Derrière « Trade Scanner », qui vend des abonnements de formation au trading jusqu’à 4 999 euros par mois, se trouve une société que personne ne peut identifier : « General Market Project EOOD », une forme juridique bulgare présentée avec une adresse à Chypre, des numéros de téléphone australien et britannique, et aucune trace dans les registres publics ni sur le web. Le domaine a été créé le 17 juin 2026 ; notre enquête du 27 août 2026 n’a trouvé aucune archive du site, aucun enregistrement de cette société ailleurs que sur la page de contact, et des statistiques de clients impossibles à vérifier.
Dernière mise à jour : 27/08/2026
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Sommaire
- Le sigle « EOOD » : une forme juridique bulgare pour une adresse chypriote
- De 249 à 4 999 euros par mois : l’échelle des abonnements
- Un domaine de juin 2026, un registrar à bas coût, une identité technique empilée
- Des textes produits en série, protégés des outils qui les analysent
- Vous avez souscrit un abonnement Trade Scanner : les démarches utiles
- Les questions que se posent les abonnés de Trade Scanner
Le sigle « EOOD » : une forme juridique bulgare pour une adresse chypriote
La page de contact du site est précise : « General Market Project EOOD, 121 Prodromou Avenue, Nicosia 2064, Cyprus », avec deux téléphones, l’un australien (+61-240576080), l’autre britannique (+44-2030266299), et une adresse électronique unique, [email protected]. Ce niveau de détail est inhabituel pour une simple vitrine, mais il se désagrège dès qu’on le confronte aux registres. Le sigle EOOD désigne une forme de société bulgare (Еднолично дружество с ограничена отговорност, soit « société à responsabilité limitée à associé unique »). Or l’adresse annoncée se trouve à Chypre, où cette forme juridique n’existe pas : une société chypriote serait immatriculée en « Limited » ou « Ltd ». Aucun numéro d’immatriculation n’est fourni, aucun registre ne référence l’entité, et une recherche sur le web ne retourne aucun résultat pour ce nom en dehors du site lui-même.
Cette identité introuvable est le premier signal d’une opération montée pour encaisser des abonnements sans laisser de traces. Une fiche d’alerte ScamDoc référence le domaine, et le croisement de nos vérifications techniques ne fait que renforcer le constat : derrière un nom à consonance professionnelle se cache une entité fantôme.
De 249 à 4 999 euros par mois : l’échelle des abonnements
Trade Scanner se présente comme une « académie » de trading : cours structurés, certificats, portail sécurisé, signaux de marché. La page « Packages » décline cinq niveaux d’abonnement mensuel : 249 euros, 499 euros, 999 euros, 2 499 euros et 4 999 euros. Le détail est plus parlant que les prix : le catalogue de cours est strictement identique d’un palier à l’autre, de l’offre d’entrée au « mentorat premium » à près de 5 000 euros par mois. Les mêmes modules reviennent partout (guide du débutant, guide avancé, cours sur les cryptomonnaies, livres numériques, configurations à forte probabilité, calendrier économique, signaux de marché), seule la durée d’étude affichée change. Le barème n’est pas construit pour différencier un service, il est calibré pour faire monter la facture mensuelle.
La vitrine affiche des chiffres flatteurs : « plus de 10 000 clients », « plus de 50 cours », « 98 % de progression », « accès communautaire 24 h/24 ». Ces statistiques sont impossibles à vérifier, et surtout invraisemblables au regard de la chronologie : le domaine existe depuis le 17 juin 2026, soit deux mois au moment de notre enquête. Deux mois pour réunir dix mille clients payants d’une formation au trading vendue plusieurs centaines d’euros par mois : aucun document, aucun témoignage vérifiable, aucune archive ne vient étayer le chiffre. Les trois témoignages de la page d’accueil sont signés de simples prénoms (« Ava M. », « Noah K. », « Liam R. ») sans photo, sans profil, sans aucune vérification possible.
La politique de remboursement confirme le mécanisme de prélèvement récurrent : les frais d’adhésion sont « entièrement acquis au paiement » et non remboursables, sauf pendant les quatre-vingt-dix premiers jours et à condition d’avoir visionné moins de la moitié des leçons. Autrement dit, l’argent versé est réputé gagné d’avance, et la fenêtre de remboursement se referme par la simple consommation des contenus. Les conditions générales portent la mention « dernière mise à jour : janvier 2026 », une date antérieure à la création du domaine : le texte a été repris d’un gabarit existant, sans même être daté correctement.
Un domaine de juin 2026, un registrar à bas coût, une identité technique empilée
Les données d’enregistrement publiques du nom trade-scanner.io indiquent une création le 17 juin 2026 chez TLD Registrar Solutions Ltd, un bureau d’enregistrement à bas coût fréquemment associé à des opérations sans contrôle d’identité renforcé, avec une expiration fixée à juin 2027 et des serveurs de noms Cloudflare. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine. L’infrastructure est intégralement protégée par l’écosystème Cloudflare (DNS, hébergement, réseau de diffusion, surveillance), ce qui rend impossible l’identification de l’hébergeur réel, et le certificat SSL, délivré par Google Trust Services, couvre le domaine et tous ses sous-domaines (certificat de type sauvage) pour une durée de quatre-vingt-dix jours seulement.
L’application repose sur une pile Laravel classique : formulaires de connexion et d’inscription, tableau de bord client, jetons de session et de protection CSRF sur chaque page. Côté navigateur, le site charge jQuery, Bootstrap, Font Awesome et un module de consentement aux cookies ; un outil de supervision d’erreurs (Bugsnag) est intégré, signe d’un développement soigné, sans rapport avec la légitimité de l’activité. Le courrier électronique passe par Microsoft 365. Nos outils techniques ont parcouru les pages accessibles : aucune archive du site n’existe dans les fonds d’archivage web, ce qui est cohérent avec un domaine récent qui n’a pas encore eu le temps d’être indexé ni archivé.
Des textes produits en série, protégés des outils qui les analysent
Notre analyse technique signale que les textes de la vitrine présentent une forte probabilité d’avoir été générés par intelligence artificielle : les formulations sont lisses, répétitives et sans aucune donnée concrète (« apprendre la structure du marché », « s’entraîner avec précision », « appliquer des protocoles stricts »). Le paradoxe est saisissant : le fichier robots.txt du site bloque les robots d’indexation des principaux systèmes d’intelligence artificielle (GPTBot, Claude Bot, Google Bard, Apple AI Bot, Meta External Bot, ByteDance) et refuse explicitement l’utilisation de ses contenus pour l’entraînement de modèles. Une plateforme qui se prétend bâtie sur la rigueur prend soin de se soustraire aux outils capables d’analyser ses textes, alors que ses pages sont elles-mêmes le produit d’une génération en série.
Ce réflexe d’évitement est un marqueur récurrent des vitrines frauduleuses : on cache la méthode de production, on masque l’hébergement, on empile les protections techniques, et on espère que le lecteur se contentera des promesses. La date des mentions légales, antérieure à la naissance du domaine, achève de démontrer que la boutique a été assemblée à partir d’éléments recyclés, sans aucun travail éditorial propre.
Dans une vidéo dédiée, Maître Caroline Willm, avocate au barreau de Paris, revient sur les recours ouverts aux victimes de faux investissements : indemnisation des victimes, recours précontentieux, protocole transactionnel, procédure pénale ou procédure civile, porter plainte et agir au tribunal. Elle détaille la marche à suivre concrète pour tenter de récupérer les sommes versées dans le cadre d’une escroquerie ou d’une arnaque financière, et rappelle l’importance de conserver chaque preuve dès les premiers échanges.
Vous avez souscrit un abonnement Trade Scanner : les démarches utiles
Si vous avez payé un abonnement à Trade Scanner, la première urgence est d’arrêter les prélèvements mensuels : contactez le support à l’adresse indiquée sur le site pour demander la résiliation, puis faites opposition auprès de votre banque sur les prélèvements récurrents au nom du marchand, en joignant la confirmation de résiliation. Conservez précieusement les relevés bancaires montrant chaque débit de 249 à 4 999 euros, les courriels de confirmation d’inscription et de paiement, et les captures d’écran de la page « Packages » et de votre espace client : ces éléments constituent le dossier de preuve. Méfiez-vous de la fenêtre de remboursement conditionnée au nombre de leçons visionnées : toute consommation du contenu peut servir de prétexte pour refuser un remboursement.
Ce type de montage rappelle d’autres plateformes récemment dénoncées par BrokerDefense : syntrix-fx.com conditionnait l’ouverture d’un compte de trading à des dépôts minimum de 10 000 à 100 000 euros, et keylinefinance.com promettait des rendements garantis toutes les 28 heures. Les deux vitrines combinaient elles aussi des chiffres fabriqués, une identité introuvable et une collecte calibrée pour faire grossir les versements. Pour les personnes ayant versé des fonds, une action en justice peut être envisagée : la page Le pénal / Porter plainte explique la procédure, et notre service d’aide aux victimes peut être contacté via la page demande d’assistance.
Les questions que se posent les abonnés de Trade Scanner
Le site n’apparaît pas encore sur les listes noires des régulateurs, mais les signaux sont concordants : société introuvable (forme juridique bulgare pour une adresse chypriote, aucun registre, aucun résultat web), statistiques invraisemblables pour un domaine de deux mois, catalogue identique à tous les paliers et textes produits en série. Le modèle de prélèvement mensuel récurrent, difficile à interrompre, en fait une opération de collecte à haut risque.
Écrivez au support du site pour demander la résiliation, puis faites opposition auprès de votre banque sur les prélèvements récurrents. Le remboursement n’est prévu que pendant les quatre-vingt-dix premiers jours et si vous avez visionné moins de la moitié des leçons : conservez toutes les preuves de paiement et les échanges, et n’attendez pas pour agir si vous souhaitez contester un débit.
Le catalogue de cours est identique de l’abonnement à 249 euros à celui à 4 999 euros par mois, seul le temps d’étude affiché change. Aucun résultat de trading vérifiable n’est démontré, les témoignages sont signés de simples prénoms sans profil, et l’analyse technique indique des textes générés en série. Rien ne permet d’établir que la formation apporte une valeur réelle.
Trade Scanner illustre une déclinaison récente de la collecte : au lieu d’un dépôt unique, un abonnement mensuel récurrent de 249 à 4 999 euros, facturé tant que la victime ne parvient pas à le résilier. L’entité affichée n’existe nulle part, les chiffres annoncés sont invérifiables et la vitrine est montée sur un domaine de deux mois, masquée derrière un empilement de protections techniques. Avant de souscrire le moindre abonnement à une formation ou à des signaux de trading, faites évaluer le site par BrokerDefense : quelques minutes de vérification permettent d’éviter des prélèvements qui se répètent chaque mois.


