Sommaire
- Onze semaines après, la ligne du 28 juillet n’a pas bougé
- Un dossier verrouillé jusqu’au 5 décembre, une zone sans adresse
- Le courrier, lui, part encore chez un hébergeur mutualisé
- Sept données personnelles dès le premier écran
- Contrôler le fichier, le registre, puis la fiche communautaire
- Ce que les victimes de ce nom nous demandent
Onze semaines après, la ligne du 28 juillet n’a pas bougé
Le fichier commun de l’AMF et de l’ACPR portait encore, ce 19 octobre 2026 au matin, la ligne « ecxtrade.com », rangée sous la qualification Forex et datée du 28 juillet 2026. L’export officiel publié à 6 h 30 UTC ce jour-là, qui compte 3 499 entrées, ne comporte aucun retrait pour ce nom : l’inscription qui avait motivé notre première enquête, publiée le 5 août, tient donc toujours, onze semaines plus tard.
La date de versement n’est pas anodine. Ce 28 juillet, douze lignes ont été ajoutées d’un seul coup, et elles se répondent deux à deux : client.quantx-group.com et quantx-group.com, act-capital.io et act-capital.cc, corsokane.org et client.corsokane.org, netixos.com et client.netixos.com, revexium.com, trxdynis.com avec sa variante www, trading.corso-web.com, puis ecxtrade.com. Huit marques, un même jour, et la même bascule entre un nom d’apex et un sous-domaine de connexion.
Six de ces marques ont déjà leur enquête sur ce site : client.quantx-group.com, act-capital.io, corsokane.org, netixos.com, revexium.com et trxdynis.com. Aucune n’est restée joignable bien longtemps, et le sort de netixos.com, gelé par son bureau d’enregistrement, montre comment ce type de dossier se termine.
Deux noms du lot méritent un détour, parce qu’ils partagent une pièce d’infrastructure. corsokane.org et corso-web.com sont délégués au même couple de serveurs de noms, jim et lindsey, celui qu’un compte unique se voit attribuer chez ce fournisseur de diffusion. Or corso-web.com ne porte plus, lui non plus, la moindre adresse ce 19 octobre. Les deux zones ont donc été montées et délaissées ensemble.
Dernière mise à jour : 19/10/2026
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Un dossier verrouillé jusqu’au 5 décembre, une zone sans adresse
Le dossier administratif du nom, lui, n’a pas été abandonné. Le nom a été déposé le 5 décembre 2015 et court jusqu’au 5 décembre 2026, chez GoDaddy. La plus récente modification inscrite au registre remonte au 30 janvier 2026, bien avant la coupure, et quatre protections y figurent, qui empêchent la suppression, le renouvellement, le transfert et la modification sans un acte explicite du titulaire. Le titulaire, lui, n’est pas nommé.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
En face de ce dossier entretenu, plus rien n’est servi. Interrogés ce jour, les serveurs de noms déclarés répondent et font autorité sur la zone : ils la connaissent, ils en publient l’enregistrement d’autorité, mais ils ne rendent aucune adresse, ni en version IPv4, ni en version IPv6. La variante www, le sous-domaine de connexion et celui de l’espace personnel ne résolvent pas davantage : ces noms n’existent plus dans la zone. Les deux plans se séparent donc nettement, registre conservé d’un côté, résolution éteinte de l’autre, et le retrait est un acte d’exploitation, pas une panne de résolveur.
Le certificat raconte la même bascule, avec une date. Celui que nous avions relevé début août, émis par Google Trust Services, couvrait le nom et tous ses sous-domaines, du 26 juillet au 24 octobre 2026. Il expire dans cinq jours, et il ne peut plus être renouvelé : sans adresse, aucun défi de validation ne peut aboutir. Une infrastructure qui cesse d’être joignable cesse aussi d’être certifiée, et c’est souvent le premier signe visible d’un démontage.
Le courrier, lui, part encore chez un hébergeur mutualisé
Une partie du nom reste pourtant vivante, et c’est la plus discrète. Deux relais de messagerie sont toujours déclarés, mx1 et mx2, chez un hébergeur mutualisé grand public, accompagnés d’une politique d’envoi qui renvoie vers le même prestataire et d’un jeton de vérification de domaine. Autrement dit, le courrier adressé à une boîte du type [email protected] est encore acheminé quelque part, alors que la vitrine, elle, n’existe plus.
La conséquence pratique est immédiate pour qui a été démarché sous ce nom : une adresse de courrier qui répond encore permet de relancer, de réclamer une pièce d’identité, de proposer un déblocage de fonds. C’est exactement le canal dont une campagne a besoin pour continuer après la fermeture du site. Il ne faut donc rien y envoyer : aucun justificatif de domicile, aucune copie de carte d’identité, aucun relevé de compte.
Cette combinaison, adresse web retirée et messagerie conservée, écarte deux lectures commodes. Il ne s’agit pas d’une radiation : le nom est enregistré, payé et verrouillé jusqu’en décembre. Il ne s’agit pas davantage d’une page d’attente monétisée : aucune place de marché n’a repris la zone. Quelqu’un a retiré les adresses et gardé la boîte.
Sept données personnelles dès le premier écran
La vitrine que nous avions décrite en août n’avait rien d’un courtier. Son formulaire d’ouverture de compte réclamait sept données : prénom, nom, pays de résidence, numéro de téléphone, adresse de courrier, mot de passe et confirmation du mot de passe. Aucune case de consentement, aucun renvoi vers une politique de confidentialité sur le formulaire lui-même. Sept champs, dont deux qui n’ont aucun usage commercial légitime à l’inscription, et qui suffisent à constituer un fichier de prospects revendable.
Derrière la page, notre analyse avait relevé un back-office exposé sans authentification, avec des routes de création, de clôture et de modification d’ordres, un panneau d’administration et un point d’accès réservé à la relève des données. La page de tableau de bord s’ouvrait sans compte. Une plateforme de courtage réelle ne laisse aucune de ces portes ouvertes, parce que l’ordre d’un client y est une opération financière, pas un formulaire.
La façade tenait au decorum : cours en direct des principales crypto-actifs, calendrier économique, glossaire du trader, rubrique de livres numériques, et une page « Regulations and Licences » qui ne renvoyait vers aucun agrément vérifiable. Notre relevé d’août comptait 61 technologies réparties dans 19 familles, dont plusieurs frameworks d’interface et un serveur applicatif sans rapport avec les métiers de la finance. Cet empilement décrit un assemblage, pas une salle de marché.
Aucune société, aucun dirigeant, aucune adresse postale, aucun numéro de téléphone n’était accessible. Une offre de courtage sans entité identifiable derrière elle ne relève pas d’un oubli de rédaction : elle relève d’une construction.
Contrôler le fichier, le registre, puis la fiche communautaire
Les contrôles utiles tiennent en trois gestes, et ils se font dans cet ordre.
- Le fichier des autorités. La liste noire de l’AMF et de l’ACPR porte, ce 19 octobre 2026, une entrée « ecxtrade.com » sous la qualification Forex datée du 28 juillet 2026. Une inscription à ce fichier signifie qu’aucune autorisation n’a été délivrée pour proposer des services d’investissement en France.
- Le registre du nom. Un nom déposé en 2015, verrouillé et payé jusqu’en décembre, qui ne porte plus aucune adresse depuis octobre, décrit un exploitant qui a fermé sa vitrine en gardant son bien. Un site inaccessible n’annule ni l’inscription, ni les versements.
- La réputation communautaire. La fiche d’évaluation de ecxtrade.com affiche ce jour un indice de confiance de 18 %, contre 1 % au moment de notre enquête. L’indice bouge, le sens reste le même : c’est un repère, jamais une conclusion.
Maître Goce Novakov, avocat au barreau de Paris, revient dans cet entretien sur une victoire totale obtenue à Paris dans un dossier d’escroquerie à l’investissement : une banque condamnée pour n’avoir pas surveillé les mouvements qu’elle exécutait a ouvert aux victimes une indemnisation complète, sur des virements passés par des comptes ouverts sous une fausse qualité.
Pour une personne ayant versé de l’argent sur cette plateforme, trois voies restent ouvertes : un signalement auprès de l’AMF, un dépôt de plainte, que nous détaillons étape par étape dans le guide consacré à la plainte après un versement, et la recherche de la faute commise par l’établissement qui a laissé partir les fonds. Côté pièces, rien d’exotique : relevés datés, confirmations de virement, échanges écrits avec les interlocuteurs du site, captures des écrans de dépôt, et le moindre courriel reçu depuis une adresse en @ecxtrade.com.
Ce que les victimes de ce nom nous demandent
Non. Une page qui s’éteint ne rend pas l’argent et ne fait pas disparaître les pièces du dossier. L’inscription au fichier commun, datée du 28 juillet 2026 et toujours en vigueur ce 19 octobre, reste le document à joindre à un signalement, avec les relevés de vos virements et les échanges que vous avez conservés.
Une ligne ne sort de ce fichier que si l’autorité qui l’a versée la retire, ce qui suppose en pratique une régularisation par un acteur identifié. Pour ce nom, aucune demande de ce type n’est visible : l’entrée figure dans l’export du 19 octobre 2026, et le nom n’a plus d’adresse web pour porter une quelconque activité. Fermer une machine ne fait pas disparaître une ligne publiée par un régulateur.
Conserver la trace du formulaire et des messages reçus, puis surveiller les relances : les sept champs demandés à l’inscription, dont le téléphone et le mot de passe, alimentent des campagnes de rappel et d’hameçonnage. Une boîte du domaine reçoit toujours du courrier alors que le site a disparu. Ne répondez pas aux relances et ne transmettez aucune pièce d’identité.
Le registre conserve le nom sous verrou jusqu’au 5 décembre 2026, et ces protections empêchent un transfert sans l’accord du titulaire. Un nom dont la zone a été vidée peut néanmoins être réactivé si son exploitant le décide, et un autre opérateur peut le reprendre après expiration. Une adresse qui se remet à répondre sous ce nom ne vaut donc pas réhabilitation de l’offre initiale.
Ecxtrade.com n’a plus de vitrine, mais il conserve tout ce qui compte dans un dossier de fraude : une inscription officielle toujours active, un nom verrouillé jusqu’en décembre, une messagerie qui achemine encore, et des personnes qui ont laissé leurs coordonnées ou viré des fonds entre juillet et octobre. Le silence du site ne clôt rien, il déplace simplement la difficulté, du démarchage vers la recherche des bénéficiaires.
BrokerDefense évalue chaque situation avant toute démarche : nature des versements, dates, coordonnées des interlocuteurs, pièces disponibles, et état du nom au registre. C’est elle qui fixe les recours à engager, et dans quel ordre.
Article réécrit le 19/10/2026


