Rentecto arnaque : une IA restée au nom d’une autre vitrine

Le fichier de mesure que charge rentecto-france.top contient, en clair, deux nombres et une adresse : 3071, 202, et sf-seo.sbs. Ce sont les repères d’un chantier de fabrication de vitrines, que nous avons décrit le 18 septembre 2026 à propos d’aimex-trade.sbs, où les mêmes champs portaient 862 et 103. La page qui promet aujourd’hui un moteur d’intelligence artificielle aux particuliers est donc, dans son propre code, la fiche numéro 3071 de cet atelier, sur son modèle 202.

Les sept pages que nos outils ont visitées ne nomment aucune société, aucun agrément, aucun responsable identifiable. Le seul document un peu juridique du site est une clause de non-responsabilité qui le qualifie d’« advertorial » et précise qu’il n’est « ni un courtier, ni une banque, ni un conseiller en investissement ». Notre relevé date du 3 novembre 2026, et la fiche publique de confiance du domaine affichait alors 25 %.

Le fichier de mesure de la page désigne le chantier numéro 3071

La page d’accueil charge un fichier de 6 537 octets, app-7b0e6115.js, dont le rôle annoncé est de compter les visites. Il ne se contente pas de cela. Son en-tête de configuration porte trois valeurs écrites en clair : un identifiant de site, 3071 ; un identifiant de modèle, 202 ; et l’adresse du service qui reçoit les événements, https://sf-seo.sbs/api/track/event. S’y ajoutent un jeton, une graine de variante et un préfixe de cookie, sf_a_, propre à cette installation. Le script envoie chaque événement à cette adresse distante, et conserve dans la base locale du navigateur les envois restés en attente pour les rejouer à la visite suivante.

Ce nom, sf-seo.sbs, n’apparaît nulle part dans les pages du site, ni dans ses mentions, ni dans son pied de page. Ouvert le 9 mars 2026 chez NameSilo, derrière les serveurs de noms de Cloudflare, il sert aujourd’hui encore une interface d’administration intitulée « Site Factory », dont la page d’accueil est déclarée en langue russe. Sa route de collecte répond 401 quand on l’interroge sans jeton. Nous avions décrit ce panneau le 18 septembre 2026, à propos d’une vitrine de trading dont le fichier d’analyse portait, lui, le numéro 862 et le modèle 103 : Aimex Trade arnaque : le 862e site d’une usine à vitrines.

Les deux compteurs ont avancé depuis. Le numéro de site est passé de 862 à 3071, le modèle de 103 à 202. Ces chiffres ne prouvent pas une identité juridique commune entre les deux vitrines, et nous ne l’affirmons pas. Ils décrivent autre chose, de plus gênant pour la personne qui remplit le formulaire : un outillage industriel, numéroté, dont les versions successives se remplacent à un rythme soutenu, et dont chaque exemplaire est mis en ligne pour quelques semaines avant d’être abandonné.

Dernière mise à jour : 3 novembre 2026

📄 Pièce conservée

La capture gardée par BrokerDefense fige l’accueil dans l’état où il se trouvait à notre passage : le compte à rebours « Accès VIP » en haut de page, le formulaire à quatre champs avec son bouton d’inscription, puis la rangée des trois étapes où le dépôt de 250 dollars occupe la deuxième position. Ces trois éléments situent l’écran qu’avait sous les yeux la personne sollicitée au moment où elle a donné son nom et son téléphone.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la page d'accueil de rentecto-france.top le 3 novembre 2026

À la troisième étape, l’intelligence artificielle s’appelle encore Trustenix

La page décrit un parcours d’inscription en trois temps. Le premier demande un formulaire, le deuxième un dépôt de 250 dollars pour activer le moteur, et le troisième s’intitule « Laissez le système trader ». C’est dans ce troisième paragraphe qu’apparaît la phrase suivante, telle quelle : « Dès que les fonds sont disponibles, l’IA Trustenix commence à analyser les marchés 24h/24 et 7j/7 ». Partout ailleurs, l’enseigne est nommée Rentecto, cinquante-deux fois sur la même page.

Trustenix n’est pas un mot inventé pour l’occasion. C’est le nom d’une vitrine dont le registre a retiré le domaine de sa zone au matin du 2 novembre, à 5 h 11 UTC, comme nous l’avons raconté dans TrustenixAI arnaque : le registre a coupé le nom le 2 novembre. Autrement dit, la page étudiée ici porte encore le nom d’une enseigne dont l’accès a été fermé la veille de notre relevé. C’est la trace la plus directe de la manière dont ces sites sont produits : une page est recopiée, puis rebaptisée, et la substitution laisse des restes.

D’autres restes vont dans le même sens, y compris visibles par un simple lecteur. Une des quatre promesses de la page est titrée « Aucune Devination », là où le mot attendu était sans doute « Divination ». Les adresses des images renvoient à des dossiers datés de juin et juillet 2025, alors que le nom de domaine n’existait pas. La feuille de style du thème WordPress, elle, ne contient que trente-deux octets, un commentaire qui déclare le thème « Builder theme » sans une seule règle de style : tout l’habillage vient d’un unique fichier styles.css écrit pour l’occasion.

Le fichier robots.txt achève de décrire un montage plutôt qu’une entreprise. Il interdit l’exploration de trois chemins : /api/, /cdn-cgi/ et /thankyou.php. Le premier est celui que le formulaire est censé alimenter. Interrogé directement, il ne renvoie pas un service de gestion de contacts mais une page en russe, titrée « Recherche sur Google et Yandex », avec deux boutons de recherche. Le dossier qui doit recevoir les coordonnées des visiteurs affiche donc un leurre sans rapport, dans une langue que rien sur le site ne prépare.

Une maison fondée en 2021, un nom créé le 7 octobre à 9 h 41

La page « À propos » raconte une histoire d’entreprise. Un moteur lancé en 2021, dix mille utilisateurs actifs en 2022, une certification ISO 27001 obtenue en 2023 avec authentification à deux facteurs obligatoire, des matières premières et des obligations ajoutées en 2024, quinze millions de points de données traités chaque seconde depuis 2025. Sept pages plus loin, la clause de non-responsabilité porte la mention « Dernière mise à jour : 27 janvier 2026 ».

Le registre public dit autre chose. Le nom rentecto-france.top a été créé le 7 octobre 2026 à 9 h 41 UTC, pour une durée d’un an, jusqu’au 7 octobre 2027. Le bureau d’enregistrement est Spaceship, Inc. La fiche porte un verrou de transfert, et le seul élément publié sur le titulaire est un État, le Delaware : aucun nom, aucune structure. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Deux horodatages rendent la chronologie encore plus étroite. Le certificat de chiffrement présenté par le site a été délivré le 7 octobre 2026 à 8 h 48 UTC, soit cinquante-trois minutes avant l’enregistrement du nom qu’il protège. Il s’agit d’un certificat à joker : l’autorité émettrice est Let’s Encrypt (YE1), l’échéance tombe le 5 janvier 2027, et le document couvre le domaine comme tous ses sous-domaines. La page, elle, porte un en-tête de dernière modification daté du même jour à 9 h 43 UTC, quatre-vingt-onze secondes après la création du nom. Un service de sauvegarde publique en a gardé une copie à 12 h 03. Une maison qui revendique cinq ans d’activité a donc mis en ligne sa vitrine complète dans la minute qui a suivi l’achat de son adresse.

Le tableau de bord promis n’a aucune adresse où s’ouvrir

Tout le discours commercial repose sur un espace personnel. La page décrit un tableau de bord « conçu pour ressembler davantage à une interface bancaire en ligne qu’à un terminal de trading », une authentification à deux facteurs obligatoire dès la première connexion et pour chaque demande de retrait, un journal d’activité exportable, un basculement possible entre mode assisté et mode manuel. La page « À propos » ajoute un tableau de bord mobile introduit en 2022.

Nous avons cherché cet espace. Les adresses /login, /register, /dashboard, /app, /portal et /admin rendent toutes une page d’erreur, de même que /wp-json/ et le plan de site. Le site ne compte que sept pages fixes : accueil, à propos, contact, politique de confidentialité, conditions générales, clause de non-responsabilité et signalement d’abus. Aucune ne demande de mot de passe ni n’ouvre un compte. Le tableau de bord, les retraits, le journal exportable et l’authentification à deux facteurs n’existent donc que sous forme de texte, dans des paragraphes qui décrivent une application que le visiteur ne peut pas ouvrir.

Reste un seul élément réellement interactif : le formulaire. Il est piloté par un fichier de 90 kilo-octets, script.js, qui se présente en tête comme un kit de collecte de prospects en version 3.0.0. Sa configuration mérite d’être lue. Le pays de repli du sélecteur téléphonique y est la Turquie, avec un exemple de numéro turc, « 0501 234 56 78 », affiché tant que la bibliothèque n’a pas chargé. Le pays du visiteur est reconstitué par trois services externes successifs. Un champ piège, contact_website, est réservé aux robots. Et surtout, le bloc background est activé : le script envoie les formulaires « remplis mais non soumis » au moment où la page se ferme, en excluant seulement les champs de mot de passe, de jeton et de captcha. Autrement dit, un nom et un téléphone saisis par une personne qui renonce, puis quitte la page, partent quand même.

Le kit porte enfin un aveu de mise en service précipitée. Sa configuration contient l’option debug à true, accompagnée du commentaire laissé par son auteur : « SET BACK TO false BEFORE DEPLOY ». La vitrine est en ligne avec les journaux de débogage allumés. La page de remerciement, /thankyou.php, sert pour sa part un fichier de 228 kilo-octets qui n’affiche qu’un mot, « Loading ».

Le siège annoncé à Paris ne renvoie à aucun registre

Les sept pages se terminent par la même ligne : « Rentecto, 91 Rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris, France », avec un courriel unique, [email protected], hébergé sur le domaine lui-même. Nous avons relu chaque page à la recherche d’un numéro d’immatriculation, d’un RCS, d’un SIREN, d’un SIRET ou d’un numéro de TVA intracommunautaire. Il n’y en a aucun. Une activité commerciale établie en France à cette adresse devrait pouvoir produire ce numéro ; ici, l’adresse joue le rôle de l’immatriculation, et le courriel celui de l’interlocuteur.

La clause de non-responsabilité contredit d’ailleurs l’essentiel de ce que vend la page. On y lit que le site « n’est ni un courtier, ni une banque, ni un conseiller en investissement », qu’il est « de nature publicitaire (advertorial) », et que son éditeur peut percevoir « une rémunération de la part des partenaires vers lesquels les utilisateurs sont orientés ». Le même document ajoute que les chiffres et les témoignages sont fournis « à titre d’illustration ». La promesse d’un moteur d’analyse, d’un tableau de bord et d’un contrôle total est donc publiée par un document qui déclare, en petits caractères, ne pas être un service financier et vivre de l’orientation des visiteurs vers des tiers non nommés.

Deux sources publiques complètent notre lecture. Le service d’évaluation ScamDoc classe le domaine à 25 % de confiance, avec deux motifs : un nom créé depuis moins de six mois et une durée de vie courte. Cette fiche a été ouverte le jour même de notre relevé, ce qui donne la mesure de l’ancienneté du dossier. Du côté des autorités, nous avons ouvert les pages où l’AMF tient la liste des intermédiaires qu’elle n’habilite pas. Le nom n’y figurait pas lors de notre consultation, et nous le disons sans en tirer de conclusion rassurante : cela signifie seulement qu’aucune autorité n’a encore eu à se prononcer.

À qui s’adresser quand la page ne nomme personne

Un versement de 250 dollars laisse peu de traces, mais il en laisse. L’ordre de virement porte une date, un montant, un libellé de bénéficiaire et un pays de destination : ce sont ces quatre éléments que la banque teneur de compte examine si la personne demande, dans les jours qui suivent, le rappel des fonds. Il faut y joindre le nom de l’interlocuteur qui a téléphoné, la date de son appel, les messages échangés et la capture de l’écran affiché avant le paiement. Sans société nommée en face, ces pièces deviennent l’essentiel du dossier, parce qu’elles seules permettent de désigner la personne morale qui détient le compte récepteur.

Sur le terrain pénal, notre page consacrée à la déclaration de plainte indique, pièce par pièce, ce qu’un dépôt exige et devant quelle juridiction il se forme, y compris quand le bénéficiaire du virement est établi hors de France.

Nous avons soumis ces questions à Maître Anne Bernard-Dussaulx, du barreau de Paris. Dans l’entretien filmé ci-dessous, elle revient sur une affaire où un établissement bancaire a été condamné à rembourser intégralement une victime d’escroquerie financière, et sur ce que ce type de décision change pour la personne qui a laissé partir un virement. Son parcours est détaillé sur sa fiche de présentation.

Questions posées avant un premier dépôt

Quelle autorisation faudrait-il pour proposer un dépôt de ce type ?

Une entité qui reçoit des fonds pour les faire travailler sur des instruments de marché doit être habilitée par une autorité de supervision et afficher son numéro d’enregistrement, son pays de rattachement et la liste des services autorisés. Le site étudié ici ne publie ni société, ni immatriculation, ni agrément, et sa clause de non-responsabilité indique elle-même qu’il n’est ni courtier, ni banque, ni conseiller. La question à poser par écrit, avant tout versement, est donc simple : quel est le numéro d’enregistrement, et auprès de quelle autorité ? Une réponse qui renvoie à un partenaire non nommé ne répond pas.

Pourquoi la page parle-t-elle d’une intelligence artificielle nommée Trustenix ?

Parce que la page a été construite à partir d’une autre, portant ce nom-là, et que le remplacement du texte n’a pas été terminé. TrustenixAI désignait une vitrine de trading dont le registre a retiré le domaine de sa zone au tout début du mois de novembre. La phrase qui décrit la troisième étape du parcours a gardé son nom d’origine, alors que les cinquante-deux autres occurrences de la page disent Rentecto. Ce détail n’est pas une coquille isolée : il indique une production en série, où chaque nouvelle enseigne reprend le même corps de texte.

J’ai rempli le formulaire sans verser d’argent, que se passe-t-il ensuite ?

Les coordonnées sont transmises dès la saisie, y compris si la page est quittée avant l’envoi : le script de collecte du site est configuré pour expédier les formulaires remplis mais non soumis au moment de la fermeture. Attendez-vous donc à un appel téléphonique, souvent rapide, d’un interlocuteur qui se présente comme un spécialiste et propose d’ouvrir le compte. Il n’est pas nécessaire d’attendre cet appel pour agir : les messages reçus, le numéro appelant et l’heure de l’appel se conservent, et une demande de suppression adressée au responsable de traitement cité dans la politique de confidentialité peut être formulée par écrit.

Ce que vend rentecto-france.top n’est pas un placement mais un passage à l’acte : quelques champs, un rappel téléphonique, puis un premier versement de 250 dollars pour activer un moteur dont l’application n’existe pas et dont le nom, à la troisième étape, est encore celui d’une autre enseigne. Les personnes qui ont rempli le formulaire sans payer n’ont perdu que leurs coordonnées ; celles qui ont viré ont besoin de pièces, pas de patience. Chaque dossier est examiné avant la moindre démarche, en comparant ce que la page promettait, ce que la banque a exécuté et ce que le registre publie permet encore d’établir sur le bénéficiaire du virement.

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