infinitemarkets.trade arnaque : « sûr et légal », sans licence

Le gendarme néerlandais a fiché la vitrine trois semaines avant notre relevé

Le 4 septembre 2026, l’Autorité des marchés financiers des Pays-Bas a publié une mise en garde nominative visant « Infinite Markets Ltd. » et le domaine infinitemarkets.trade, consultable sur le site de l’autorité. Le texte est sans détour : il invite les consommateurs à ne donner aucune suite aux propositions reçues et qualifie l’entreprise de « boilerroom » présumée, autrement dit de démarchage téléphonique tourné vers l’investissement frauduleux. L’autorité précise avoir établi que cette société ne détient ni licence auprès d’elle, ni passeport européen.

Le rapprochement avec la vitrine elle-même rend le dossier accablant. Interrogée noir sur blanc sur sa sécurité et sa légalité, la FAQ du site répond : « Is it safe and legal? Yes. » La même page invoque un « trusted platform provider ». Le 15 septembre 2026, l’avertissement a été repris sur le réseau international d’alertes des régulateurs de l’OICV, sous le numéro 56625, où le dossier figure dans la rubrique des fraudes et autres manquements, pour des produits dérivés : options, contrats à terme, options binaires, CFD, change et swaps. Le nom commercial, le domaine, l’adresse de courriel de contact et l’adresse postale revendiquée par le site y sont nommés.

Ce que décrit l’autorité n’a rien d’abstrait. Elle écrit que l’entreprise a approché des personnes sans sollicitation préalable pour leur soumettre des propositions de placement, procédé désigné par l’expression « cold calling ». Le schéma complet se lit ensuite sur le site : appel ou message non sollicité, création d’un compte, dépôt minimal affiché à dix dollars. Rien, dans les publications du régulateur néerlandais, n’indique que l’avertissement ait été levé depuis.

Dernière mise à jour : 25/09/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par infinitemarkets.trade, réalisée le 25 septembre 2026. La copie jointe montre le slogan « Trade the Markets. Bet the Movement. », la bande de compteurs revendiquant 584 700 traders, les cartes de tournois payants, ainsi que la mention d’immatriculation saint-lucienne reléguée en bas de page : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par infinitemarkets.trade le 25 septembre 2026

Parier sur une direction, et non investir dans un actif

La promesse tient en une phrase, répétée en tête de page : « Trade the Markets. Bet the Movement. » Le produit n’est pas une participation dans une entreprise, ni un placement censé produire un rendement : c’est un pari sur le sens dans lequel va bouger un cours. Les pages intérieures le confirment, l’utilisateur choisit un actif, puis « Up » ou « Down », et empoche ou perd sa mise selon le résultat.

L’habillage chiffré est soigné. La page d’accueil annonce 584 700 traders, des millions d’opérations mensuelles et un accès continu à la plateforme. Trois tournois sont proposés, dont deux payants, l’un à dix dollars l’entrée pour une cagnotte hebdomadaire annoncée de deux mille dollars, l’autre à vingt-cinq dollars l’entrée pour cinq mille dollars. Un compte de démonstration crédité de cinq cents dollars est offert à l’inscription, et le dépôt minimal pour opérer en réel est affiché à dix dollars. La mise de départ minuscule, la promesse d’un gain rapide et la mécanique de concours constituent un ensemble bien rodé pour faire franchir le premier pas.

Trois témoignages accompagnent l’ensemble, signés de clients présentés comme établis au Cap et à Johannesburg, en Afrique du Sud. Leurs propos vantent la rapidité de l’interface et la réactivité du support. Aucun n’est daté ni rattaché à un compte vérifiable, et aucun ne comporte de nom complet. Ce sont les citations attendues d’une page de vente, pas des retours d’expérience identifiables.

Le pied de page porte enfin un avertissement de risque qui mérite d’être lu jusqu’au bout. Il y est écrit que ce type d’opération peut conduire à la perte totale du capital engagé, qu’il ne convient pas à tous les investisseurs et que la société décline toute responsabilité pour les pertes subies. Autrement dit, la vitrine promet une activité « sûre et légale » en haut de page et se décharge de tout en bas.

Sainte-Lucie pour tout ancrage juridique, aucune autorisation d’exercer

Le seul ancrage juridique affiché par le site tient en deux lignes, placées au pied de chaque page : Infinite Markets Ltd., Ground Floor, The Sotheby Building, Rodney Village, Rodney Bay, Gros-Islet, Sainte-Lucie, avec un numéro de certificat d’incorporation. L’autorité néerlandaise reprend exactement cette adresse dans sa mise en garde, ce qui exclut toute confusion sur l’entité visée.

Un certificat d’incorporation atteste l’existence d’une personne morale. Il ne dit rien d’une autorisation à recevoir des fonds du public pour les placer ou les faire fructifier. Or, sur les vingt et une pages que nous avons relevées sur le domaine, y compris les conditions générales, la politique de paiement, le règlement des opérations et la déclaration de risque, pas une seule ne renvoie à une autorité de tutelle, à un numéro de licence ou à un agrément, dans quelque pays que ce soit. La question se pose donc simplement : personne, nulle part, ne supervise ce que la vitrine appelle son « activité réglementée ».

Un détail de chronologie mérite d’être signalé. Le numéro d’incorporation invoqué renvoie à une société constituée en 2026, alors que le nom de domaine a été réservé le 7 mai 2025 et que le site porte une mention de copyright datée de 2025. La structure juridique affichée est donc postérieure à l’ouverture de la boutique qu’elle est censée porter.

La liste des pays que la vitrine dit ne pas servir mérite également l’attention. Vingt-cinq États y figurent, dont l’Afghanistan, la Biélorussie, Cuba, l’Iran, la Corée du Nord, la Russie, le Yémen et le Myanmar. Aucun pays de l’Union européenne, aucun pays de l’Espace économique européen, ni le Royaume-Uni n’y apparaissent. La porte est donc laissée ouverte à des résidents d’États où les options binaires ne peuvent plus être proposées à la clientèle de détail depuis la fin des années 2010, mesure que les régulateurs nationaux ont ensuite reconduite. L’avertissement néerlandais montre d’ailleurs que l’offre a bien atteint des consommateurs européens.

Une boutique de courtage louée clé en main, deux sous-domaines pour la faire tourner

La partie visible du domaine est un site éditorial ordinaire. Il tourne sous WordPress, dans sa version 6.8, bâti sur le thème gratuit Hello Elementor complété par la version professionnelle du constructeur de pages du même nom. On y trouve le module de consentement Complianz, la balise de gestion Google, un compteur d’audience, la bibliothèque d’icônes Font Awesome, des polices hébergées chez Google, un empilement de scripts empruntés à jQuery et à GSAP, et un module de traduction. Rien, dans cet assemblage, ne coûte cher ni ne prend du temps : c’est la combinaison qu’utilisent des milliers de sites vitrines.

La salle de marché, elle, ne vit pas sur la page d’accueil. Elle est servie depuis un sous-domaine dédié, bâti comme une application d’une seule pièce dont les scripts portent des noms hachés, signe d’une chaîne de compilation industrielle. À côté, un second sous-domaine héberge des composants d’interface destinés à être intégrés ailleurs. Les flux de cotation, eux, proviennent d’un fournisseur extérieur, qui alimente aussi la géolocalisation des visiteurs. Un troisième service, logé chez un éditeur tiers, sert au suivi des apporteurs d’affaires.

Ce dernier point explique la nature exacte de l’exploitation. Le fournisseur en question se présente publiquement comme un loueur de plateformes de trading en marque blanche, vendues à des courtiers. Sa communication annonce une mise en service en deux à quatre semaines, plus de trois cents opérateurs équipés, un système intégré de gestion des apporteurs d’affaires et l’accès à des centaines de prestataires de paiement. Le catalogue comprend explicitement les options binaires. Autrement dit, la société qui exploite infinitemarkets.trade ne détient pas de technologie de marché : elle loue une boutique complète, prête à porter sa marque. C’est la raison pour laquelle rien de ce qu’elle affiche ne se rattache à une autorisation : l’activité elle-même est un produit acheté.

Ce montage en plusieurs pièces se retrouve ailleurs dans nos dossiers, sur webtrader.nuxeros.app, un portail de trading servi sans aucune vitrine, et sur pocketoption.fr.

Enregistrement et hébergement confirment cette légèreté. Le nom est déposé auprès d’un registrar américain, Amazon Registrar, Inc., enregistré jusqu’au 7 mai 2027 et déclaré actif. L’identité du titulaire est masquée derrière un service de confidentialité, seule une localisation aux États-Unis étant publiée. La résolution du domaine passe par deux serveurs de noms de l’opérateur Cloudflare, et l’adresse de la machine qui sert le site appartient à l’espace réseau d’Amazon Web Services. Le certificat chiffré en cours a été délivré le 7 septembre 2026 pour quatre-vingt-dix jours par l’autorité Let’s Encrypt, et il ne couvre que ce nom et sa forme en www. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Une clientèle visée en Afrique du Sud, une assistance joignable aux États-Unis

Les pièces internes du site racontent une autre géographie que celle du pied de page. Le seul document de gestion du consentement présenté dans le menu porte un suffixe qui désigne l’Afrique du Sud. Le compte auteur sous lequel sont publiés les trois articles du blog porte lui aussi ce suffixe, accolé au nom d’une agence de communication, la même que celle créditée en bas de page pour la conception du site. Les témoignages viennent du Cap et de Johannesburg. La vitrine, elle, s’affiche en anglais uniquement, même si un module de traduction est chargé.

Les canaux de contact ne pointent pas davantage vers les Caraïbes. La page de contact ne donne qu’un numéro présenté comme une ligne WhatsApp portant l’indicatif nord-américain, une adresse de courriel hébergée sur le domaine, et un formulaire. S’y ajoutent une chaîne de messagerie collective destinée aux partenaires et quatre comptes sur des réseaux sociaux grand public. Aucun numéro ni aucune adresse en Europe, aucun numéro saint-lucien.

Cette dispersion n’est pas un détail cosmétique. Une société qui se présente comme un courtier doit pouvoir être assignée là où elle exerce : à Sainte-Lucie pour la personne morale affichée, en Afrique du Sud pour l’équipe qui produit le site, aux États-Unis pour le numéro de contact. Aucune de ces trois portes ne correspond à une autorité qui encadrerait la réception de fonds du public. C’est précisément ce que l’autorité néerlandaise a constaté.

Ce qu’il faut conserver avant de demander un retrait

Les conditions publiées par la vitrine elle-même disent l’essentiel de ce qui attend celui qui veut récupérer son argent. La politique de paiement y rappelle que le mode de dépôt choisi devient le mode de retrait imposé, que les prestataires de paiement ne sont pas présentés comme des partenaires de la société, laquelle décline toute responsabilité en cas de non-réception des fonds. Le règlement des opérations non commerciales va plus loin : la société s’y réserve le droit d’enquêter à sa discrétion sur toute opération, de suspendre l’exécution d’un ordre de retrait, de fermer un compte et de refuser de servir un client. Une clause de ce genre, dans un contrat d’adhésion, place le retrait sous la seule appréciation de celui qui détient les fonds.

Concrètement, la première mesure est de cesser tout nouveau versement, y compris ce que le site appellerait des frais de déblocage, des frais de vérification ou une soulte fiscale, qui n’ont d’autre objet que d’ajouter de l’argent perdu à l’argent perdu. Vient ensuite la conservation des pièces. Trois séries comptent : les relevés bancaires ou les captures de portefeuille montrant les envois et le nom du bénéficiaire qui les a reçus, l’historique des opérations tel qu’il s’affiche dans la salle de marché, et l’intégralité des échanges avec l’interlocuteur qui a vendu le service, courriels, messages et appels. La date de chaque envoi et chaque coordonnée employée doivent être notées, car c’est la chronologie qui détermine la suite.

Il faut enfin ne rien jeter des pages consultées. La capture d’écran du site, faite à la date où l’on constate les faits, vaut mieux qu’un souvenir, en particulier lorsque la vitrine modifie ou retire ses mentions. Notre service d’aide examine gratuitement chaque situation.

Sur la plainte que peut porter une personne trompée, BrokerDefense détaille les pièces attendues, le rôle du ministère public et les voies d’indemnisation.

Maître Goce Novakov, dont le cabinet est établi à Paris, revient ci-dessous sur une décision rendue contre un courtier frauduleux et sur l’indemnisation obtenue par la partie civile.

Licence absente, retrait bloqué, portée d’un avertissement

Infinite Markets est-il autorisé à proposer ce service en France ?

Aucune publication consultée ne relie ce nom à une autorisation, et l’autorité néerlandaise qui l’a épinglé le 4 septembre 2026 écrit qu’il ne détient ni licence auprès d’elle, ni passeport européen. Un prestataire qui n’en dispose pas ne peut pas offrir légalement ce type de service à des résidents de l’Union européenne. La question n’est donc pas de savoir si la plateforme fonctionne techniquement, mais si quelqu’un a le droit de recueillir des fonds à cette fin.

J’ai alimenté mon compte, comment récupérer la somme versée ?

Le règlement publié par la vitrine elle-même lui réserve la faculté de suspendre un ordre de retrait, de fermer un compte et d’enquêter à sa discrétion. Dans ce type de dossier, la démarche utile ne se joue pas sur le compte mais en dehors : on rassemble les preuves des envois, on identifie le bénéficiaire qui les a encaissés, et on fait constater les faits. La déclaration de perte et les documents bancaires sont la base de toute demande ultérieure.

L’avertissement d’un régulateur étranger a-t-il un effet en France ?

Il n’interdit pas le site, mais il constitue un élément de preuve daté et nominatif. La mise en garde néerlandaise du 4 septembre 2026 nomme la société, le domaine, l’adresse revendiquée et le courriel de contact, et elle est reprise dans le registre international des alertes des autorités de marché. Ce document établit ce que la vitrine savait ou devait savoir, et il pèsera dans l’examen d’un dossier, y compris devant un juge.

La vitrine infinitemarkets.trade reste accessible et continue d’enregistrer des comptes, alors que la mise en garde du 4 septembre 2026 n’a jamais été levée et que sa FAQ promet toujours une activité « sûre et légale ». Les personnes démarchées par téléphone, qui ont ouvert un compte pour dix dollars et l’ont alimenté ensuite, se trouvent dans la situation décrite plus haut : la décision de rendre les fonds appartient, en pratique, à celui qui les détient. La fiche ScamDoc du domaine, qui lui attribue un indice de confiance de 27 %, rejoint le constat de l’autorité néerlandaise.

BrokerDefense étudie d’abord la situation de la personne qui le saisit, avant qu’aucune démarche ne soit engagée de part et d’autre.

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