Kraken-ai.net arnaque : l’AMF fiche une adresse, le nom gelé

Une adresse de courriel fichée pour usurpation, un nom déjà suspendu

Le 6 mai 2026, l’AMF a inscrit dans son fichier des acteurs non autorisés non pas une enseigne commerciale ni une société identifiée, mais une adresse de courriel construite directement sur le domaine, au format pré[email protected]. La qualification retenue est « Usurpation ». Le lendemain, 7 mai 2026, le fichier commun ACPR/AMF reprenait la même adresse sous le double libellé « Usurpation Professionnel ». Dans les deux cas, la colonne réservée aux dénominations sociales est restée vide : aucune société n’a pu être rattachée à cette adresse, ce qui constitue déjà un signal caractéristique des opérations de démarchage destinées à brouiller les pistes.

La fiche nominative elle-même rappelle qu’aucune autorisation n’a été accordée à l’acteur ainsi désigné pour intervenir sur le marché français. Cette mention, associée à l’absence de toute dénomination sociale, indique que les autorités ont agi sur la seule base de l’adresse utilisée pour démarcher des épargnants, sans qu’une structure juridique ait pu être identifiée derrière elle.

Un mois environ après ces inscriptions, le nom kraken-ai.net avait cessé de répondre. Au moment du relevé du 7 octobre 2026, le domaine ne résout plus vers aucune adresse IP, ne dispose d’aucun enregistrement de messagerie actif et ne présente aucun enregistrement de serveur de noms fonctionnel. Le registre le montre placé en état de gel, assorti d’interdictions de suppression, de renouvellement, de transfert et de mise à jour. La vitrine qui répondait jadis est aujourd’hui injoignable par quelque voie technique que ce soit.

Dernière mise à jour : 07/10/2026

Le dépôt d’octobre 2025, un gel au registre et une échéance repoussée

Le relevé du registre effectué le 7 octobre 2026 révèle que le nom kraken-ai.net a été créé le 1er octobre 2025, soit environ sept mois avant les inscriptions régulatrices françaises. Son échéance contractuelle a depuis été repoussée au 1er octobre 2027, et la dernière écriture enregistrée date du 2 octobre 2026, soit quelques jours avant la consultation. Cette dernière modification coïncide avec la mise en place du statut de gel, désigné dans les données du registre sous le libellé clientHold.

Ce statut de gel s’accompagne de quatre verrous cumulatifs : interdiction de supprimer le nom, interdiction de le renouveler, interdiction de le transférer vers un autre bureau d’enregistrement, interdiction d’en modifier les paramètres. En pratique, le nom est maintenu figé dans l’état où il se trouvait au moment du gel, sans que son titulaire puisse en reprendre le contrôle ni retirer les traces administratives déjà portées.

Le dépôt du nom est tenu par la société PDR Ltd, qui se présente sous la marque commerciale PublicDomainRegistry.com. Le pays déclaré au registre est les Pays-Bas. Le titulaire réel reste masqué derrière un service de confidentialité, de sorte qu’aucune identité n’est accessible à partir des données publiques. Les serveurs de noms associés au nom portent les préfixes dns10 et dns11 ; ce sont des serveurs d’attente rattachés au bureau d’enregistrement lui-même, qui ne servent aucun contenu.

Les journaux publics de certificats conservent la trace de sept certificats émis pour ce domaine : trois le 24 mai 2024 et quatre le 26 janvier 2026. Les plus anciens de ces certificats précèdent la date d’enregistrement aujourd’hui portée au registre, signe que le nom avait déjà servi avant le dépôt d’octobre 2025, et une nouvelle série a été produite en janvier 2026, quelques mois avant les alertes régulatrices. Vingt-trois captures publiques ont été conservées, toutes réalisées entre le 25 mai et le 22 juin 2024, période au cours de laquelle la vitrine était accessible.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Aucune résolution, sept certificats, vingt-trois copies publiques

L’absence totale de résolution au moment du relevé du 7 octobre 2026 signifie que le nom ne peut plus être joint par un navigateur, un serveur de messagerie ou tout autre système cherchant à le contacter. Cette situation est distincte d’une simple fermeture de serveur : le gel au registre empêche également toute remise en service ou tout transfert vers un nouvel opérateur.

Les sept certificats relevés dans les journaux publics constituent des traces techniques indépendantes du registre. Ils établissent que le nom a été associé à au moins deux vagues d’activité distinctes, l’une au printemps 2024 et l’autre en janvier 2026. En revanche, ils ne permettent pas de déterminer qui a commandé ces certificats ni quels contenus étaient servis à chaque période.

Les vingt-trois copies publiques conservées entre le 25 mai et le 22 juin 2024 constituent la source documentaire principale sur ce que la vitrine affichait : une plateforme d’investissement liée à l’intelligence artificielle. Ces captures établissent l’existence du site à cette date, mais elles ne renseignent pas sur l’identité des personnes qui l’exploitaient. Quant au registre des sociétés britannique, il ne recense aucune société portant ce nom, ce qui ferme une piste d’identification supplémentaire.

Le nom de Kraken emprunté, sans aucun lien avec la plateforme

La plateforme d’échange de cryptomonnaies accessible à l’adresse kraken.com est la victime de la reprise opérée par kraken-ai.net. Aucun lien n’existe entre cette plateforme légitime et le site décrit dans ce dossier, et elle n’est à aucun titre mise en cause. Emprunter un nom aussi reconnu dans l’univers des cryptomonnaies visait à instiller une confusion dans l’esprit des épargnants contactés, en suggérant une proximité inexistante avec un acteur régulé et identifiable.

Le mode opératoire reposait sur des adresses de démarchage construites au format pré[email protected], présentées à des épargnants potentiels comme les coordonnées de conseillers personnels. La vitrine, accessible pendant la période documentée par les copies publiques, mettait en avant des rendements associés à l’intelligence artificielle, ressort fréquent dans ce type de fraude pour justifier des promesses de gains élevés.

Le fichier des acteurs non autorisés que l’AMF publie porte ce libellé depuis le 6 mai 2026. La liste publique des domaines non approuvés que tient la CySEC, consultée le 7 octobre 2026, ne reprend pas ce nom : la démonstration s’appuie donc ici sur les inscriptions françaises, vérifiables le jour du relevé.

Le rapport public de réputation de kraken-ai.net range ce nom parmi les acteurs à indice de confiance faible, à hauteur de 25 pour cent. Cet indice porte sur le comportement technique observé du nom et ne constitue en aucun cas une autorisation d’exercer une activité financière : il conforte, par une source distincte, l’appréciation déjà portée par les régulateurs français.

Deux dossiers comparables, deux marques crypto reprises

La technique qui consiste à ficher une adresse de courriel construite sur un domaine imitateur plutôt qu’une société identifiée n’est pas propre à ce dossier. Notre dossier sur pendoxa.com décrit un cas très proche : c’est l’adresse [email protected] qui a été inscrite par l’AMF, tandis que la vitrine se présentait comme opérée par CoinShares, société crypto réelle et parfaitement étrangère à cette opération.

Le même schéma, appliqué cette fois au nom de SwissBorg, se retrouve dans notre dossier sur swissborg.com-accesprive.app, dont l’adresse imitatrice a été fichée par les autorités le 4 septembre 2026. Dans les trois cas, la marque empruntée appartient à un acteur légitime du secteur des cryptomonnaies, et l’adresse de démarchage est construite pour faire croire à une affiliation qui n’existe pas.

Ce qu’une victime peut encore réunir après un versement

Si des fonds ont été versés à la suite d’un contact établi via une adresse au format pré[email protected], via un formulaire du site ou par tout échange de messagerie avec de prétendus conseillers se réclamant de cette plateforme, plusieurs pièces sont indispensables pour toute démarche ultérieure. Il convient de rassembler sans délai les confirmations de virement, les relevés de compte correspondant aux dates des transferts, l’intégralité des échanges écrits avec les interlocuteurs, ainsi que toute copie de pièce d’identité transmise lors d’une prétendue procédure d’ouverture de compte.

Des captures du tableau de bord affiché par la vitrine pendant qu’elle était encore accessible peuvent également s’avérer utiles : elles documentent les soldes affichés et les opérations présentées comme réalisées, éléments que les opérateurs de ce type de fraude font généralement disparaître dès que le nom est gelé. Si ces captures n’ont pas encore été réalisées, il est encore possible de les retrouver parmi les vingt-trois copies publiques conservées entre le 25 mai et le 22 juin 2024.

Pour transformer ces pièces en dossier pénal structuré, consulter les étapes concrètes d’un dépôt de plainte pour escroquerie permet de comprendre les exigences de forme, les juridictions compétentes et les délais à respecter pour ne pas compromettre l’action.

Une condamnation d’une banque prononcée par la Cour d’appel change sensiblement le rapport de force pour les victimes d’escroquerie cherchant à obtenir réparation : Maître Goce Novakov, avocat immatriculé à Paris, revient sur ce précédent et explique concrètement ce qu’il ouvre comme possibilités pour ceux qui ont laissé des fonds entre les mains d’opérateurs non autorisés.

Réponses aux questions des victimes de kraken-ai.net

Les questions qui reviennent le plus souvent portent sur le lien avec la vraie plateforme Kraken, sur les raisons du gel du nom et sur les perspectives de récupération des sommes versées. Les éléments réunis dans ce dossier permettent d’y répondre précisément.

kraken-ai.net est-il lié à la vraie plateforme Kraken ?

Non, aucun lien n’existe entre kraken-ai.net et kraken.com. La plateforme d’échange de cryptomonnaies accessible à kraken.com est la victime de cette reprise de nom et n’est à aucun titre impliquée dans les agissements décrits. Les opérateurs de kraken-ai.net ont simplement emprunté ce nom pour inspirer une confiance injustifiée aux épargnants démarchés.

Pourquoi le domaine kraken-ai.net est-il gelé et non supprimé ?

Le gel, désigné sous le statut clientHold au registre, a été appliqué avec quatre interdictions cumulatives : suppression, renouvellement, transfert et mise à jour. Ce mécanisme permet aux autorités et aux enquêteurs de conserver les traces administratives du nom dans l’état où il se trouvait au moment de la décision, sans que son titulaire puisse en retirer les données ni le réutiliser sous une autre configuration.

Peut-on encore récupérer des fonds versés à kraken-ai.net ?

La récupération dépend du canal utilisé pour le virement, de la traçabilité des fonds et du délai écoulé. Les inscriptions de l’AMF et de l’ACPR constituent des preuves régulatrices immédiatement exploitables dans une plainte pénale pour escroquerie. Réunir sans attendre confirmations de virement, relevés de compte et échanges avec les prétendus conseillers augmente les chances d’aboutir, quel que soit le recours envisagé.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Article réécrit le 07/10/2026

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