En octobre 2023, BrokerDefense documentait SisenseApp, une fausse plateforme d’achat-revente qui détournait le nom de la société d’analyse de données Sisense et exigeait un identifiant et un mot de passe avant la moindre présentation de son offre.
Dernière mise à jour : 30/08/2026
Sommaire
- SisenseApp : une fausse plateforme d’achat-revente
- Le nom d’une société d’analyse de données détourné
- Un site à accès restreint et une page juridique vide
- De la proposition polie aux injures : le déroulé de la pression
- Après avoir versé des fonds : conserver les preuves et agir
- FAQ : SisenseApp est-il une arnaque ?
SisenseApp : une fausse plateforme d’achat-revente
Le schéma proposé par SisenseApp reposait sur une mécanique simple à présenter, mais entièrement frauduleuse : des interlocuteurs présentés comme des conseillers contactaient des particuliers et leur proposaient de participer à des opérations d’achat-revente de produits via une plateforme en ligne. Les gains annoncés étaient réguliers, les explications rassurantes, le ton professionnel. Rien dans cette première approche ne signalait le piège.
Derrière cette vitrine, aucun service d’achat-revente n’existait. La plateforme ne faisait qu’enregistrer des dépôts, afficher des chiffres fictifs et préparer le terrain pour réclamer toujours plus. Les fonds versés partaient immédiatement en cryptomonnaies vers un compte de collecte, hors d’atteinte des victimes. Le modèle est celui d’une arnaque à l’achat-revente classique, adaptée au canal numérique et aux paiements en crypto pour compliquer tout recours immédiat.
Ce type d’arnaque mise sur la durée : tant que la victime croit à la réalité de l’offre, elle verse, puis verse encore. Le moment où les doutes surgissent coïncide presque toujours avec le moment où les escrocs durcissent le ton.
Le nom d’une société d’analyse de données détourné
Le choix du nom « SisenseApp » n’était pas anodin. Sisense est une entreprise réelle, spécialisée dans l’analyse de données et les plateformes d’analytics, dont le site officiel est sisense.com. En reprenant ce nom avec l’ajout du suffixe « App », les opérateurs de la fraude cherchaient à capter la crédibilité associée à une marque connue dans le secteur technologique. Toute recherche rapide sur le nom pouvait conduire l’internaute vers des résultats concernant la société légitime, créant une confusion favorable aux escrocs.
La société Sisense n’entretient aucun lien avec cette offre d’achat-revente, n’a jamais développé de service de ce type et est elle-même victime de cette usurpation de marque. C’est un procédé fréquent : détourner la notoriété d’un acteur établi pour habiller une fraude d’un vernis de légitimité.
Comme e-fin.cc, dont nous avions décrit le minimalisme trompeur, SisenseApp jouait sur la sobriété pour inspirer confiance. Pas d’images, des aplats de couleurs reprenant la palette du logo, un rendu austère censé évoquer le sérieux d’un outil professionnel : la forme elle-même était un argument de vente, au même titre que le nom emprunté.
Les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF sont consultables sur cette page.
Pour les victimes de faux investissements, Me Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, revient dans la vidéo ci-dessous sur les jugements d’escroquerie, les décisions de cour d’appel et de cassation, et la condamnation des banques étrangères ayant reçu des fonds en France. Sa page de présentation est accessible ici.
Un site à accès restreint et une page juridique vide
L’une des caractéristiques les plus révélatrices de SisenseApp était sa barrière d’entrée : avant d’accéder à la moindre présentation de l’offre, le visiteur se heurtait à une invite demandant un identifiant et un mot de passe. Ce dispositif n’est pas une mesure de sécurité au service des utilisateurs, c’est un filtre destiné à contrôler qui peut voir le contenu, à empêcher toute documentation par des tiers et à donner à la victime le sentiment d’être sélectionnée, voire privilégiée.
Le procédé de l’accès restreint n’est pas nouveau : nous l’avions déjà détaillé avec elst.cc, une autre vitrine qui se cachait derrière une barrière d’accès. Dans les deux cas, le mécanisme remplit la même fonction : réduire l’exposition publique du site et concentrer l’accès sur des cibles déjà engagées dans le processus de manipulation.
La page juridique du site constituait un second signal d’alerte majeur. Elle existait, ce qui pouvait donner l’impression d’un cadre légal respecté, mais elle était entièrement vide : un titre, aucun contenu. Aucune mention légale, aucune politique de confidentialité, aucune information sur l’entité responsable de la plateforme. Une page juridique vide n’est pas une formalité oubliée : c’est la marque d’un opérateur qui sait pertinemment qu’il ne peut pas signer son nom sur ce qu’il propose.
Enfin, aucune archive du site n’a été retrouvée. La vitrine a disparu sans laisser de traces accessibles, ce qui est cohérent avec la logique de ces opérations : disparaître vite, renaître ailleurs sous un autre nom.
De la proposition polie aux injures : le déroulé de la pression
Les victimes de SisenseApp ont décrit un processus en deux temps très nets. Dans un premier temps, les interlocuteurs se montrent affables, pédagogues, disponibles. Ils expliquent le fonctionnement de la plateforme, répondent aux questions, accompagnent les premiers versements. Le registre est celui du conseil, de la bienveillance professionnelle. Cette phase dure le temps nécessaire pour que la victime s’engage financièrement et intègre la relation comme normale.
Le tournant intervient lorsque la victime atteint un palier ou manifeste une hésitation. C’est à ce moment que les demandes changent de nature : passage vers des plans de financement supérieurs, pressions pour des versements complémentaires présentés comme indispensables pour débloquer les gains accumulés, délais artificiels invoqués pour justifier l’urgence. La rhétorique de l’opportunité à ne pas manquer prend le relais de la pédagogie initiale.
Lorsque la victime résiste ou remet en cause le fonctionnement de la plateforme, le ton peut basculer vers la brutalité verbale : injures, menaces implicites, accusations. Ce basculement, documenté dans les témoignages recueillis, est lui-même caractéristique : il révèle que le vernis du professionnalisme ne tenait qu’à la coopération de la cible. Dès que cette coopération est compromise, le masque tombe.
Après avoir versé des fonds : conserver les preuves et agir
Les victimes de SisenseApp qui ont effectué des versements se trouvent dans une situation qui appelle une réaction méthodique. Les fonds ont transité en cryptomonnaies, principalement en USDT, BTC et ETH, vers un compte de collecte contrôlé par les opérateurs de la fraude. Ces flux ne sont pas invisibles : la blockchain enregistre chaque transaction, et une expertise de traçage permet de reconstituer le schéma des opérations, d’identifier les adresses de destination et de documenter les mouvements de fonds à des fins judiciaires.
La première étape est la conservation systématique de toutes les preuves disponibles : captures d’écran des interfaces de la plateforme (y compris l’écran de connexion à accès restreint), historique des échanges avec les interlocuteurs par messagerie ou par téléphone, confirmations des transactions en cryptomonnaies, relevés de tout virement bancaire ayant précédé l’achat de cryptos. Ces éléments constituent la matière première d’un dossier de plainte et d’une éventuelle action civile.
Pour connaître les démarches de plainte, consultez notre page Le pénal / Porter plainte.
Les victimes de SisenseApp ne sont pas dans une situation sans issue. Les outils juridiques existent, les juridictions compétentes en matière d’escroquerie financière traitent des dossiers similaires, et le traçage des cryptomonnaies offre des pistes concrètes. L’essentiel est d’agir avant que le temps n’efface les traces numériques disponibles et de ne pas rester isolé face à une organisation qui, elle, a agi de manière coordonnée.
FAQ : SisenseApp est-il une arnaque ?
Non. SisenseApp était une fausse plateforme d’achat-revente : les fonds versés par les victimes partaient en cryptomonnaies vers un compte de collecte, sans aucun service d’achat-revente réel derrière.
Les paiements étaient exigés en cryptomonnaies, principalement en USDT, BTC et ETH, vers un compte de collecte. Ces flux restent traçables grâce à l’analyse de la blockchain.
Conservez toutes les preuves : captures d’écran, échanges de messages, reçus de virements et de transactions en cryptomonnaies. Contactez ensuite un service spécialisé dans l’aide aux victimes d’arnaque financière.
Article réécrit le 30/08/2026


