Marc Bouzy, associé de Broker Defense et expert en cyber-escroquerie, était l’invité de l’émission BLOCKS (BlocksTV), animée par Tom de Lagarrigue et Nicolas (Crypto Edge), aux côtés de Franck Dupont. Pendant près de trois heures, les échanges ont décortiqué les mécanismes des arnaques dans l’univers des cryptomonnaies — un véritable « Far West du Web3 » où, comme le résume Marc Bouzy, ce sont toujours les mêmes mécanismes d’arnaque qui se rejouent sous des habits technologiques neufs.
Sommaire
- De l’aviation à la traque des arnaqueurs : un parcours atypique
- Le « cambriolage de cerveau » : pourquoi la faille est toujours humaine
- Les arnaques les plus redoutables : Ponzi, MLM et immobilier dans le métavers
- Les 3 règles d’or pour ne pas se faire piéger
- Régulation, « Code is Law » et euro numérique
- Diffamation en ligne : un rappel juridique essentiel
- Comment travaille Broker Defense
- FAQ
De l’aviation à la traque des arnaqueurs : un parcours atypique
Avant de fonder Broker Defense, Marc Bouzy a passé dix ans dans le milieu aéroportuaire, après des études d’économie qui l’ont conduit à l‘École nationale de l’aviation civile (ENAC) de Toulouse. La bascule vers la lutte contre les escroqueries est née d’un hasard : la rencontre avec une victime d’arnaque, confrontée à la difficulté extrême des recours juridiques et au montage de son dossier.
Face à ce vide, il fait un constat simple : un modèle purement associatif finit par s’épuiser et ne rend pas un service durable. Il décide donc d’en faire un véritable métier. Un engagement d’autant plus personnel qu’il confie avoir lui-même failli tomber dans le piège d’une arnaque aux accents sentimentaux par téléphone — son instinct l’a sauvé, et il a mesuré quelques années plus tard à quel point il l’avait échappé belle.
Le « cambriolage de cerveau » : pourquoi la faille est toujours humaine
L’analyse la plus marquante de l’émission tient en une formule : Marc Bouzy se décrit comme un spécialiste du « cambriolage de cerveau ». L’escroquerie ne repose pas sur une prouesse technique, mais sur l’ingénierie sociale et le mensonge intégral, qui amènent la victime à céder ses fonds de son plein gré. Aucune protection technologique ne peut combler cette faille, car la plus grande vulnérabilité reste l’être humain.
Les arnaques du Web3 ne sont, selon lui, qu’une réadaptation des vieilles escroqueries du Web2 — les arnaques téléphoniques classiques, transposées. Ce n’est pas seulement le manque de régulation qui attire les escrocs vers la crypto, mais la nouveauté du secteur, génératrice de FOMO (Fear Of Missing Out, la peur de rater une opportunité). Sa métaphore est limpide : si demain investir dans le Calvados devenait la grande tendance mondiale, on verrait instantanément fleurir des arnaques au Calvados. Par peur de manquer le coche, les gens baissent leur garde.
Il résume le mécanisme fondamental de toute escroquerie par l’analogie de la vente de la Tour Eiffel : il existe toujours une asymétrie d’information, où un vendeur malhonnête dissimule une information fatale (le bien ne lui appartient pas) à un acheteur de bonne foi.
Les arnaques les plus redoutables : Ponzi, MLM et immobilier dans le métavers
Interrogé sur les escroqueries les plus lucratives, Marc Bouzy place en tête les systèmes de Ponzi couplés au marketing de réseau (MLM), qui s’appuient sur des apporteurs d’affaires. Ce mélange crée des liens de confiance personnelle et donne au réseau criminel une résilience redoutable : quand le système s’effondre, les intermédiaires se font passer pour des victimes, ce qui permet au réseau de survivre à plusieurs effondrements successifs.
Il illustre la créativité des fraudeurs avec un cas concret : une fausse agence immobilière dans le métavers. Les victimes signaient des contrats très bien rédigés et recevaient un lien pour « visualiser » leur parcelle virtuelle. Après paiement en crypto, elles découvraient qu’elles n’étaient propriétaires de rien sur la blockchain, le lien n’étant qu’une simple visualisation gratuite.
Les 3 règles d’or pour ne pas se faire piéger
Pour aider chacun à éviter ces pièges, Marc Bouzy livre son « Top 3 » des vérifications indispensables avant tout engagement :
- Refaire le film à l’envers. Avant de payer, se demander comment on est entré en relation avec cet interlocuteur. S’agit-il d’un démarchage à froid savamment déguisé ?
- Vérifier la vitrine. Analyser le site web en profondeur, chercher les mentions légales et s’assurer de l’existence réelle d’un enregistrement officiel comme le statut PSAN.
- Exiger des documents officiels. Si quelqu’un réclame une somme importante sans aucun contrat solide en face, c’est un signal d’alarme absolu.
Régulation, « Code is Law » et euro numérique
Sur la régulation, Marc Bouzy défend une vision nuancée : elle agit comme un bouclier grand public. Elle ne fait pas disparaître les arnaques, mais elle élève le niveau de difficulté et pousse les réseaux criminels vers des secteurs plus permissifs — à l’image de l’eau qui s’écoule toujours vers la pente la plus forte. Il salue l’approche française (PSAN/MiCA), construite en concertation avec les acteurs de l’écosystème.
Face au dogme du « Code is Law » (le code fait loi), il recadre fermement le débat : qu’un smart contract comporte une faille permettant de siphonner des fonds ne rend pas le vol légal. Le code informatique ne s’affranchit ni de la morale, ni du Code civil. L’acte reste pénalement répréhensible, même si la technologie rend la récupération difficile et le coupable anonyme.
Sur les Monnaies Numériques de Banque Centrale (MNBC), il estime leur déploiement inéluctable, probablement coordonné à l’échelle internationale. S’il reconnaît les inquiétudes légitimes sur la vie privée, il y voit surtout l’évolution naturelle de la monnaie électronique poussée à son terme.
Diffamation en ligne : un rappel juridique essentiel
L’émission prend une tournure très concrète lorsque l’un des intervenants, victime d’un article l’associant à tort à une arnaque suite à une usurpation d’identité, sollicite Marc Bouzy en direct. Sa réponse est lucide : en matière de diffamation, la loi française impose une prescription de 3 mois à compter de la date de diffusion. Passé ce délai, les recours classiques sont bloqués.
Face à des interlocuteurs anonymes et de mauvaise foi, il déconseille une bataille juridique coûteuse et vaine, et oriente plutôt vers une stratégie de communication transparente : s’adresser directement à sa communauté pour dénoncer l’usurpation et neutraliser la fausse information à la source.
Comment travaille Broker Defense
Au fil de l’échange, Marc Bouzy détaille le quotidien de sa structure. Tout commence par l’information et la prévention. Lorsqu’une victime le contacte, l’équipe analyse le mode opératoire, effectue un premier « scan » du dossier pour démêler le vrai du faux, puis prépare un dossier « clé en main » pour les avocats du réseau, en France comme à l’international, afin d’engager les actions sans perdre de temps. Une méthodologie qui combine analyse en source ouverte (OSINT), traçage blockchain et appui d’un réseau d’avocats.
FAQ
C’est l’idée que l’escroquerie repose avant tout sur l’ingénierie sociale et la manipulation psychologique, et non sur la technique. L’escroc amène la victime à céder volontairement ses fonds : aucune protection technologique ne peut compenser cette faille, car le maillon faible reste l’humain.
Moins par absence de régulation que parce qu’il s’agit d’un secteur nouveau, générateur de FOMO (peur de manquer une opportunité). Cette pression pousse les investisseurs à baisser leur garde. Les mécanismes d’arnaque, eux, sont les mêmes que ceux du Web2.
Non. Qu’un smart contract contienne une faille exploitable ne légalise pas le détournement de fonds. Le code informatique ne s’affranchit ni de la morale ni du Code civil : l’acte reste pénalement répréhensible, même si la récupération est techniquement difficile.
En droit français, la diffamation se prescrit par 3 mois à compter de la date de diffusion du contenu. Au-delà, les recours juridiques classiques deviennent très difficiles, ce qui rend la réactivité essentielle.
Les systèmes de Ponzi associés au marketing de réseau (MLM), qui s’appuient sur des liens de confiance personnelle et survivent à plusieurs effondrements. Mais la créativité des fraudeurs est sans limite, jusqu’aux fausses agences immobilières dans le métavers.


