Ig-ipco.com arnaque : des hôtels derrière une gestion de fortune

Le numéro affiché sur la page de contact renvoie à une société de projets hôteliers

La page de contact d’ig-ipco.com ne laisse planer aucun doute sur l’identité qu’elle revendique. Elle donne une adresse, « 12 Buchenstrasse, 4104 Oberwil BL », une boîte de réception, [email protected], et surtout une ligne intitulée « Register Number » suivie de CHE-159.041.462. Ce numéro existe bel et bien : il désigne une société inscrite, IG IPCO AG, dont le siège est bien à cette adresse, à Oberwil, dans le canton de Bâle-Campagne.

C’est la confrontation avec le registre qui rend le dossier instructif. La fiche officielle décrit une entreprise de projets : gestion de projets dans l’hôtellerie, la restauration, l’internet et l’immobilier, brevets, marques, licences et savoir-faire, négoce de marchandises, participations. Aucune ligne de ce but statutaire ne mentionne la collecte de fonds auprès du public, la gestion de portefeuilles ou le conseil en placement, c’est-à-dire exactement ce que la vitrine vend à ses visiteurs.

Car ig-ipco.com se présente comme un gestionnaire de fortune. La page d’accueil annonce des stratégies d’investissement, une gestion de patrimoine, du conseil financier et de la préservation de capital, le tout « à travers l’Europe ». Les quatre rubriques du site déclinent ces promesses sur des pages entières, avec un vocabulaire de maison de gestion : allocation d’actifs, recherche rigoureuse, rééquilibrage, mandats. Rien, dans ce que publie la vitrine, n’établit de lien avec l’activité que le registre décrit pour la société dont elle recopie l’immatriculation.

La société réelle n’est évidemment pas en cause. IG IPCO AG existe, elle est active, et son parcours est documenté par les publications officielles : siège à Freienbach, transféré à Herisau en 2020, puis à Oberwil en 2023, avec une dernière inscription au journal officiel en septembre 2025. Ce que le dossier montre, c’est qu’un nom de domaine de trois semaines s’appuie sur cette histoire pour se donner une apparence d’ancienneté, sans que la société concernée ait quoi que ce soit à voir avec l’exploitant du site. Un cas voisin, celui de c4-first.ch, avait déjà montré comment une vitrine listée par un régulateur pouvait se maintenir en changeant d’extension ; ici, la copie porte sur l’identité elle-même.

Dernière mise à jour : 02/11/2026

📄 Pièce

Ci-joint l’accueil d’ig-ipco.com figé le 2 novembre 2026 : la promesse « Building smarter investments for a changing world », la grille des quatre prestations puis le bandeau de logos d’entreprises tierces y apparaissent dans l’ordre où le visiteur les rencontre.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Capture de la vitrine servie par ig-ipco.com le 2 novembre 2026

Trois jours plus tôt, l’autorité de surveillance avait déjà nommé les deux noms

C’est l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, la FINMA, qui a ouvert ce dossier le 30 octobre 2026, par une entrée visant deux adresses d’un seul geste : « ig-ipco.ch ; ig-ipco.com ». La fiche indique une adresse à Oberwil, les deux sites web, et, à la rubrique du registre du commerce, la mention d’une absence d’inscription. Surtout, elle comporte une remarque qui tranche la question de l’identité : les deux noms n’ont pas de lien avec IG IPCO AG, Buchenstrasse 12, 4104 Oberwil, société immatriculée sous CHE-159.041.462. L’entrée elle-même se lit sur la liste d’alerte publiée par la FINMA.

Autrement dit, le régulateur nomme le domaine de la carte et, dans la même phrase, désigne la société dont le numéro est recopié sur la page de contact. C’est le point le plus solide de ce dossier : il ne repose ni sur une déduction technique ni sur une comparaison d’apparences, mais sur une publication officielle, datée, qui sépare l’exploitant du nom qu’il affiche.

Le jumeau en .ch n’existe plus côté service. Interrogé le 2 novembre 2026, ig-ipco.ch ne rend aucune adresse : la résolution échoue pour le nom comme pour sa forme avec www. La paire visée par le régulateur ne fonctionne donc plus que sur une moitié, et c’est l’extension commerciale qui reste en ligne, avec la même promesse et le même numéro d’immatriculation.

Un nom déposé le 13 octobre, un certificat délivré deux heures plus tard

Le dossier d’enregistrement du domaine date la construction. ig-ipco.com a été créé le 13 octobre 2026 à 08 h 08 UTC, pour une échéance fixée au 13 octobre 2027, avec un dernier changement signalé quatre minutes après la création. Le bureau d’enregistrement est OVH, les serveurs de noms sont ceux de son service anycast, et le nom porte les deux verrous habituels d’un dépôt neuf : suppression et transfert interdits au titulaire. Quant au titulaire lui-même, son identité est couverte par l’option de confidentialité souscrite chez ce même bureau.

Le certificat confirme la chronologie. Let’s Encrypt a délivré un certificat pour ig-ipco.com et sa forme avec www le 13 octobre 2026 à 10 h 10 UTC, soit deux heures et deux minutes après le dépôt du nom, avec une validité jusqu’au 11 janvier 2027. Une vitrine montée dans la foulée de l’achat du nom, donc, et non un site repris après des années d’activité.

Côté machine, l’adresse IPv4 est 51.161.103.97, hébergée chez OVH, avec un serveur annoncé au Canada. Le serveur web est un Apache 2.4.58 sous Ubuntu, sans couche de protection devant l’origine. La pile est celle d’un site WordPress posé sur un constructeur de pages : Elementor 4.3.4, Essential Addons for Elementor 6.8.5, Header Footer Elementor 2.9.5, jQuery 3.4.1 et son module de migration, le script d’emoji de la version 7.1.4 du coeur. Notre relevé technique recense trente-six composants répartis en quatorze familles, dont aucune n’est propre à une institution financière : pas de portail de mandat, pas de brique de vérification d’identité, pas d’outil de signature.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Ce que la vitrine promet, ce que le registre décrit

La page d’accueil promet de « bâtir des investissements plus intelligents pour un monde qui change » et se présente comme positionnée « au sein de l’écosystème financier européen ». La rubrique « Our Legacy » va plus loin : elle évoque un parcours « à travers plus d’une décennie de conditions de marché réelles » et des débuts racontés comme un moment fondateur. Or le nom a été déposé le 13 octobre 2026. L’ancienneté revendiquée et l’âge du domaine ne peuvent pas désigner la même chose.

Le reste du site trahit la même précipitation. Deux pages de démonstration livrées avec le logiciel sont toujours en ligne : une page d’exemple qui explique au visiteur comment créer ses propres pages, et un premier article de bienvenue signé de l’installation. Sur un site de gestion de fortune, ces deux adresses sont habituellement supprimées dans l’heure qui suit la mise en place. Leur présence à vingt jours du dépôt situe le travail réel effectué sur la vitrine.

Le contraste le plus net reste celui du but statutaire. Une maison qui vend des stratégies d’investissement et de la gestion de patrimoine s’appuie normalement sur un objet social qui parle de gestion de fortune ou de conseil en placement. Ici, le registre décrit des projets hôteliers, de la restauration, des brevets, des licences et du négoce. Rien dans ce but ne décrit la collecte de souscriptions auprès du public, ni la gestion de portefeuilles vendue à des particuliers. Un dossier comparable, celui de riverfieldcapital.ch, avait abouti à la même impasse : un identifiant authentique posé sur une activité qui n’a rien à voir avec lui.

Des logos de sociétés réelles posés sans légende

La page d’accueil affiche une bande de logos. On y reconnaît Allianz, PetroChina et Nexus Mutual, aux côtés de visuels sans nom d’entreprise. Aucune légende, aucun lien, aucun texte ne vient dire ce que ces marques font là : ni partenariat, ni référence, ni portefeuille commun. Le bandeau fonctionne comme une preuve visuelle muette, celle qu’un visiteur pressé lira comme un réseau de relations, sans qu’une seule ligne du site ne l’affirme.

Les fichiers eux-mêmes racontent la fabrication. La médiathèque du site, tous fichiers confondus dans un dossier d’octobre 2026, contient une photographie dont le nom est celui d’un envoi par messagerie, horodaté du 31 mars 2026, une image d’engin de forage détourée par un service de suppression d’arrière-plan en ligne, et une photographie d’architecture issue d’une banque d’images. Un cabinet qui gère des fortunes depuis plus de dix ans ne bâtit pas sa page d’accueil avec des images récupérées et des logos d’entreprises qu’il ne cite jamais.

Un seul canal de contact, et aucun espace client

Le site ne publie qu’une adresse de courriel. Aucun numéro de téléphone n’apparaît, ni sur la page de contact, ni dans le pied de page, ni dans les pages de services. Le formulaire de contact se limite à quatre champs, nom, courriel, adresse et téléphone, sans question sur le montant envisagé ni sur l’horizon de placement. Pour une activité qui prétend gérer des portefeuilles, l’absence de tout document contractuel interpelle davantage encore : aucune mention légale, aucune politique de confidentialité, aucune condition générale, aucun document décrivant un mandat.

Les chemins qu’un client chercherait d’ordinaire ne mènent nulle part. Quatre d’entre eux, /login, /register, /dashboard et /api, aboutissent à la page de connexion du logiciel de publication, celle de l’administrateur du site. Il n’y a donc pas d’espace client, pas de tableau de bord d’investisseur, pas de procédure d’ouverture de compte, et pas davantage de vérification d’identité. Une vitrine qui promet la gestion de patrimoine sans jamais montrer l’endroit où un client suivrait son argent, c’est la définition même d’une façade.

Un praticien du barreau de Paris, Maître Goce Novakov, expose dans la séquence qui suit les voies de recours ouvertes à une personne ayant remis des fonds à une société de ce genre.

Garder la trace du virement et des échanges

Pour une personne qui a versé de l’argent après un échange avec [email protected], la valeur probante se joue sur des pièces simples à réunir et faciles à perdre. Le relevé bancaire du virement, d’abord, avec le montant, la date d’exécution et le libellé tel qu’il a été porté ; l’ordre de virement signé ou validé en ligne, ensuite. Les courriels échangés avec l’adresse de contact, avec leurs en-têtes complets, comptent autant que les relevés : ils datent la promesse et identifient l’interlocuteur.

Il faut y joindre les captures des pages au moment du versement, en particulier celle de la page de contact où figure le numéro CHE-159.041.462, et conserver la trace des documents transmis en copie, pièce d’identité comprise. La fiche publiée par l’autorité suisse le 30 octobre 2026 a sa place dans ce dossier : elle établit que l’exploitant du nom n’est pas la société dont il affiche l’immatriculation. Le déroulé d’une plainte devant le juge pénal est exposé sur la page que nous consacrons au pénal. La fiche de réputation du site, établie par les signalements des internautes, se consulte sur la fiche ScamDoc d’ig-ipco.com.

Ce que la mise en garde du 30 octobre ne tranche pas

Le numéro CHE affiché sur ig-ipco.com est-il inventé ?

Non. Il correspond à une société réellement inscrite, IG IPCO AG, dont le siège est à Oberwil. Ce qui est en cause n’est pas le numéro mais son usage : l’autorité de surveillance a écrit le 30 octobre 2026 que les deux domaines n’ont aucun lien avec cette société. Une immatriculation authentique ne dit donc rien de la personne qui exploite le site.

Un versement fait à ce nom peut-il encore être rattaché à quelqu’un ?

Le rattachement passe par la banque, pas par le site. Le libellé du virement, le compte bénéficiaire et les échanges de courriel avec l’adresse publiée sont les seuls éléments qui désignent un destinataire réel. C’est pourquoi il faut demander à sa banque une copie de l’ordre exécuté, et non se contenter du relevé d’opérations.

Pourquoi le site reste-t-il accessible après l’avertissement du 30 octobre ?

Rien n’oblige un hébergeur étranger à couper un nom sur simple publication d’une mise en garde. Le domaine est enregistré chez un bureau français, hébergé sur une machine située au Canada, et le site continuait de répondre le 2 novembre 2026. Une mise en garde informe le public, elle ne neutralise pas l’infrastructure.

La vérification préalable reste la seule protection réelle contre ce montage : un numéro d’immatriculation se contrôle en quelques minutes auprès du registre du pays concerné, et la lecture du but statutaire suffit le plus souvent à voir qu’il ne correspond pas au produit vendu. BrokerDefense examine chaque dossier de ce type sur les pièces du demandeur, avant tout versement complémentaire.

Vous avez effectué des virements après un échange avec ig-ipco.com ?

Rassemblez le relevé du virement, les courriels reçus de l’adresse de contact et les captures des pages consultées, puis exposez votre situation à notre service d’aide aux victimes.

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