La page d’accueil de eth-999.com annonce, en tête, 411 838 participants, 707 817 nœuds valides et 300 616 ETH de production cumulée. Immédiatement en dessous, la même page publie le détail des revenus encaissés par ses utilisateurs : quarante-huit adresses, dont la liste revient une seconde fois, ordre et montants compris.
La contradiction ne vient pas d’un rapport extérieur : elle se lit dans la page elle-même. Le service se présente comme une plateforme de minage de liquidité adossée à Ethereum, disponible en dix-sept langues dont le français. Nous l’avons relevé le 17 septembre 2026, le domaine répondant normalement à cette date.
Sommaire
- Un mur de chiffres démenti par la page elle-même
- Sept formules de rendement, du palier à 100 au palier à 500 000
- OpenZeppelin, Consensys, Coinbase : des logos sans contrat
- Le registre, l’hébergement et le certificat
- Conditions générales restées à l’état d’essai, jamais rédigées
- Frais de gas et retraits à 2 % : trois mises au point
- Après le versement, reconstituer la chaîne des transferts
Un mur de chiffres démenti par la page elle-même
Les quatre compteurs affichés en tête de vitrine sont fournis par l’interface que le site interroge pour se construire. Elle y annonce 411 838 participants, 707 817 nœuds valides, 300 616 ETH de production cumulée et 6 196 796 USDC versés à ses utilisateurs. Aucun de ces nombres ne s’accompagne d’une méthode de calcul, d’une période de référence ou d’une source consultable.
Le tableau qui suit est plus instructif encore. Présenté comme le flux des gains perçus, il aligne des adresses tronquées suivies de montants. Nous avons extrait la liste : quarante-huit adresses distinctes, dont chacune apparaît deux fois, dans le même ordre et avec les mêmes valeurs. La seconde série reproduit la première à l’identique. Un relevé de paiements authentiques ne se duplique pas de cette manière ; il s’agit d’un contenu figé qui défile.
L’échelle retenue pose un second problème. Un service revendiquant 707 817 nœuds valides et plus de six millions de dollars distribués serait un acteur identifié du secteur. Or le nom de domaine sur lequel il opère a été enregistré le 20 mars 2026, moins de six mois avant notre relevé. Une plateforme de cette taille ne naît pas d’un nom acheté au printemps. Le même jour, le profil de réputation consulté classait la vitrine parmi les plus mal notées, avec 1 % de confiance, comme l’indique la fiche ScamDoc de eth-999.com.
Dernière mise à jour : 17/09/2026
📄 Document
BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par eth-999.com, prise le 17 septembre 2026 : les compteurs d’activité, la grille des sept paliers de rendement et le tableau des gains y sont visibles, de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Sept formules de rendement, du palier à 100 au palier à 500 000
La mécanique repose sur sept formules indexées sur la somme engagée : 2 % pour 100, puis 2,4 % pour 1 000, 2,6 % pour 5 000, 2,8 % pour 20 000, 3 % pour 50 000, 3,2 % pour 200 000 et 4 % pour 500 000. Les taux sont annoncés par période, sans que la durée d’un cycle soit précisée nulle part sur la page. Le rendement augmente avec la mise, ce qui oriente vers les montants les plus élevés.
C’est le ressort déjà documenté dans le dossier Solchain-Capital, où l’affichage d’un pourcentage par mois avait suffi à faire entrer les dépôts, et dans celui de Goldfitrade, bâti sur des rendements promis au nom d’une marque connue du grand public.
Une des versions linguistiques de la foire aux questions va plus loin : elle décrit l’opération comme un minage de liquidité présenté comme exempt de risque et précise que la participation suppose de régler des frais de gas en ETH, le portefeuille n’étant relié qu’une seule fois. Le message est clair. Il ne s’agit pas de confier un capital à un gestionnaire, mais d’acquitter un droit d’entrée. Le tableau des dépôts confirme la suite du parcours : deux adresses de réception sont fournies, une pour l’USDT et une pour l’USDC, toutes deux sur le réseau Ethereum. La sortie est paramétrée à 2 % de frais, avec un plancher de 10 unités et un plafond de 100 000.
OpenZeppelin, Consensys, Coinbase : des logos sans contrat
La vitrine réserve deux blocs à ses cautions. Le premier, intitulé « Contract Auditors », aligne les logos d’OpenZeppelin et de Consensys, sans lien sortant, sans référence de rapport et sans date de mission. Le second, intitulé « Partners », renvoie vers les sites de Crypto.com, de Coinbase et de Cash App.
Aucune de ces sociétés n’a mandaté l’exploitant de eth-999.com, et rien au dossier ne suggère qu’elle ait eu connaissance de cette présentation. Leur notoriété sert de caution visuelle à un service qui n’existe pas. La même page affiche les logos de MetaMask, Trust Wallet, BitKeep, TokenPocket, imToken, DeBank, Defibox et gate.io : il ne s’agit pas de partenaires, mais des portefeuilles que le visiteur est invité à relier au site.
Le recours à ces marques cause un préjudice aux sociétés qui les détiennent, et celles-ci n’ont pas à être mises en cause : elles sont citées ici parce que la vitrine se réclame d’elles. C’est un point à garder en tête quand un site adossé à la technologie d’un autre se recommande des mêmes noms, dans les mêmes vignettes et sur des fonds identiques.
Le registre, l’hébergement et le certificat
Le nom eth-999.com a été enregistré le 20 mars 2026 et son échéance court jusqu’au 20 mars 2027 ; son enregistrement a été modifié le 6 juillet 2026. Il est déposé chez GoDaddy et résolu par deux serveurs Cloudflare, Fonzie et Kira. Quatre blocages sont posés sur le nom, portant sur sa suppression, son renouvellement, son transfert et sa modification : c’est la marque d’un domaine verrouillé par son dépositaire. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Signé par Google Trust Services, le certificat en service a été émis le 3 septembre 2026 et reste valable jusqu’au 2 décembre 2026 ; il couvre le domaine comme tous ses sous-domaines. Le site n’est toutefois servi que sur l’adresse principale : la variante préfixée par www ne renvoie aucune adresse réseau, ce qui est rare pour une plateforme souhaitant paraître établie.
Reste le contrôle régulateur. Le nom ne figure dans aucun des avertissements que publie l’autorité française des marchés financiers, vérification faite le 17 septembre 2026 sur l’ensemble des listes de mise en garde de l’AMF. Cette absence n’est pas une attestation de régularité : elle signifie qu’aucune autorité n’a reconnu cette entité comme habilitée à proposer des placements.
Conditions générales restées à l’état d’essai, jamais rédigées
L’examen des textes juridiques achève de situer le montage. Les conditions générales servies par le site portent un intitulé qui se traduit mot pour mot par « conditions de service à l’essai », et leur contenu n’a rien à voir avec une activité financière : c’est une note d’information sur des codes de redirection d’adresses, reprise d’un service chinois de liens abrégés et répétée sept fois d’affilée.
Les règles de parrainage ne sont pas plus abouties. Leur titre se traduit par une interjection d’essai et leur corps par une réponse de deux mots. Le document censé expliquer la rémunération des apporteurs n’a jamais été rédigé. Une plateforme qui revendique des centaines de milliers de participants et six millions de dollars distribués n’a donc pas trouvé le temps d’écrire ses propres conditions d’utilisation.
La chaîne technique porte la même empreinte industrielle. Les visuels sont servis depuis un domaine distinct dont l’adresse principale ne résout pas, et l’en-tête renvoyé par ce stockage désigne une infrastructure d’objet asiatique placée derrière Cloudflare. Le logo du site est hébergé sur un troisième nom, enregistré le 2 juillet 2026, qui s’appuie sur les deux mêmes serveurs de noms Cloudflare, Fonzie et Kira, tout en dépendant d’un dépositaire différent. Deux noms rattachés à un même compte de diffusion ne suffisent pas à établir un exploitant unique, mais ils décrivent une organisation outillée pour multiplier les vitrines. Le support, enfin, passe par un module de messagerie commercial installé sans aucune personnalisation.
Pour les personnes concernées, la question n’est pas celle de la régularité du service, mais celle des sommes déjà transférées. La plainte à déposer et les pièces qu’elle exige sont reprises sur notre site, avec ce que chaque niveau d’instruction demande.
Sur ce terrain, Maître Denitza Gueorguieva, avocate à Lyon et membre du barreau de cette ville, revient sur les recours bancaires ouverts après une escroquerie au faux investissement. L’affaire qu’elle expose n’est pas celle de eth-999.com, mais la mécanique des virements intermédiaires qu’elle décrit s’applique directement à ce dossier.
Frais de gas et retraits à 2 % : trois mises au point
Parce que c’est le seul encaissement certain du montage. Les frais de gas réels d’une transaction Ethereum se comptent en quelques unités de monnaie, payées au réseau et non au site. Exiger un règlement en ETH avant de relier un portefeuille revient à se faire payer l’entrée. Une plateforme de rendement sérieuse ne conditionne jamais l’accès à un versement préalable.
Non. Ils sont produits par la vitrine elle-même, sans méthode ni période de référence, et le tableau des gains qu’ils accompagnent duplique quarante-huit adresses, chacune reproduite deux fois à l’identique. Un décompte authentique ne se recopie pas. Ces chiffres servent à donner l’impression d’une activité déjà installée, alors que le nom de domaine a moins de six mois.
Il faut conserver l’empreinte de chaque transaction avec son montant en euros à la date de l’envoi, les échanges avec l’interlocuteur quel que soit le canal employé, les captures du tableau de bord avant qu’il ne change, et les coordonnées des deux adresses de réception publiées par la vitrine. Ces éléments servent devant la banque lorsque des fonds ont transité par elle avant l’achat de cryptoactifs, puis lors d’une plainte.
Après le versement, reconstituer la chaîne des transferts
La vitrine eth-999.com fonctionne toujours au 17 septembre 2026, et rien n’indique qu’elle s’arrêtera de son propre chef : elle est construite pour être abandonnée, comme les noms qui l’entourent. Ce sont les personnes ayant réglé des frais de gas, puis engagé des sommes en USDT ou en USDC sur l’une des deux adresses publiées, qui subiront la perte. Les plus avancées dans le parcours sont d’ailleurs celles qui ont le plus versé, puisque la grille récompense les mises élevées.
Un point de méthode pour finir : la date de chaque transfert compte autant que son montant, car elle détermine la valeur retenue et la chronologie du dossier. BrokerDefense revient sur chaque dossier avec les personnes concernées, sans frais ni engagement.


