Au 4 octobre 2026, la vitrine point-bank.co.uk se présente comme une banque de commerce international spécialisée dans le financement des échanges mondiaux. Pourtant, sa propre page « Investments » stipule noir sur blanc qu’elle ne relève pas de la régulation de la Financial Conduct Authority du Royaume-Uni et qu’elle refuse toute relation avec des résidents britanniques ou des sociétés immatriculées au Royaume-Uni.
Le paradoxe est saisissant : l’entité qui exploite cette vitrine est elle-même immatriculée en Angleterre et au pays de Galles depuis 2006, sous le numéro 06006006, et propose des lettres de crédit documentaires, des garanties financières et des investissements, tout en s’excluant du régulateur compétent sur son propre territoire. Nos investigations menées le 4 octobre 2026 visent à documenter ce dispositif dans sa globalité.
Sommaire
- Fondée en 2006, une société britannique hors du contrôle de la FCA
- Londres, Nicosie : plusieurs adresses pour une même société
- Un nom passé chez Cloudflare en février 2026
- Des lettres de crédit et un accès SWIFT sans licence bancaire
- Le registre du nom : ce qu’une recherche permet d’établir
- Réunir les pièces utiles avant toute démarche
- Point Bank : ce qu’il faut savoir avant de s’engager
Fondée en 2006, une société britannique hors du contrôle de la FCA
Le registre britannique des sociétés liste POINT BANK LTD sous le numéro 06006006, créée le 22 novembre 2006, avec pour activité déclarée le code 64999, soit « autres activités de services financiers ». La société figure toujours comme active à la date de nos constats techniques. Jusqu’ici, rien d’inhabituel : des milliers d’entités exercent dans ce secteur sous ce code.
Ce qui distingue ce cas, c’est la déclaration que la vitrine elle-même affiche sur sa page dédiée aux placements. En refusant toute supervision de la FCA et en repoussant les clients résidants britanniques, l’exploitant s’affranchit publiquement du cadre réglementaire du pays dans lequel la société est constituée. Or aucune licence bancaire ni aucun agrément en qualité d’établissement de paiement ne ressort de nos recherches dans les registres compétents.
La coexistence d’attributs de légitimité et d’une mise à l’écart du régulateur n’est pas propre à cette vitrine. Nos travaux sur le dossier consacré à un clone d’établissement agréé décrivent un montage de même nature. Celui d’une enseigne de financement du commerce rappelle, de son côté, que les instruments du négoce international servent fréquemment de décor à ce type de dispositif.
Dernière mise à jour : 04/10/2026
Londres, Nicosie : plusieurs adresses pour une même société
La vitrine point-bank.co.uk affiche simultanément trois localisations distinctes, sans jamais expliquer leur articulation. La page Contact reproduit l’adresse du siège social déclaré au registre : 202 Liverpool Road, Londres N1 1LE. C’est l’adresse officielle de POINT BANK LTD.
Une seconde adresse, présentée comme lieu de correspondance, situe l’opérateur à Nicosie, au 25 Michalakopoulou Street, bureau 303, code postal 1075, à Chypre. La présence d’une adresse chypriote dans un dispositif financier invoquant le commerce international mérite attention : Chypre est connue pour la densité de ses structures d’intermédiation financière, et une simple adresse de bureau ne constitue pas une preuve d’ancrage opérationnel.
Une troisième référence géographique apparaît dans la politique de confidentialité de la vitrine : 9 Mallow Street, Londres EC1Y 8RQ, assortie d’un numéro de téléphone à indicatif britannique. Trois adresses pour une même entité, sans hiérarchie claire entre elles : ce foisonnement rend difficile toute démarche visant à identifier un interlocuteur responsable et joignable. Pour quiconque souhaite contester une opération ou réclamer le remboursement de fonds, cette dispersion géographique constitue un obstacle concret.
Un nom passé chez Cloudflare en février 2026
Nos relevés de l’annuaire du registre du nom de domaine point-bank.co.uk indiquent une date d’enregistrement initiale au 21 mars 2019, avec une échéance fixée au 21 mars 2027. Des archives publiques attestent toutefois de la présence de ce nom sur le réseau dès décembre 2009, ce qui suggère une continuité bien antérieure à l’enregistrement actuel, possiblement à la suite d’un ou plusieurs transferts.
Justement, nos investigations ont relevé un événement de transfert daté du 10 février 2026, suivi d’une dernière modification du dossier le 19 février 2026. Le bureau d’enregistrement est désormais Cloudflare, Inc., dont le siège se trouve à San Francisco. L’identité du titulaire est masquée, conformément à une pratique répandue mais qui prive tout enquêteur ou lésé d’un point de contact direct.
Sur le plan de l’infrastructure, la vitrine est diffusée derrière le réseau de distribution de Cloudflare, à travers les adresses 188.114.96.3 puis 188.114.97.3. Le serveur web utilisé est LiteSpeed, et le contenu repose sur le système de gestion WordPress, avec un module de référencement Yoast actif. La racine du domaine redirige vers le sous-domaine www. Le chiffrement de la liaison s’appuie sur un certificat dont l’émetteur est Google Trust Services, avec une validité courant du 3 septembre au 2 décembre 2026 selon nos relevés. Ce document atteste que la liaison est chiffrée ; il ne renseigne en rien sur l’identité ou la régularité de l’exploitant.
Des lettres de crédit et un accès SWIFT sans licence bancaire
La vitrine revendique la fourniture de lettres de crédit documentaires, de lettres de crédit stand-by (SBLC), de garanties financières et de produits d’investissement. Elle mentionne également un accès au réseau interbancaire SWIFT, protocole de messagerie utilisé dans les transferts internationaux entre établissements agréés.
Or l’accès au réseau SWIFT est subordonné à une adhésion rigoureuse, instruite par les établissements correspondants, eux-mêmes soumis à des exigences de conformité strictes. La simple mention de SWIFT dans une vitrine commerciale ne constitue pas la preuve d’une connectivité réelle à ce réseau. De même, l’émission de lettres de crédit documentaires ou de garanties financières relève, dans la quasi-totalité des juridictions, d’activités réservées aux établissements de crédit agréés.
Aucune licence bancaire ni aucun agrément d’établissement de paiement n’est revendiqué sur la vitrine, et nos constats techniques n’ont pas permis d’en localiser dans les registres compétents. La page « Investments » écarte elle-même la FCA, sans désigner de régulateur de substitution. Les instruments proposés sont donc présentés dans un vide réglementaire déclaré.
Le registre du nom : ce qu’une recherche permet d’établir
L’enregistrement du nom point-bank.co.uk présente plusieurs caractéristiques que nos investigations ont documentées : transfert récent chez un bureau d’enregistrement américain, identité du titulaire masquée, statut « transfert interdit » actif. Ces éléments ne constituent pas, pris isolément, des preuves d’irrégularité, mais leur conjonction mérite d’être notée par toute personne souhaitant évaluer la solidité de l’entité.
Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.
S’agissant des listes de mise en garde, aucune inscription au nom de point-bank.co.uk n’apparaît dans les listes consultées le 4 octobre 2026. Cette absence ne vaut en aucun cas reconnaissance d’un statut autorisé ni validation des activités décrites sur la vitrine. Pour toute vérification complémentaire, vous pouvez consulter la page que le régulateur français consacre aux mises en garde, qui recense les entités identifiées comme préoccupantes par l’Autorité des marchés financiers.
Réunir les pièces utiles avant toute démarche
Dans son intervention, Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate exerçant sous l’ordre des avocats de Paris, détaille la charge de la preuve qui pèse sur l’établissement teneur de comptes, un point central pour quiconque a déjà transféré de l’argent à une entité se présentant comme une banque.
Si vous avez réalisé un virement vers point-bank.co.uk ou vers l’une des adresses associées à POINT BANK LTD, la priorité est de rassembler l’ensemble des traces écrites : confirmations reçues par messagerie, ordres de paiement, relevés de compte attestant des débits, captures des pages de la vitrine au moment de la transaction. Ces éléments conditionnent la solidité de tout recours ultérieur, qu’il soit civil ou pénal. Pour comprendre les recours ouverts devant la juridiction répressive, nous vous renvoyons à la section dédiée de ce site.
Signaler les faits à la fois à votre établissement bancaire d’origine et à la plateforme nationale de signalement des fraudes renforce votre dossier. Le fait que la société soit immatriculée au Royaume-Uni et que la vitrine revendique des transactions SWIFT donne par ailleurs matière à saisir les autorités britanniques compétentes, dont l’Action Fraud, le service national de signalement des fraudes financières au Royaume-Uni.
Point Bank : ce qu’il faut savoir avant de s’engager
La configuration documentée par nos investigations présente plusieurs signaux qui, réunis, justifient une vigilance élevée. Une société immatriculée au Royaume-Uni depuis 2006, exploitant une vitrine de financement du commerce international, qui déclare elle-même échapper à la supervision de la FCA et exclut les clients britanniques : cette auto-exclusion réglementaire est rare et mérite une explication que la vitrine ne fournit pas.
Les trois adresses géographiques non hiérarchisées, le transfert récent du nom chez un bureau d’enregistrement américain et l’absence de toute licence bancaire vérifiable complètent ce tableau. À cela s’ajoute l’offre de produits financiers complexes, lettres de crédit et garanties, dont l’émission suppose, dans les grandes juridictions financières, une autorisation que rien ne vient étayer ici.
Point Bank LTD est bien immatriculée en Angleterre et au pays de Galles sous le numéro 06006006, avec pour activité déclarée les services financiers divers (code 64999). Aucune licence bancaire ni agrément d’établissement de paiement n’est revendiqué sur la vitrine point-bank.co.uk, et nos investigations n’en ont pas localisé dans les registres compétents. La vitrine déclare elle-même ne pas relever de la régulation de la Financial Conduct Authority du Royaume-Uni.
La page « Investments » de la vitrine exclut explicitement les résidents britanniques et les sociétés immatriculées au Royaume-Uni, tout en se déclarant hors du champ de la FCA. Cette configuration permet à une entité constituée en droit britannique d’offrir des instruments financiers sans soumettre ses opérations au contrôle du régulateur de son propre pays, ce qui constitue l’anomalie centrale documentée par nos investigations.
Il convient de rassembler sans délai toutes les traces disponibles : ordres de virement, messages reçus de la vitrine, relevés bancaires et captures des pages consultées au moment de la transaction. Ces pièces sont indispensables pour toute réclamation auprès de votre banque et pour tout signalement aux autorités, notamment l’Action Fraud au Royaume-Uni ou la plateforme nationale de signalement en France. Un avocat spécialisé pourra évaluer les recours civils et pénaux envisageables.
Article réécrit le 04/10/2026


