Gryphon Capital arnaque : le faux courtier blacklisté par l’AMF a disparu

Cinq jours avant la publication de l’enquête BrokerDefense, l’Autorité des marchés financiers inscrivait gryphoncapital.co sur sa liste noire des acteurs non autorisés : c’était le 12 mars 2025. Cette inscription, que l’article d’origine ne mentionnait pas, figure toujours dans les registres de l’AMF en septembre 2026, alors que le domaine lui-même a disparu de tous les fichiers d’enregistrement.

Le 12 mars 2025, l’AMF inscrivait gryphoncapital.co sur sa liste noire

La page dédiée de la liste noire de l’AMF le confirme sans ambiguïté : gryphoncapital.co y figure sous le libellé « Forex », avec la date du 12 mars 2025. L’enquête BrokerDefense avait été publiée le 17 mars 2025, soit cinq jours plus tard. L’inscription précédait donc l’enquête, sans que rien ne permette d’établir un lien de causalité entre les deux ; la page AMF reste accessible en septembre 2026.

Le même jour, l’AMF inscrivait wiitrader.com, une autre plateforme de trading que BrokerDefense documentait également le 17 mars 2025. La concomitance est documentée : même date d’inscription à l’AMF, même date de publication de l’enquête ; aucun élément ne permet d’affirmer que les deux sites étaient exploités par le même opérateur. Aujourd’hui, wiitrader.com reste enregistré auprès d’un registraire mais ne sert plus qu’une page de parking, quand gryphoncapital.co a, lui, été effacé du registre des .co.

Dernière mise à jour : 06/09/2026

Une vitrine de trading multilingue aux promesses standardisées

Les captures archivées entre mai 2024 et mars 2025 montrent une vitrine soignée, disponible en français, anglais, allemand, espagnol et italien. Gryphon Capital s’y présentait comme un « environnement de trading idéal » offrant « une expérience d’investissement universelle avec un courtier éprouvé ». La plateforme mise en avant était un WebTrader accessible depuis le navigateur, sans téléchargement, avec des rubriques « Société », « Documents » et « Soutien », ainsi que des boutons Connexion, Inscription et Portail clients. Les actifs proposés couvraient le Forex (EUR/USD, USD/CHF, GBP/USD), des actions (Facebook, Apple, Tesla), des indices (Dow Jones, S&P 500, Japan225) et des matières premières (Sucre, Cacao, Coton). Quatre fonctionnalités étaient vantées : études de marché, formation, accès aux marchés et actualités financières.

Le site reposait sur WordPress, construit avec Elementor, avec un formulaire de contact géré par un plugin standard. La présentation était celle d’un courtier établi, avec une interface professionnelle et une navigation fluide. Rien, à première vue, ne trahissait immédiatement l’absence totale de substance derrière cette façade.

Quatre paliers de dépôt, un programme de parrainage, aucune identité vérifiable

La structure commerciale de Gryphon Capital suivait un modèle classique des fausses plateformes de trading : quatre paliers de comptes calibrés pour encourager des versements croissants. Le compte Start réclamait un dépôt minimal de 250 dollars, avec un levier jusqu’à 1:20 ; le compte Medium montait à 5 000 dollars (levier 1:50) ; le Classic à 20 000 dollars (1:80) ; et le Diamond à 50 000 dollars, avec un levier annoncé de 1:100. La taille minimale des ordres était fixée à 0,1 lot. Un programme de parrainage complétait le dispositif, promettant des « bonus en espèces » pour toute personne recrutée par un client existant, une mécanique bien connue pour étendre le recrutement de victimes.

En revanche, aucune société identifiable ne se trouvait derrière cette vitrine : pas d’adresse physique, pas de dirigeant nommé, pas de numéro d’immatriculation, pas d’autorité de régulation citée, pas de numéro de téléphone. L’adresse électronique fournie était générique, et le formulaire de contact constituait la seule coordonnée pratique proposée aux utilisateurs. L’absence totale d’identité juridique n’est pas une lacune : c’est un trait constitutif de ces montages, qui disparaissent sans laisser de prise légale.

Des textes recopiés sans relecture et une statistique absurde

Un détail révèle mieux que tout le caractère industriel de la vitrine : parmi les statistiques affichées sur la version française du site, figurait la mention « 0 % des transactions de nos clients sont fructueuses chaque année ». La version anglaise énonçait de même : « 0% of all trades of our clients are successful annually ». Une plateforme qui se présente comme un « courtier éprouvé » et promet des gains à ses clients affichait ainsi, noir sur blanc, que la totalité de leurs transactions aboutissaient à un échec. Le chiffre est absurde, et sa présence trahit un texte recopié d’un gabarit multilingue sans qu’aucun opérateur humain ne se soit soucié de le relire ou de le corriger.

Les images utilisées sur le site étaient génériques, sans lien avec une équipe, des locaux ou une histoire d’entreprise réelle. L’ensemble (textes, visuels, structure) correspondait à un modèle préfabriqué déployé à moindre coût, conçu pour convaincre rapidement plutôt que pour résister à un examen attentif.

En septembre 2026, gryphoncapital.co ne figure plus dans le registre des .co

L’historique des archives permet de dater précisément les étapes de la disparition. La vitrine complète était encore accessible le 9 mars 2025, soit trois jours avant l’inscription à l’AMF. Les pages françaises, y compris les rubriques /fr/news et /fr/referral-program, étaient toujours en ligne le 19 mars 2025, deux jours après la publication de l’enquête BrokerDefense. Dès le 28 mars 2025, le domaine ne servait plus qu’une page affichant « Loading… », sans contenu. En mai 2025, les captures ne montraient plus que des éléments graphiques génériques associés à la suspension ou au dépôt d’un nom de domaine. Aucune capture ne suivra.

En septembre 2026, l’état du nom est sans appel : le domaine ne répond plus, et aucune fiche d’enregistrement ne subsiste dans le registre des .co. Aucune fiche d’enregistrement ne subsiste pour ce nom : il a été effacé du registre des .co, sans que la date exacte de cette radiation soit connue. Ce sort contraste avec celui de wiitrader.com, inscrit par l’AMF le même jour et documenté par BrokerDefense le même jour : ce dernier reste enregistré jusqu’en août 2027 mais ne sert plus qu’une page de parking, preuve que les trajectoires post-blacklist peuvent diverger. Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Des fausses plateformes de trading documentées depuis des années

Gryphon Capital n’était pas un cas isolé dans le calendrier de mars 2025. Immediate Apex, une autre vitrine de trading dénoncée le même jour par BrokerDefense, est également hors ligne aujourd’hui ; l’enquête la rattache à un vaste réseau de robots de trading documenté depuis 2023. La mécanique est identique d’un cas à l’autre : une vitrine multilingue construite sur un gabarit, des paliers de dépôt croissants, un programme de recrutement, aucune identité juridique vérifiable, une disparition rapide après la mise en lumière. Que les opérateurs soient ou non les mêmes, le procédé, lui, est répété à l’identique, ce qui rend chaque nouvelle enquête utile au-delà du seul cas qu’elle documente.

Après un versement à Gryphon Capital : les recours possibles

La disparition du domaine ne clôt pas les possibilités de recours. La première étape est de rassembler tous les justificatifs disponibles : ordres de virement, relevés bancaires, échanges par courriel ou messagerie, captures d’écran de la plateforme. Ces éléments constituent la base de toute démarche ultérieure. Il convient ensuite de signaler les transactions à l’établissement bancaire qui a reçu ou fait transiter les fonds : la responsabilité de la banque peut être recherchée pour manquement à son devoir de vigilance, notamment si les versements présentaient des caractéristiques inhabituelles. Une plainte pénale doit également être envisagée ; la page dédiée aux plaintes pénales de BrokerDefense détaille les étapes et les autorités compétentes à saisir. Enfin, il est utile de consulter la liste noire des acteurs non autorisés publiée par l’AMF pour vérifier si d’autres plateformes ayant reçu des fonds y figurent également.

Contactez notre service d’aide aux victimes

L’effacement d’un nom de domaine et la fermeture d’une plateforme n’effacent pas les traces bancaires que les versements ont laissées : chaque virement a transité par un ou plusieurs établissements, et ces flux sont traçables. Cette réalité a déjà ouvert des voies de recours concrètes, y compris devant les juridictions françaises, où des établissements bancaires étrangers ayant encaissé des fonds issus d’une escroquerie au faux investissement ont été condamnés, en cour d’appel et en cour de cassation, pour manquement à leurs obligations de vigilance. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris et partenaire de BrokerDefense, présente dans la vidéo ci-dessous les enseignements de ces décisions pour les épargnants qui cherchent à obtenir réparation.

Gryphon Capital : les réponses aux questions des épargnants

Gryphon Capital était-il autorisé à proposer des services d’investissement en France ?

Non. Le 12 mars 2025, l’Autorité des marchés financiers inscrivait gryphoncapital.co sur sa liste noire des acteurs non autorisés, sous le libellé « Forex ». Cette inscription figurait déjà dans la liste publiée par l’AMF cinq jours avant l’enquête de BrokerDefense et y figure toujours en septembre 2026. La plateforme ne disposait d’aucun agrément pour solliciter des investissements en France.

Le site gryphoncapital.co existe-t-il encore ?

Non. Le domaine ne répond plus depuis plusieurs mois et ne figure plus dans les fichiers d’enregistrement du registre des .co : aucune fiche ne subsiste pour ce nom. Les dernières archives montrant la vitrine de trading complète datent de mars 2025 ; dès la fin de ce même mois, le nom ne servait plus qu’une page vide avant de disparaître totalement.

Comment tenter de récupérer des fonds versés à Gryphon Capital ?

Les personnes ayant versé des fonds doivent conserver l’ensemble des justificatifs (virements, échanges, captures d’écran), signaler les transactions à l’établissement bancaire qui a reçu ou transité les fonds, dont la responsabilité peut être recherchée pour manquement au devoir de vigilance, et déposer plainte auprès des autorités compétentes. Le service d’aide aux victimes de BrokerDefense peut les orienter dans ces démarches.

Gryphon Capital aura suivi la trajectoire la plus courte possible : une vitrine crédible pendant moins d’un an, une inscription à la liste noire de l’AMF en mars 2025, une fermeture précipitée dans les jours qui ont suivi, et aujourd’hui un nom effacé du registre des .co sans laisser de fiche. Ce schéma, répété d’un site à l’autre, appelle la même vigilance : avant tout versement vers une plateforme de trading en ligne, vérifier sa présence sur la liste noire de l’AMF reste le réflexe le plus simple et le plus efficace. Pour les personnes qui ont déjà versé des fonds, les recours existent et méritent d’être explorés sans délai.

Article réécrit le 06/09/2026

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