Sommaire
- Tokens Talkers cybersécurité, le podcast !
- Deux parcours complémentaires au service des victimes
- Démêler le vrai du faux : le cœur du métier
- Le profil des victimes et l’ampleur des préjudices
- Les obstacles psychologiques
- Le mythe de l’anonymat des cryptomonnaies
- La crypto, un moyen de paiement parmi d’autres
- Créer de la jurisprudence pour faire avancer le droit
- L’avenir : miser sur la prévention
- FAQ
Tokens Talkers cybersécurité, le podcast !
avec Jean Lecler
Invités du podcast Tokens Talkers animé par Jean Lecler. Les deux cofondateurs de Broker Defense, Marc Bouzy et Yann Skorochod, sont revenus sur dix ans de lutte contre les escroqueries financières. L’occasion d’un bilan sans filtre sur les mécanismes de la fraude en ligne. Les coulisses de l’enquête on-chain et les défis d’un métier en perpétuelle évolution.
[Vidéo intégrée ci-dessous — Émission Tokens Talkers]
Deux parcours complémentaires au service des victimes
La force de Broker Defense tient à l’alliance de deux profils. Yann Skorochod a débuté dans la gestion de patrimoine bancaire. Il est ensuite passé par l’édition de logiciels patrimoniaux et le trading pour compte propre. Marc Bouzy, lui, affiche un parcours atypique. Des études d’économie, puis une spécialisation dans le management d’aéroports civils, avant de cofonder l’entreprise en 2014.
À l’origine tournée vers les fraudes classiques par téléphone et sur Internet, l’entreprise a naturellement opéré un virage vers la blockchain et le Web3. Les escrocs étant, par définition, toujours à la pointe de l’innovation. Aujourd’hui, l’équipe réunit une dizaine d’équivalents temps plein, mêlant salariés et experts indépendants.
Démêler le vrai du faux : le cœur du métier
La plus grande valeur ajoutée de l’équipe réside dans sa capacité à filtrer le vrai du faux dans des dossiers souvent chaotiques. Manipulées pendant des semaines, parfois des mois, les victimes arrivent avec des récits où une part de réalité est noyée dans un scénario fictif.
L’exemple est parlant. Un dossier peut prétendre proposer une introduction en bourse de Tesla à Bruxelles, validée par un régulateur chypriote et signée par un responsable à Gibraltar. En creusant, Broker Defense isole le seul fait concret. Par exemple, le nom d’une société réellement enregistrée en Espagne — pour orienter le dossier vers la bonne juridiction. Ce tri est crucial. Il décharge les avocats de tâches chronophages. Il garantit que les poursuites sont lancées dans le bon pays, évitant l’échec total de la procédure.
Le profil des victimes et l’ampleur des préjudices
La clientèle est majoritairement composée de particuliers. Souvent des personnes d’un certain âge disposant des économies d’une vie ou de fonds issus de la vente d’un bien immobilier. Appâtées par des promesses de rendements irréalistes (10 à 30 % par an), elles tombent dans le piège.
Le préjudice moyen traité se situe entre 30 000 et 50 000 €. Même si une action devient pertinente dès 5 000 à 10 000 € de perte. Les dossiers les plus lourds atteignent plusieurs millions. Les records de récupération se chiffrent entre 500 000 et 700 000 € par dossier, au terme de procédures de six mois à un an et demi. Mais ces montants ne représentent en général que 30 à 40 % de la perte initiale. D’où le douloureux dilemme de n’en recouvrer qu’une fraction.
Les obstacles psychologiques
Le travail est entravé par de réels défis humains. Les escroqueries s’opèrent souvent en plusieurs phases. Après le capital initial, les criminels réclament de fausses taxes pour « libérer » les fonds. Surtout, les victimes font ensuite face à de fausses agences de récupération de fonds. Gérées par les arnaqueurs eux-mêmes, elles promettent un recouvrement intégral en 24 heures contre un paiement préalable.
Parce que Broker Defense refuse de formuler de telles promesses intenables, ses experts passent parfois pour incompétents auprès de victimes qui préfèrent entendre de douces illusions. L’équipe doit alors faire un important effort de pédagogie sur les délais légaux et le fonctionnement réel de la justice — d’autant que les victimes, après le choc, entrent souvent dans une phase de déni qui refroidit les dossiers.
Le mythe de l’anonymat des cryptomonnaies
Broker Defense démonte un mythe tenace : la crypto ne garantit pas l’anonymat absolu. Comme l’explique Yann Skorochod, la blockchain s’apparente à un immense livre de comptes ouvert à tous. La vraie difficulté n’est pas l’anonymat, mais la masse colossale de données à traiter. Les criminels utilisent mixeurs, robots et algorithmes pour multiplier les transactions. Mais l’objectif de l’analyse on-chain reste de trouver le point de sortie des fonds sur une plateforme centralisée, là où l’escroc doit se soumettre à une vérification d’identité (KYC).
Et malgré leur ingéniosité, les criminels commettent des erreurs spectaculaires. L’exemple le plus flagrant : l’escroc qui encaisse l’argent volé directement sur son compte bancaire personnel. Autre cas fréquent, des algorithmes de blanchiment qui perdent le contrôle de leurs paramètres et brûlent l’essentiel du capital en frais de transaction — un préjudice de près de 30 000 € réduit à 2 000 € récupérables.
La crypto, un moyen de paiement parmi d’autres
Si la hausse des cours attire les fraudeurs voulant surfer sur l’engouement, la cryptomonnaie reste fondamentalement un moyen de paiement, utilisé dans 40 à 60 % des fraudes — au même titre que les virements en euros ou en dollars. À la base, le faux « livret d’investissement » classique demeure la méthode intemporelle la plus répandue, aux côtés de tendances comme la fraude à la « preuve de travail » ou les arnaques naissantes ciblant l’hydrogène.
Créer de la jurisprudence pour faire avancer le droit
Aux côtés de cabinets partenaires opérant dans environ 17 pays, Broker Defense contribue à la création de jurisprudences majeures en France : condamnation d’établissements bancaires pour « défaut de vigilance », mise en cause de banques étrangères par des tribunaux français, ou récupération de 100 % d’un préjudice auprès d’un courtier régulé. Un travail de longue haleine, où une stratégie innovante doit parfois traverser plusieurs défaites avant de triompher en Cour de cassation.
L’avenir : miser sur la prévention
Conscients que le volet curatif génère toujours de la frustration, les fondateurs se projettent vers la prévention. L’entreprise dispose déjà d’une bibliothèque de constats recensant plus de 1 000 sites frauduleux, figés comme preuves avant leur disparition — une base utilisée par les services antifraude de certaines grandes banques.
Le développement le plus attendu est un outil de profilage de portefeuilles crypto, soutenu par une bourse French Tech de la BPI. Pensé en modèle freemium, il permettra à chacun de vérifier en amont si une adresse a un historique malveillant. Une approche cruciale, car l’argent le plus facile à récupérer reste celui qui n’a pas encore été envoyé.
En filigrane, une même philosophie : pour Yann Skorochod, la longévité repose sur le renouvellement constant ; pour Marc Bouzy, sur la résilience, où chaque dossier perdu devient une occasion de s’améliorer.re sur la réalité du cybercrime. Il met l’accent sur les moyens concrets pour s’en prémunir. Pour ceux qui veulent comprendre et agir, cet épisode s’impose comme une écoute essentielle.
Écouter le podcast : https://podcast.ausha.co/tokenstalkers/cybersecurite-et-defense-les-defis-de-broker-defense-dans-un-monde-numerique-92
FAQ
Non. La blockchain est un registre public consultable par tous. La difficulté pour les enquêteurs n’est pas l’anonymat mais le volume de données. L’objectif de l’analyse on-chain est d’identifier le point de sortie des fonds sur une plateforme centralisée. Celle où l’escroc doit fournir son identité (KYC).
Entre 30 000 et 50 000 € pour les dossiers traités par Broker Defense, une action devenant pertinente dès 5 000 à 10 000 € de perte. Les dossiers les plus importants atteignent plusieurs millions d’euros.
Une structure frauduleuse, souvent gérée par les arnaqueurs initiaux, qui promet aux victimes de récupérer l’intégralité de leurs pertes très rapidement contre un paiement d’avance. C’est une seconde escroquerie ciblant des personnes déjà fragilisées.
C’est rare. Les récupérations représentent généralement 30 à 40 % de la perte initiale. Une restitution complète reste possible dans certains dossiers précis, notamment lorsqu’il est prouvé qu’une banque ou une plateforme a manqué à son devoir de vigilance.


