliers d’acompte, pièces que nous avons conservées pour établir ce que le visiteur avait réellement sous les yeux.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Régulée selon l’accueil, non régulée selon sa propre FAQ
La page d’accueil range la société parmi les « Globally Licensed & Regulated ». La page « About » va plus loin et désigne une autorité précise : « The best rated ASIC broker in the industry. Dedicated account manager & personalized service. Regulated by the Australian Securities and Investment Commission. » Le gendarme boursier australien est donc revendiqué noir sur blanc, avec un superlatif commercial que nul régulateur n’accorde.
La page FAQ dit exactement l’inverse. Dans un encadré intitulé « Important Notice », elle explique que la société n’est pas soumise à l’autorité britannique des marchés financiers et qu’elle n’est donc pas encadrée par elle, avant de se définir comme une « educational company » proposant un éclairage sur le marché des changes. La même réponse précise qu’elle n’est pas conseiller financier mais « Educators », et qu’elle est « regulated as a business by Companies House-HMRC ». Deux organismes britanniques que tout distingue, un registre des sociétés et une administration fiscale, sont ici confondus en une seule formule, et aucun numéro d’immatriculation n’est publié.
Ce que les registres en disent est plus court. Aucune entrée correspondant à Bit Trade Master ou à bittrademaster ne figure dans les listes publiées par l’AMF, arrêtées au 8 octobre 2026, ni dans la liste noire commune tenue par l’ACPR et l’AMF, consultée le 26 octobre 2026. Cette absence ne vaut pas brevet de sérieux : elle indique qu’aucun signalement n’a encore été enregistré sous ce nom, rien de plus. Une vitrine qui revendique une licence australienne sans en publier le numéro, et qui se décrit ailleurs comme un simple organisme de formation, n’a en réalité aucune autorisation à opposer à qui que ce soit. Les personnes qui ont déjà versé des fonds trouveront la procédure de plainte et le cadre pénal applicable sur notre page dédiée.
Des paliers qui promettent jusqu’à 99 999 livres de profit
La grille tarifaire est le cœur du dispositif. Elle ne décrit pas des frais, elle annonce des gains. Le palier « STARTER ACCOUNT » demande un dépôt minimum de 500 livres et promet un profit minimum de 3 500 livres pour un profit maximum de 5 000. Le « CLASSIC ACCOUNT » passe à 5 000 livres de dépôt pour 45 000 à 50 000 livres de profit. Le « PLATINUM » exige 10 000 livres et affiche un profit minimum de 99 999 livres. Chaque bloc répète la même mention, « min. possible deposit », suivie d’un montant de profit garanti.
Aucun marché ne fonctionne ainsi. Une promesse de rendement chiffré, fixée à l’avance et indépendante de toute performance, transforme une relation de courtage en promesse de restitution, ce que ni une société d’investissement ni un formateur ne peut tenir durablement. Le site ajoute une quatrième offre, « FOREX SIGNALS », qui annonce un taux de réussite de 95 pour cent, jusqu’à dix signaux par jour et un paiement en bitcoins uniquement, avec cette phrase : « Use any broker ». Une vitrine qui vend des signaux payés en crypto, tout en prétendant gérer des comptes, mélange deux activités que la réglementation sépare.
Le mécanisme de ces plateformes se joue au moment du virement. Notre rédaction a interrogé Maître Anne Bernard-Dussaulx, dont le cabinet relève du barreau de Paris, sur la fraude au faux RIB et l’interception d’un virement, c’est-à-dire sur ce qui se passe lorsque les coordonnées bancaires communiquées ne sont pas celles du bénéficiaire annoncé. Son intervention est filmée ci-dessous :
Un nom déposé le 4 juin 2026 chez Cosmotown
Le registre du domaine situe l’affaire très loin du discours commercial. bittrademaster.com a été enregistré le 4 juin 2026 à 21 h 05 UTC, pour une échéance au 4 juin 2027, auprès du bureau d’enregistrement Cosmotown, exploité par la société TuringSign. Les quatre verrous habituels sont posés : suppression, renouvellement, transfert et modification interdits au titulaire. Le titulaire, lui, n’est pas publié, et la zone n’est pas signée.
L’adresse de la société est un bureau de domiciliation de Londres, au 20-22 Wenlock Road, N1 7GU, que la même page de contact complète par une seconde implantation à Jakarta. Un tel immeuble héberge des milliers de sociétés sans locaux ; il ne prouve pas l’existence d’une salle de marchés. Nous avons retrouvé la même adresse de pied de page sur un dossier publié en mai 2026, celui de Crypto-assets247, ce qui en fait un point de contact récurrent du gabarit plutôt qu’une implantation.
Côté serveur, la vitrine est hébergée sur l’adresse 198.251.84.200, dont le nom d’hôte est c3.my-control-panel.com et le réseau celui de FranTech Solutions, avec une géolocalisation à Berne. Les serveurs de noms publiés au registre sont ns5 et ns6.asurahosting.com. Le certificat présenté a été délivré par Let’s Encrypt le 30 août 2026 et expire le 28 novembre 2026 ; il couvre le domaine et son joker, ce qui signifie que le nom n’a disposé d’un certificat à son nom qu’à partir de la fin du mois d’août, soit près de trois mois après son dépôt. Une maison qui se présente comme « putting our clients first since 2016 » et qui parle de « more than 5 years » d’activité a donc un certificat de moins de deux mois au moment de notre visite. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Trente-neuf retraits affichés, seize empreintes seulement
Un bandeau « Latest Withdrawals » défile sous la grille des comptes, avec un statut, un montant et une longue chaîne de soixante-quatre caractères présentée comme l’empreinte d’un portefeuille. Nous avons relevé l’ensemble des lignes servies par la page : trente-neuf empreintes, seize valeurs distinctes seulement, dont une revient dix fois. Les montants vont de 500 à 240 000 dollars, et les statuts alternent entre « Confirmed » et « Pending ». Un registre de caisse qui répéterait dix fois le même identifiant de retrait pour dix montants différents ne serait pas un registre.
La page charge d’ailleurs une bibliothèque JavaScript nommée Faker, dans sa version 3.1.0, dont la fonction est de produire des données fictives. On y trouve aussi le widget de cotation TradingView, une bulle de discussion Smartsupp, un module Trustpilot et un outil de traduction de pages. Le compteur de la page d’accueil annonce 324 978 126 transactions clôturées en profit et 76 milliards de dollars de volume mensuel, avec une note de bas de page qui trahit l’âge du texte : « Data based on year-to-date Profit Inc activity (last update end of Q2 2020) ». Une vitrine de 2026 s’appuie donc sur des chiffres de 2020 attribués à une autre enseigne.
L’inscription tient en treize champs, dont un code de parrainage, sans demande de pièce d’identité ni de justificatif de domicile. Le formulaire est servi par une application Laravel, reconnaissable à son jeton de session et à son en-tête anti-falsification. Pour joindre la société, la page de contact n’affiche aucun numéro de téléphone, seulement une adresse électronique et un lien de messagerie instantanée vers un numéro mobile britannique. Le téléchargement de l’application renvoie vers la boutique Apple du Nigéria, ce qui situe le public visé bien loin du quartier londonien revendiqué. La fiche de réputation du domaine retient pour sa part un indice de confiance de 25 pour cent, et ne relève aucune ancienneté vérifiable, ce qui rejoint ce que montre le registre.
Une fois les fonds partis, la chronologie des recours
Les virements vers ce type de plateforme se font presque toujours par virement bancaire ou par crypto actifs, deux canaux qui laissent des traces exploitables à condition d’agir vite. La première pièce à conserver est l’ordre de virement exécuté, avec son identifiant, et non la simple confirmation écran de la plateforme. Viennent ensuite les relevés de compte couvrant la période des versements, les échanges avec le conseiller, qu’ils soient passés par la messagerie du site ou par un fil de discussion sur téléphone, et les courriels d’ouverture de compte.
Le second geste est une demande écrite à la banque, dans les semaines qui suivent le dernier transfert, pour signaler un paiement sans cause et solliciter le rappel des fonds auprès de la banque réceptrice. Ce rappel n’aboutit que si les fonds sont encore sur le compte destinataire, ce qui rend la rapidité déterminante. En parallèle, un signalement à la plateforme de signalement des fraudes bancaires et une plainte auprès du procureur de la République compétent permettent d’inscrire les faits dans une procédure, seule façon d’espérer une restitution en cas d’identification des titulaires des comptes encaissements.
Rien de tout cela ne se règle en quelques jours. Les dossiers de ce type se heurtent à des comptes ouverts sous une identité de prête-nom, à des plateformes de paiement intermédiaires et à des juridictions qui ne répondent pas. C’est précisément pourquoi la valeur d’une preuve conservée tôt, capture datée et relevé bancaire compris, dépasse celle d’un dossier reconstitué six mois plus tard.
Trois questions avant d’envoyer le premier virement
Aucune autorisation n’est publiée sur le site : ni numéro de licence, ni nom d’autorité de tutelle, ni référence à un registre. La page d’accueil revendique une régulation mondiale et la page « About » une agrément australien, tandis que la FAQ indique noir sur blanc que la société n’est pas régulée par l’autorité britannique et se présente comme un organisme de formation. Une entité qui cumule une promesse de rendement chiffré et un démenti de sa propre régulation ne dispose d’aucun titre à collecter de l’épargne.
Non. Les trente-neuf lignes du bandeau ne contiennent que seize empreintes distinctes, et la même chaîne revient dix fois pour des montants différents. La page charge en outre une bibliothèque qui fabrique des données fictives, ce qui explique la régularité des montants affichés, de 500 à 240 000 dollars. Un paiement réel se vérifie par l’identifiant de transaction, consultable sur un service public de lecture de la chaîne, et certainement pas dans un tableau qui défile sur une page d’accueil.
Réunir sans attendre l’ordre de virement exécuté, les relevés de compte de la période, les échanges avec le conseiller et les courriels d’ouverture de compte, puis écrire à sa banque pour demander le rappel des fonds et signaler le paiement. Une plainte auprès du procureur de la République compétent complète le dossier. Plus la demande bancaire est précoce, plus l’espoir de bloquer les fonds chez la banque réceptrice est réel.
Un virement est déjà parti vers Bit Trade Master ?
Expliquez-nous votre situation : nos juristes examinent les pièces que vous détenez, vérifient ce que la banque pouvait contrôler et vous indiquent ce qui demeure envisageable, côté restitution comme côté plainte.


