Le régulateur prudentiel français maintient, au 18 septembre 2026, l’inscription de l’adresse [email protected] dans le registre consolidé des listes noires des autorités financières, sous le libellé « Usurpation Autorités » et sous celui de « Crédits livrets paiements assurances ». Cette inscription date du 15 juillet 2026 et n’a pas bougé depuis 65 jours. Pendant ce temps, le nom remboursement-assurfrance.com, dont la location a été réglée jusqu’au 7 mars 2027, ne dessert plus aucune page, ne dispose d’aucune messagerie active et n’a renvoyé aucune réponse aux trois tentatives de connexion menées le 18 septembre 2026. Le titre qu’il faut garder en tête est donc celui d’un dispositif qui a cessé de fonctionner techniquement tout en restant juridiquement inscrit au tableau de chasse du régulateur.
Sommaire
- L’ACPR vise une adresse, non un site, sous le libellé « Usurpation Autorités »
- Location réglée jusqu’en mars 2027 pour une zone vide
- Aucun certificat émis depuis le 29 mai, le dernier expiré le 27 août
- Le faux remboursement d’assurance, une mécanique qui tient à un seul courriel
- Ce qu’il reste à faire quand le nom ne répond plus
- Ce qu’on nous demande sur le courriel mis en cause
L’ACPR vise une adresse, non un site, sous le libellé « Usurpation Autorités »
Le 15 juillet 2026, le service Infoservice de l’Autorité bancaire européenne, qui consolide les listes publiées par l’ACPR et l’AMF, a intégré dans son registre l’adresse [email protected]. L’entrée est assortie de deux libellés, « Usurpation Autorités » d’une part et « Crédits livrets paiements assurances » d’autre part. Ce détail de forme mérite d’être lu avec attention : ce qui est inscrit n’est pas l’adresse d’un site internet, mais une adresse de courriel. L’autorité a donc ciblé le vecteur de contact utilisé par les escrocs, pas une page consultable dans un navigateur.
La distinction n’est pas anodine. Un site peut disparaître du réseau du jour au lendemain, ce qui rendrait l’inscription d’une URL potentiellement obsolète très vite. Une adresse de courriel, en revanche, peut être invoquée dans des messages frauduleux fabriqués et envoyés depuis n’importe quelle infrastructure, y compris des serveurs sans rapport avec le nom de domaine. Inscrire l’adresse elle-même, c’est cibler l’étiquette, celle qui figure dans le champ « De : » des courriels reçus par les victimes, quelle que soit l’origine réelle de l’envoi.
Le lot du 15 juillet 2026 contient dix-huit entrées au total. Dix-sept d’entre elles portent le libellé « Usurpation Professionnel », visant des adresses qui imitent des entreprises privées : on y trouve, entre autres, des adresses construites sur les noms de bpimanagement.online, de bpi-particulares.com, de bpibanks.com, de fivearrows.fr ou de fivearrows-gestion.com. Une seule entrée du même lot porte « Usurpation Autorités » : celle de l’adresse de ce dossier. Cette qualification signifie que les expéditeurs ne se sont pas contentés de singer une entreprise privée ; ils ont prétendu représenter une autorité publique ou para-publique du secteur financier. Le registre réserve ce libellé aux cas où l’usurpation monte d’un cran.
Le rapport public de confiance du nom corrobore cette lecture : il attribue un indice de 25 %, un score qualifié de faible et la mention « Vigilance requise », en relevant comme point négatif l’acquisition récente du nom. Il est consultable sous la fiche ScamDoc de remboursement-assurfrance.com.
Le nom de domaine remboursement-assurfrance.com a été déposé le 7 mars 2026, soit 195 jours avant la date de la présente mise à jour. L’article initial publié par BrokerDefense le 16 juillet 2026 présentait ce dossier sous l’angle de l’alerte du régulateur. Ce qui a changé depuis, c’est que le sort technique du nom est désormais tranché et datable avec précision, tandis que l’inscription au registre tient toujours.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
Pour accéder directement au registre officiel, rendez-vous sur les listes noires des autorités financières, où l’entrée reste consultable à ce jour.
Dernière mise à jour : 18/09/2026
Location réglée jusqu’en mars 2027 pour une zone vide
Le registrar du nom est Hostinger operations, UAB, identifié sous le numéro IANA 1636. Les signalements d’abus peuvent lui être adressés à l’adresse [email protected]. Le dépôt du nom remonte au 7 mars 2026 et son expiration est fixée au 7 mars 2027, ce qui représente encore 169 jours de location réglés au moment de nos vérifications. La fiche porte la mention « client transfer prohibited », un verrou qui empêche le nom d’être déplacé tant qu’il reste posé. La dernière modification enregistrée sur la fiche date du 22 avril 2026. Le titulaire réel est masqué derrière un service de protection de la vie privée : aucun nom, aucune adresse, aucun contact direct n’apparaît dans l’annuaire du registre.
Malgré cette location maintenue, la zone DNS publiée sous ce nom est entièrement vide de contenu utile. Nos vérifications n’ont relevé aucun enregistrement de type A sur le nom principal, aucun sur le sous-domaine www, aucun sur le sous-domaine mail. Il n’existe aucun enregistrement MX, ce qui signifie qu’aucun serveur de messagerie n’est désigné pour recevoir des courriels à destination de ce nom. Aucun enregistrement TXT n’est non plus déclaré : ni politique d’envoi SPF, ni clé DKIM, ni aucun autre indicateur de configuration. Les serveurs de noms déclarés sont les deux serveurs que l’hébergeur attribue par défaut, et le numéro de série publié par la zone est daté du 17 septembre 2026. La zone est donc encore rafraîchie mécaniquement côté hébergeur, mais elle ne contient rien de fonctionnel.
Le 18 septembre 2026, nos outils ont tenté trois connexions consécutives vers ce nom. Chacune s’est soldée par une absence totale de réponse. Aucun serveur ne prend le relais, aucune redirection n’est configurée, aucune page n’est servie.
L’absence de tout enregistrement MX appelle une observation technique importante. Si aucun serveur de messagerie n’est associé au nom, l’adresse [email protected] ne peut matériellement recevoir aucun courriel entrant. Elle n’existe donc pas comme boîte aux lettres fonctionnelle : une réponse envoyée par une victime à cette adresse partirait dans le vide. L’adresse ne sert qu’à être lue dans le champ expéditeur d’un message frauduleux fabriqué ailleurs et acheminé par une infrastructure distincte. C’est un indice technique fort : les opérateurs de ce dispositif n’ont jamais eu besoin de recevoir des réponses à cette adresse, parce que la suite du contact se fait par téléphone, à leur initiative.
Aucun certificat émis depuis le 29 mai, le dernier expiré le 27 août
Les journaux publics de certification révèlent deux titres successifs émis pour ce nom. Le premier, délivré par Let’s Encrypt sous l’autorité R12, a été émis le 7 mars 2026, soit le jour même du dépôt du nom, et était valable jusqu’au 5 juin 2026. Le second, toujours Let’s Encrypt mais sous l’autorité YR1, a été émis le 29 mai 2026, avec une validité courant jusqu’au 27 août 2026. Depuis cette date du 29 mai 2026, aucune nouvelle émission n’a été enregistrée.
Ce calendrier permet de dater avec précision la fenêtre d’activité technique du nom. Le premier certificat couvre la période de lancement, du 7 mars au début juin. Le second, émis quelques jours avant l’expiration du premier, signale que le site était encore opéré activement fin mai : quelqu’un a enclenché le renouvellement. Mais après cette date, plus rien. Le dernier titre de chiffrement a expiré le 27 août 2026, c’est-à-dire 22 jours avant nos vérifications du 18 septembre. Depuis lors, quand bien même un serveur aurait répondu, il n’aurait pu proposer aucune connexion sécurisée valide.
Ce qui distingue cette situation d’une simple disparition progressive, c’est la netteté de la coupure. Un opérateur qui abandonne progressivement un nom laisse habituellement traîner des certificats renouvelés par inertie, des enregistrements DNS partiels, des redirections obsolètes. Ici, la chronologie montre un arrêt net après le 29 mai 2026 : plus de renouvellement de certificat, plus de mise à jour de zone au sens d’un contenu utile. La date du 29 mai 2026 marque donc, selon toute vraisemblance, le moment où le dispositif a été abandonné par ceux qui le géraient, soit quelques semaines après l’essentiel des contacts frauduleux.
Le faux remboursement d’assurance, une mécanique qui tient à un seul courriel
Le schéma documenté pour cette famille de dossiers commence toujours par un courriel à l’apparence administrative. L’en-tête est soigné : le message annonce qu’un remboursement est dû à la victime, qu’il s’agisse de cotisations d’assurance trop perçues, de frais bancaires indûment prélevés, ou d’un trop-versé sur un livret réglementé. Le ton est officiel, la mise en page imite celle d’un document d’autorité, et le champ expéditeur affiche une adresse construite sur le nom « Assur France ».
C’est là que réside l’usurpation qualifiée par le libellé « Usurpation Autorités ». « Assur France » n’existe pas comme entité de régulation : les autorités compétentes dans le secteur assurantiel et financier français sont l’ACPR et l’AMF. En inventant ce nom, les opérateurs ont créé une pseudo-institution destinée à inspirer confiance, sur le modèle des organismes publics que les assurés connaissent vaguement sans pouvoir en vérifier l’existence précise.
Dès que la victime répond ou rappelle le numéro indiqué, un faux conseiller prend le relais. Il confirme le prétendu remboursement, rassure, et demande les coordonnées bancaires complètes pour « déclencher le virement ». Dans un second temps, sous prétexte de vérification d’identité, il peut solliciter l’identifiant bancaire complet. Les données ainsi collectées servent ensuite à des prélèvements non consentis, à des demandes de crédit frauduleuses, ou à des virements. La victime ne découvre le préjudice que plusieurs jours plus tard, en consultant ses relevés.
Ce mode opératoire n’est pas isolé. Le dossier empruntim.fr, publié le 31 août 2026, documente une adresse de crédit épinglée par les mêmes listes sans qu’aucune page ne soit accessible sous ce nom. Le dossier pva-assurance.com, publié le 12 mai 2026, concerne une adresse d’assurance usurpant l’ACPR selon un schéma très proche. Dans les deux cas, comme ici, c’est l’adresse de courriel qui constitue le seul vecteur visible du dispositif, et non un site accessible dans un navigateur.
Ce qu’il reste à faire quand le nom ne répond plus
Dans l’entretien reproduit plus bas, Maître Michel Orsini, avocat dont l’exercice relève d’un ressort parisien, revient sur la responsabilité engagée dans les affaires d’escroquerie financière et sur ce que les victimes peuvent faire valoir.
Le fait que le nom remboursement-assurfrance.com ne réponde plus à aucune connexion ne clôt pas la situation des personnes qui ont reçu le courriel frauduleux, et moins encore de celles qui ont communiqué des informations bancaires. La première règle est de ne pas répondre au courriel, même si l’envie de demander des explications est forte : l’adresse ne reçoit rien, et toute tentative de réponse ne ferait que confirmer que l’adresse de destination est active.
Si des coordonnées bancaires ont déjà été transmises, le plus urgent est d’appeler sa banque sans délai pour signaler la situation et demander la mise en opposition des moyens de paiement concernés. Un relevé de compte récent doit être consulté immédiatement afin de repérer tout mouvement non reconnu, même de faible montant, qui pourrait signaler une première tentative de prélèvement destinée à tester la validité des données collectées.
Il est également indispensable de conserver les en-têtes techniques complets des courriels reçus, pas seulement le corps du message. Ces en-têtes contiennent les adresses IP des serveurs qui ont effectivement transmis le message et permettent de remonter vers l’infrastructure réelle, distincte de l’adresse affichée dans le champ expéditeur. Les relevés bancaires montrant des mouvements consécutifs à la date du contact constituent des pièces essentielles à réunir dès à présent.
Pour comprendre comment se prépare une action devant la juridiction pénale dans ce type de dossier, consultez notre page sur les pièces qu’exige le dépôt d’une plainte au pénal.
Ce qu’on nous demande sur le courriel mis en cause
Les questions qui nous parviennent sur ce dossier portent principalement sur trois points : la persistance du nom malgré l’absence de toute page accessible, la portée exacte de l’inscription au registre, et les réflexes à adopter quand des données bancaires ont déjà été communiquées. Le bloc ci-dessous rassemble les réponses les plus fréquemment demandées.
La location d’un nom de domaine et son utilisation effective sont deux choses distinctes. Une fois réglée, la période de réservation court jusqu’à son terme, que le nom soit utilisé ou non. Ici, le paiement couvre la période jusqu’au 7 mars 2027, mais aucune infrastructure n’est connectée à ce nom : ni serveur web, ni serveur de messagerie, ni aucun enregistrement DNS utile. Le nom existe dans les registres, il est facturé, mais il ne dessert rien. Cette situation peut résulter d’un abandon précipité après les opérations frauduleuses, sans que les escrocs aient jugé utile de résilier la location.
Cela signifie que l’autorité a ciblé le vecteur réellement utilisé pour contacter les victimes. Une adresse de courriel peut être invoquée dans des messages envoyés depuis n’importe quel serveur, sans que le nom de domaine correspondant soit lui-même accessible. Inscrire l’adresse [email protected] permet d’alerter sur l’étiquette qui apparaît dans la boîte de réception des destinataires, indépendamment du fait que le site soit accessible ou non. Pour une personne qui reçoit un courriel arborant cette adresse, l’inscription suffit à caractériser le risque.
Il faut contacter sa banque sans attendre pour signaler la communication de données et demander les mesures de blocage adaptées aux moyens de paiement concernés. Il convient ensuite de rassembler les preuves disponibles : le courriel reçu avec ses en-têtes techniques complets, les échanges téléphoniques si des notes ont été prises, et les relevés bancaires couvrant les semaines suivant le contact. Ces éléments seront nécessaires pour toute démarche ultérieure, qu’il s’agisse d’une réclamation adressée à la banque ou d’une plainte déposée. Ne pas attendre l’apparition d’un prélèvement pour agir : les données collectées peuvent être utilisées avec un décalage de plusieurs semaines.
Les personnes qui ont reçu un courriel signé d’une prétendue autorité nommée « Assur France », promettant un remboursement de cotisations ou de frais bancaires, et qui ont communiqué des coordonnées avant de constater des mouvements inexpliqués sur leurs comptes, se trouvent dans une situation où chaque jour compte pour limiter le préjudice. Le nom remboursement-assurfrance.com ne répond plus, mais l’inscription du régulateur reste publiée et les pièces collectées dès maintenant gardent toute leur valeur pour la suite. Ce dossier se relit d’abord à partir des courriels conservés, avant toute démarche plus lourde.
Contactez notre service d’aide aux victimes
Article réécrit le 18/09/2026


