Expertlegitchampstrade arnaque : la copie de 2023 dans le code

Dans le code de la page, une signature de copie datée de 2023

Le 19 octobre 2023, à 4 h 07, un logiciel de duplication de sites inscrivait dans le document l’adresse d’origine de la page qu’il venait de recopier : forextron-innovationmarket.online. Le commentaire est toujours là, en tête du code servi aujourd’hui par expertlegitchampstrade.com, avec le nom du programme et l’horodatage à la seconde : « Mirrored from forextron-innovationmarket.online/ by HTTrack Website Copier/3.x [XR&CO’2014], Thu, 19 Oct 2023 04:07:07 ».

L’adresse citée n’existe plus. Interrogé le 26 octobre 2026, le résolveur public de Google ne restitue aucune réponse pour ce nom, qui n’est plus délégué, et le navigateur n’en tire rien. La vitrine que nous examinons est donc la copie d’une copie, et celui qui l’exploite n’a pas jugé utile d’effacer la mention qui la trahit. Elle est visible par quiconque ouvre le code source, sans outil particulier.

Cette date de 2023 mérite d’être mise en regard du calendrier réel du nom. Le registre du .com indique une création le 12 juin 2026 à 23 h 36 UTC, une échéance au 12 juin 2027 et un statut de transfert bloqué au profit du titulaire. Quatre mois et demi d’existence, donc, pendant lesquels la page revendique pourtant « 10 YEARS EXPERIENCE », « UK Regulated Since 2016 », « Since 2013 » et « Trusted for more than 7 years ». Le palmarès affiché aligne cinq récompenses : meilleur courtier CFD au sommet TradeON 2020, meilleure expérience de trading au salon de Jordanie en 2015, meilleure exécution à Dubaï en 2017, meilleure plateforme à Londres en 2016, meilleur courtier Asie à l’exposition de 2018. Le pied de page, lui, porte « © 2023Expertlegitchampstrade LTDS », sans espace et sans que la forme juridique corresponde à celle d’une société britannique.

Trois autres enseignes figurent encore dans les textes. Sur l’accueil, une phrase vante « The Avantex-innovation Trades » et une autre parle du client de « The swift path way ». Dans les conditions générales, « Swift Trades Options » apparaît sept fois et « Crypto Time Finance Pro » neuf fois, jusqu’à décrire l’ouverture de comptes d’échange de cryptoactifs au nom de l’utilisateur, un métier que la page d’accueil ne présente nulle part. Aucune de ces trois marques n’est signalée comme appartenant au passé : elles sont simplement restées dans le texte, comme le commentaire de copie est resté dans le code. Ce type de reste n’est pas isolé : les conditions générales de la vitrine Tivronex citaient de la même façon un courtier londonien qui n’avait rien à voir avec elle.

Notre analyse technique du document relève quarante-deux composants répartis en seize familles : une bibliothèque d’interface, une version ancienne de jQuery, une livraison de Bootstrap par réseau de diffusion, un module de cotation TradingView, une messagerie de clavardage SmartSupp, des scripts publicitaires de Google et de DoubleClick, des vidéos hébergées chez YouTube. Le bandeau de menu de chaque page conserve par ailleurs une phrase de remplissage en latin, « Adipiscing elit sed do eiusmod incididunt ut labore dolore magna lorem ipsum sit dolor amet consectetur », qui n’a jamais été remplacée.

Dernière mise à jour : 26/10/2026

📄 Preuve de la copie

La page d’accueil telle qu’elle s’affichait le 26 octobre 2026 est conservée ci-dessous, bande de cours et grille de comptes comprises. Deux repères y servent directement une réclamation : le standard affiché en pied de page et la liste des instruments proposés.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par expertlegitchampstrade.com le 26 octobre 2026

Une grille où 500 dollars déposés promettent 4 500 dollars de profit

Trois formules dites de compte sont proposées, et chacune affiche un résultat attendu chiffré. La première, « Basic account », demande un versement minimal de 500 dollars et annonce un profit minimum de 4 500 dollars pour un maximum de 5 000. La deuxième, « Classic account », demande 5 000 dollars et annonce 45 000 puis 50 000 dollars. La troisième, « Platinum account », demande 10 000 dollars et porte la promesse à 99 999 dollars, avec la mention « With Full Executive benefits… ». Les trois listes répètent la même ligne : « Tax-free spread betting profits ».

Aucun intermédiaire surveillé ne publie de profit attendu, parce que le résultat d’un placement dépend d’un marché et non d’une grille tarifaire. Le document se contredit d’ailleurs à quelques écrans de distance : le bas de page rappelle que le trading de produits dérivés « may result in the loss of your invested capital », à savoir la perte du capital engagé, tandis que le tableau promet de le multiplier par neuf. Entre les deux, la mention « min. possible deposit » et « max. Expected profit » suffit à qualifier la nature de l’offre : ce n’est pas une information financière, c’est un argument de vente posé comme un fait.

Une seconde offre complète la première, plus petite et plus révélatrice. Sous l’intitulé « Forex Signal Subscription », un abonnement d’un mois à 300 dollars donne « Up to 10 Signals/day », un taux de réussite annoncé à 95 % et la mention « No Experience Required ». Le paiement est restrictif : « Pay using bitcoin only ». Une entreprise qui se présente comme agréée au Royaume-Uni et qui perçoit ses abonnements en cryptoactifs choisit un canal sans rappel possible et sans identification du bénéficiaire, ce qui est exactement l’inverse de ce qu’implique une activité régulée. La livraison, elle, passe par une conversation de groupe : la page explique qu’après le choix d’une formule l’abonné reçoit « an instant invitation to join the group chat », avec une dizaine de signaux par jour.

La mécanique se comprend alors sans mystère : une vitrine qui imite un courtier, un formulaire qui capte un nom et un courriel, une grille qui promet un multiple, un abonnement payé en bitcoin, et un groupe de discussion où un interlocuteur devient le conseiller attitré. Le dépôt initial, lui, est décrit en trois étapes sur la page d’accueil : inscription, puis versement « via debit card, wire transfer, eCheck or check », puis négociation sur ordinateur ou sur mobile. La superposition de deux métiers sous une même enseigne rappelle le cas de capitaledgemarket.live, où la page d’accueil vendait un courtier et les pages de compte un tout autre produit.

Les trois autorités citées, et l’absence de tout identifiant

L’accueil annonce un « Multi-regulated Global Forex and Shares Broker », « Authorised by FCA, ASIC & FSCA with multi-lingual support 24/5 », puis répète dans une pastille « REGULATED BY THE CH,UK » et « Licensed and regulated across multiple jurisdictions, we serve clients in over 150 countries worldwide ». Trois autorités sont ainsi nommées : la Financial Conduct Authority britannique, l’Australian Securities and Investments Commission et la Financial Sector Conduct Authority sud-africaine.

Aucune ne se trouve citée avec un identifiant. Nous avons parcouru l’accueil, la page de présentation, le contact, la foire aux questions, les conditions générales, la politique de confidentialité et la politique antiblanchiment : pas un numéro de licence, pas un numéro de société, pas une dénomination sociale complète, pas une adresse de siège qui corresponde à une inscription au registre. Les seuls éléments d’état civil publiés sont une adresse britannique au 55-61 High St, à Eltham, code postal SE9 1TD, suivie de la mention « Unitied Kingdom », un bureau au 16e étage de la Satrio Tower à Jakarta, un courriel de support et un standard.

La foire aux questions détruit d’ailleurs la revendication de l’accueil, en anglais, sans détour : « We are NOT required to be regulated by The Financial Conduct Authority as a result we are NOT regulated by the Financial Conduct Authority. We are an educational company who provides insights into the Forex Markets. » La même page ajoute que l’enseigne n’est pas composée de conseillers financiers mais d’éducateurs, « regulated as a business by Companies House-HMRC ». Companies House est un registre d’immatriculation des sociétés et HMRC l’administration fiscale : ni l’un ni l’autre n’autorise quiconque à recevoir des fonds pour les négocier. Les deux autres autorités citées sur l’accueil, l’ASIC et la FSCA, ne réapparaissent nulle part ailleurs sur le domaine.

Reste la question du fichier français. Six documents publics de l’AMF ont été relus le 26 octobre 2026, ceux qui recensent les offres non autorisées : options binaires de décembre 2023, biens divers de juin 2026, forex de septembre 2026, produits dérivés sur cryptoactifs de septembre 2026, « autres » d’octobre 2026 et cryptoactifs d’octobre 2026. Aucun ne porte ce nom, et la liste noire de l’ABE n’en contient aucune ligne non plus. Une liste noire n’est jamais complète : le relevé vaut donc pour le jour où nous l’avons consulté, et non comme une preuve de conformité. Pour se faire une idée du parcours du nom, la fiche WHOIS complète sur DomainTools donne les dates d’enregistrement, le bureau d’enregistrement et le statut courant du domaine.

Son certificat, ses serveurs de noms et sa messagerie

L’autorité qui a signé le certificat est Let’s Encrypt, par son intermédiaire YR2, et la pièce ne coûte rien : le nom porte un joker sur le domaine et couvre aussi l’adresse nue. Sa validité court du 13 octobre 2026 au 11 janvier 2027, soit quatre-vingt-dix jours, et il a donc été obtenu neuf jours avant notre passage. Un établissement qui se dit agréé depuis dix ans et qui reçoit des versements présente habituellement un certificat d’organisation, dont l’autorité vérifie l’existence juridique du demandeur ; ici, rien ne distingue le certificat d’une page personnelle.

La résolution du nom passe par quatre serveurs, ns23 et ns24 chez asurahosting.com et ns23 et ns24 chez my-control-panel.com, qui sont les deux visages d’un même panneau d’hébergement revendu à des particuliers. L’adresse pointée est 198.251.89.30, dont le nom inverse est c6.my-control-panel.com et qui appartient à FranTech Solutions, un loueur de machines virtuelles. Sur la même machine sont hébergés des centaines de noms sans lien les uns avec les autres, depuis des boutiques jusqu’à des sites associatifs : elle ne constitue donc pas un réseau, seulement une machine louée à la même enseigne d’hébergement que d’autres clients.

Le courrier électronique est traité sur place : l’enregistrement MX du domaine renvoie vers le domaine lui-même, sans prestataire de messagerie distinct, et la politique DMARC publiée porte la valeur « none », c’est-à-dire qu’elle observe les courriels usurpant l’expéditeur sans demander leur rejet. Pour une structure qui dit recevoir des fonds de clients et leur adresser des confirmations d’opération, l’absence de consigne de rejet est un choix commode : elle laisse passer une adresse forgée au nom du support.

Un dernier détail relève de la circulation des visiteurs. L’adresse /index.php du domaine ne renvoie pas la vitrine : elle affiche une page intitulée « Human verification », servie depuis recaptcha.cloud, dont l’adresse de requête contient l’adresse du serveur d’origine et celle du visiteur, tandis que la racine du domaine sert la page commerciale sans obstacle. Les scripts de vérification de Cloudflare et les balises publicitaires de Google apparaissent dans le même document. Une vitrine qui filtre une partie de son audience avant de montrer son offre n’est pas un site de courtage ordinaire.

Une vitrine figée : les mêmes cours à chaque chargement

Huit instruments sont affichés en pied de page, chacun deux fois dans le même document : XAUUSD à 1478,81 avec une variation de plus 0,28 %, GBPUSD à 1,3191 avec moins 1,07 %, EURUSD à 1,1159 avec moins 0,11 %, USDJPY à 109,59 avec plus 0,05 %, USDCAD à 1,3172 avec plus 0,18 %, USDCHF à 0,9776 avec plus 0,06 %, AUDUSD à 0,67064 avec moins 0,08 % et GBPJPY à 141,91 avec plus 0,12 %. Deux chargements espacés de quelques minutes donnent exactement les mêmes valeurs, au dernier chiffre, avec des pourcentages figés à deux décimales. Une cotation qui ne bouge pas d’un rechargement à l’autre n’est pas un flux de marché : c’est une image écrite dans la page, et elle est écrite deux fois.

Les compteurs qui devraient établir l’ancienneté sont restés à zéro. La page affiche « 0 years Experience », « 0 years UK Regulated » et « 0 /7 Operational support », sous des libellés qui promettent pourtant dix ans de métier. Le mécanisme d’animation n’a jamais tourné, et le visiteur voit donc, en clair, le chiffre que l’enseigne n’a pas su remplir. La page de présentation en fait autant avec ses biographies : la directrice générale Cynthia Dixon, Arthur Parker, Evelyn Mason et Bryan Greene ont pour tout texte une phrase latine identique.

Deux adresses inconciliables cohabitent enfin. Le contact renvoie vers un bureau au 16e étage de la Satrio Tower, à Jakarta, tandis que le pied de page de toutes les pages donne une adresse britannique à Eltham. Le standard affiché sur l’accueil est un numéro mobile commençant par l’indicatif 44, mais sur la page de contact le numéro s’interrompt après l’indicatif et trois chiffres, un astérisque, puis quatre chiffres finaux : la troncature rend l’appel impossible et signale une reprise de gabarit plutôt qu’une ligne téléphonique réelle.

Le formulaire d’inscription confirme le reste. Il demande un nom complet, un identifiant, une adresse de courriel, un mot de passe, sa confirmation et un code de parrainage. Ni date de naissance, ni adresse postale, ni pièce d’identité, ni justificatif de domicile : une politique antiblanchiment est pourtant publiée sur le domaine, et elle décrit des vérifications que le formulaire ne permet pas. Le code de parrainage, lui, indique à quoi sert la page : à être transmise, pas à ouvrir un compte chez un intermédiaire. Une évaluation publique de ce nom, consultable séparément, lui attribue un indice de confiance de 1 %, et cette évaluation publique résume en une ligne ce que les pages décrivent en détail.

Après un virement : les preuves à rassembler avant de saisir sa banque

La première décision est d’arrêter les paiements, y compris ceux que le support présentera comme la condition d’un retrait : les frais de déblocage, la taxe ou la commission de conversion réclamés après un gain affiché sont la suite logique de la grille de comptes décrite plus haut, et ils ne donnent accès à rien. La seconde est de rassembler les preuves, dans cet ordre : le formulaire de virement et son libellé, le relevé qui l’a exécuté, l’identité du compte bénéficiaire avec son IBAN et son code BIC, les captures de l’espace client, l’historique de la conversation avec l’interlocuteur qui se présente comme gestionnaire de compte, les courriels reçus de [email protected], le code de parrainage utilisé et les reçus de versement. Pour l’abonnement aux signaux réglé en bitcoin, il faut conserver l’adresse du portefeuille destinataire et l’empreinte de chaque transaction.

La banque est le premier interlocuteur utile, et la demande doit être écrite : elle porte sur le rappel des fonds et sur l’identification du titulaire du compte qui les a reçus. Le devoir de vigilance de l’établissement qui a laissé partir un virement vers un compte ouvert pour une activité sans existence vérifiable est le levier le plus concret, et il s’appuie sur ces pièces, pas sur le récit. Le dossier se complète par un signalement THESEE, côté ministère de l’Intérieur, et par un dépôt de plainte accompagné d’une chronologie des faits et des montants. Notre page consacrée à la plainte et à la voie pénale détaille les annexes attendues par les enquêteurs et l’ordre dans lequel les réunir.

Pour situer ce que ces démarches permettent encore d’obtenir, nous avons interrogé Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris. Son entretien filmé porte sur la responsabilité de la banque lorsqu’un faux conseiller a obtenu un virement :

Vos questions sur expertlegitchampstrade.com

Expertlegitchampstrade est-il autorisé par la FCA, l’ASIC ou la FSCA ?

Rien sur le domaine ne le montre. Les trois autorités sont nommées sur l’accueil, sans numéro de licence, sans dénomination sociale et sans adresse de siège vérifiable, et aucune des pages légales ne reprend ces références. La foire aux questions va plus loin et écrit en anglais que l’enseigne n’est pas réglementée par la Financial Conduct Authority et qu’elle se présente comme une société d’éducation. Une autorisation se vérifie par un numéro dans le registre du régulateur, jamais par une mention en page d’accueil.

Pourquoi la page parle-t-elle de dix ans d’expérience ?

Parce qu’elle a été recopiée. Le code source contient encore le commentaire laissé par un logiciel de duplication, daté du 19 octobre 2023, qui désigne une adresse d’origine aujourd’hui disparue, forextron-innovationmarket.online. Le nom, lui, a été créé le 12 juin 2026. Les trophées de 2015 à 2020, les compteurs d’ancienneté et la mention « since 2013 » viennent donc du gabarit d’origine, comme les deux marques qui subsistent dans les conditions générales.

Un versement peut-il être récupéré après un dépôt sur cette vitrine ?

Cela dépend des traces conservées, et le délai compte. Il faut cesser les envois, puis réunir l’ordre de virement, le relevé, l’IBAN du bénéficiaire, les échanges avec le gestionnaire de compte et les reçus, y compris ceux de l’abonnement payé en bitcoin. La demande de rappel des fonds se fait par écrit auprès de la banque, qui doit identifier le titulaire du compte destinataire, et la plainte s’appuie sur ces mêmes pièces. Plus tôt le dossier est constitué, plus la discussion sur le devoir de vigilance de la banque est solide.

Une vitrine copiée en 2023, un nom déposé en juin 2026, quarante-deux composants techniques dont un commentaire de duplication resté en place : le dossier de expertlegitchampstrade.com se lit d’abord comme celui d’une page réutilisée, habillée d’agréments invoqués sans identifiant et d’une grille de profits qui n’a de financier que l’apparence. Les personnes qui y ont viré des fonds, par carte, par virement ou en cryptoactifs pour l’abonnement aux signaux, gardent un point d’appui vérifiable : l’identité du compte qui a encaissé, à soumettre à un examen avant que l’enseigne ne change encore d’adresse.

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