Sommaire
- Une copie de patrimonium.ch restée branchée sur l’original
- Un nom genevois posé sur une forme juridique introuvable au registre
- Un numéro zurichois et six boîtes aux lettres au nom du domaine
- Plusieurs agréments annoncés, pas un seul numéro publié
- Un site qui interdit aux moteurs de recherche de l’indexer
- Deux scripts tiers injectés dans la page d’accueil
- Ce que le registre suisse dit vraiment de tempstone-cap.com
Une copie de patrimonium.ch restée branchée sur l’original
Le relevé conduit le 19 octobre 2026 sur tempstone-cap.com ne laisse place à aucune interprétation : les cent pages parcourues portent toutes, dans leur code, le nom d’une autre maison. La feuille de style du site est rangée dans un dossier themes/patrimonium, l’icône affichée dans l’onglet du navigateur s’appelle encore cropped-favicom-patrimonium-white-270x270.png, et la page d’accueil renvoie quarante-huit fois vers le domaine patrimonium.ch.
Ce ne sont pas de simples traces oubliées dans un coin. Le formulaire d’inscription à la lettre d’information expédie toujours ses données vers l’adresse https://www.patrimonium.ch/newsletter, c’est-à-dire vers le site du gestionnaire zurichois dont la vitrine a été recopiée. Deux adresses de pages conservent même son nom dans leur chemin : la fiche produit consacrée à la foncière cotée reste servie sous /investment-solutions/patrimonium-urban-opportunity.html, et le communiqué annonçant un programme de crédit immobilier de 500 millions d’euros garde le chemin /press-release/patrimonium-and-bayview-launch-eur-500-million-commercial-real-estate-lending-platform.html alors que son titre, lui, a été réécrit au nom de Tempstone Capital.
Patrimonium Asset Management est une société de gestion suisse réelle, dont le site patrimonium.ch répondait encore normalement ce jour. Elle n’est pas en cause dans ce dossier : ce sont ses textes, ses chiffres et jusqu’à son iconographie qui ont été repris. La comparaison des deux pages d’accueil est édifiante. La phrase d’accroche, « We identify private-market opportunities where an active approach delivers sustainable returns », y est identique au caractère près. Les quatre classes d’actifs, l’organisation en fondations de placement, les mandats de tiers et jusqu’au calendrier des conférences allemandes sont reproduits à l’identique.
Un détail trahit la mécanique mieux que n’importe quel commentaire : la page « Our Company » de la copie raconte la fondation de l’entreprise en 2007 par trois entrepreneurs suisses, cite leurs fonctions et décrit les bureaux de Zurich, Lausanne et Baar. Ce récit est celui de la maison d’origine, transposé sous un autre nom sans que rien d’autre n’ait été retouché.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
📄 Photographie de la page
Voici, mise à disposition gratuitement par BrokerDefense, la page que servait tempstone-cap.com le 19 octobre 2026. On y reconnaît l’accroche « Your Partner in Private Markets », le bloc des quatre classes d’actifs et le compteur d’encours affiché en haut de page.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Un nom genevois posé sur une forme juridique introuvable au registre
La page de mentions légales de tempstone-cap.com tient en une ligne d’adresse : « Tempstone Capital Asset Management AG », place du Molard 9, 1204 Genève. Aucun numéro d’identification, aucune référence au registre du commerce, aucune indication de siège social autre que cette adresse.
Interrogé le 19 octobre 2026, le registre suisse des sociétés ne restitue qu’une seule entité sous ce nom : TEMPSTONE CAPITAL SA, inscrite à Genève, à la même adresse de la place du Molard, sous le numéro d’identification CHE-139.116.312 et le numéro de registre CH-660-2521013-8. Sa forme est celle d’une société anonyme, non d’une société anonyme de droit allemand que désigne le sigle AG employé par la vitrine. Les publications au journal officiel qui la concernent remontent à 2022 et la plus récente est datée du 14 octobre 2026.
Deux constats se superposent donc. D’abord, la forme juridique affichée par le site ne correspond à aucune fiche : le registre ne connaît pas de « Tempstone Capital Asset Management AG ». Ensuite, le domaine a été créé le 1er mai 2026, alors que l’historique de la société genevoise s’étale sur plusieurs années. Rien dans ce que publie la vitrine n’établit de lien entre les deux, et la vitrine ne produit aucun élément qui permettrait de le faire. Le nom et l’adresse d’une société inscrite servent ici de décor, sans que l’exploitant du domaine se donne les moyens d’être identifié.
Cette imprécision n’est pas un détail de forme. En droit suisse, la mention de la raison sociale et du siège engage celui qui publie ; l’absence de tout numéro d’identification sur une place où le registre est public et gratuitement consultable est un choix, pas un oubli. Le procédé rappelle notre dossier sur Montaris AG, autre vitrine suisse bâtie sur l’identité d’une société inscrite, et l’enquête menée sur Evermont Strategic Capital, cabinet recopié d’une maison existante.
Un numéro zurichois et six boîtes aux lettres au nom du domaine
La vitrine met en avant six adresses de courrier électronique, toutes construites sur son propre domaine : investor@, realestate@, privatecredit@, privateequity@, infrastructure@ et [email protected]. C’est par ces canaux que passent les demandes de souscription, les offres de biens à financer et les sollicitations de la presse.
Le téléphone, lui, ne cadre avec rien. La page de contact et le pied de page affichent le +41 44 499 13 36, un numéro de la région zurichoise, alors que l’adresse postale revendiquée se trouve à Genève. Le gestionnaire copié, lui, publie deux lignes en +41 58 787 00 00 et +41 58 787 00 01. Aucun des numéros de la maison d’origine ne figure sur la copie : le canal téléphonique a donc bien été remplacé, contrairement aux textes.
L’enregistrement du nom confirme la chronologie. Le domaine tempstone-cap.com a été déposé le 1er mai 2026, chez le bureau d’enregistrement Dynadot, pour une échéance au 1er mai 2027 ; il est en outre protégé contre un changement de prestataire, et deux serveurs de noms de Cloudflare en portent la zone. Le certificat présenté est un certificat wildcard de Let’s Encrypt, délivré le 27 août 2026 et valable jusqu’au 25 novembre 2026 : il vaut aussi pour les sous-domaines, ce qui permet de faire tourner la même infrastructure sur des adresses secondaires sans nouvelle validation. La fiche WHOIS complète sur DomainTools permet de recouper ces éléments d’enregistrement.
Nous avons par ailleurs passé en revue les six fichiers de listes noires publiés par l’Autorité des marchés financiers, dans les versions mises à jour entre décembre 2023 et octobre 2026 : aucune entrée ne porte le nom tempstone. La même recherche dans les listes noires de l’Autorité belge des services et marchés financiers ne restitue aucune ligne. Ces absences décrivent l’état de ces documents à leur date d’export ; elles ne valent pas certificat de régularité. Une évaluation publique du nom, consultée le même jour, lui donne 25 % de confiance, soit le plancher de son échelle.
Plusieurs agréments annoncés, pas un seul numéro publié
La page de présentation affirme que l’entreprise est « supervised by FINMA, the Swiss securities regulator, and by OAK BV, the Swiss pension fund regulator ». C’est la formule la plus lourde de conséquences de tout le site : elle annonce une surveillance prudentielle exercée par deux autorités.
Or aucune des pages consultées ne porte de numéro d’autorisation, de référence d’agrément ni même le nom d’une entité surveillée. La mention est d’autant plus fragile qu’elle accompagne une description des bureaux, des effectifs et des encours qui, elle, appartient à la maison copiée. Une phrase de supervision recopiée sur un site dont l’identité juridique ne correspond à aucune fiche ne vaut pas autorisation.
La distinction est importante pour qui cherche à se renseigner : le registre du commerce décrit une forme et un but statutaire, il ne délivre aucun agrément. Deux documents distincts comptent ici, la liste des établissements autorisés et le registre des avertissements, tous deux tenus par la FINMA. C’est à ces sources qu’il faut se fier, et non à la prose d’une page d’accueil. Les listes noires françaises restent également accessibles depuis le site de l’AMF.
Un site qui interdit aux moteurs de recherche de l’indexer
Le fichier robots.txt servi par tempstone-cap.com tient en deux lignes : « User-agent: * » puis « Disallow: / ». Autrement dit, l’intégralité du domaine est fermée aux robots d’indexation. Les en-têtes de réponse confirment l’intention : chaque page accompagne son contenu d’un « x-robots-tag: noindex, nofollow ». Une adresse de plan de site renvoie, elle, vers la page d’accueil.
Cette configuration est exactement l’inverse de celle d’un gestionnaire d’actifs qui cherche des clients professionnels. Une maison qui revendique 300 investisseurs institutionnels, 70 collaborateurs et 5 milliards de francs sous gestion travaille sa visibilité ; celle-ci la refuse. Le résultat pratique est qu’un investisseur qui tape le nom de l’entreprise dans un moteur de recherche ne trouvera pas la vitrine par ce chemin, et devra passer par un lien transmis directement, par courrier ou par messagerie.
Les archives publiques du web ne conservent d’ailleurs qu’une seule capture du domaine, datée du 1er octobre 2026, soit cinq mois après son dépôt : le site n’a pratiquement pas d’histoire enregistrée, ce qui achève de le distinguer d’une maison établie.
Deux scripts tiers injectés dans la page d’accueil
La page d’accueil appelle deux scripts hébergés sur des domaines qui n’ont rien à voir avec l’activité revendiquée. Le premier est chargé depuis secure.want7feed.com/js/192965.js, le second depuis secure.visionary-business-ingenuity.com/js/270175.js. Tous deux sont introduits avec un chemin relatif préfixé de deux points, une forme qui n’est pas celle d’un site correctement assemblé, et chacun est doublé d’une balise image masquée en noscript.
Les deux domaines répondent sur la même adresse, et les fichiers demandés étaient vides au moment du relevé : zéro octet. Cette combinaison de scripts tiers sans rapport avec le métier, de pixels cachés et de charges vides indique une page dont le contenu peut être modifié à distance sans intervention sur le serveur. Pour un visiteur, cela signifie que ce qu’il voit aujourd’hui ne sera pas nécessairement ce qu’il verra demain.
Le reste de la pile est banal : un frontal Cloudflare, un serveur d’origine qui s’annonce LiteSpeed, un certificat gratuit et un thème WordPress emprunté. Aucun espace client n’existe : les adresses de connexion testées renvoient toutes vers la page d’accueil. Les actualités affichées sont plus anciennes que celles de la maison copiée, et les chiffres se contredisent d’une page à l’autre, 31 décembre 2025 sur l’accueil, 31 décembre 2024 sur la page de présentation. Une copie figée à une date antérieure, voilà ce que l’on visite.
Si une souscription a été engagée sur la foi de cette vitrine, les pièces à réunir sont toujours les mêmes : la demande reçue par courrier électronique, le nom du fonds invoqué (les textes légaux de la copie citent un Swiss Real Estate Fund, un Private Equity Fund et un Middle Market Debt Fund), l’ordre de virement et le relevé qui l’atteste. Les enquêteurs réclament d’abord ces mêmes pièces ; la marche à suivre, elle, est décrite sur notre page dépôt de plainte.
Nous avons posé la question à Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont la carrière est administrée par l’ordre des avocats de Paris : que reste-t-il à une personne trompée par une vitrine d’apparence suisse ? Son intervention est filmée ci-dessous.
Ce que le registre suisse dit vraiment de tempstone-cap.com
Rien ne permet de l’affirmer. Le registre restitue une société anonyme, TEMPSTONE CAPITAL SA, à la place du Molard, tandis que la vitrine se présente comme une « Asset Management AG » et ne publie aucun numéro d’identification. Une forme juridique qui ne correspond à aucune fiche, sur un domaine déposé en mai 2026, ne constitue pas une preuve de rattachement.
Aucune référence d’agrément ne figure sur les pages consultées. La FINMA publie ses avertissements et la liste des établissements autorisés sur son propre site, et c’est cette source qu’il faut interroger. Une phrase de supervision sans numéro ni entité nommée ne prouve rien, surtout lorsqu’elle est recopiée d’une autre maison.
Tout dépend de la date et du canal. Un ordre passé par virement bancaire laisse une trace nominative : plus le signalement à la banque est précoce, plus une opposition ou un rappel de fonds a de chances d’aboutir. Les échanges avec [email protected], les confirmations de souscription et les relevés doivent être conservés intacts, car ils datent la demande et identifient l’interlocuteur.
Tempstone-cap.com n’est pas une place de marché imparfaite : c’est une copie. Son contenu appartient à un gestionnaire suisse en activité, son nom et son adresse empruntent à une société inscrite au registre de Genève, son téléphone est zurichois et ses boîtes de réception sont les seules pièces réellement neuves du dossier. Les personnes visées sont celles qui, ayant reçu un lien par courrier ou par messagerie, y ont reconnu une maison de gestion et ont engagé des démarches de souscription sur des fonds présentés comme suisses.
Avant tout nouvel échange, faites évaluer le dossier par BrokerDefense : nous confrontons l’identité affichée aux registres, le contenu aux sites d’origine et les coordonnées aux canaux officiels, puis nous vous indiquons ce qui peut encore être documenté et ce qui doit être signalé sans attendre. Cette vérification préalable vaut mieux qu’une procédure engagée sur une adresse déjà abandonnée.
Vous avez échangé avec tempstone-cap.com ?
Un courriel reçu de [email protected], une confirmation de souscription ou un ordre de virement se conservent et se datent. Ces pièces, notre équipe les relit avant qu’une action soit lancée.


