Groupe Polygone arnaque : le faux placement Iberdrola effacé

Le nom de domaine groupe-polygone.com, enregistré le 11 janvier 2024, a été effacé du registre des noms en « .com » et ne résout plus : la plateforme qui se présentait, pendant l’année 2024, comme un véhicule de financement participatif dédié à des bornes de recharge pour véhicules électriques en Espagne a disparu sans laisser d’adresse. Ce dossier, documenté par constat numérique le 23 juillet 2024, mêle usurpation du nom de l’énergéticien espagnol Iberdrola, emprunt du nom d’une société française légitime et promesse de rendements sans aucun agrément. Ce qui suit en reconstitue les contours à partir des éléments établis à cette date.

Le nom groupe-polygone.com ne figure plus au registre

Le nom groupe-polygone.com est aujourd’hui absent du registre des noms de domaine en « .com » : il a été supprimé, et l’adresse ne résout plus. Sa disparition est acquise. En juillet 2024, le constat réalisé selon la norme AFNOR Z67-147 montrait que l’adresse https://groupe-polygone.com/Login/ ne renvoyait qu’une page intitulée « POLYGONE » et portant la mention « Log In to Your Account » : un formulaire de connexion posé sur un fond représentant un coucher de soleil, avec un champ pour le nom d’utilisateur, un champ pour le mot de passe et un bouton de connexion rouge. Pas un mot de présentation, pas de mentions légales, pas de numéro de téléphone, pas d’adresse postale, pas de courriel de contact. La vitrine n’était qu’une porte fermée.

L’enregistrement lui-même portait les marques habituelles des plateformes conçues pour rester introuvables. Le registrar était Hosting Concepts B.V., société néerlandaise connue sous la marque Registrar.eu. Le titulaire du nom était dissimulé derrière un service de confidentialité néerlandais, en l’occurrence une fondation de protection de la vie privée, rendant toute identification directe impossible. Les serveurs de noms étaient confiés à Cloudflare, ce qui ajoutait une couche supplémentaire d’opacité sur l’infrastructure réelle du site.

Consultez la fiche WHOIS complète sur DomainTools pour vérifier les détails d’enregistrement du domaine.

Un nom effacé du registre laisse les personnes qui ont versé des fonds sans interlocuteur identifiable. Il n’y a plus de site, plus de formulaire de contact, plus d’adresse à laquelle adresser une réclamation. Cette disparition ne clôt pourtant pas les droits des épargnants concernés : les traces bancaires des virements effectués demeurent exploitables, et les recours judiciaires restent ouverts.

Dernière mise à jour : 10/09/2026

Iberdrola et la société Polygone, deux noms empruntés sans autorisation

L’offre proposée via groupe-polygone.com s’appuyait sur le nom d’Iberdrola, l’un des principaux énergéticiens espagnols, pour asseoir sa crédibilité auprès des prospects français. La vitrine laissait entendre qu’Iberdrola vendrait des bornes de recharge pour véhicules électriques à des particuliers, dans le cadre d’un projet de déploiement en Espagne. Or Iberdrola ne commercialise pas ce type de matériel auprès des particuliers. L’emprunt du nom d’un groupe industriel reconnu est un procédé classique dans les montages de ce type : il s’agit d’habiller une offre sans substance avec la réputation d’une entité qui n’en est pas partie.

Une seconde usurpation venait compléter le dispositif. Une société française était présentée aux prospects comme « agent commercial » d’Iberdrola pour cette opération. La société française portant ce nom, immatriculée en France sous le numéro 412 768 681, est totalement étrangère à cette offre et n’entretient aucun lien avec la plateforme groupe-polygone.com. Cette société légitime se retrouve ainsi doublement lésée : son nom a été emprunté pour conférer une apparence de sérieux à une offre frauduleuse, et elle pourrait être sollicitée par des victimes cherchant à identifier un responsable.

Des bornes de recharge espagnoles rémunérées 0,81 % par mois

Le projet présenté aux épargnants français consistait à financer l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques en Espagne, sous l’étiquette du financement participatif. Le ticket d’entrée affiché était de 10 000 euros, pour une durée de douze mois. La rémunération annoncée s’établissait à 0,81 % par mois, soit environ 9,72 % sur un an. Certaines présentations allaient jusqu’à évoquer 1,02 % par mois, portant le rendement annualisé à plus de 12 %. Ces chiffres étaient mis en avant pour convaincre des épargnants à la recherche de placements performants dans un contexte de taux bas.

Un rendement de cet ordre, adossé à un projet industriel situé à l’étranger, proposé à des particuliers français par une plateforme dépourvue de toute autorisation réglementaire, relève de la promesse commerciale et non d’un placement encadré. Aucun prestataire de services d’investissement ne peut légalement collecter des fonds auprès du public français pour ce type d’opération sans disposer d’un agrément délivré par l’Autorité des marchés financiers ou d’une habilitation équivalente reconnue en France. La notion de « crowdfunding » mobilisée par la vitrine ne constitue pas en elle-même un blanc-seing réglementaire : les plateformes de financement participatif agréées sont référencées et vérifiables.

Quatre prête-noms, une série de numéros et des comptes à l’étranger

Les contacts avec les prospects étaient assurés sous quatre identités : Pascal Vianney, Laura Gauthier, Stéphane Larcher et Olivier Hund. Ces prête-noms permettaient de maintenir une apparence humaine derrière la plateforme tout en rendant difficile l’identification des personnes physiques réellement impliquées. Quatre numéros de téléphone étaient utilisés dans ce cadre : 04 65 84 69 55, 07 45 88 35 77, 07 45 88 41 57 et 07 55 52 13 86. L’enquête de juillet 2024 a établi que plusieurs de ces numéros appartiennent à une série partagée avec d’autres sites de placement : groupe-cyperus.com, revo-fintech.com, c-novapay.com, bbaitaufrance.com, eolinvest.com et hellobank-epargne.com. Ce recoupement rattache Groupe Polygone à une production en série de vitrines frauduleuses, construites selon le même modèle et exploitant les mêmes ressources téléphoniques.

Les règlements demandés aux épargnants devaient être effectués sur des comptes annoncés en Espagne, en France et en Irlande, au nom notamment de la société TRX CONSTRUCTIONS. La dispersion géographique des comptes de réception est un indice supplémentaire d’un montage organisé pour compliquer les recours et le traçage des fonds. Sur le plan réglementaire, aucun numéro d’agrément n’était affiché sur la vitrine, et la consultation des listes noires et mises en garde publiées par l’Autorité des marchés financiers ne fait apparaître aucune entrée au nom de cette plateforme : le nom de Groupe Polygone n’a jamais fait l’objet d’une mise en garde officielle avant la fermeture du site.

Des offres de « récupération » lancées après la fermeture

Après la disparition de groupe-polygone.com, des personnes ayant versé des fonds ont été recontactées par des tiers se présentant comme une « unité anti-fraude ». Deux adresses ont été identifiées dans ce cadre : elitesim-spa.com et albc-europa.eu. Ces contacts réclamaient aux victimes la communication de leur relevé d’identité bancaire ainsi qu’une copie de pièce d’identité, sous couvert d’engager une procédure de récupération des sommes perdues.

Ce type de démarchage constitue ce que l’on appelle un rebond frauduleux, ou arnaque au remboursement. Il cible des personnes déjà fragilisées par une perte financière, en leur offrant une fausse perspective de recouvrement pour leur soutirer de nouveaux documents ou de nouveaux fonds. Aucun professionnel sérieux, qu’il s’agisse d’un avocat, d’une autorité publique ou d’un organisme de protection des consommateurs, ne prend contact de manière non sollicitée pour réclamer des coordonnées bancaires et des pièces d’identité à la suite d’un investissement raté. Tout contact de ce type doit être traité avec la plus grande méfiance.

Groupe Polygone : les démarches après un versement

Les personnes qui ont versé des fonds sur groupe-polygone.com doivent, en premier lieu, rassembler l’ensemble des preuves disponibles : captures d’écran de la vitrine et des échanges avec les prête-noms, courriels reçus, messages de présentation de l’offre, relevés bancaires et justificatifs de virements. Ces documents constituent la base de tout recours. Il convient ensuite de signaler les opérations à sa banque par écrit, sans délai, en demandant l’ouverture d’une procédure de contestation et en fournissant les éléments recueillis. Le dépôt d’une plainte pénale permet par ailleurs de constituer un dossier qui pourra être exploité dans le cadre d’une procédure judiciaire.

BrokerDefense consacre au dépôt de plainte pénale une page dédiée aux plaintes pénales qui détaille les démarches à suivre.

Les listes noires et mises en garde publiées par l’AMF restent l’un des premiers réflexes à consulter face à une offre d’investissement non sollicitée.

Le 22 juillet 2024, la veille de notre enquête, BrokerDefense publiait l’analyse de Financière MCM, un autre placement dont le nom a depuis été retiré du registre ; le 26 juillet 2024, c’est celle de Locked In Trading qui venait compléter ce tableau.

Contactez notre service d’aide aux victimes

Un virement bancaire laisse une trace exploitable, même lorsque la plateforme destinataire a fermé. Des décisions de justice ont reconnu la responsabilité d’établissements bancaires qui avaient laissé transiter des fonds vers des opérations frauduleuses sans exercer la vigilance attendue, et des victimes ont obtenu réparation de ce chef. Maître Anne Bernard-Dussaulx, avocate au barreau de Paris et avocate partenaire de BrokerDefense, revient dans la vidéo ci-dessous sur un jugement rendu par le tribunal judiciaire du Mans dans un dossier d’escroquerie au faux investissement : la condamnation d’une banque pour manquement à son devoir de vigilance et l’indemnisation des victimes qui avaient transféré leurs fonds vers la plateforme frauduleuse.

Groupe Polygone : les questions des internautes

Groupe Polygone était-il un placement autorisé ?

Non. La vitrine ne présentait aucun numéro d’agrément et son nom ne figure dans aucune des listes noires publiées par l’Autorité des marchés financiers. Elle proposait d’investir dans des bornes de recharge pour véhicules électriques en Espagne, sous le nom d’Iberdrola, alors qu’Iberdrola ne vend pas ce type de matériel aux particuliers.

Que faire après avoir versé des fonds sur groupe-polygone.com ?

Il faut d’abord rassembler toutes les traces disponibles : captures d’écran de la vitrine, courriels et messages échangés avec les prête-noms, relevés bancaires et justificatifs de virements. Il convient ensuite de signaler les opérations à sa banque par écrit, sans attendre, et d’envisager une plainte pénale afin de constituer un dossier exploitable. BrokerDefense propose une évaluation de la situation aux personnes concernées.

Le site groupe-polygone.com existe-t-il encore ?

Non. Le nom ne figure plus au registre des noms de domaine en « .com » et l’adresse ne résout plus. Cette disparition ne signifie pas que le dossier est clos pour autant : les fonds versés ne disparaissent pas avec le nom, et les auteurs d’une offre de ce type savent recréer une vitrine sous une autre identité.

Groupe Polygone illustre un schéma désormais bien documenté : une vitrine ouverte quelques mois, un nom de domaine enregistré sous couverture, une offre habillée du nom d’un grand industriel, des prête-noms interchangeables, des comptes de réception dispersés entre plusieurs pays, puis une fermeture sans préavis laissant les épargnants sans recours apparent. Les victimes de cette opération ne sont pas pour autant démunies : les virements effectués constituent des preuves, et des recours, civils comme pénaux, restent ouverts. BrokerDefense propose une évaluation préalable de votre situation pour vous aider à identifier les démarches les mieux adaptées à votre dossier.

Article réécrit le 10/09/2026

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