Le nom de domaine magellan-livret.com a été inscrit le 07/10/2024 sur la liste noire de l’AMF avec la qualification « Usurpation » : les opérateurs de cette vitrine avaient emprunté l’identité de Colomb Conseil, une entreprise réelle de conseil en placement, pour commercialiser un faux livret d’épargne promettant jusqu’à 6 % nets par an. Depuis lors, le domaine a été totalement effacé du registre .com, ne laissant aucune fiche d’enregistrement consultable.
La vitrine avait été mise en ligne début septembre 2024. L’AMF a réagi rapidement, puisque l’inscription sur la liste noire est intervenue environ un mois après l’apparition du site. Malgré cela, les archives publiques attestent que la plateforme est restée active jusqu’à au moins avril 2025, soit plusieurs mois après le signalement officiel du régulateur.
Cet article documente l’ensemble des éléments vérifiés par nos soins : le contenu de la vitrine frauduleuse, le mécanisme d’usurpation d’identité, le dispositif de collecte de données personnelles et financières, ainsi que les recours disponibles pour les personnes qui ont versé des fonds à ce faux livret.
Sommaire
- Un nom inscrit sur la liste noire de l’AMF, puis effacé du registre .com
- Un enregistrement qui ne laisse aucune trace dans le registre .com
- Le faux « Livret Magellan+ » : 6 % nets, exonéré d’impôt, sans frais
- Un formulaire calibré sur le montant de votre épargne
- L’identité de Colomb Conseil détournée pour crédibiliser la fausse offre
- Les recours des personnes qui ont versé des fonds à ce faux livret
- FAQ : que faire si vous avez investi dans le faux Livret Magellan+ ?
Un nom inscrit sur la liste noire de l’AMF, puis effacé du registre .com
La vitrine magellan-livret.com a été détectée pour la première fois dans les archives publiques le 04/09/2024, sous la forme d’une page minimale. Elle a rapidement évolué vers une présentation complète, visible dans la capture du 25/11/2024. L’AMF a inscrit le domaine sur sa liste noire le 07/10/2024, soit environ un mois après la mise en ligne initiale, en retenant la qualification « Usurpation ». Cette inscription est consultable via le portail ABE Infoservice, qui centralise les listes noires de l’AMF et de l’ACPR.
L’inscription au registre des sites non autorisés n’a pas suffi à interrompre immédiatement l’activité de la plateforme. Les captures de la Wayback Machine se poursuivent de façon régulière jusqu’au 17/04/2025, date de la dernière archive disponible. Le site a donc fonctionné pendant au moins sept mois après son apparition, et plusieurs mois après la mise en garde officielle du régulateur français.
Nos vérifications conduites le 29/08/2026 établissent que le domaine a depuis lors disparu de façon définitive. Le nom magellan-livret.com ne résout plus (le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine, ni sur le domaine nu ni sur www), la base du registre Verisign renvoie une erreur 404 sans aucune fiche d’enregistrement, et aucun certificat SSL n’apparaît dans les journaux de transparence consultés via crt.sh. Le domaine n’existe plus : il a été totalement effacé du registre .com, ce qui constitue une situation plus radicale qu’une simple expiration ou suspension.
Pour vérifier l’état d’autorisation d’un produit d’épargne ou d’un acteur financier, consultez l’espace épargnants de l’AMF.
Dernière mise à jour : 29/08/2026
Un enregistrement qui ne laisse aucune trace dans le registre .com
L’interrogation directe de la base du registre Verisign, autorité responsable de la gestion du domaine de premier niveau .com, retourne une erreur 404 pour magellan-livret.com : aucune fiche d’enregistrement n’est associée à ce nom. Cette situation diffère d’un simple domaine expiré ou suspendu, pour lesquels une fiche reste généralement visible avec un statut particulier. Ici, la suppression est totale.
La résolution DNS confirme ce constat : toute requête vers magellan-livret.com ou www.magellan-livret.com aboutit à une réponse négative du système de noms de domaine, signifiant que le nom n’existe plus. Aucun serveur ne répond, aucune redirection n’est active. Par ailleurs, notre analyse des journaux de transparence des certificats SSL via crt.sh ne révèle aucun certificat émis pour ce domaine, ce qui indique que la vitrine n’a jamais bénéficié d’une infrastructure HTTPS formellement tracée dans ces registres publics, ou que les entrées ont été purgées.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Le faux « Livret Magellan+ » : 6 % nets, exonéré d’impôt, sans frais
La vitrine du faux livret reposait sur un argumentaire soigneusement construit pour rassurer les épargnants. Les promesses affichées cumulaient tous les attributs d’un produit idéal : « Rendements jusqu’à 6 % nets », « Revenus complémentaires assurés », « Livret exonéré d’impôt », « Accédez à votre épargne à tout moment », « Sans frais d’ouverture ou de clôture », et « Taux attractif et sécurisé ». Le produit était présenté sous le nom « Livret Magellan+ », avec une « étude offerte » pour inciter à la prise de contact.
L’argumentaire commercial jouait sur la déception supposée des épargnants vis-à-vis des placements traditionnels : « Les divers placements en banque ne rapportent plus, la bourse est bien trop imprévisible, le bas de laine trop risqué… ». Face à ce tableau, la vitrine proposait des « solutions d’investissements alternatifs, pouvant s’avérer extrêmement rentables supérieur à 6 % de rentabilité par an ». Ce discours est un classique des arnaques financières : discréditer les produits légaux pour orienter la victime vers une offre fictive.
Le caractère irréaliste de ces promesses est immédiat à établir. Le Livret A, produit réglementé par l’État français, est plafonné à un taux fixé par les pouvoirs publics, bien en deçà de 6 %. Aucun livret réglementé ne peut légalement offrir un tel rendement garanti. Par ailleurs, la vitrine ne mentionnait aucune autorisation d’établissement financier, aucun numéro d’agrément, aucune référence à un statut réglementé. L’absence totale de ces éléments, combinée à des promesses de rendement élevé, constitue un signal d’alerte immédiat.
La qualification retenue par l’AMF, « Usurpation », confirme que ce produit n’avait aucune existence légale et que ses opérateurs agissaient en dehors de tout cadre autorisé.
Un formulaire calibré sur le montant de votre épargne
Le dispositif de collecte mis en place sur la vitrine était particulièrement élaboré. Un formulaire demandait aux visiteurs de renseigner leur prénom et nom, leur adresse e-mail, leur numéro de téléphone, le montant qu’ils envisageaient d’investir, ainsi que la raison de leur démarche d’épargne. Le bouton de validation était libellé « Vérifier mon éligibilité », formulation destinée à créer un sentiment de sélection et d’exclusivité.
Les tranches de montant proposées dans le formulaire sont révélatrices de la cible visée : 10 000-20 000 €, 20 000-50 000 €, 50 000-100 000 €, 100 000-300 000 €, et 300 000-500 000 €. Aucune tranche inférieure à 10 000 € n’était proposée. Ce calibrage indique que les opérateurs cherchaient à identifier des épargnants disposant de capitaux significatifs, afin d’orienter ensuite le discours téléphonique en fonction du montant déclaré.
Une fois le formulaire soumis, le scénario classique de ce type d’arnaque prévoyait un rappel téléphonique par de prétendus « conseillers », chargés de convaincre la victime de virer ses fonds vers le faux livret. Pour asseoir la crédibilité de la démarche, la vitrine affichait des chiffres d’auto-promotion : « 20 ans d’expérience », « 5148 Consultations effectuées », « 2,5 Millions d’actifs confiés », et « Un expert financier proche de chez vous ».
Un détail trahit le caractère bâclé de la production : une coquille « Magallan Conseil » apparaissait dans le texte de la page, aux côtés du nom officiel « Colomb Conseil ». Ce type d’erreur, caractéristique d’un contenu produit rapidement et sans relecture sérieuse, contraste avec les prétentions affichées de professionnalisme et d’expérience.
L’identité de Colomb Conseil détournée pour crédibiliser la fausse offre
La qualification « Usurpation » retenue par l’AMF renvoie à une technique bien documentée dans les arnaques financières en ligne : emprunter le nom d’une entreprise réelle et légitime pour donner une apparence de sérieux à une offre fictive. Dans le cas de magellan-livret.com, c’est l’identité de Colomb Conseil, une entreprise réelle de conseil en placement, qui a été détournée. Le pied de page de la vitrine affichait « © 2024 Colomb Conseil », et l’ensemble de la présentation laissait entendre que le produit émanait de cette société.
Colomb Conseil n’a aucun lien avec le « Livret Magellan+ » ni avec les opérateurs de la vitrine frauduleuse. L’entreprise a été utilisée à son insu pour crédibiliser une offre qu’elle n’a jamais commercialisée. Cette technique expose les victimes à un double préjudice : elles croient traiter avec un acteur connu, et l’entreprise usurpée subit une atteinte à sa réputation sans avoir commis la moindre faute.
Ce mécanisme d’usurpation d’identité n’est pas isolé. Nous avons documenté une autre fausse offre de livret d’épargne construite sur le même modèle, lp-harmonie, qui exploitait également des promesses de rendement attractif pour capter l’épargne de particuliers. De même, le dossier credit-financea.com illustre comment un faux courtier avait emprunté l’identité d’une société existante pour tromper ses victimes. Dans les deux cas, comme pour magellan-livret.com, l’usurpation d’une identité réelle constituait le principal levier de crédibilité de l’arnaque.
Face à ce type de montage, la vérification directe auprès de l’entreprise supposément émettrice du produit, ainsi que la consultation des listes noires du régulateur, restent les seuls moyens fiables de détecter la fraude avant tout versement.
Les recours des personnes qui ont versé des fonds à ce faux livret
Si vous avez souscrit au « Livret Magellan+ » via le formulaire de la vitrine magellan-livret.com et effectué un virement depuis votre compte bancaire, plusieurs démarches sont à engager sans délai.
La première étape consiste à rassembler l’ensemble des preuves disponibles : relevés de compte attestant du ou des virements effectués vers ce faux livret, échanges par e-mail avec les prétendus conseillers qui vous ont contacté par téléphone après votre inscription sur le formulaire, captures d’écran de la vitrine ou de tout document transmis par les opérateurs. Ces éléments constituent la base de tout dossier pénal ou civil.
Contactez ensuite votre banque pour signaler les virements effectués vers ce faux livret. Selon les circonstances et les délais, certaines procédures de contestation ou de rappel de fonds peuvent être envisagées, même si leur succès dépend de nombreux facteurs. Votre conseiller bancaire peut également vous orienter vers les services compétents.
Le dépôt de plainte est une étape indispensable. Il peut être effectué auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche, ou directement auprès du procureur de la République. La page Le pénal / Porter plainte de BrokerDefense détaille les modalités pratiques de cette démarche, les éléments à joindre au dossier, et les voies de recours disponibles pour les victimes d’arnaques financières en ligne.
Signalez également les faits à l’AMF via son espace épargnants, et au portail ABE Infoservice, qui centralise les listes noires de l’AMF et de l’ACPR. Ces signalements contribuent à alerter d’autres épargnants et à alimenter les enquêtes des autorités compétentes.
Pour connaître les recours possibles après un faux investissement, Me Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris et partenaire de BrokerDefense, explique dans la vidéo ci-dessous les voies d’action : procédure pénale, dépôt de plainte et poursuite des responsables. Retrouvez sa présentation sur sa page dédiée sur le site de BrokerDefense.
FAQ : que faire si vous avez investi dans le faux Livret Magellan+ ?
Non. Depuis 2026, le nom de domaine ne résout plus (le nom n’existe plus dans le système de noms de domaine) et ne figure plus dans la base du registre Verisign : il a été totalement effacé du registre .com. La vitrine du faux Livret Magellan+ n’est plus consultable, seules les captures d’archives en conservent la trace.
Conservez toutes les preuves (relevés de virement, e-mails, captures du formulaire de la vitrine), déposez plainte et signalez les faits. La page Le pénal / Porter plainte de BrokerDefense détaille les démarches et les recours possibles.
Consultez les listes noires publiées par l’AMF et l’ACPR, notamment via le portail ABE Infoservice, et l’espace épargnants de l’AMF. Un rendement garanti de 6 % par an sur un livret est un signal d’alerte majeur.
Le cas magellan-livret.com illustre avec précision la trajectoire d’une arnaque financière en ligne menée jusqu’à son terme : une vitrine montée en quelques semaines sous une identité usurpée, des promesses de rendement à 6 % nets sur un livret fictif, un formulaire conçu pour identifier les épargnants les plus exposés, et une disparition totale du domaine une fois les fonds collectés. Les personnes qui ont versé de l’épargne dans ce faux livret se retrouvent face à une plateforme qui n’existe plus, un domaine effacé du registre .com, et des interlocuteurs injoignables. Le double signal laissé par cette affaire, l’inscription sur la liste noire de l’AMF dès octobre 2024 puis l’effacement complet du registre en 2026, rappelle que la vérification préalable de tout acteur financier auprès des autorités de régulation constitue la seule protection efficace avant tout versement. Avant de confier la moindre somme à un produit d’épargne présenté en ligne, vérifiez son existence sur les listes officielles, contrôlez l’identité réelle de l’émetteur, et méfiez-vous de tout rendement garanti supérieur aux taux réglementés en vigueur.
Article réécrit le 29/08/2026


