Alphaventureslimited.org arnaque : le numéro d’une société radiée

La vitrine alphaventureslimited.org affiche, sur chacune de ses pages, une adresse au pays de Galles. C’est celle du siège d’une société britannique immatriculée en 2018 puis radiée, et c’est également son numéro d’enregistrement que la foire aux questions du site reprend comme s’il était le sien. Aucune de ces deux mentions ne désigne l’exploitant réel du service.

Le reste du montage est celui d’un programme de rendement : sept formules qui annoncent de 1,5 % à 6,3 % par jour sur une durée de quinze heures, un parrainage à 10 % et une page de connexion encore signée d’un nom qui n’apparaît nulle part ailleurs sur la vitrine. Nous avons relevé l’ensemble le 17 septembre 2026, le site répondant encore normalement à cette date.

Le numéro d’immatriculation repris appartient à une entreprise radiée

La page des questions fréquentes l’écrit sans détour : « our company registration number is #11724428 », présenté comme la preuve d’une immatriculation au registre britannique des sociétés. Ce numéro existe bel et bien. Il appartient à une entreprise immatriculée le 12 décembre 2018 sous la dénomination CADRE HOLDINGS UK LTD, dont le dossier porte aujourd’hui la mention « dissolved », autrement dit radiée. Le siège social déclaré de cette société se trouve Fair View Bungalow Hirwaun Road, à Hirwaun, au pays de Galles. Or c’est très exactement l’adresse que la vitrine exhibe en pied de page, sur l’accueil comme sur ses pages secondaires : Fair View Bungalow Hirwaun Road, Hirwaun, Aberdare, Rct, Wales, CF44 9HP.

Rien n’établit de lien entre la société ainsi désignée et le service proposé : elle a été radiée, et son effacement du registre est antérieur à l’ouverture de la vitrine. La page intitulée « Legal Information » donne d’ailleurs une toute autre adresse, Kemp House, 160 City Road, à Londres, et se présente comme installée au Royaume-Uni. Deux sièges différents, dont l’un appartient à une entreprise qui n’existe plus : la vitrine n’expose donc aucune entité qui lui soit propre, et aucun numéro qui lui ait été attribué.

L’évaluation de réputation publiée sur ce nom va dans le même sens. Elle place alphaventureslimited.org à l’extrémité basse de son barème : 1 % de confiance, et aucun visiteur n’y a encore déposé d’avis. Le rapport d’évaluation consultable ici porte bien sur cette vitrine.

Dernière mise à jour : 17/09/2026

📄 Document

BrokerDefense met gratuitement à disposition la capture de la page servie par alphaventureslimited.org, prise le 17 septembre 2026 : on y distingue la grille des sept formules de rendement, le compteur d’utilisateurs affiché en une et le formulaire d’ouverture de compte, de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la page servie par alphaventureslimited.org le 17 septembre 2026

Jusqu’à 6,3 % par jour annoncés sur une durée de quinze heures

La page d’accueil décline sept formules, du plan d’essai au plan destiné aux gros dépôts. Le premier promet 1,5 % par jour pour une mise comprise entre 100 et 999 dollars, le deuxième 2,2 % entre 1 000 et 4 999 dollars, le troisième 3 % entre 5 000 et 9 999 dollars. Suivent un plan à 3,5 % jusqu’à 49 999 dollars, un plan à 4 % jusqu’à 99 999 dollars, un plan à 5 % jusqu’à 499 999 dollars, et une formule dite VIP à 6,3 % sans plafond affiché. Chaque formule porte la même mention de durée, quinze heures, et le même bonus de parrainage de 10 %.

L’arithmétique suffit à situer la promesse. Un dépôt de 100 dollars placé sur la formule d’entrée, à 1,5 % par jour, atteindrait près de 23 000 dollars au bout d’un an si le rythme annoncé tenait sans interruption. La même mise sur la formule la plus élevée, à 6,3 % par jour, franchirait les 480 milliards de dollars sur la même période. Aucun placement réel ne produit cela : un programme qui sert de tels rendements ne les tire pas d’une activité économique, mais des versements effectués par les arrivants suivants. C’est la mécanique que nous avons décrite à propos du dossier consacré à profitingvext.com, où les taux affichés atteignaient 120 % par jour avant que la vitrine ne cesse de répondre.

Le vocabulaire employé confirme le procédé. La vitrine se présente comme un fournisseur de services d’investissement « 100 % fiable et hautement rentable », se décrit comme une société « légale » et affirme opérer « en conformité avec les règles et règlements » du domaine lui-même, ce qui ne renvoie à aucun texte identifiable. Elle promet aussi, sans jamais nommer d’autorité, que toutes les opérations et le stockage des données se déroulent à l’intérieur de son propre nom de domaine.

Les compteurs affichés face à la chronologie réelle du nom

Quatre chiffres sont mis en avant sous forme de compteurs animés : 73 169 utilisateurs actifs, 2 385 jours d’activité, 14,5 millions de dollars de retraits cumulés et 9,2 millions de dollars de dépôts cumulés. Ces valeurs ne proviennent d’aucun flux : elles sont inscrites en dur dans le code de la page, dans l’attribut qui pilote l’animation d’affichage. Elles ne bougent donc pas, et ne mesurent rien.

Deux incohérences les rendent néanmoins instructives. La première porte sur la chronologie : 2 385 jours représentent environ six ans et demi d’existence, alors que le nom de domaine a été créé le 1er avril 2026, soit un peu plus de cinq mois avant notre relevé. La seconde porte sur l’ordre de grandeur : les retraits annoncés dépassent de plus de cinq millions de dollars les dépôts annoncés. Un programme qui dit avoir versé davantage qu’il n’a encaissé décrit, sans le vouloir, un fonctionnement où les sorties sont alimentées par autre chose que ses recettes.

La page « About Us » ajoute sa propre version des origines. Elle situe la fondation de l’entreprise en 2017 et son siège au Royaume-Uni, tandis que la page d’accueil fait remonter ses racines à 2007, à l’aube du bitcoin. Elle présente enfin un dirigeant, un certain David Vincent, décrit comme un professionnel des changes devenu spécialiste des cryptoactifs après avoir rencontré des difficultés dans ses premiers échanges. Aucun de ces éléments n’est vérifiable, et aucun ne renvoie à une société déclarée.

Le registre en dit peu, mais ce peu compte. Le nom a été créé le 1er avril 2026 et son échéance tombe au 1er avril 2027. Le bureau d’enregistrement déclaré est TuringSign, une société américaine qui opère également sous le nom de Cosmotown. La résolution repose sur deux serveurs de noms hébergés par Cloudflare, et le nom est verrouillé contre la suppression, le renouvellement, le transfert et toute modification par un tiers. Ce type de verrou est courant sur un enregistrement commercial ; il empêche surtout le nom de changer de main sans intervention de son titulaire, dont l’identité reste masquée. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Son architecture reste dissimulée derrière le même prestataire, qui cumule les fonctions de résolveur, de diffuseur et de pare-feu. Le certificat présenté vaut pour le domaine comme pour tous ses sous-domaines : l’émission remonte au 28 juillet 2026, sous Let’s Encrypt, et sa validité court jusqu’au 26 octobre 2026, ce qui laisse voir un entretien suivi, sans interruption depuis l’ouverture. Derrière cette façade, le serveur annoncé est LiteSpeed et la version du langage de programmation employée, PHP 7.4, n’est plus maintenue depuis la fin de l’année 2022. Notre analyse technique y a relevé 51 technologies réparties en 17 familles : un module de messagerie instantanée pour le dialogue avec les visiteurs, un afficheur de cotations boursières, un afficheur de cours de cryptoactifs, un outil de traduction, une bibliothèque de pictogrammes et une dizaine de bibliothèques de script côté navigateur. Rien n’a été bâti sur mesure : tout s’achète chez n’importe quel prestataire pour quelques dizaines d’euros par mois. La zone porte enfin des consignes d’exclusion visant des robots d’indexation et plusieurs assistants d’intelligence artificielle, ce qui réduit la trace laissée dans les moteurs de recherche.

Une vérification, en revanche, se révèle instructive, et elle est rapide à refaire : le fichier des mises en garde publié par l’AMF ne comporte pas ce nom, pas plus qu’aucune de ses variantes. L’absence d’inscription ne signifie pas que la vitrine serait régulière : elle signifie que le régulateur français ne l’a pas encore nommée. C’est le cas le plus fréquent sur ce type de montage, et il n’est pas rassurant.

Un gabarit revendu, encore signé du nom précédent

La vitrine n’a pas été construite pour ce nom. Sa politique de confidentialité s’ouvre sur un autre intitulé, « Trust Financial Limited », qui n’apparaît nulle part ailleurs sur le site. La page consacrée à l’achat de bitcoins porte le même en-tête. Et le titre de la page de connexion, lui, affiche encore le nom d’un autre domaine, trust-financial.ltd, qui ne répond plus aujourd’hui : aucun serveur de noms ne le résout. Le site a donc été bâti sur un montage déjà utilisé, dont l’enseigne précédente n’a pas été retirée partout.

Un détail de rédaction achève de le montrer. La politique de confidentialité indique que le prestataire de paiement « (insert providers name/s here) » conserve les données de carte chiffrées pour le compte du client : la mention à compléter figure telle quelle dans le texte publié, entre parenthèses, en anglais. Le document n’a jamais été finalisé, et il est aujourd’hui servi à des visiteurs francophones comme à des visiteurs anglophones.

La structure des adresses trahit le même outillage. Toute la navigation passe par un paramètre unique en fin d’adresse : les pages de connexion, d’inscription, de mot de passe oublié, de compte, de dépôt, d’historique de dépôt, de questions fréquentes, de règles, de mentions légales et de conditions d’utilisation répondent toutes par ce même paramètre. C’est l’empreinte d’un logiciel de gestion de programmes d’investissement vendu dans le commerce, que nous avons déjà documentée à propos de traderscope-inv.net. Le procédé est partagé par des dizaines de vitrines sans lien entre elles : il indique un achat de gabarit, pas un réseau.

Ce qu’il faut conserver avant que la vitrine ne s’éteigne

Ce qui reste exploitable dépend de ce qui a été conservé. Les personnes arrivées sur alphaventureslimited.org ont ouvert un compte, choisi une formule, puis alimenté le dépôt par cryptoactif, le seul canal accepté ici : un versement en monnaie numérique ne se conteste pas auprès d’une banque et ne se rappelle pas. Trois ensembles de documents méritent donc d’être réunis sans attendre : la correspondance échangée avec l’interlocuteur, courriels, messages et appels, avec les identifiants et les adresses de portefeuille communiqués ; les preuves des transferts, avec leur empreinte de transaction, leur date et le montant converti ; et les pièces propres au service, écran d’ouverture de compte, tableau de bord et relevé des dépôts.

Un point pratique compte davantage ici qu’ailleurs. La vitrine répond aujourd’hui, mais rien ne garantit qu’elle le fera encore demain : un montage de ce genre se déplace ou s’éteint sans préavis, et le nom de domaine comme les pages peuvent disparaître avant que les démarches ne soient lancées. Une copie datée de l’accueil, de la grille des formules et des textes juridiques vaut mieux qu’un souvenir. Le déroulé d’une plainte devant le juge pénal est présenté sur notre site, avec la succession des étapes et les documents réclamés à chaque niveau.

Un dernier élément mérite d’être conservé : l’adresse de société reprise dans les pages. Elle ne désigne pas l’exploitant, mais elle documente la manière dont la vitrine s’est présentée, et c’est précisément ce qui se plaide. Sur ce point, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate dont le ressort d’exercice et le barreau relèvent de Paris, revient sur les recours ouverts aux personnes trompées. L’affaire qu’elle commente n’est pas celle d’alphaventureslimited.org, mais le raisonnement exposé vaut pour tout dossier où une identité d’emprunt a servi à obtenir des versements.

Trois réponses sur les rendements annoncés et les versements

Le numéro de société affiché suffit-il à savoir qui exploite le site ?

Non, et c’est même l’inverse dans ce dossier : le numéro repris appartient à une entreprise radiée, qui ne peut donc plus rien exploiter. Un numéro d’immatriculation se vérifie gratuitement auprès du registre du pays concerné, en quelques minutes, et le nom qui y figure doit correspondre à celui que le site revendique. Quand une vitrine n’est capable de citer qu’un numéro étranger sans rapport avec son activité, l’absence d’entité réelle est l’information utile.

Pourquoi les rendements annoncés ne peuvent-ils pas être tenus ?

Parce qu’aucun placement ne compose à 6,3 % par jour. À ce rythme, une mise de 100 dollars dépasserait 480 milliards de dollars en un an : la somme n’existe pas dans l’économie réelle, et elle ne peut donc être produite par aucune activité. Les intérêts versés aux premiers arrivants proviennent des dépôts des suivants, jusqu’à ce que le flux s’arrête. C’est pourquoi ces programmes affichent des taux par jour ou par heure, et jamais une performance annuelle vérifiable.

Que faire si des fonds ont déjà été versés depuis cette vitrine ?

Rassembler d’abord les preuves des transferts en cryptoactif, avec l’empreinte de chaque transaction et son montant converti en euros à la date du versement, puis les échanges avec l’interlocuteur, et enfin les documents remis à l’ouverture du compte et les relevés du tableau de bord. Ces pièces servent à la fois à la banque, lorsque les fonds ont transité par elle avant l’achat de cryptoactifs, et à un dépôt de plainte. Plus tôt elles sont réunies, plus il reste de chances qu’elles soient complètes.

Reprendre le dossier à partir des versements effectués

Un nom de domaine enregistré en avril 2026, un numéro de société radiée repris en bas de page, un gabarit commercial encore signé d’une enseigne antérieure et sept formules de rendement : le montage d’alphaventureslimited.org se lit d’abord comme une affaire de façade. La vitrine ne cache pas les chiffres de son activité, elle les écrit dans son propre code ; elle ne dissimule pas son programme, elle l’expose par tranches de 1,5 % à 6,3 % ; elle ne prétend même pas détenir une autorisation, elle se contente d’emprunter un numéro et une adresse. Pour les personnes qui ont ouvert un compte et alimenté un dépôt, il demeure des traces de versement, des conversations et des copies d’écran, et c’est là que réside le principal.

BrokerDefense revient sur chaque dossier avec les personnes concernées, sans frais ni engagement.

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