Sommaire
- Une inscription à la liste noire de l’AMF et un avis de radiation le même jour
- Six formules d’adhésion, sans aucune grille tarifaire
- Un véhicule britannique renommé, une adresse qui n’est plus la sienne
- Une vitrine technique soignée, pour un club sans adresse vérifiable
- Un formulaire qui enregistre le chiffre d’affaires et la capacité d’investissement
- Une cotisation réglée à ce club : la suite à donner
- Ce que les adhérents demandent après avoir payé leur cotisation
Une inscription à la liste noire de l’AMF et un avis de radiation le même jour
Le régulateur français des marchés financiers a porté, le 28 septembre 2026, l’adresse www.hakisition.co sur le fichier public des acteurs qui ne sont pas habilités à proposer des placements en France, et le registre britannique des sociétés consigne, à la date du lendemain, une première insertion annonçant la radiation d’office de la structure qui exploite ce club. Deux formalités distinctes, deux registres distincts, la même semaine.
L’entrée publiée par l’autorité tient en trois lignes : un nom d’emprunt technique, un libellé, une date. Le libellé retenu est « Autre acteur non autorisé », et il signifie que l’Autorité des marchés financiers ne reconnaît à cet acteur aucune habilitation pour s’adresser au public français en matière de services ou de placements financiers. La page précise, en une phrase, qu’aucun agrément ne couvre l’enseigne pour démarcher le public français. Elle se lit ici : l’entrée du 28 septembre 2026 visant cette adresse.
Ce qui rend la ligne singulière, c’est ce que la vitrine affirme de son propre côté. Sa version française ouvre sur cette phrase, en encadré des compteurs d’audience : « Nous collaborons exclusivement avec des partenaires financiers agréés AMF. » Au bas de chaque page, une autre mention précise que le club n’est pas conseiller en investissement et que les opérations passent « par des plateformes partenaires ou des SPV disposant des autorisations réglementaires requises ». Ces deux affirmations se trouvaient sur le site au moment même où le régulateur inscrivait son adresse au fichier.
Le registre britannique, lui, documente une trajectoire précise. La société HK CLUB LLP, immatriculée sous le numéro OC453266, existe depuis le 5 août 2024 ; elle a été déclarée sous un premier nom, puis renommée le 11 avril 2025. Son siège social a changé le 7 avril 2026. Treize mois après sa création, une première insertion au Journal officiel annonçant une procédure de radiation d’office y est enregistrée, à la date du 29 septembre 2026. Ces deux dates se lisent côte à côte, sans qu’aucun lien de cause à effet ne puisse en être déduit : l’une est une mesure de marché, l’autre une procédure propre au registre des sociétés.
Dernière mise à jour : 28/09/2026
📄 Document
La capture d’écran horodatée de cette vitrine, revêtue de son filigrane de protection, est mise à disposition par BrokerDefense. Elle a été prise le 28 septembre 2026. Y figurent le bandeau « Private networking business club », les quatre compteurs affichés en colonne et l’encadré consacré au fondateur : de quoi reconnaître l’interface, appuyer un dossier ou alerter un proche.
Pour une utilisation dans le cadre d’une procédure judiciaire, commandez la version complète sans filigrane.

Six formules d’adhésion, sans aucune grille tarifaire
Le club se présente comme une « Private networking business club », réservée selon lui aux entrepreneurs à fort potentiel, et propose à ses membres un accès à des opérations présentées comme hors marché : immobilier et foncier, capital-investissement et reprise de PME, sociétés technologiques en phase de croissance, hôtellerie et franchises. Une page d’avantages promet en outre un co-investissement aux côtés du fondateur, l’accès à des conseils fiscaux, juridiques et bancaires, des séminaires internationaux et des dîners privés.
La page des formules d’adhésion est, elle, plus étrange qu’elle n’en a l’air. Elle annonce « cinq niveaux » et en présente six : Silver, Gold, Platinum, Business Partner, Black et Elite VIP, ce dernier résumant son programme à un voyage d’affaires en jet privé, un déjeuner sur un yacht et un accès illimité aux services. Aucun tarif n’apparaît nulle part. Les boutons de chaque niveau renvoient tous au même formulaire de candidature, et les conditions générales se contentent d’indiquer que les frais d’adhésion ne sont pas remboursables, sauf accord écrit, pour un engagement annuel.
Les chiffres affichés varient, d’ailleurs, selon la page consultée. La page d’accueil retient « 2000+ Members » parmi ses compteurs, tandis qu’une autre rubrique parle d’un cercle de plus de 450 membres actifs, et qu’un témoignage signé de deux initiales se présente comme celui d’un membre Gold. Aucune de ces indications n’est vérifiable de l’extérieur, et c’est précisément ce que vend ce genre de club : une appartenance qu’on ne peut contrôler avant de payer.
On retrouve ce montage sous d’autres adresses récentes, comme celle de dwsglobalinvest.eu, inscrite le 22 septembre 2026 au même fichier de régulateur, ou comme contact-meria.com, visée le 28 septembre 2026 pour une adresse de courrier et non pour un site.
Un véhicule britannique renommé, une adresse qui n’est plus la sienne
Les mentions légales de la vitrine sont, sur ce point, d’une précision utile. Elles désignent comme opérateur « HK CLUB LLP », société immatriculée en Angleterre et au pays de Galles sous le régime des sociétés à responsabilité limitée de 2000, numéro d’enregistrement OC 453266, et déclarent un siège au 35 Firs Avenue, à Londres. Elles ajoutent que les membres désignés de la société sont responsables de sa gestion, sans en citer un seul nom.
Le registre public des sociétés britanniques en dit davantage. La société a été constituée le 5 août 2024 sous le nom de LOV COMPAGNY LLP, puis a changé de dénomination le 11 avril 2025 pour prendre celle de HK CLUB LLP. Le changement de siège social est enregistré au 7 avril 2026 : l’adresse quittée ce jour-là est précisément le 35 Firs Avenue, celle que la vitrine continue d’afficher près de six mois plus tard. La nouvelle adresse déclarée se situe à Farringdon, dans le centre de Londres.
Deux membres désignés figurent au registre, portant le même patronyme, et la personne qui contrôle la société y est identifiée comme ressortissante française résidant au Luxembourg. Ce nom est celui que la vitrine met en avant partout : elle présente Hakim Benotmane comme son fondateur, lui prête un parcours d’entrepreneur devenu à vingt et un ans le plus jeune franchiseur de France dans la restauration, un chiffre d’affaires cumulé de plus de 125 millions d’euros et une cession de son groupe en 2014.
Le registre ne contient, en revanche, aucun compte annuel pour cette société. Six dépôts seulement y sont enregistrés depuis sa création : l’acte de constitution, deux pièces liées au changement de nom, une déclaration de confirmation, le changement de siège et l’insertion annonçant la procédure de radiation d’office. Une société à responsabilité limitée qui ne dépose pas ses comptes s’expose à ce type de procédure, mais le registre n’énonce pas de motif, et rien ne permet de conclure qu’il s’agit là de la cause de l’insertion.
Une vitrine technique soignée, pour un club sans adresse vérifiable
Le nom lui-même mérite qu’on s’y arrête. Sa zone de résolution est tenue par un prestataire français bien établi, avec une paire de serveurs de noms qui lui appartient, tandis que la forme préfixée par « www » est déléguée séparément vers le réseau de l’hébergeur du site. Cette séparation en deux plans, d’un côté la zone du domaine et de l’autre le service qui répond, est le montage habituel d’une application hébergée chez un fournisseur d’infrastructure moderne.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Un service tiers d’évaluation d’adresses place lui aussi ce nom au dernier échelon de son barème, avec un indice de confiance de trente-trois pour cent : la fiche publiée sur ce domaine. Ce type de score ne vaut pas démonstration, puisqu’il se fonde surtout sur l’ancienneté du nom et sur les retours d’internautes. Il converge néanmoins avec l’inscription du régulateur et avec le passif du club que la presse rapporte.
La page servie est une application construite avec la bibliothèque React et le cadre Next.js, distribuée par le réseau de l’hébergeur Vercel depuis une grappe européenne, ce que confirment les en-têtes de réponse. Le certificat de chiffrement est un certificat gratuit Let’s Encrypt émis le 26 août 2026 pour la seule forme www.hakisition.co, valable jusqu’au 23 novembre 2026, et la zone impose le chiffrement à toutes les connexions. Quatre versions linguistiques sont déclarées, à savoir française, anglaise, espagnole et arabe, la racine servant la version anglaise par défaut. La messagerie, elle, est confiée à un service de courrier professionnel d’usage mondial, la politique d’expédition n’autorisant l’envoi qu’aux serveurs de ce prestataire, et un jeton d’une régie d’envoi de courriers marketing figure dans la même zone. Les copies publiques conservées de cette page remontent, pour la plus ancienne, au 29 octobre 2025.
Cet appareillage est celui d’une entreprise qui soigne son image. Il ne dit rien de son sérieux financier, et c’est là que la distinction compte : une vitrine multilingue, chiffrée et rapide se monte en quelques jours, tandis qu’un agrément se vérifie sur le registre du régulateur concerné.
Un formulaire qui enregistre le chiffre d’affaires et la capacité d’investissement
Le point d’entrée du club est un formulaire unique, et ce qu’il demande est instructif. Le candidat doit indiquer son profil, ses nom et prénom, une adresse de courrier, un numéro de téléphone, sa société et son poste, puis deux informations de nature financière : une tranche de chiffre d’affaires annuel, de moins de 100 000 euros à plus de 5 millions, et une tranche de capacité d’investissement, de moins de 10 000 euros à plus de 500 000 euros. S’y ajoutent la manière dont le club a été découvert et les attentes du candidat.
Aucun paiement n’est demandé sur le site, et c’est cohérent avec le reste du montage : la vitrine ne vend rien directement, elle qualifie des prospects. La politique de confidentialité publiée sur le site revendique le respect du règlement britannique sur les données et annonce que les informations collectées servent à traiter les candidatures, gérer les adhésions et communiquer sur les événements et les opportunités, celles de nature financière comprises. La procédure d’adhésion, elle, reste décrite comme soumise à l’approbation d’un comité, sans critère publié.
Ce que la presse en a retenu est d’une autre teneur. Un quotidien national a rapporté la constitution d’un collectif de soixante-neuf plaignants contre le club et son fondateur, plusieurs d’entre eux évoquant la perte de deux à trois mois de salaire. Des pages publiées par des cabinets d’avocats abordent, de leur côté, la récupération des sommes versées pour entrer dans cette structure, qu’elles désignent aussi sous le nom de « HK Club », et les montants cités vont de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Rapportés ainsi, ces éléments éclairent le modèle : une adhésion payante, un accès promis à des opérations réservées, et des candidats choisis pour leur capacité financière.
Une cotisation réglée à ce club : la suite à donner
Quand une cotisation a été réglée après un échange avec ce club, le dossier se construit autour de pièces simples et souvent dispersées. Il faut réunir le contrat ou le bulletin d’adhésion signé, les conditions générales en vigueur au jour du paiement, les relevés des versements avec leur référence, la correspondance échangée avec le club, à savoir courriels, messages et notes de rendez-vous, et les supports de présentation promettant l’accès aux opérations ou un co-investissement. Ces pièces ne se remplacent pas les unes les autres, et le document qui décrit précisément ce qui était promis en échange de la somme est celui qui se perd le plus vite.
Rien n’empêche de saisir la justice, que l’affaire trouve ou non une issue amiable, et la marche à suivre est exposée sur notre page dédiée au pénal. Le signalement de l’adresse au régulateur, qui l’a inscrite cette semaine, et à la plateforme publique de lutte contre les fraudes complète utilement cette démarche.
Notre rédaction a interrogé Maître Goce Novakov, avocat dont la pratique relève du ressort de Paris, sur les recours précontentieux et les transactions amiables obtenues par des personnes trompées sur un placement. Son intervention est filmée ci-dessous.
Ce que les adhérents demandent après avoir payé leur cotisation
Non, en tout cas pas sous cette adresse. Le régulateur français a inscrit www.hakisition.co le 28 septembre 2026 sous le libellé « Autre acteur non autorisé », ce qui signifie qu’aucun agrément ne couvre cette enseigne pour démarcher le public français. La mention figurant sur la vitrine, qui se prévaut de partenaires agréés, ne remplace pas une autorisation propre : une habilitation se vérifie auprès du régulateur, jamais sur la page qui s’en réclame.
Elle figure encore comme active au registre britannique des sociétés, sous le numéro OC453266, mais une première insertion au Journal officiel y annonce une procédure de radiation d’office, à la date du 29 septembre 2026. Par ailleurs, aucun compte annuel n’est enregistré pour elle depuis sa création en août 2024, et son siège déclaré a changé en avril 2026 sans que la vitrine ait été mise à jour.
Rassemblez d’abord les pièces du parcours : le bulletin d’adhésion, les conditions générales du jour du paiement, les justificatifs des versements et les échanges qui ont précédé. Faites ensuite constater l’écart entre ce qui était promis et ce qui a été délivré, en décrivant précisément les opérations ou les contreparties annoncées. Ces éléments servent aussi bien à une réclamation amiable qu’à une plainte, et leur conservation est la priorité avant toute nouvelle démarche.
Ce que laisse le dossier d’hakisition.co, c’est une vitrine impeccable posée sur un véhicule sans comptes, un formulaire qui pèse la fortune des candidats et une adresse que le régulateur a fichée en une ligne. Le club continue de répondre, ses formules continuent d’être présentées, et la société qui l’exploite reste inscrite au registre britannique tout en étant visée par une procédure de radiation d’office. Pour les personnes qui ont réglé une cotisation en échange d’un accès promis à des opérations réservées, l’écart entre la promesse et le service rendu est le cœur du dossier. Notre équipe examine ces dossiers un par un, dès l’instant où une somme a changé de mains comme longtemps après, afin de reconstituer l’engagement pris, la qualité de celui qui l’a pris et la structure qui le portait.


