alpha-ai.inc arnaque : des numéros d’agrément tirés au hasard

Un numéro d’enregistrement différent à chaque rechargement

La page « Mentions légales » d’alpha-ai.inc, consultée le 21 octobre 2026, annonce une société nommée Alpha AI, de forme « Limited Liability Company (LLC) », dotée d’un « numéro CRD », de quatre dirigeants munis chacun d’un « Registration ID », et de trois licences : courtier en valeurs mobilières agréé FINRA, gestionnaire de portefeuille agréé SEC, producteur d’assurance d’État. L’ensemble est présenté avec une date de dernière mise à jour, « Mars 2026 », comme un document d’entreprise ordinaire.

Ce document ne se trouve pas dans un fichier figé. Les textes de la page sont chargés séparément, depuis des fichiers de langue rangés à la racine du site, et c’est le script de la page qui assemble la rubrique au moment de l’affichage. Or ce script ne lit pas les numéros d’enregistrement : il les fabrique. La fonction qui construit la fiche tire un entier compris entre un million et dix millions, puis l’écrit dans le champ du numéro CRD de la société. La même fonction fabrique un second numéro pour chaque dirigeant, un troisième pour chaque licence, et mélange au passage l’ordre des rubriques, celui des dirigeants et celui des textes de mise en garde.

Le résultat est vérifiable en rechargeant la page : le numéro d’identification de la société change d’une visite à l’autre, sans qu’aucune ligne du document n’ait été modifiée sur le serveur. Un internaute qui relève ce numéro et le transmet à un proche lui donnera un identifiant que le site ne reproduira plus. Le fichier de langue contient bien une valeur fixe, mais elle est ignorée à l’affichage : elle sert de valeur de repli, jamais de valeur publiée.

Une page de mentions légales existe pour être confrontée à des registres. Ici, la confrontation est impossible par construction : le numéro affiché n’est pas une déclaration de la société, c’est un tirage aléatoire exécuté dans le navigateur du visiteur. Aucun des chiffres de cette rubrique ne peut donc être opposé à un registre, ni vérifié par un régulateur, ni cité dans une procédure.

Dernière mise à jour : 21/10/2026

📄 Pièce

La page que voici a été enregistrée par BrokerDefense le 21 octobre 2026, en interrogeant alpha-ai.inc depuis un navigateur ordinaire. L’écran de filtrage du prestataire de sécurité occupe toute la fenêtre, avec la mention du contrôle en cours et l’identifiant de la requête : trois repères datés pour situer ce que cette adresse renvoyait à un visiteur, ce jour-là.

Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Haut de la page servie par alpha-ai.inc le 21 octobre 2026

Le numéro SEC invoqué désigne un cabinet installé en Floride

Parmi les trois licences annoncées, deux se vérifient en quelques minutes auprès des registres américains. La première est un agrément de courtier, présenté sous le numéro 1448321. Interrogé le 21 octobre 2026, l’annuaire public des sociétés de courtage de la FINRA ne renvoie aucune fiche pour ce numéro. Un contrôle effectué dans la même minute avec un numéro de société connu, celui de Morgan Stanley, renvoie bien une fiche : l’absence observée n’est donc pas un défaut de l’annuaire.

La seconde est plus parlante encore. La page revendique un agrément de gestionnaire de portefeuille auprès de la SEC et cite, entre guillemets, le dossier « 801-80003 ». Ce numéro existe : il appartient à Good Life Advisors, LLC, un cabinet déclaré actif, dont le bureau est situé à Celebration, en Floride. Ce cabinet n’a aucun rapport avec le site étudié ici, n’est en aucune manière mis en cause, et n’a évidemment pas autorisé l’usage de son numéro.

La manière dont le numéro apparaît achève de situer le procédé. Il ne figure pas dans la rubrique des licences, où le tirage aléatoire décrit plus haut s’applique, mais dans le fichier de langue livré avec le modèle de page. Il est donc écrit en dur, identique pour tout site bâti sur ce même modèle, et il désigne la même société floridienne à chaque fois. Un gabarit qui publie le numéro d’enregistrement d’autrui n’a pas besoin de le falsifier : il lui suffit de le recopier.

Restent les autres chiffres de la page : un identifiant fiscal de neuf chiffres, un enregistrement d’État au format du Massachusetts, un numéro d’identification bancaire, une police d’assurance responsabilité de dix millions de dollars auprès d’un assureur noté A+, et une protection du régulateur des courtiers américains jusqu’à 500 000 dollars. Aucun de ces éléments n’est vérifiable en l’état, et aucun n’est cohérent avec la forme sociale annoncée ni avec l’adresse du siège.

Une adresse de la City écrite en dur dans le gabarit

Le siège annoncé est « Moor Place, 1 Fore Street Avenue, London, United Kingdom, EC2Y 9DT ». L’immeuble existe, à deux pas de Moorgate, et il héberge de nombreuses sociétés, souvent domiciliées chez un prestataire de domiciliation : le registre britannique y rattache notamment plusieurs entités dont l’adresse est libellée « c/o Praxis », du nom du service qui y tient le courrier.

Ce que le registre britannique ne montre pas, en revanche, c’est une société Alpha AI à cette adresse. Une société portant ce nom existe bien au Royaume-Uni, immatriculée en 2022 et domiciliée dans le sud de Londres, à une tout autre adresse ; rien ne permet de la rattacher à cette vitrine, et nous ne le faisons pas. Une seconde, radiée, était installée à Sutton. Aucune des deux ne correspond à la description publiée.

L’adresse elle-même n’est pas une déclaration de l’opérateur : c’est une constante du code de la page. L’immeuble et son code postal sont écrits dans le script, dans une liste d’adresses prévue par le modèle, au même titre que la structure juridique et les intitulés de postes. Le visiteur qui lit « notre siège » lit en réalité une valeur de configuration livrée avec le gabarit, et non une information déclarée par une entité.

La suite du document accumule les incompatibilités. Une société de forme LLC est une société américaine à responsabilité limitée : elle ne s’installe pas à Londres. Les licences invoquées sont américaines. L’adresse est britannique. Un cabinet qui gère réellement des portefeuilles tient un raisonnement inverse : il nomme l’entité qui reçoit les ordres, l’autorité qui la supervise, et le pays où cette autorité exerce. Ici, les trois informations se contredisent sur la même page.

Trois noms achetés le 10 juin 2026, deux à la même seconde

Le registre situe l’enregistrement d’alpha-ai.inc au 10 juin 2026, pour une échéance au 10 juin 2027 : quatre mois d’existence à la date de notre passage, et une première période d’un an seulement. Le bureau d’enregistrement est NameSilo. Le titulaire est masqué, seule une nationalité est publiée, et le statut interdit le transfert du nom vers un autre bureau.

Le détail le plus utile est ailleurs. Le même jour, à 11 heures 11 minutes et 48 secondes, un second nom a été enregistré : alpha-ai.cc. Les deux portent la même date à la seconde, chez le même bureau, avec la même paire de serveurs de noms Cloudflare et les mêmes adresses de diffusion, 188.114.96.3 et 188.114.97.3, doublées en IPv6. Un troisième nom, alpha-ai.vip, a été pris le même jour, trois heures plus tôt, toujours chez NameSilo. Deux enregistrements simultanés ne s’obtiennent pas en remplissant un formulaire deux fois : ils sortent d’une même opération.

Les trois noms n’ont pas le même rôle. Le .inc porte la vitrine institutionnelle. Le .vip sert d’adresse de courrier : c’est le domaine du « support » inscrit dans les mentions légales, et il ne répond plus, la requête aboutissant à une erreur de certification côté serveur d’origine. Quant au .cc, il n’est pas mentionné dans les mentions légales : c’est pourtant là que mène le bouton du menu.

La page cite également, comme site officiel, l’adresse alpha-ai.com. Ce nom n’appartient pas à l’opérateur : il est enregistré depuis 2019 auprès d’un autre bureau, et il ne servait rien au moment de notre passage. Une mentions légales qui renvoie vers un domaine tiers et vers une boîte aux lettres muette décrit un montage, pas une société.

Le chiffrement repose sur un certificat joker émis par Google Trust Services, valable du 6 octobre 2026 au 4 janvier 2027. Il couvre le domaine et l’ensemble de ses sous-domaines, ce qui est la configuration ordinaire d’une infrastructure partagée, et il n’atteste que le chiffrement des échanges, jamais la qualité de l’émetteur.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Sous la vitrine, un terminal de trading logé sur un second domaine

La vitrine se présente comme un cabinet de conseil : recherche indépendante, conseil en portefeuille, accompagnement des familles et des institutionnels, quinze années d’expérience affichées et un taux de fidélité de 98 pour cent. Le bouton du menu, lui, ne mène pas à un formulaire de contact : il exécute une redirection vers alpha-ai.cc.

Ce second domaine sert autre chose. Le document qu’il renvoie ne pèse que cinq kilo-octets et ne contient aucun texte : tout est produit par un ensemble de scripts de plus de trois mégaoctets, dont une bibliothèque de graphiques boursiers et un module de tunnels d’ordres. On y trouve les champs d’un terminal classique : volume en lots, prix, écart de cotation, taille de contrat, et un levier exprimé sous la forme « 1 : » suivi d’une valeur fournie par le serveur.

Les noms des objets manipulés par l’application en disent plus que la page d’accueil. Ils décrivent des « sessions d’arbitrage » plafonnées par compte, un compteur de sessions en cours, et un champ prévoyant le refus de « demandes bancaires ». Le vocabulaire est celui d’une officine de courtage qui encadre des opérations présentées comme sans risque, pas celui d’un cabinet de gestion de patrimoine.

Le volet des versements confirme l’orientation. L’application embarque les rails de paiement d’une clientèle internationale : virements SEPA, Interac canadien, Pix brésilien, et surtout dépôts en crypto-actifs, avec l’USDT, le Tether et le bitcoin cités dans les libellés. S’y ajoutent une procédure de vérification d’identité, des offres de bonus et un canal de support de type messagerie instantanée.

Cette séparation en deux domaines n’est pas anodine. La vitrine peut être abandonnée, réécrite ou retirée sans que le terminal qui reçoit les versements change d’adresse, et inversement. Le visiteur qui a lu les mentions légales d’un nom et viré ses fonds sur un autre n’a, dans son dossier, aucune pièce qui relie les deux : c’est précisément ce que la construction produit.

L’AMF ne liste pas cette adresse, mais connaît déjà ce nom

Nous avons passé en revue les documents publics où l’AMF recense les acteurs non autorisés, soit six fichiers à leur date d’export. Aucun ne mentionne alpha-ai.inc. Cette constatation vaut pour la date de consultation de ces fichiers, et ne constitue pas un agrément : l’absence d’une mise en garde n’a jamais valu autorisation d’exercer.

Le nom, en revanche, est déjà connu du régulateur sous une autre adresse. Une mise en garde datée du 29 juillet 2026 y porte alphaairobot.com, avec deux qualifications retenues, « Crypto-actifs » et « Usurpation », le commentaire joint précisant que ce nom s’approprie l’identité d’une société de crypto-actifs supervisée en Allemagne. Nous avons documenté ce dossier dans notre enquête sur Alpha AI Robot, et le nom « Alpha AI » circulait déjà en 2024 sur une troisième adresse, analysée dans notre article sur bit-alpha-ai.com.

Nous ne disposons d’aucun élément technique établissant que ces adresses appartiennent au même opérateur : les bureaux d’enregistrement diffèrent, les dates de création aussi. Ce que nous constatons est plus simple, et suffit à une personne qui se verrait proposer « Alpha AI » aujourd’hui : la marque circule de domaine en domaine depuis deux ans, elle a déjà été épinglée, et la vitrine qui la porte change de teneur à chaque fois, tantôt robot de trading, tantôt cabinet de gestion londonien.

Un rapport public consacré à ce nom, dont la première analyse a été enregistrée le 20 octobre 2026, le situe à 25 pour cent de confiance, soit le plancher de l’échelle employée, en retenant l’âge du domaine et sa courte espérance de vie.

Pour ceux qui ont déjà versé, la difficulté pratique est connue : le site lui-même n’offre aucune contrepartie à qui veut se plaindre, et les pièces utiles se trouvent toutes du côté du client. Il faut conserver l’ordre de virement avec le nom du bénéficiaire et l’IBAN qui y figure, l’empreinte de chaque transaction en crypto-actifs avec sa date, les courriels reçus de l’adresse de support, les captures du tableau de bord montrant le solde annoncé, et le nom comme le numéro de téléphone du conseiller qui a conduit l’ouverture du compte. Notre page consacrée au dépôt de plainte détaille ce qu’un dossier pénal attend comme pièces.

Nous avons posé la question du recours bancaire à Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris, qui revient dans l’entretien ci-dessous sur les virements exécutés sans l’accord du titulaire, sur ce que la banque doit restituer dans ce cas et sur la manière dont se répartit la preuve entre le client et son établissement.

Trois questions que se posent les personnes démarchées

Le numéro CRD affiché par alpha-ai.inc correspond-il à un courtier enregistré ?

Non. Le numéro présenté comme celui de la société est produit par le script de la page, qui tire un entier à sept chiffres au moment de l’affichage, puis le remplace par un autre au rechargement suivant. Le numéro fixe que contient le fichier de langue, lui, ne renvoie à aucune fiche dans l’annuaire public des sociétés de courtage.

Alpha AI est-il agréé par la SEC, comme ses mentions légales l’affirment ?

Le dossier « 801-80003 » cité sur la page existe bien, mais il désigne un cabinet de conseil en investissement établi en Floride, sans lien avec ce site, et qui n’est pas mis en cause. Reprendre le numéro d’un acteur déclaré ne confère aucun statut : la vérification se fait en consultant le registre de l’autorité, jamais la page qui s’en réclame.

J’ai viré de l’argent après avoir été contacté par Alpha AI, par où commencer ?

Par les pièces, avant toute démarche : l’ordre de virement avec le bénéficiaire et l’IBAN, l’empreinte des transactions en crypto-actifs, les courriels de l’adresse de support, les captures du tableau de bord et l’identité du conseiller qui a conduit l’ouverture du compte. C’est à partir de ces éléments, et non d’une réclamation adressée au site, qu’une banque ou un juge peut être saisi.

alpha-ai.inc laisse donc une impression étrange : une page de mentions légales plus fournie que celle de beaucoup de cabinets réels, et pourtant inutilisable, puisque les numéros qu’elle publie sont tirés au sort dans le navigateur et que celui qui reste fixe appartient à une société de Floride. Derrière, un second domaine vend un terminal à levier, alimenté en virements SEPA, en Interac, en Pix et en jetons, sous une enseigne qui se décrit ailleurs comme un conseil de famille. Les personnes qui ont versé des fonds ne sont pas face à un placement qui aurait mal tourné, mais face à un montage dont chaque pièce d’identité renvoie à une autre. C’est le type de dossier que nous examinons avant toute démarche, pour distinguer ce qui peut encore être établi de ce qui ne le sera jamais.

Vous avez versé des fonds à alpha-ai.inc ?

Un ordre de virement, une empreinte de transaction et les échanges avec le conseiller suffisent pour ouvrir un premier examen de votre situation.

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